Alain LANDY 2025
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Ou comment aborder le harcèlement avec les enfants.
Livre à colorier
LE CARNAVAL DES ANIMAUX DE GUYANE
Inspiré par un conte de Florence Guiraud « Le Carnaval de la savane »
CONTES POUR GRANDIR
Depuis longtemps, les humains de toutes les cultures savent que les contes aident à construire, à reconstruire une personnalité et même souvent, peuvent la guérir si elle est abîmée.
Ils permettent de nommer l’inexprimable, de dénouer les contradictions, de réparer les blessures de notre histoire intime présente et passée. Ils nous aident à grandir et à nous harmoniser. Ils favorisent à l’intérieur de nous-même la réconciliation entre différents états de notre condition humaine, le psychisme, le corps et l’esprit qui parfois se révèlent adversaires et même contraires.
Les contes contiennent des mots, des expressions qui nous enveloppent, nous cajolent dans une clarté affectueuse ; ils nous proposent des associations qui nous illuminent dans une atmosphère limpide et nous emmènent, plus apaisés, aux confins de l’imaginaire et du réel.
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Yé krik ! Yé krak !
Chaque année, pour fêter Carnaval, une joyeuse animation envahit la forêt guyanaise. Tous les animaux se retrouvent pour se déguiser. Plus que quelques jours pour préparer les costumes avant le grand défilé.
- Cette année, c’est Tig le jaguar qui sera le président du jury, s’écrie Grobèk le toucan.
- Oui, oui, on sait, bougonne Maypouri le tapir, j’ai dû lui laisser ma place.
- Au lieu de râler, tu ferais mieux de penser à ton déguisement !
- De toute façon, je serai le plus beau, fanfaronne Kòkòt le perroquet !
- Toi ? Le plus beau ? Le plus rigolo peut-être, on peut te prêter des longues plumes si tu veux ! trompette Agami.
- Pfff, espèce de sot, moque-toi de moi, tu verras bien !
Et ça y est, c’est parti !
Karyakou la biche, Pòk Pòk la grenouille, Féfé le caïman, Toti la tortue, Kavya l’agouti, Graj le serpent : tout le monde est enfin arrivé.
Maintenant, chacun doit préparer son costume.
Alors que tout le monde s’agite, Zozomouch le colibri se tient à l’écart, l’air triste.
- Que t’arrive-t-il ? demande Toti la tortue, son amie de toujours. Tiens, il te manque des plumes sur ta queue !
- Je me suis accroché dans les broussailles, mais ce n’est pas grave, répond Zozomouch en s’éloignant.
Le jour suivant, Pòk Pòk la grenouille, occupée à ramasser des fleurs pour son costume, voit arriver Zozomouch dans un drôle d’état.
- Ton cou est tout égratigné ! Tu as encore perdu des plumes ?
- Je suis tombé dans un roncier, ce n’est rien, répond Zozomouch timidement.
- As-tu commencé ton costume ? Si tu veux, viens avec nous.
- Non non, cette année, je n’ai pas envie de me déguiser, répond le colibri en s’écartant rapidement.
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- Bizarre, bizarre, pense Pòk Pòk la grenouille. Zozomouch adore Carnaval, il m’inquiète cette année.
Mais le temps presse et les costumes sont compliqués : le concert de piaillements, de grognements et de couinements reprend de plus belle.
C’est Makak le singe, arrivé depuis quelques jours sur leur territoire. Les animaux ne l’aiment pas. Orgueilleux et moqueur, il s’est déjà disputé avec presque tout le monde.
- Tu n’as qu’à aller plus loin si on te gêne ! ripostent d’une seule voix les autres animaux vexés.
- Tu n’avais qu’à rester où tu étais, nous ne sommes pas allés te chercher ! renchérit Féfé le caïman.
Le lendemain, Toti la tortue est inquiète, elle cherche Zozomouch. Quelques buissons plus loin, elle aperçoit son ami, assis, la tête cachée dans ses ailes.
- Zozomouch, que se passe-t-il ? Oh la la ! Mais tu n’as presque plus de plumes !
- Je t’ai déjà dit de me laisser. Je… Je suis malade, je perds mes plumes.
- Mais il faut te soigner rapidement, c’est très grave !
- Non, non, je peux me débrouiller tout seul. Va rejoindre tes amis.
Soucieuse, Toti s’éloigne pour retrouver les autres.
- Zozomouch nous cache quelque chose, dit-elle à ses amis. Je n’ai jamais entendu parler de cette maladie. Il faut le surveiller.
La journée se termine. Zozomouch est resté à l’écart derrière, seul dans les buissons.
Trop occupé par tous les préparatifs, personne, en dehors de Grobèk le toucan, ne s’est rendu compte de son absence. Perché sur une haute branche, Grobèk l’observe.
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- Il a l’air bien mal-en-point, pense-t-il.
Mais un bruit dans les broussailles le fait sursauter. Une masse surgit.
- Salut bel oiseau !
- Alors, on se cache ? On ne veut plus voir son ami ?
- Tu as mes plumes ? gronde Makak le singe.
- Non, je n’ai plus rien, tu m’as tout pris !
- Tu devais en trouver, dit le singe en lui donnant une gifle. Tu peux bien en prendre quelques-unes à tes frères, tes sœurs ou tes cousins ! Je te laisse jusqu’à demain soir ! et tu as intérêt à en avoir, sinon tu risques de ne plus jamais voir Carnaval de ta vie ! annonce Makak en lui lançant un méchant coup de sa patte arrière, avant de repartir dans la forêt.
Grobèk le toucan est scandalisé. Voilà donc la mystérieuse maladie de Zozomouch. D’un coup d’aile, il est près de son ami le colibri.
- Qu’est-ce que tu fais là ? dit Zozomouch en sanglotant.
- J’ai tout vu et tout entendu. Tu ne vas pas te laisser intimider par cette grosse brute. Il faut te défendre.
- Mais j’ai très très peur. Ça fait trois jours qu’il me menace et qu’il me bat !
- Trois jours ! Et personne n’a rien vu ! s’écrie Grobèk. Maintenant c’est fini, je vais t’aider à t’en débarrasser.
- C’est très gentil, mais tu es plus petit que lui. Il est grand, cruel et très habile avec ses quatre mains !
- Plus petit, mais plus malin, et je ne suis pas tout seul : j’ai toute une bande d’amis avec moi. Viens, allons dormir ensemble en haut d’un arbre. Demain nous chercherons un plan d’attaque.
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Le lendemain matin, Karyakou la biche, Pòk Pòk la grenouille, Féfé le caïman, Toti la tortue, kavya l’agouti, Tig le jaguar, Maypouri le tapir, Kòkòt le perroquet, Graj le serpent et tous les amis de Grobèk sont informés du problème de Zozomouch.
- Makak se croit tout permis parce qu’il s’estime plus malin que tout le monde.
- Nous allons l’attaquer tous ensemble !
- On va lui crever les yeux !
- Lui piquer la tête !
- Et lui arracher tous ses poils !
Le crépuscule descend sur la forêt. Zozomouch s’installe sur un arbuste.
- Sois fort, Zozomouch, nous sommes tous là, cachés près de toi, l’encouragent tous les animaux.
- Attention, il arrive ! s’écrie un Coq de Roche orange.
- Salut, bel oiseau ! dit Makak en s’approchant de Zozomouch. Tu as pensé à moi ? Où est-il mon petit cadeau ?
Makak se met alors à rire. Puis, il continue d’un ton méchant :
- J’ai dû mal comprendre, dit-il en lui pinçant le bout d’une aile. Mossieur se rebelle ?
Et c’est à ce moment-là qu’un grondement d’ailes s’abat sur lui. Tous les oiseaux amis de Zozomouch enfoncent leur bec à coups répétés dans les narines, les oreilles, le dos et le ventre du singe. D’autres animaux, munis de grandes lianes, se précipitent et le ligotent en quelques secondes.
Devant cet assaut, Makak tente de s’échapper. Mais les nombreux défenseurs du colibri sont plus agiles que lui, ils parviennent rapidement à l’immobiliser. Quelle bagarre !
Les animaux sont fiers ! Ils ont réussi à capturer le vaurien.
- Merci, dit Zozomouch, vous m’avez sauvé la vie.
- Allons prévenir tout le monde de ce qui vient de se passer dit un ibis rouge tout excité.
Rapidement, tous les animaux se retrouvent à l’ombre d’un gros fromager. C’est alors que Tig s’approche de Makak.
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- Pour avoir un beau costume, tu n’as pas hésité à t’en prendre à Zozomouch ! C’est tellement plus facile de taper sur les plus petits ! Comme punition, tu resteras attaché à ce palmier jusqu’à la fin du Carnaval.
- Mais c’était pour rire, bredouille Makak. Je ne voulais pas lui faire de mal, juste un petit peu peur, c’est tout…
Karyakou, Pòk Pòk, Féfé, Toti, Kavya, Tig, Maypouri, Kòkòt, Grobèk et tous leurs amis entourent maintenant Zozomouch.
- Tu n’as plus rien à craindre désormais, tous tes malheurs sont finis.
- Demain, tu viendras faire Carnaval avec nous !
- Mais regardez-moi, c’est impossible ! Je n’ai pas de costume et je suis tout déplumé.
- C’est trop injuste, dit Toti, toi aussi tu dois y participer, comme tout le monde.
- Oui, mais avec quoi ?
- J’ai trouvé, j’ai trouvé, crie soudain Kikiwi… Le défilé a lieu demain soir, on a juste le temps de tout préparer. Allons vite nous cacher derrière les arbres, je vais tout vous expliquer…
Et les voilà tous partis, piaffant d’impatience.
Mais, quelle est donc cette merveilleuse idée ?
Et le grand jour arrive, le défilé de Carnaval peut commencer…
Tous les déguisements sont magnifiques. Karyakou la biche est en coupeuse de canne, Pòk Pòk la grenouille en Jé farine, Féfé le caïman en Bobi, Toti la tortue en Bèf vòlò Bèf, Kavya l’agouti en Sousouri, Tig le jaguar en Anglé Bannann, Maypouri le tapir en Zonbi, Kòkòt le perroquet en Lanmò, Grobèk le toucan en Nèg maron et tous leurs amis en karolin, en Vidangeurs, en Balayeuses, en Tololos ou en Touloulous.
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Les oiseaux apparaissent en dernier, dans un scintillement de couleurs. Et tout au milieu de leur groupe trône Zozomouch en costume de plumes, de fleurs et de feuilles multicolores confectionné par ses amis.
- Que c’est beau ! On dirait un arc-en-ciel de plumes, de fleurs et de feuilles ! s’extasie Tig le jaguar.
- Oui, ce n’est pas mal, marmonne Maypouri le tapir.
La délibération du jury est rapide.
- À l’unanimité, nous déclarons Zozomouch le colibri vainqueur cette année du défilé du Carnaval, proclame le président du jury : Tig le jaguar.
Un tonnerre d’applaudissements éclate aussitôt à cette annonce.
Et pendant ce temps, toujours attaché à son palmier, couvert de colle, d’herbes, de poils et de boue, ce vaurien de Makak le singe se plaint en pleurnichant :
- C’est dégoûtant toutes ces cochonneries qu’on m’a jetées dessus ! C’est bien de ma faute, c’est moi qui ai eu l’idée de rançonner Zozomouch ! Et je vois où ça m’a mené !
Et, à la nuit tombée, après une journée inoubliable, tous les amis de Zozomouch le regardent tendrement.
Puis, la sage Toti termine par ce conseil :
- Promettons-nous désormais, quand nous aurons un problème, de nous confier à nos amis pour le résoudre ensemble !
Roun lanmen lavé ròt : une main lave l‘autre, Il faut s'entraider dans la vie.
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Je réfléchis
Je me sers d'animaux pour instruire les Hommes. Jean de La Fontaine