�������Université Cadi Ayyad�Faculté des Sciences Juridiques Economiques et Sociales�Marrakech�
�Filière de Droit en Français�2ème semestre 2019-2020�� Théorie Générale du Droit Constitutionnel
Cours 2 : La Constitution
� Préparé par Mme Laghrissi Awatif�
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Plan du Cours
Section 1- Le constitutionnalisme
§1- Les fonctions de la constitution
§2- Le contenu de la constitution
Section 2- La hiérarchie des normes et le contrôle de la constitutionnalité des lois
§1- Le principe de la hiérarchie des normes
§2- Le principe du contrôle de la constitutionnalité
Conclusion
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La naissance des constitutions est un phénomène qui débute en Occident entre le 17èmes et le 18ème siècle dans les Etats qui cherchent à instaurer un mode de gouvernement démocratique : GB, Allemagne, France, Etats-Unis que traduisent les pensées des philosophes des Lumières (Locke, Montesquieu)
Section 1- L e constitutionnalisme
- Le constitutionnalisme : courant de pensée qui fait de la constitution, notion juridique et technique, une notion politique en lui reconnaissant le pouvoir de garantir la liberté des individus dans l’Etat.
Le constitutionnalisme cherche à mettre en place des constitutions écrites pour lutter contre l’arbitraire du pouvoir. Plusieurs constitutions sont précédées de proclamations de droits.
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l’art.16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 aout 1789, (révolution française), annonce : « Une société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée n’a point de constitution ».
La quasi-totalité des Etats ont adopté une constitution, mais les constitutions ne sont pas toujours celles d’une démocratie.
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prévoir l’organisation des pouvoirs publics, insérer une liste de droits reconnus et garantis par l’Etat (droits individuels ou de première génération, droits sociaux ou de seconde génération, droits de la 3ème génération : paix, environnement…) et mise en place un contrôle juridictionnel de constitutionnalité.
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§1- Les fonctions de la constitution
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A- Sens de la constitution
La constitution au sens matériel
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B- Constitution écrite et Constitution coutumière
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Le pouvoir constituant est celui qui crée les pouvoirs constitués (exécutif, législatif, judiciaire) et procède à la répartition des compétences selon des dispositions précisées dans la constitution.
Le pouvoir constituant originaire est celui qui a le pouvoir de créer une constitution au nom du souverain, c’est-à-dire en démocratie au nom du peuple.
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Le préambule de la constitution des Etats-Unis est explicite :
« Nous, peuple des Etats-Unis, en vue de former une union plus parfaite, d’établir la justice, de faire régner la paix intérieure, de pourvoir à la défense commune….nous décrétons et établissons cette constitution pour les Etats-Unis d’Amérique ».
En France la 1ère constitution écrite a été élaborée en 1791, elle a fixé les règles devant mettre fin à l’Ancien régime après la révolution de 1789. Une quinzaine de constitutions se sont succédées ensuite.
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Au Maroc, la 1ère constitution date de 1962 : des tentatives d’organisation du pouvoir ont existé avant le protectorat, avec en 1908 un projet de constitution par une élite politique et intellectuelle.
Le 26 août 1960, le roi Mohamed V, annonça la création d’un Conseil chargé de rédiger une constitution avec un délai fixé en 1962.
La constitution de 1962 sera soumise par le roi Hassan II au peuple par référendum et sera approuvé par une forte majorité. Cette constitution affirme le caractère arabe, musulman, maghrébin et africain de l’État marocain, et précise que celui-ci souscrit aux principes, droits et obligations des chartes des organismes internationaux (préambule).
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Elle souligne aussi que « le Maroc est une monarchie constitutionnelle, démocratique et sociale » (art. 1er) et que « la souveraineté appartient à la nation qui l’exerce directement par voie de référendum et indirectement par l’intermédiaire des institutions constitutionnelles » (art. 2).
Cette constitution reconnaît également aux citoyens des obligations et des libertés fondamentales. Elle établit un régime parlementaire dualiste, c’est-à-dire un gouvernement responsable devant le roi et devant le parlement.
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C- Constitution souple et constitution rigide
La constitution souple est celle qui peut être adoptée et modifiée suivant les mêmes règles et formes que la loi ordinaire.
La constitution rigide est celle qui est adoptée et modifiée selon des procédures plus strictes que celles qui régissent l’adoption ou la modification des lois ordinaires .
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§2- Le contenu de la constitution
A- L’objet de la constitution
Ensemble de procédures + vision de la société + projet politique :
Elle organise l’exercice du pouvoir, fixe le statut des gouvernants et leur mission, elle contient l’option sociale de l’Etat.
Elle confère la légitimité aux gouvernants. Elle délimite le champ de compétence des principaux organes de l’appareil étatique : le parlement, le gouvernement et la justice.
Elle annonce l’option sociale de l’Etat et les mécanismes selon lesquels fonctionne l’Etat :
Des points communs existent dans contenus des constitutions : la protection des Droits des citoyens, l’encadrement de l’action des acteurs politiques, l’organisation des relations gouvernants/gouvernés
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régime juridique de l’Etat : régime démocratique ou autoritaire;
Forme de l’Etat : unitaire, régional, fédéral
article 1 de la Constitution Française.
article 1 de la Constitution marocaine
Nature des relations entre les pouvoirs publics : régime parlementaire ou présidentiel.
Différents types de régimes démocratiques :
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- Le préambule de la Constitution de 1946 vise à affirmer des droits sociaux et économiques.
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B- La Constitution : source de légitimité
Toute autorité qui est désignée conformément aux dispositions de la constitution peut être considérée légitime.
Le consentement populaire à la constitution permet de considérer l’adhésion des citoyens aux autorités chargées d’exercer le pouvoir en application du texte constitutionnel.
Distinction entre légalité et légitimité : un gouvernement légal peut perdre sa légitimité si les citoyens ne le soutiennent plus (cas des révolutions).
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Section 2- La hiérarchie des normes et le contrôle de la constitutionnalité des lois
Une démocratie doit être fondée sur un ensemble de normes universellement reconnue et conformément au principe de la légalité, ce qui constitue un critère fondamental de l’Etat de droit.
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§1- Le principe de la hiérarchie des normes
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A-L’exemple français
La constitution française de 1958 fixe les étages de la pyramide de la hiérarchie des normes avec 3 niveaux :
Les normes constitutionnelles comprennent le bloc de constitutionnalité : articles de la constitution de 1958, le préambule de la constitution qui fait référence à la Déclaration de 1789, au préambule de 1946 et à la charte de l’environnement de 2004.
Le bloc de constitutionnalité : principes et dispositions que les lois doivent respecter et dont le CC est le garant ( articles 58-59-60-61).
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B-Le principe de la hiérarchie des normes au Maroc :
Les normes juridiques établissant le droit sont, par ordre décroissant d’importance et d’autorité:
Aucune norme juridique applicable sur le territoire du pays ne peut être contraire à ses dispositions. Ses dispositions lient tous les organes prévus par la constitution, à savoir les administrations, civiles, militaires et religieuses et plus généralement, toute personne morale ou physique.
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Accord conclu entre plusieurs Etats ou organisations ayant une personnalité morale en droit international. Il est l'expression de volontés concordantes des différentes parties en vue de produire des effets juridiques régis par le droit international et contient des obligations que les Etats acceptent expressément et volontairement de respecter
La signature d’un traité doit impérativement se traduire par son respect au plan interne : principe « Pacta sunt servanda » (Convention de Vienne du 23 mai 1969 sur le droit des traités).
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L’article 26 précise « Tout traité en vigueur lie les parties et doit être exécuté par elles de bonne foi » .
L’article 27 énonce que « Une partie ne peut invoquer les dispositions de son droit interne comme justifiant la non-exécution d’un traité ».
Le préambule de la constitution de 2011 énonce que le Maroc s’engage à « accorder aux conventions internationales dûment ratifiées par lui….la primauté sur le droit interne du pays et … ».
L’article 55 de la constitution dispose que le roi « signe et ratifie les traités … ».
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La procédure est prévue à l’article 85 de la constitution.
19 matières pour lesquelles la constitution de 2011 renvoie à une loi organique :
1- Loi organique sur la langue amazighe (article 5)�2- Loi organique sur le Conseil national des langues et de la culture marocaine (article 5)�3- Loi organique sur les partis politiques (article 7)�4- Loi organique réglementant le droit des citoyens de présenter des propositions en matière législative (article 14)�5- Loi organique réglementant le droit des citoyens de présenter des pétitions aux pouvoirs publics (article 15)�6- Loi organique sur le droit de grève (article 29)�7- Loi organique relative au Conseil de Régence (article 44)�8- Loi organique précisant la liste des établissements et entreprises stratégiques concernés par les nominations aux emplois civils (article 49)�
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9- Loi organique sur la Chambre des représentants (article 62)�10- Loi organique sur la Chambre des conseillers (article 63)�11- Loi organique sur le fonctionnement des commissions d'enquête (article 67)�12- Loi organique des Finances (article 75)�13- Loi organique définissant les règles relatives à la conduite des travaux du gouvernement (article 87)�14- Loi organique réglementant le statut des magistrats (article 112)�15- Loi organique sur le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (article 116)�16- Loi organique sur la Cour constitutionnelle (article 131)�17- Loi organique sur le recours pour non constitutionnalité des lois (article 133)�18- Loi organique sur la régionalisation (article 146)�19- Loi organique sur le Conseil économique, social et environnemental (article 153) �
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L’initiative des lois appartient concurremment au chef de gouvernement (projet) et aux membres du parlement (proposition).
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L’article 70 dispose « le parlement exerce le pouvoir législatif ».
L’article 71 cite les matières qui sont du domaine de la loi.
L’article 72 précise «les matières autres que celles qui sont du domaine de la loi appartiennent au domaine réglementaire ».
L’article 78 dispose que « l’initiative des lois appartient concurremment au chef du gouvernement et aux membres du parlement ».
L’article 50 « le roi promulgue la loi dans les 30 jours qui suivent la transmission au gouvernement de la loi définitivement adoptée.
La loi promulguée doit faire l’objet de publication au bulletin officiel du royaume dans un délai n’’excédant pas un mois courant à compter du dahir de sa promulgation ».
L’article 37 prévoit « tous les citoyens et citoyennes doivent respecter la constitution et se conformer à la loi… ».
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« le régime constitutionnel du Royaume est fondé sur la séparation, l’équilibre et la collaboration des pouvoirs » (art 1&2)
- définition des principaux organes de l’Etat dans des chapitres séparés :
Titre III de la Royauté (art 41 à 59) : rôle arbitre et médiateur
Titre IV du pouvoir législatif (60 à 86) : expression de la volonté populaire, dispose de contrôle et sanction sur le pouvoir exécutif.
Titre V du pouvoir exécutif (87 à 94) : assuré par le gouvernement issu des élections.
Titre VII du pouvoir judiciaire (107): le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif.
Titre IX : Des régions et des autres collectivités territoriales (135 à 146) : séparation des pouvoirs entre l’Etat central et les collectivités territoriales .
-Importance de la justice constitutionnelle dans les constitutions :
1962 : chambre constitutionnelle /Cour suprême
1992 : Création Conseil Constitutionnel en dehors de l’appareil judiciaire
2011 : Création d’une Cour Constitutionnelle (art 129 à 134)
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La constitution est née historiquement pour fixer des limites au pouvoir politique. Elle est la loi fondamentale de l’Etat et introduit un régime de droit dans l’exercice du pouvoir.
-Idée de garantir la suprématie de la constitution à travers un contrôle de constitutionnalité par une autorité publique n’est pas nouvelle .
Le contrôle de la constitutionnalité des lois est fondamental en démocratie, puisque la sanction juridique permet d’imposer au législateur le respect de la constitution.
- La suprématie de la constitution et l’Etat de droit
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A-Le principe du contrôle de la constitutionnalité
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*Des décisions importantes du CC vont confirmer le principe de la suprématie de la Constitution : la décision 85-197 du 23 aout 1985 affirme que la loi votée n’exprime la volonté générale que dans le respect de la Constitution.
*La décision n° 71-44 du 16 juillet 1971 relative à la Loi sur la liberté d’association a intégré le préambule de la constitution de 1958 dans le bloc de constitutionnalité.
Le CC exerce un contrôle sur la conformité de la loi par rapport à la constitution et par rapport au bloc de constitutionnalité.
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Il s’agit d’une loi ordinaire dont le CC a du contrôler sa conformité à la constitution suite à saisine par le Président du Sénat.
En déclarant une disposition de la loi non conforme à la Constitution, car contraire à un principe fondamental reconnu par les lois de la République : valeur constitutionnelle du préambule de 1946.
C’est la 1ère fois que le CC s’appuie sur le préambule et non sur la Constitution pour reconnaître la liberté d’association comme principe fondamental.
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Arrêt Marbury v/s Madison (1804) , Cour suprême a institué le mécanisme du Judicial Review : « la constitution est la norme suprême et inaltérable par les moyens ordinaires ».
- A priori (par voie d’action) avant la promulgation d'une loi (modèle européen),�Le contrôle à priori qui s’exerce avant l’entrée en vigueur de la loi fait intervenir un certain nombre d’autorités politiques : voir titre VIII de la constitution Maroc / titre VII de la constitution France.
- Les modèles de la voie d’action et de la voie d’exception ne s’opposent plus : voir articles 61-1 de la constitution française et 133 de la constitution marocaine.
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Références Bibliographiques
1-Manuels de cours
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2-Ouvrages Méthodologie
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3- Revues
- Pouvoirs
4-Sites Internet
-www.conseil-constitutionnel.fr : les grands arrêts du Conseil Constitutionnel
-www.cour-constitutionnelle.ma
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