EFNIL conference Colloque FENIL��La création d’une Europe multilingue: quel rôle pour les universités?��Les langues nationales dans l’internationalisation de l’enseignement supérieur��
Claude Truchot
Université de Strasbourg
Internationaliser
Etre reconnu sur le plan international est devenu la préoccupation majeure des établissements d’enseignement supérieur.
Le contexte:
- le savoir devenu bien économique et enjeu de marché,
Le cadre
- intégration européenne de l’enseignement supérieur
Internationaliser
Internationaliser
Questions de langues
Quelques conséquences sur la fonctionnalité des langues nationales
Témoignage
Marc Chesney (2009) dans une enquête sur un échantillon représentatif d’universités de 6 pays d’Europe continentale (Allemagne, Autriche, Espagne, France, Italie, Suisse) montre que dans les domaines de l’économie, de la finance et de la gestion de nombreux programmes ont complètement basculé vers l’anglais.
Sur un total de 153 masters recensés, 44 utilisent exclusivement l’anglais et 31 sont bilingues (anglais et langue nationale), en général de manière transitoire. On compte seulement 11 masters exclusivement en allemand et 10 en français, alors que trois des six pays ont l’allemand comme langue nationale et deux le français.
CHESNEY Marc (2009) « Enjeux et conséquences de l’utilisation de l’anglais pour les études d’économie et de gestion à l’université » Colloque Le français dans l’enseignement supérieur et la recherche, université de Genève, 18 mars 2009.
Quelques conséquences sur la fonctionnalité des langues nationales
Témoignage
Dans une enquête effectuée en 2008-2009 pour le quotidien
NRC Handelsblad, Marlies Hagers relève que 105 masters sur
170 à l’université d’Amsterdam étaient en anglais, 89 sur 196 à
l’université d’Utrecht. À celle de Maastricht, les 46 masters
sont tous en anglais, la seule exception étant celui de droit néerlandais.
HAGERS Marlies « The Globalization of College, English takes over at Dutch Universities », NRC Handelsblad, 20 mars 2009, www.nrc.nl
Ces deux témoignages parmi d’autres illustrent la perte de fonctionnalité des langues nationales dans la transmission et l’acquisition des savoirs
Quelques conséquences sur le plurilinguisme
Le principe selon lequel la mobilité dans l’enseignement supérieur a une valeur éminemment formatrice est une tradition fondatrice de l’université. La mobilité permet de se confronter aux différences, aux cultures, aux histoires, aux courants de pensées, aux civilisations. Elle constitue une motivation essentielle à l’apprentissage et à la connaissance des langues.
Quelques conséquences sur le plurilinguisme
Témoignages
Pour Frans Zwarts, ancien recteur de l’université de Groningue: les jeunes
générations aux Pays-Bas refusent actuellement d’apprendre l’allemand et le français .
(Intervention lors de la séance de clôture du programme Dylan, Bruxelles, 22 septembre 2011)
Pour Douwe Draaisma, Professeur d’histoire de la psychologie à l’université
de Groningue, l’usage d’une lingua franca unique va de pair avec l’homogénéisation des contenus souvent calqués sur des modèles nord-
américains: « Une grande partie de la science peut être ainsi perdue. Des
historiens éminents qui ont écrit en allemand et en français pourraient
simplement disparaître des programmes. De plus les Néerlandais ont
toujours été des intermédiaires entre l’anglais, l’allemand et le français. Nous
sommes en train de perdre ce rôle . » (Marlies Hagers, op.cit.)
Quelques conséquences sur la qualité de la formation
Témoignage de Jean-Claude Usunier (2009) sur l’usage de l’anglais à la Faculté des hautes études commerciales de l’université de Lausanne. Les étudiants étrangers y constituent la cible prioritaire du recrutement et le justificatif majeur de l’enseignement en « lingua franca » imposé par la direction. Or, beaucoup d’étudiants étrangers proviennent de pays où le niveau des études est généralement faible, notamment celui de l’apprentissage des langues étrangères. Leur connaissance de l’anglais est pour beaucoup un handicap, l’appropriation insuffisante des connaissances une source d’échec. Certaines productions écrites sont parfois indéchiffrables et nécessitent plusieurs correcteurs. Ces étudiants étrangers sont en moyenne de moins bon niveau que les étudiants locaux, qui eux progressent plus difficilement qu’ils ne le feraient en français.
USUNIER Jean-Claude (2009) "Un pluriliguisme pragmatique face au mythe de l'anglais lingua franca de l'enseignement supérieur", Colloque Les enjeux du plurilinguisme pour la construction des savoirs, 12-13 novembre 2009, Berne.
Quelques motivations du choix de l’anglais �lingua franca
Les langues nationales sont-elles donc hors-jeu dans l’internationalisation de l’enseignement supérieur?
Pourtant :
Alors que faire?
Ne conviendrait-il pas :
De rechercher les moyens d’une gestion cohérente de l’ensemble des questions de langues, dans le cadre d’une internationalisation maîtrisée?
De définir les dimensions linguistiques effectives d’une ouverture internationale.
De réunir ces différentes dimensions dans le cadre de politiques linguistiques élaborées et mises en œuvre à l’échelon des établissements ?
Les dimensions d’une politique linguistique d’université
Former les étudiants étrangers à la langue du pays d’accueil (avant, pendant)
Organiser une formation linguistique approfondie et diversifiée de l’ensemble des étudiants
Apprendre dans plusieurs pays en apprenant dans la langue de chacun d’eux.
Former les étudiants à la mobilité
Utiliser des langues véhiculaires de manière raisonnée et complémentaire (renverser l’ordre des priorités)
Organiser la politique linguistique à l’échelon de l’établissement: référent linguistique, ou chargé/e de mission pour les langues, budget spécifique
��Bonnes pratiques linguistiques dans les universités:�Apprendre dans plusieurs pays dans leurs langues nationales �
L’exemple des universités binationales
Parcours de formation organisés dans le cadre
d’appariements d’universités sous l’égide d’organismes
de coordination bi-nationaux.
L’université franco-allemande/ Deutsch-Französische
Hochschule est particulièrement développée, avec une
quarantaine d’appariements. L’ université franco-
italienne/universita italo-francese, de création plus
récente, est de train de se mettre en place.
Bonnes pratiques linguistiques dans les universités:�Apprendre dans plusieurs pays dans leurs langues nationales
L’exemple des filières plurilingues internationales,
- Celle à laquelle participe l’école supérieure de commerce de Paris (ESCP-EAP). Le programme a été mis en place dans 5 établissements, à Paris, Londres, Berlin, Madrid et Turin. Dans chaque site, l’enseignement a lieu dans la langue du pays d’accueil. Les étudiants participants doivent fréquenter trois sites. Ils y obtiennent le diplôme de chaque établissement.
- L’École supérieure de biotechnologie de Strasbourg organise une formation trilingue (français, allemand, anglais) en association avec les universités de Bâle et Karlsruhe.
- Doppia Laurea internazionale (Chambéry‐Langue Etrangères Appliquées/Aosta ‐Lingue e Comunicazione)
Que faire?�Éléments pour une discussion
Pour une analyse plus développée
Truchot C. , 2010, « L’enseignement supérieur en anglais véhiculaire: la qualité en question » in diploweb, revue géopolitique en ligne http://www.diploweb.com/L-enseignement-superieur-en.html
Texte en français, anglais, italien, russe, (allemand en cours de traduction)
Truchot C., 2011, "L'enseignement en anglais abaisse le niveau des formations », Paris: La Recherche, juin 2011
En ligne: http://www.larecherche.fr/content/recherche/article?id=29979