GALIMA
Adaptation d’une légende Kali’na de Michel LOHIER
Alain LANDY 2026
Ou comment on peut aborder l’écologie avec les enfants.
Conte à réfléchir
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D’après une légende Kali’na rapportée par Michel Lohier dans son ouvrage : Légendes et Contes de Guyane
Michel Lohier est un homme de lettres guyanais. Né à Iracoubo en 1891, il est décédé en 1973.
Passionné d’Histoire et de culture, il transmet par l’écriture les personnages de contes guyanais : Konpè Tig, Konpè Moustik ou encore Konpè Makak que l’on retrouve dans son ouvrage « Légendes et Contes », publié en 1960. Michel Lohier a également écrit le titre Aboubou de Tonton Jo.
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Yé krik, yé krak…
Cette histoire se passe il y a de nombreuses lunes, bien avant que les hommes barbus à la peau claire n’arrivent sur leurs immenses pirogues à voiles, lorsque le Pays des Eaux Abondantes* n’est habité que par ses premiers peuples.
Au pipiri chantant, Galima sort de son hamac. Il prend son arc et ses flèches, jette un rapide coup d'œil vers la lune qui se couche et se dirige vers la forêt. Il marche longtemps puis, il s'arrête enfin devant le saut d’un fleuve.
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Il dépose ses armes, marmonne une espèce de prière, frappe ses mains l'une contre l'autre trois fois, détache un bout de son kalimbé rouge pour en retirer un petit os tout rond. Galima introduit l’os dans sa bouche et se penche vers l'eau du fleuve. Le jeune chasseur Kali’na sourit alors : il ne voit pas apparaître le reflet de son visage dans l’eau calme près du rivage. Puis, il renifle profondément à deux reprises. Cet os magique donné par le sorcier du village, serré entre ses dents, a la propriété de le rendre invisible et inodore. Maintenant, le gibier se laissera facilement approcher.
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Galima déchire ensuite en deux une feuille de Takini, l'arbre vénéré de ses ancêtres. Il lance les deux morceaux dans deux directions différentes, ramasse son arc et ses flèches et continue son chemin. Son regard perce la profondeur des fourrés et ses pieds légers effleurent à peine le sol. Agoutis, hoccos, agamis et singes semblent sautiller sur son passage. Mais, Galima ne s'arrête pas pour suivre de si petits gibiers. Ce qu'il veut, c’est de grosses pièces : maypouri (tapir), kochon-bwa (pécari), karyakou (daguet).
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Il marche longtemps sans découvrir aucune trace. Des idées noires hantent maintenant son esprit : l'Iroucan, l’une des divinités malfaisante de la forêt, est-il fâché contre lui ? Un chasseur jaloux lui aurait-il fait jeter un mauvais sort par l’intermédiaire d’un méchant Piaye (Chaman) ?
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Fatigué, Galima s’assoit au pied d’un kanary-Makak, arbre dont la noix contient une pulpe délicieuse. Notre jeune chasseur ramasse plusieurs fruits et s'apprête à les ouvrir, lorsqu'il entend derrière lui un grand bruit de branches brisées. Il se retourne et voit un énorme tapir. Notre adroit Kali’na le vise rapidement avec son arc. La flèche siffle et va se planter profondément dans le ventre du maypouri.
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L’animal fait un bond puis s'écroule. Le couteau à la main, Galima marche vers lui, sans se presser. Soudain, le tapir se remet debout sur ses pattes et repart à vive allure se cacher dans la forêt.
Notre jeune chasseur qui, par expérience sait, que tout gibier mortellement atteint ne va pas très loin, se met à suivre les traces de sang laissées par la bête blessée. Il marche lentement dans la forêt. Enfin, il atteint une clairière. Devant lui, se trouve le maypouri. Galima passe rapidement une autre flèche à son arc pour achever sa proie.
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Au moment où il vise le gibier, il entend comme des voix humaines.
Notre jeune Kali’na est brave, rien ne lui fait peur. Il jette un regard alentour mais n'aperçoit que l‘épaisse végétation. Le maypouri est toujours à la même place. Notre jeune chasseur reprend ses sens, réajuste sa flèche mais, il entend de nouveau distinctement des voix d'hommes, de femmes et d'enfants.
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Galima abaisse son arc, regarde le tapir et essaye de comprendre. Se sachant invisible et inodore, il continue à avancer.
La nuit tombe et la forêt, loin de s'assombrir, reflète une grande clarté. Le jeune chasseur Kali’na comprend que quelque chose d'anormal va arriver. C’est la première fois qu'il se trouve devant une telle apparition. Il avance encore un peu. Et alors, face à lui, il découvre un grand et étrange village.
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Galima se demande s'il ne rêve pas. Des carbets s'alignent autour d'un plus grand, sans doute celui du Chef. C’est alors qu’il voit arriver le tapir blessé qui titube. Péniblement, l’animal gagne le carbet central à l'entrée duquel est planté un poteau. Il ôte sa peau, l’accroche au pieu et apparait alors un vieillard. Déconcerté, Galima comprend qu'il a tiré sur le Tamouchi (chef) de cet étrange village et non sur un maypouri.
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À cet instant précis, notre jeune chasseur sent sa vie en danger. Mais sa curiosité l'emporte sur sa peur.
Invisible et inodore grâce à l’os magique du chaman, il peut espionner sans crainte d'être ni vu, ni senti. Il s'approche près des carbets. Alors, notre jeune chasseur Kali’na découvre ce que, ni son aïeul, ni son père, n'avaient vu de leur vivant.
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Les animaux qui habitent ce village, sont leurs ancêtres morts depuis plus ou moins longtemps. Galima reconnait ses deux grands-pères, ses oncles et ses tantes défunts et un grand nombre des morts de son village. Ils sont tous près du carbet de I'Homme-Maypouri, qui vient cette fois ci, de mourir pour de bon. Des pleurs, des cris de lamentation retentissent.
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Un grand guerrier crie en levant le poing droit :
- Ah ! les vivants, que vous a-t-on donc fait pour nous maltraiter de la sorte ? Vous nous poursuivez jours et nuits pour nous tuer définitivement. Vous oubliez, qu'un jour, votre tour viendra, que vous mourrez aussi ?
Puis, tous les habitants se mettent à danser et à chanter autour du vieillard mort exposé dans son hamac. Alors, le grand guerrier continue en baissant la tête :
- Tamouchi, nous voilà privés de tes précieux conseils, tu ne seras plus là pour nous guider. Aussi, allons-nous te venger !
Une vingtaine de jeunes guerriers sortent du groupe, se dirigent individuellement vers les pieux où sont accrochées leurs peaux. Et, en un instant, jaguars, serpents, araignées, scorpions montrent leurs crocs et leurs crochets.
- Allez mes braves, allez venger notre Tamouchi ! N’épargnez surtout aucun vivant que vous rencontrerez sur votre passage !
termine le grand homme en colère devenu jaguar.
La bande part dans tous les sens. Un jaguar frôle Galima et un serpent le fouette avec sa queue. Notre jeune Kali’na ne peut que les laisser passer puis, ténébreux, il contemple le lieu où un jour, il occupera une place dans ce village de revenants.
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Il fait maintenant nuit noire et ses parents et amis ne le voyant pas rentrer vont à sa rencontre avec des torches.
Ils trouvent Galima endormi entre deux racabas (racines) de bois pagaille.
Le jeune chasseur, ramené chez lui, reprend des forces et raconte à tout le village rassemblé dans le Tukusipan (carbet des réunions) autour de lui, ce qu'il a vu et entendu.
Il jure alors devant tous, de ne plus jamais chasser, ni désormais de se nourrir d’aucune viande.
« Le jour viendra où les personnes regarderont le meurtre des animaux comme ils regardent aujourd'hui le meurtre des êtres humains ». Léonard de Vinci
JE DÉBATS
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QUELQUES LIENS ET QUELQUES OUVRAGES
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LES PREMIERS PEUPLES DE GUYANE
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