Mouché Makak
D’après « Le Maître chat ou le Chat botté » un conte franco-italien du 15ème siècle écrit par Giovanni Francesco Straparola.
Ou comment aborder la tromperie avec les enfants .
Conte à réfléchir
Alain LANDY 2025
CONTES POUR GRANDIR
Depuis longtemps, les humains de toutes les cultures savent que les contes aident à construire, à reconstruire une personnalité et même souvent, peut la guérir si elle est abîmée .
Ils permettent de nommer l’inexprimable, de dénouer les contradictions, de réparer les blessures de notre histoire présente et passée. Ils nous aident à grandir et à nous harmoniser. Ils favorisent à l’intérieur de nous-même la réconciliation entre différents états de notre condition humaine, le psychisme, le corps et l’esprit qui parfois se révèlent adversaires et même contraires.
Les contes contiennent des mots, des expressions qui nous enveloppent, nous cajolent dans une clarté affectueuse ; ils nous proposent des associations qui nous illuminent dans une atmosphère limpide et nous emmènent, plus apaisés, aux confins de l’imaginaire et du réel.
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Yé krik ! Yé krak !
Il était une fois le vieux moulin à vent de Rémire Montjoly qui voulait raconter une histoire aux enfants. D’une voix chevrotante, il commença :
- Il y a temps longtemps, dans mes murs, il y avait un vieux meunier qui broyait de la canne à sucre toute la journée.
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À sa mort, il laissa à ses trois fils tout ce qu’il avait.
L'aîné hérita de moi, son moulin à vent, le cadet de son âne, et le benjamin d’un jeune singe apprivoisé que leur père, le vieux meunier, avait élevé pour lui tenir compagnie et qu’il appelait Mouché Makak.
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Sans un sou en poche et ne sachant que faire d'un tel cadeau, ce dernier fils songea un instant à le manger. Mais, lorsqu’il s’approcha pour l’attraper, le singe se mit à lui parler :
- Ne me mange pas malheureux, tu n’aurais à manger que pour quelques jours! Mais, au contraire, si tu es patient et si tu m’obéis, je peux faire ta fortune !
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Le dernier fils du meunier n’en croyait pas ni ses yeux ni ses oreilles.
- Donne-moi un sac, un costume, un chapeau et une paire de souliers, et dans quelques mois, tu seras un homme riche, continua le singe les yeux pleins de malice.
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Mouché Makak captura alors un bel agouti dans la forêt toute proche.
Il mit son costume, son chapeau et ses souliers puis il se rendit à Cayenne au palais du Gouverneur de la Guyane.
Les gardes du palais voyant un singe bien habillé qui savait parler le laissèrent entrer sans difficulté.
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De son sac, il sortit l’agouti et l’offrit au Gouverneur comme étant un cadeau de son maître, le «Comte du Mahury».
Durant les semaines qui suivirent, il apporta ainsi régulièrement du gibier au Gouverneur.
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Un jour, sachant que le Gouverneur et sa fille voyageraient en empruntant la Route des Plages, Mouché Makak persuada son jeune maître de retirer ses vêtements et d'entrer dans l’eau.
Le singe cacha les habits derrière un rocher, puis appela au secours.
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Lorsque le Gouverneur arriva, Mouché Makak expliqua que son maître, le « Comte du Mahury » s’était fait voler tous ses habits alors qu'il se baignait dans la mer océane.
Le Gouverneur offrit alors de riches vêtements au jeune homme et l'invita à s'asseoir dans son carrosse à côté de sa fille qui tomba aussitôt amoureuse de lui.
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Puis, Mouché Makak courut en précédant le carrosse et ordonna aux gens qu'il rencontra tout au long du chemin, de dire au Gouverneur que les terres qu’ils cultivaient appartenaient au « Comte du Mahury ».
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Il entra ensuite dans une belle villa donnant sur l’océan. Cette grande demeure était habitée par un quimboiseur très connu qui était capable de se transformer en un grand nombre de choses. Pour montrer tout son pouvoir, le magicien se transmua alors en jaguar puis en téléphone portable. Mouché Makak qui avait une idée derrière la tête lui demanda alors :
- Pourrais-tu te transformer en régime de bananes ?
Ce que fit le vaniteux sorcier aussitôt.
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- Alors mes enfants, termina le vieux moulin à vent de Rémire Montjoly, vous devinez la suite ? Le Gouverneur arriva dans la belle villa qui appartenait désormais au jeune homme et, impressionné par la richesse de ce fameux « Comte du Mahury », il lui offrit la main de sa fille. Peu après, Makak devint grand seigneur, et il n’eut plus jamais à monter sur les plants de bananiers pour manger des bananes.
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Et cette histoire vraie se passait il y a bien longtemps, à Rémire Montjoly, dans notre beau Pays des Eaux Abondantes, la Guyane.
Racontez-la à vos enfants et à vos petits-enfants pour en faire mémoire, rajouta le vieux moulin à vent qui s’endormit aussitôt son histoire terminée.
« Débrouya pa péché » Autrement dit : La débrouillardise n'est pas un défaut.
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Je réfléchis
Sources :
Moulin à vent
La commune de Rémire-Monjoly détient l’un des plus anciens moulins à vent de la zone des Antilles-Guyane, classé patrimoine historique. L’édifice construit sous l’ordre des Jésuites, remonterait à l’année 1720. Nous pouvons apercevoir sur la façade du moulin, au-dessus de l’entrée, une niche qui avait la forme d’un cœur "chrétien".
À la différence des moulins des Antilles, l’intérieur du moulin se composait de plusieurs petites niches dans lesquelles on suppose que les jésuites disposaient des objets religieux. Le toit du moulin avait une forme conique et il était modulable en fonction de l’arrivée du vent. Le moulin alimentait une sucrerie, les fouilles réalisées en contrebas révèlent l’entrée du four et la canalisation afférente.
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