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LA MARRONNE
Texte et peintures d’Alain LANDY 2023
« On ne jouit bien que de ce qu’on partage. » Madame de Genlis, femme de lettres française dans : Les mères rivales
À nos mamans qui ont souffert pour nous mettre au monde et pour nous élever !
À tous les pères adoptifs !
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BIENVENUE AU PAYS
DES FLEUVES ET DES FORÊTS :
LA GUYANE
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Yé krik, Yé krak.
Il était une fois une jeune femme et son amoureux qui étaient tous deux esclaves dans une plantation en Guyane. Ils logeaient dans une case à « nègs » et ils s’éreintaient chez un maître méchant, avare et très cupide. Son commandeur les faisait travailler pratiquement nuit et jour. Ils se reposaient rarement et ne mangeaient presque jamais à leur faim.
Le jour où son homme mourut de faiblesse à cause des privations, la femme en colère décida de s'enfuir de la plantation pour marronner. Or, juste avant la mort de son compagnon d’infortune, elle était déjà bien avancée en grossesse.
Elle marcha longtemps à travers la forêt équatoriale. Pour subsister, elle avait emporté son sabre d'abattis et, dans son grand mouchoir, un peu de nourriture et quelques tiges de canne à sucre.
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Enfin, un soir, elle entra en travail. Après les premières douleurs fortes, elle vit un large fleuve. Elle décida de s'installer sur sa berge limoneuse jusqu'à la délivrance. Lorsqu'elle eut accouché, elle saisit un brin de canne à sucre et coupa le cordon ombilical. Puis, elle fixa au poignet du nouveau-né un bracelet de perles multicolores offert par son homme lors de leur union.
Tout cela se passait en pleine nuit. Elle décida d'attendre le lever du jour pour continuer sa route. Mais, la fatigue de l’enfantement accumulée à celle de sa fuite effrénée la firent choir dans une espèce de coma profond.
Quand elle se réveilla, son enfant n’était plus là. Elle le rechercha partout, mais en vain. Elle pensa qu’il avait été la proie facile d’un caïman ou d’un jaguar. Elle pleura toutes les larmes de son corps harassé. Puis, en désespoir de cause, après avoir mangé un peu, elle reprit son chemin en tenant son ventre douloureux.
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Seulement, des pisteurs, des « chasseurs de Marrons » la débusquèrent et elle redevint une esclave dans une autre plantation dans laquelle son nouveau maître était aussi très cruel.
Pendant ce temps, il se trouvait que l'enfant avait été recueilli par un orpailleur veuf qui l’avait découvert près de sa mère inanimée qu’il avait cru morte. Cet homme, original et farouche, habitait une case en bois dans la forêt à l’écart de toute autre habitation.
Bien que vivant seul avec sa fille, sa femme étant décédée d’une mauvaise fièvre, la fièvre jaune certainement, il nourrit, soigna et s’occupa de l’enfant trouvé jusqu'à ce qu'il eût grandi. Au fil du temps, ce gamin était devenu comme un fils pour lui et il l’éleva avec attachement à parité avec sa fillette qui avait à peu près son âge.
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Un jour, quand l’enfant devint un jeune homme, il apprit par une commère dans le village voisin, que sa mère n’était pas morte mais qu’elle était à nouveau esclave dans une plantation en Guyane. Il révéla à la fille du chercheur d’or toute l’histoire de cette captive que l’on appelait désormais « la Marronne » et il termina par :
- Moi, maintenant que je sais que ma mère est encore en vie, j’aimerais bien enfin la connaître !
L'enfant du chercheur d’or lui répondit :
Connaissant mon père, je suis certaine qu’il te laissera partir.
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Dès le soir même, le jeune homme fit ce que lui avait recommandé la fille de l’orpailleur.
Le chercheur d’or inquiet lui demanda ce qu'il avait. Il répondit :
- Ma mère me manque, j’aimerais aller lui rendre visite.
Avant que son père adoptif ne sorte de sa stupeur, il raconta d’un trait toute l’histoire qu’il avait apprise dans le village voisin et qu’il avait partagée avec sa fille.
Les larmes aux yeux, le brave homme lui confirma presque aussitôt d’un ton impératif :
- Demain mon grand, je te laisserai partir !
Et, le lendemain, il lui donna un imposant sac de pépites d’or.
Comme je te considère comme un fils, je vais partager ma fortune en deux. Voici ta part : l’autre étant pour ma fille, quand elle me quittera à son tour !
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Avant qu'il ne s’en aille, il lui expliqua :
- Tu ne connais pas encore ta maman, mais tu sais qu’elle est dans une plantation en Guyane dans laquelle elle est à nouveau esclave. Maintenant que tu es riche, de nombreuses femmes vont te dire qu'elles sont ta vraie mère, mais ne leur fais pas confiance. Demande-leur, en quel lieu elles t'ont enfanté, avec quoi elles ont sectionné ton cordon ombilical et ce qu'elles t'ont donné ensuite. Seule celle qui est vraiment ta mère te dira :
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Ils se dirent adieu. Le jeune homme prit la route avec toute sa richesse. Il chemina, chemina jusqu'en vue d’une première habitation coloniale.
Quand il y pénétra, une femme vint à sa rencontre et lui dit :
- Beau jeune homme, où vas-tu ainsi ?
- Je suis à la recherche de ma mère.
- Tu as de la chance car c’est moi ta mère !
- Où m'as-tu enfanté ?
- Dans ma case.
- Avec quoi as-tu coupé mon cordon ?
- Avec un couteau.
- Que m'avais-tu offert à ma naissance ?
- Le lait de mon sein.
Une autre femme arriva et déclara, elle aussi, qu'elle était sa mère.
- Où m'as-tu donné le jour ? demanda l'enfant trouvé.
-Dans un champ de canne à sucre.
- Toi non plus, tu n'es pas ma mère, dit le jeune homme irrité.
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Toutes les femmes du village case « nèg » de la plantation se présentèrent chacune à leur tour mais aucune ne semblait être sa mère.
Il reprit donc sa route vers une autre plantation. Dans cette dernière, il ne trouva pas non plus sa mère. Il traversa ainsi de nombreux villages de Guyane sans la retrouver. Il arriva enfin dans le dernier village d’esclaves du pays.
Toutes les femmes s’apercevant qu’il était fortuné, affirmaient aussi être sa mère.
Il les interrogea toutes, l'une après l'autre, mais aucune ne donna les réponses transmises par l’orpailleur.
En fronçant les sourcils, une femme dit alors :
- Appelez donc la Marronne, celle qui a rendu notre vie encore plus difficile depuis qu’elle est arrivée. A cause d’elle, on nous surveille nuit et jour et on nous traite encore plus mal. Peut-être que c'est elle ?
Toutes les autres s'exclamèrent en tchipant :
- Tu sais bien que cela ne peut pas être ! Elle n’aurait jamais pu donner le jour à un enfant aussi beau, aussi bien vêtu et aussi riche !
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Mais, quand la Marronne s'approcha et qu’elle plongea son regard dans les yeux du jeune homme riche, elle le reconnut aussitôt. Elle s'élança alors vers lui, et lui dit en hoquetant entre deux sanglots :
- Mon enfant, je suis ta mère.
L'enfant trouvé demanda alors une dernière fois :
- Où m'as-tu enfanté ?
- Au bord d’un fleuve.
- Avec quoi as-tu coupé mon cordon ombilical ?
- Avec un brin de canne à sucre éffilée.
- Que m'as-tu donné à ma naissance ?
- Un bracelet en perles que m’avait offert ton père lors de notre union.
Le jeune homme fut tellement heureux qu’il cria en regardant le ciel et en serrant les poings :
- Enfin, c'est toi ma mère ! J’ai enfin trouvé ma maman !
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Après l’avoir longuement serrée contre lui, il la débarrassa de ses haillons, lui offrit des habits neufs et lui dit doucement à l’oreille :
- Ma chère maman, rentrons ensemble dans notre pays.
Il racheta sa mère au maître cupide de la plantation et ils prirent le chemin du retour.
Quand ils arrivèrent dans leur contrée, il acheta le domaine du premier maître où elle était esclave avant de partir en marronnage.
Il affranchit tous les esclaves et leur distribua une partie de ses richesses.
Quelques années plus tard, sa maman épousa l’orpailleur et ils furent libres et heureux tous ensemble durant de très longues années encore.
Inspiré par un vieux conte africain : La vraie maman
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TU RÉCHIS
TU RÉFLÉCHIS
Où se passe précisément cette histoire ?
Qui en sont les héros principaux ?
Que penses-tu de la Marronne ? De son fils ? De l’orpailleur ? De sa fille ?
Que penses-tu des femmes des plantations ? Des maîtres ? Que sais-tu du marronnage ?
Quelle leçon de sagesse tires-tu de ce conte ?
TU COMPRENDS
Cherche et donne la signification des expressions et des mots suivants : ils s’éreintaient – un compagnon d’infortune – choir - farouche – à parité – captive – en désespoir de cause – haillons – il affranchit
Choisis les proverbes qui te semblent correspondre à ce conte et justifie ton choix :
• La fin justifie les moyens.
• II ne faut pas lâcher la proie pour l’ombre.
• Charité bien ordonnée commence par soi-même.
• Il ne faut pas se fier aux apparences.
• Il ne faut pas prendre des vessies pour des lanternes.
Explique la phrase : Celle-ci n’a pas pu donner le jour à un enfant aussi beau, aussi bien vêtu et aussi riche !
TU DÉBATS
Selon toi, pourquoi la Marronne a-t-elle fui la plantation ? Pourquoi les autres femmes lui en veulent tant ?
Pour toi, qu’est-ce que la jalousie ?
A ton avis, doit-on être libre à n’importe quel prix ? Argumente ta réponse.
TU IMAGINES
En quelques phrases, décris le mariage de la Marronne et de l’orpailleur.
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MOTS EN CROIX
La jalousie et la liberté
Pour les plus forts
Pour les plus forts
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MOTS EN CROIX
La jalousie et la liberté
autonomie, belle, émancipation, envie, évasion, indépendance, jalousie, liberté, ombrage, rivalité.
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