Le pantalon de �Tonton Jean
D’après un conte africain.
Ou comment aborder la peur de grandir avec les enfants.
Conte à réfléchir
Alain Landy 2025
À mon père.
CONTES POUR GRANDIR
Depuis longtemps, les humains de toutes les cultures savent que les contes aident à construire, à reconstruire une personnalité et même souvent, peut la guérir si elle est abîmée .
Ils permettent de nommer l’inexprimable, de dénouer les contradictions, de réparer les blessures de notre histoire présente et passée. Ils nous aident à grandir et à nous harmoniser. Ils favorisent à l’intérieur de nous-même la réconciliation entre différents états de notre condition humaine, le psychisme, le corps et l’esprit qui parfois se révèlent adversaires et même contraires.
Les contes contiennent des mots, des expressions qui nous enveloppent, nous cajolent dans une clarté affectueuse ; ils nous proposent des associations qui nous illuminent dans une atmosphère limpide et nous emmènent, plus apaisés, aux confins de l’imaginaire et du réel.
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Yé krik ! Yé krak !
Il était une fois, un brave agriculteur guyanais qui s’appelait Jean mais que tout le monde dans le pays appelait Tonton Jean. Il cultivait un petit abattis. C’était un travail pénible. La terre était trop aride sous le soleil des saisons sèches et trop mouillée sous les pluies des saisons humides.
Or, cette semaine-là, le village de Tonton Jean préparait sa grande fête annuelle.
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Alors, cette année, comment être à la hauteur de l’événement ?
Tonton Jean avait un gros problème. Tous ses pantalons étaient vieux, usés, râpés.
Il décida donc de rassembler toutes ses économies pour s’acheter un pantalon neuf.
Tonton Jean se rendit donc dans la boutique de sa commune. Mais, l’unique pantalon qu’il y trouva était beaucoup trop grand pour lui.
- Ce n’est pas bien grave dit-il au marchand, ma femme le raccourcira.
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Arrivé dans sa case, l’agriculteur dit à sa femme :
- Doudou, s’il te plait, mon pantalon est trop long de trois doigts. Peux-tu me le raccourcir maintenant, pour que je puisse le mettre demain à la fête.
Mais sa femme répondit :
- Maintenant, je n'ai pas le temps de coudre, il faut que je prépare les plats pour la fête de demain.
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Alors Tonton Jean alla trouver sa maman :
- Mère, mon pantalon est trop long de trois doigts, peux-tu me le raccourcir ce soir, après dîner, pour que je puisse le mettre demain à la fête ?
Mais la mère répondit :
- Je suis trop vieille et je vois mal à la lumière de la lampe ; je ne pourrai faire ce travail que demain, quand il fera bien clair.
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Alors Tonton Jean alla trouver sa fille aînée :
- Ma fille, mon pantalon est trop long de trois doigts, peux-tu me le raccourcir ce soir, après dîner, pour que je puisse le mettre demain à la fête ?
Mais sa fille répondit :
- Ce soir, j'aide maman à préparer les mets pour la fête de demain. Alors, je n'aurai pas le temps de coudre.
Et le pantalon resta trop long comme il était...
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Au moment d'aller se coucher, la femme de Tonton Jean vit le pantalon sur l’accoudoir d’un vieux fauteuil, et elle se dit :
- Mon gentil mari, il faut que je lui fasse plaisir.
Elle prit alors des ciseaux, raccourcit de trois doigts le bas du pantalon, le cousit et le borda proprement, le remit sur le vieux fauteuil et partit se coucher.
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Sous son drap et sa couverture, la mère de Tonton Jean ne pouvait s'endormir :
- Mon gentil fils, pensait-elle, il ne sera pas content demain à la fête, avec son pantalon trop long. Tant pis pour mes yeux : je ferai de mon mieux !
Elle se leva, prit ses ciseaux de couturière, raccourcit de trois doigts le bas du pantalon, le cousit et le borda proprement, le remit sur le vieux fauteuil et retourna se coucher.
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La fille aînée non plus ne pouvait dormir :
- Mon gentil papa, il mérite bien que je travaille tard pour lui !
Elle se leva, prit des ciseaux, raccourcit de trois doigts le bas du pantalon, le cousit et le borda proprement, le remit sur le vieux fauteuil et retourna se coucher.
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Le lendemain matin, la femme, la mère et la fille dirent en même temps à Tonton Jean :
- Essaie un peu ton pantalon pour voir !
Elles furent étonnées d'avoir eu la même idée, mais chacune pensa :
- Les autres ne m'ont-elles pas vue travailler hier soir ?
Quand le bon Tonton Jean enfila son pantalon neuf, il lui arrivait à peine plus bas que ses genoux !
Sur cette terre souvent cruelle, est-il risqué d’être trop gentil ?
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À la fête du village, tous les regards moqueurs étaient braqués sur lui.
Désormais l’expression, tu as mis le pantalon de Tonton Jean trois fois coupé trois fois trop court s'utilise souvent pour se moquer de quelqu’un de mal habillé ou de maladroit dans ses mesures.
En Guyane et dans le monde entier, il existe autant de versions de ce conte que de conteurs imaginatifs.
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Je réfléchis
PS : Lorsque j’étais enfant et que je n’évaluais pas l’importance d’un acte, mon père me disait toujours :
« Trois fois coupé, trois fois trop court ».
Ce conte né en Afrique subsaharienne avait fait le voyage. Les contes ne sont-ils pas comme les mentalités humaines : universelles ?
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Je colorie