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IL ÉTAIT UNE FOIS

LE MANIOC

Conte de randonnée (d’explication) inspiré par les Peuples Premiers de Guyane

Ravèt pa gen rézon divan lapòt poulayé. Le cafard n’a jamais raison devant la porte d’un poulailler. Chacun doit rester à sa place.

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Conte réécrit et illustré en ombres (presque) chinoises par Alain LANDY en juillet 2022

REMETTONS LES CONTEURS À ZÉRO !

Les contes des Peuples Premiers des Amériques, souvent étiologiques*, fréquemment contes d’animaux, doivent se comprendre de multiples façons.

Les enfants ou les néophytes peuvent les percevoir comme des histoires simples. Plaisants, fantasmagoriques, ils prennent tout leur relief et tout leur sens grâce à l’habileté du conteur. Ces contes sont avant tout des enseignements spirituels et de puissants procédés éducatifs de transmission.

Les initiés sauront en tirer toute leur fine quintessence.

Entre les deux, nous découvrirons toute une gradation de compréhensions, et tout un chacun pourra y cueillir ce qui est profitable pour lui.

*Les contes étiologiques sont des récits qui expliquent l'origine des causes. Ils proposent des exégèses souvent fantastiques de phénomènes liés à la nature.

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Conte écrit et illustré en ombres (presque) chinoises par Alain LANDY en juin 2022

Le manioc est une plante originaire d'Amérique du Sud.

Le terme français de manioc (1556) fut emprunté aux groupes de langues indiennes tupi du Brésil. Une variante mani(h)ot a donné le français nanihot, maniot puis manioc.

Le couac (couac en créole guyanais), est une semoule à base de racine de manioc épluchée, macérée dans de l’eau, râpée et égouttée afin d’éliminer l'acide cyanhydrique.

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Dessin Christian Godard

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C’était au temps longtemps où les femmes et les hommes des Peuples Premiers de Guyane et tous les êtres de la forêt primaire pouvaient converser entre eux.

Se baladant dans la grande forêt guyanaise, Makak le singe aperçut au pied d’un vieil awara, une étrange racine allongée et pointue comme la corne de son amie Kariakou la biche. Kabasou le tatou l’avait certainement déterrée en creusant son terrier.

Ne sachant pas ce que c’était, Makak la regarda longuement, puis il la prit dans ses mains. Il la sentit, il en goûta une petite bouchée et la trouva bien à son goût.

Mais, comme il avait déjà le ventre plein de fruits et d’œufs d’oiseaux, il cacha le reste de la racine pointue sous un tas de feuilles sèches, tout près d’un vieil awara qui faisait semblant de dormir, puis, il retourna se promener dans la forêt profonde.

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Le vieil awara, qui était un peu coquin, en profita pour voler la racine pointue qui était encore pratiquement entière. Il l’examina attentivement lui aussi, puis, il la cacha dans ses feuilles au milieu de ses épines piquantes. Il trouverait certainement son utilisation plus tard.

Lorsque Makak revint de sa promenade en forêt, il avait une petite faim. Il chercha en vain sa racine pointue. Il tourna longuement autour du palmier en soulevant les feuilles sèches, mais il ne la trouva pas.

S’adressant alors au vieil awara il lui dit d’un ton ferme :

- Dis-moi vieux bandit. Je ne vois qu’une explication à la disparition de ma racine pointue : c'est toi qui me l'as volée ! Car, toi seul étais là lorsque je l'ai cachée à ton pied ! Aussi, si tu ne me la rends pas immédiatement, je vais chercher Feu pour te brûler !

Le vieil awara ne répondit pas et fit celui qui n'entendait rien. Makak le singe se mit alors en colère :

- Puisque c’est ainsi, je vais chercher Feu immédiatement !

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Après avoir expliqué en deux mots la situation à Feu, il lui demanda :

- Feu, Feu, viens donc brûler ce vieil awara qui ne veut pas me rendre la racine pointue qu'il m'a volée.

  • Mais, à moi, le vieil awara n'a rien volé ! Pourquoi irai-je le brûler ? répondit Feu étonné, en haussant des épaules formées par ses flammes.

Devant cette réponse qui ne le satisfaisait pas, Makak se mit à nouveau en colère et dit à Feu :

  • Puisque toi, Feu, tu ne veux pas m'obéir, alors je vais aller chercher Eau pour te noyer.

Après avoir expliqué en deux mots la situation à Eau, il lui demanda son concours :

  • Mais lorsqu’Eau comprit ce qu’elle devrait faire, elle répondit :
  • Mais Feu ne m'a pas brûlée, moi ! Pourquoi irai-je le noyer ?
  • Et bien, puisque c’est comme ça, si tu ne veux pas m'obéir, je vais chercher immédiatement Maypouri le gros tapir pour te boire jusqu’à la dernière goutte.

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Après avoir expliqué en deux mots la situation à Maypouri le tapir, Makak lui demanda d’agir:

- Mais, personnellement, Eau ne m'a jamais fait de mal ; au contraire, elle étanche ma soif! Pourquoi irai-je la boire jusqu’à la dernière goutte au risque de l’assécher pour toujours ? Prétexta le tapir.

- Et bien, puisque c’est comme ça, si tu ne veux pas m'obéir toi non plus, je vais aller chercher Tig le jaguar pour te dévorer.

Mais lorsque le singe demanda au jaguar de venir régler cette situation, ce dernier répondit d’un ton hautain :

- Moi, je n'ai pas d'ordre à recevoir de toi, je suis le roi de cette forêt et, en plus, maintenant je n'ai pas faim ! Alors tu dégages de là immédiatement !

Aussi très très en colère, Makak s’adressa à tous en haussant le ton :

- Puisque personne ici ne veut m'obéir, je vais aller chercher Papak le meilleur chasseur du village voisin et vous allez voir ce que vous allez voir !

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Makak le singe courut jusqu'au village le plus proche. Il demanda à voir Papak le meilleur chasseur de la tribu, qui était reconnu par tous pour son habileté au tir, et il lui dit :

- Prends vite ton arc et tes flèches cousin Papak, Tig le jaguar arrive à grands pas pour vous dévorer.

Les choses se précipitèrent alors : Voyant Papak le chasseur s'approcher avec son arme de trait, Tig comprit tout de suite la situation. Aussitôt il courut après Maypouri le tapir qui à son tour comprit de quoi il retournait. Maypouri se précipita alors pour boire Eau jusqu’à la dernière goutte, Eau se jeta sur Feu qui commençait déjà à brûler l’awara, et ce dernier rendit instantanément la racine pointue à Makak le singe.

Ainsi, par cet habile stratagème, Makak le singe retrouvait son bien et surtout son honneur. N’était-il pas l’animal de la forêt qui ressemblait le plus à l’homme ? Alors, puisque c’était le cas, il se devait d’être plus malin que tous les autres êtres vivants dans la forêt guyanaise. Ne dit-on pas d’ailleurs : « malin comme un singe » ? Nom d’une pipe de chaman, il avait lui aussi une réputation à défendre !

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Pour remercier Papak le chasseur, Makak lui donna la racine pointue.

Papak l’a rapporta à sa femme Antana qui la planta.

Une plante poussa, elle récolta ses tubercules et apprit à les préparer car elle sut rapidement que leur chair est toxique si on la mange telle qu’elle. Ainsi, avec la farine faite à partir de ces racines pointues Antana prépara des plats de mille et une manières, tous plus délicieux les uns que les autres.

Et, c'est depuis ce jour que les Peuples Premiers de Guyane et tous ceux qui sont venus les rejoindre après, cultivent et aiment déguster tous les plats préparés à partir de cette racine pointue comme les cornes de Kariakou, qu’ils ont appelée manioc.

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Conte des Peuples Premiers réécrit par Alain LANDY

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Le manioc : En Guyane, le manioc constitue toujours la base de l'alimentation des descendants des Peuples Premiers et des Noirs Marron (descendants d’anciens esclaves ayant fui les plantations pour s’installer au bord des fleuves).

Le manioc est une plante herbacée de l'Amérique tropicale qui peut atteindre deux mètres de haut. Sa farine, appelée couac en Guyane, est une espèce de semoule sèche plus ou moins grossière dont la couleur va du jaune vif au gris en passant par le blanc.

Pour l'obtenir, on épluche les tubercules, puis on les réduit en une pâte grossière. La bouillie ainsi obtenue est ensuite introduite dans une « couleuvre » sorte de vannerie tubulaire allongée qui est étirée pour presser la pâte et en exprimer le jus toxique qui contient du cyanure. Ce jus toxique est récupéré puis détoxifié à son tour par une longue cuisson pour être consommé sous forme de soupe.

Le tapioca se concentre généralement dans le bas de la couleuvre. La pulpe est alors effritée et tamisée puis grillée sur une grande platine en acier (à l'origine en terre cuite), posée sur un feu. Pendant cette opération, il faut veiller à retourner sans cesse la semoule pour éviter qu'elle ne s'agglomère. C’est cette semoule grillée qui est appelée « couac ». Il peut être consommé seul (cru), en salade (façon taboulé), grillé à la poêle ou en gratin.

Avec la farine de manioc on prépare aussi la cassave (grande galette plate), le tapioca, la sispa (petite galette sucrée à la noix de coco), le crabio (jus détoxifié assaisonné au crabe et au poisson) et enfin le cachiri (célèbre boisson traditionnelle fermentée et alcoolisée). De nouveaux produits dérivés du manioc sont aujourd'hui fabriqués localement (chips de manioc) et tendent à devenir à la mode.

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L’ AWARA

L’Awara est un palmier des forêts basses et des savanes de taille moyenne. Son stipe (tronc), plutôt mince, est couvert de longues épines. Ses feuilles sont dressées, formant une couronne compacte. Les fruits sont orange, glabres et lisses, de 3 à 4 cm de diamètre et de 4 à 5 cm de long.

Son fruit est un aliment de base ou d’appoint (huile, pâte, nectar, vin). Son stipe peut être utilisé dans la construction, pour élaborer des poteaux ou des toitures.

Il est très apprécié en vannerie. On peut aussi trouver des bijoux en « bois d’awara ».

Il est utilisé en médecine comme émollient, cicatrisant et vermifuge.

En Guyane, il est de tradition, de manger le « Bouillon d’Awara » le lundi de pâques.

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QUELQUES QUESTIONS...

  1. Où se passe précisément cette histoire ?
  2. Qui en est le héros ?
  3. Qui sont les autres personnages ?
  4. Que penses-tu de Makak ?
  5. Que penses-tu des autres personnages ?
  6. Quelles sont les leçons de sagesse à tirer de cette histoire ?
  7. Comment ferais-tu pour appliquer ces leçons aujourd’hui ?

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Illustration : Peuples Premiers préparant du manioc gravure du 19ème siècle

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LIENS IMPORTANTS

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Bonne journée au pays des fleuves, des forêts et de ses habitants.