Le petit garçon aux amulettes
D’après un conte écrit par Hans Christian Andersen, “La petite fille aux allumettes”, publié la première fois le 18 novembre 1845 dans le cinquième volume de ses Contes.
Ou comment aborder la mort et la maltraitance avec les enfants .
Livre à colorier
Alain Landy 2025
CONTES POUR GRANDIR
Depuis longtemps, les humains de toutes les cultures savent que les contes aident à construire, à reconstruire une personnalité et même souvent, peuvent la guérir si elle est abîmée.
Ils permettent de nommer l’inexprimable, de dénouer les contradictions, de réparer les blessures de notre histoire présente et passée. Ils nous aident à grandir et à nous harmoniser. Ils favorisent à l’intérieur de nous-même la réconciliation entre différents états de notre condition humaine, le psychisme, le corps et l’esprit qui parfois se révèlent adversaires et même contraires.
Les contes contiennent des mots, des expressions qui nous enveloppent, nous cajolent dans une clarté affectueuse ; ils nous proposent des associations qui nous illuminent dans une atmosphère limpide et nous emmènent, plus apaisés, aux confins de l’imaginaire et du réel.
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Texte source :
https://touslescontes.com/biblio/conte.php?iDconte=127
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À nos enfants et petits-enfants.
À nos gangans.
Yé krik ! Yé krak !
Il y a temps longtemps, une veille de Noël, le ciel était bleu et le soleil brillait de ses chauds rayons sur toute la Guyane.
C’était jour de marché à Cayenne. Debout entre deux étals de fruits et de légumes appétissants, un jeune garçon proposait des amulettes aux passants.
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Depuis des heures, le frêle enfant allait et venait pour présenter ses pendentifs et ses sachets à toutes les personnes qui s’activaient dans les allées du marché. Mais, aucun ne lui donnait la moindre pièce de monnaie. On l’évitait même.
Le pauvre enfant n’était pour eux qu’un garçonnet vêtu de haillons, aux grands yeux noirs brillants de fièvre.
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Le jeune garçon avait le ventre vide depuis plusieurs jours. Il n’avait bu régulièrement qu’un peu d’eau claire à la fontaine Montrevel. Mais, il n’osait pas rentrer chez lui avant d’avoir vendu quelques amulettes, de peur d’être battu.
Souvent, la nuit venue, il se recroquevillait derrière le tas de bois du boulanger, pour s’assoupir un instant avant que la fraîcheur, les maringouins et l’humidité ne le réveillent à nouveau.
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Depuis la mort de sa grand-mère qui l’adorait, personne ne s’occupait plus de lui.
Parfois, dans ses prières, le garçonnet l’appelait doucement et lui demandait de venir le chercher pour lui raconter, comme naguère, ses contes préférés.
Le petit garçon aux amulettes rasait les murs en brique à la recherche d’un peu d’ombre et de fraîcheur, mais la chaleur pénétrante lui était renvoyée par les murs eux-mêmes.
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Il trouva enfin un coin plus accueillant près de la porte d’un restaurant. Il s’assit à même le sol, s’adossa au mur et ferma les yeux.
Épuisé, ses forces semblaient l’avoir quitté. Il posa son sac d’amulettes à côté de lui, il joua à les assortir par taille. Il savait ce que chacune d’entre elles contenait une dose de bonheur.
Il était si las que la tentation d’en utiliser une, rien qu’une seule, fût la plus forte.
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Le jeune garçon passa sa fine tête dans la ficelle et l’amulette se balança sur sa poitrine décharnée. C’était l’amulette qui rafraîchissait.
Aussitôt, le mur du restaurant s’effaça et le petit garçon aux amulettes se trouva entre des tables et un puits d’où s’élevait une fraîcheur bienfaitrice.
Des clients, ceux-là mêmes qui ne lui avaient rien donné tout à l’heure au marché, mangeaient en riant bruyamment.
Le garçonnet se sentit peu à peu revivre.
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Mais, comme l’effet de la première amulette allait cesser, vite il en suspendit une seconde à son cou, puis une autre et encore une autre, et toutes les amulettes qui apportaient de la fraîcheur jusqu’à la dernière.
Le jeune garçon se sentait bien, il n’avait plus chaud à ses petits membres et appréciait la douceur du lieu. Mais, environné de gens qui mangeaient, la faim le tenailla de plus belle.
Alors, il choisit l’avant dernière amulette, la plus grosse : celle qui calme la faim, et noua la ficelle sur sa nuque si fragile.
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Immédiatement, l’une des tables près du puits se couvrit des mets les plus riches, les plus variés : colombo au poulet, kalalou aux épinard pays, pimentades de machoiran, servis avec du riz ou du couac à volonté, sorbets au comou, jus de maracoudja glacés…
Le garçon aux amulettes n’avait jamais vu autant de nourritures. Il les dévorait et riait en même temps aux éclats.
Puis, peu à peu, le mur du restaurant redevint épais et dur, le jeune garçon se retrouva assis sur le sol poussiéreux, adossé au mur de briques rouges.
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Dans la rue, près de lui, ne restait plus qu’une seule amulette, la plus délicate : celle qui permet de rejoindre ceux que l’on aime où qu’ils se trouvent si on le désire très, très, très fort.
Doucement, le jeune garçon ajouta l’ultime collier en appelant sa grand-mère chérie. Et sa gangan lui apparut. Puis, elle lui tendit les bras. Le petit garçon aux amulettes courut vers elle. La bonne grand-mère prit la minuscule menotte de son petit-fils dans sa main noueuse mais si douce et, en lui racontant les plus belles histoires d’autrefois, elle l’emporta à jamais sur le chemin des rêves, ce chemin où nul ne connaît plus jamais ni la soif ni la faim.
Pour la première fois, le pauvre garçonnet eut un Noël heureux.
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Je réfléchis