LES TROIS KAPIAY
D’après un vieux conte européen : Les trois petits cochons
Ou comment aborder la valeur du travail avec les enfants.
Alain LANDY 2025
Livre à colorier
CONTES POUR GRANDIR
Depuis longtemps, les humains de toutes les cultures savent que les contes aident à construire, à reconstruire une personnalité et même souvent, peuvent la guérir si elle est abîmée.
Ils permettent de nommer l’inexprimable, de dénouer les contradictions, de réparer les blessures de notre histoire présente et passée. Ils nous aident à grandir et à nous harmoniser. Ils favorisent à l’intérieur de nous-même la réconciliation entre différents états de notre condition humaine, le psychisme, le corps et l’esprit qui parfois se révèlent adversaires et même contraires.
Les contes contiennent des mots, des expressions qui nous enveloppent, nous cajolent dans une clarté affectueuse ; ils nous proposent des associations qui nous illuminent dans une atmosphère limpide et nous emmènent, plus apaisés, aux confins de l’imaginaire et du réel.
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À nos enfants et petits-enfants.
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Yé krik, yé krak…
Il était une fois, dans la grande forêt guyanaise, trois petits kapiay* qui vivaient avec leur maman et leur papa dans une case minuscule.
Un jour, papa et maman kapiay appelèrent leurs trois petits et leur dirent qu'ils ne pouvaient plus les élever chez eux parce qu'ils étaient désormais trop grands et qu’ils devraient à l'avenir se débrouiller tout seuls :
- Vous êtes grands maintenant et nous aimerions que vous construisiez votre propre case. La nôtre est devenue trop petite pour nous cinq. Mais, prenez garde qu'elle soit assez solide pour que Tig le jaguar ne puisse pas entrer facilement chez vous et vous manger !
*Le Capybara ou cabiaï
Les créoles guyanais l'appellent « kapiay », les brésiliens « capivara », les Colombiens « lapa », les scientifiques hydrochoerus hydrochaeris, ou encore hydrochère. C'est le plus gros rongeur du monde.
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Le premier petit kapiay, qui était très paresseux, rencontra une vannière portant un gros ballot d’arouman pour tresser des paniers et des katouri*.
- S’il vous plaît madame la vannière, pourrais-je avoir quelques tiges d’arouman pour bâtir ma case ? demanda le premier petit kapiay.
Et la vannière lui donna presque tout son ballot.
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Le second petit kapiay, qui était un peu moins paresseux, rencontra un menuisier avec une charrette à bras qui transportait un gros chargement de bois pays.
- S’il vous plaît monsieur le menuisier, pourrais-je avoir quelques bouts de bois pour bâtir ma case ? demanda le second petit kapiay.
Et le menuisier lui donna quelques planches d'angélique, de wacapou et de gonfolo.
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Le troisième petit kapiay, qui était travailleur, rencontra un maçon avec un grand chariot chargé de briques de Guyane.
- S'il vous plaît monsieur le maçon , demanda le troisième petit kapiay, pourrais-je avoir quelques briques pour bâtir ma case ?
Et le maçon lui donna assez de briques pour bâtir une grande, belle et solide case avec une cheminée pour faire cuire son repas.
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Les trois petits kapiay rentraient joyeusement chacun chez eux quand Tig le jaguar les aperçut.
- Comme ils doivent être tendres ! Lequel vais-je dévorer en premier ? Je vais commencer par le petit kapiay dans la case tressée en arouman, ce sera plus facile.
Il frappa à la porte de la première case et demanda gentiment :
- Petit kapiay, gentil petit kapiay, puis-je entrer pour visiter ta belle case en arouman tressé ?
- Non, non, gros menteur, tu veux me dévorer ! Maman m’avait prévenu ! Tu n’entreras pas chez moi ! répondit le premier petit kapiay
- Eh bien, si c’est comme ça, en quelques coups de pattes je détruirai ta case en arouman.
Et Tig donna quelques coups de patte et la case en arouman éclata en mille morceaux.
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Alors le petit kapiay prit ses jambes à son cou, et alla se réfugier dans la case en bois de son frère. A peine celui-ci eut-il refermé la porte que le jaguar frappa :
- Petit kapiay, gentil petit kapiay, puis-je entrer pour visiter ta belle case en bois pays ?
- Non, non, gros menteur, tu veux me dévorer ! Tu n’entreras pas chez moi ! Maman m’avait prévenu ! répondit le second petit kapiay.
- Eh bien, si c’est comme ça, en quelques coups de pattes je détruirai ta case en bois.
Et Tig donna quelques grands coups de patte et la case en bois pays éclata en mille morceaux.
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Toc, toc, toc
Les deux petits kapiay prirent rapidement leurs jambes à leur cou, et aussi vite qu’ils le purent, ils filèrent jusqu’à la case en briques de Guyane de leur frère.
De nouveau, Tig le jaguar arriva, frappa à la porte et dit au troisième petit kapiay :
- Petit kapiay, gentil petit kapiay, puis-je entrer pour visiter ta très belle case en briques de Guyane ?
- Non, non, gros menteur, tu veux me dévorer ! Tu n’entreras pas chez moi ! Maman m’avait prévenu ! répondit le troisième petit kapiay.
- Eh bien, si c’est comme ça, en quelques coups de pattes je détruirai ta case en briques.
Et Tig donna quelques grands coups de pattes. Mais la case en briques de Guyane ne bougea pas d’un pouce. Il recommença encore et encore, de plus en plus fort, mais la case resta bien debout.
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Toc, toc, toc
Cela rendit le jaguar fou furieux. Il était si furieux qu'il en devint tout rouge de colère.
- Il faut absolument que j'attrape ces maudits kapiay se disait -t-il. Sinon, tout le monde en Guyane va se moquer de moi !
Et, le matin suivant, les petits kapiay virent arriver Tig avec une échelle sur son dos.
- J'aurais dû y penser plus tôt pour atteindre la cheminée ! dit-il tout haut, en l'appuyant contre le mur de la case en briques.
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Pendant ce temps, le troisième petit kapiay, qui était aussi très rusé, alluma un grand feu dans sa cheminée et y posa un chaudron rempli d'eau et d’un assortiment de piments, de tomates, de jus de citrons verts, d’ail épluchée et râpée, de branches de thym, de branches de persil, de branches de ciboule, d’oignon épluché et émincé, de quelques clous de girofle, d’une pincée de bois d’Inde en poudre, de quelques feuilles de laurier, salé à convenance.
Quand le jaguar descendit dans le conduit de la cheminée, il tomba tout droit dans la préparation bouillante.
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Le troisième petit kapiay se dépêcha de remettre le couvercle du chaudron.
Ils laissèrent mijoter quarante minutes et, quand Tig fut cuit à point, ils le mangèrent pour leur repas en pimentade avec du couac*.
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Je débats
Source :
https://touslescontes.com/biblio/conte.php?iDconte=637