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LE PERROQUET DE MAN NINI

« Les manœuvres inconscientes d'une âme pure sont encore plus singulières que les combinaisons du vice. » Raymond RADIGUET

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Alain LANDY images retravaillées tirées de

« Bité a pa tonbé » :

Un échec n'empêche pas une réussite future.

A tous les gangans amoureux

A LIRE EN DIAPORAMA

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BIENVENUE AU PAYS

DES FLEUVES, DES FORÊTS ET DES HISTOIRES FABULEUSES :

LA GUYANE

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Il y a temps longtemps, à Cayenne, Man Nini avait un perroquet apprivoisé qui aimait répéter de sa voix nasillarde à tous les visiteurs qui s’approchaient de lui : « A kouman to fika ! ».

Mais son savoir ne s’arrêtait pas là : il était aussi capable de répondre « Mo la, mo byen » si son interlocuteur le précédait dans les politesses.

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Le Kòkòt de notre gangan n’était peut-être pas aussi doué que son confrère Alex, le fameux perroquet gris du Gabon qui utilisait une centaine de mots sans les répéter et savait distinguer les couleurs, les formes et les matériaux mais, lui et sa maîtresse se comprenaient à demi-mot et même, le plus souvent, sans mot du tout. Il ne figurerait peut-être jamais sur un livre de records mais il serait là, pour toujours, dans le cœur de la vieille dame.

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Depuis le décès de Marcel, son « boug », ce perroquet était devenu son compagnon de solitude et leurs messages intimes réduits à quelques phrases sibyllines dépassaient assurément l’entendement du novice.

Or, un matin, plus de perroquet dans la case de Man Nini. Son volubile compagnon avait disparu avec sa cage. Gîte qui n’avait rien d’une prison puisque sa porte restait toujours ouverte.

Comme la cage s’était envolée elle aussi, le brave volatile n’était donc pas parti à la recherche d’une amourette de son espèce. Et puis, à son âge, pensait-il encore à ce genre de galipettes ?

L’émotion fit couler deux larmes nonchalantes le long des joues ridées de Man Nini. Pas de doute possible : un malfaisant ou une malfaisante lui avait volé Kòkòt, son animal de compagnie.

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La brave vieille fit le tour du quartier, alla de commerce en commerce, d’un Chinois à l’autre, frappa à toutes les portes, demanda à toutes ses commères. En désespoir de cause, elle se rendit même au commissariat de police de l’avenue De Gaulle. Toutes ces recherches n’aboutirent à rien.

Il fallait qu’elle se fasse une raison, malgré la bonne volonté de tous : Kòkòt restait introuvable.

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Quelques mois plus tard, après une interminable saison des pluies, un samedi matin, alors que Man Nini se rendait au marché Place du Coq sous un radieux soleil équatorial, elle rencontra l’un de ses anciens djals (amoureux). Ils avaient tous les deux fréquenté le Ti kolèj de la place des Palmistes. Et c’est d’ailleurs à l’intérieur des murs de cet établissement scolaire construit en 1845 sur l’habitation du sieur Hougel, que le cœur de Ti Jo s’était pour la première fois enflammé pour la belle Nini.

La fillette appréciait ce gentil garçon mais, elle le trouva toujours trop petit pour elle. Pour simplifier : il ne lui avait jamais paru «à la hauteur» ! Joseph n’était toujours pas assez ci, pas assez ça et plus tard, à l’heure des épousailles, elle préféra Marcel (qui lui avait toujours paru plus grand en tout), pour l’accompagner à sa cérémonie de mariage dans la cathédrale Saint Sauveur. Elle le regretta assez vite, car elle dut le partager avec d’autres : son cœur était peut-être aussi trop grand pour n’y loger qu’une seule femme ?

Bien qu’il eût quelques aventures éphémères, Joseph ne porta, ni ne fit jamais porter d’alliance à quiconque.

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Ce matin de marché, on ne sait pour quelle raison, (les voies du Seigneur ne sont-elles pas impénétrables ?), Man Nini accepta l’invitation de son vieux copain d’école Ti Jo. Ils allaient partager chez lui un pain au beurre, un chocolat créole et quelques souvenirs lointains.

Lorsqu’elle arriva toute pimpante chez son ancien soupirant, la porte était ouverte. Jo s’affairait devant la cuisinière à gaz. La table apprêtée et la case propre comme un sou neuf n’attendaient que notre gangan belle et parfumée comme une Tètèche.

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Lorsque Nini passa sa tête à l’intérieur et qu’elle aperçut Jo à la manœuvre, elle le fit se retourner et presque sursauter en le saluant d’un “ A kouman to fika !” bref mais tonique.

Et c’est là qu’elle entendit une voix nasillarde venant de la pièce à côté qui lui répondait toute joyeuse :

« Mo la, mo byen ».

Personne ne sut jamais vraiment comment notre brave Kòkòt était parvenu jusque-là.

Mais, ce qui est certain, c’est que le véritable amour est patient et qu’il peut parfois utiliser les plus machiavéliques machinations pour arriver à ses fins. Et c’est ainsi que, « La femme de la vie » de Ti Jo deviendra désormais la femme de sa « fin de vie » !

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Man Nini et son vieil ami Ti Jo sont dorénavant réunis pour toujours au Paradis : leur place avait été, semble-t-il, réservée par un certain Cupidon.

Par la suite, Kòkòt vécut certainement des jours heureux, mais, lui non plus n’est plus là pour nous en dire plus.

A vous de l’imaginer !

Bonne journée en Guyane,

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