L’IGUANE ET LE CHASSEUR BD
D’après un ancien conte malien
Alain LANDY 2026
« Respecter le vivant, c’est comprendre que rien n’est vraiment séparé. »
2
LES PERSONNAGES
L’iguane
Les anciens du village
Mariko le chasseur
La femme de Mariko
Les enfants de Mariko
3
L’Iguane dans la spiritualité africaine ancestrale :
L’iguane est un animal calme, lent, presque immobile, observateur du monde qui l’entoure. Cela en fait un symbole de sagesse silencieuse.
Chez certains peuples d’Afrique de l’Ouest, sa capacité à rester immobile pendant de longues heures est perçue comme le reflet de l’ancien sage : celui qui observe avant d’agir, qui ne parle que lorsque c’est nécessaire.
2. Lien avec les ancêtres et les esprits
Dans certaines traditions (par exemple chez les peuples Bantou ou dans certaines croyances Dogon ou Mandingues), l’iguane est vu comme un animal de l’invisible, un messager des esprits. On dit qu’il traverse les mondes : Il marche sur la terre, grimpe dans les arbres (reliant la terre au ciel), et vit proche de l’eau (portail entre les mondes).
L'iguane peut ainsi symboliser la communication entre les vivants et les morts, entre le visible et l’invisible.
4
3. Symbole de transformation lente et maîtrisée
Comme le serpent, l’iguane mue, change de peau. Cela représente une transformation intérieure, une évolution spirituelle, mais dans la lenteur, avec maîtrise et temps sacré. C’est le contraire de la précipitation : le temps du monde spirituel n’est pas celui des hommes.
4. Gardien du territoire sacré
Dans certaines cultures traditionnelles, l’apparition d’un iguane près d’une maison ou d’un lieu sacré n’est pas anodine. Il est considéré comme un gardien, un protecteur des lieux où les ancêtres se manifestent. Le chasser ou le tuer peut être vu comme une offense spirituelle.
En résumé spirituel : L’iguane est le sage silencieux des traditions africaines : il veille, observe, se transforme en silence et incarne le lien entre les mondes. Il porte la mémoire des ancêtres et le rythme sacré du temps.
5
Yé krik, yé krak… Dans un village africain, Mariko était un chasseur qui tuait tous les animaux pour son plaisir. Chaque jour, il en éliminait des dizaines et des dizaines. Puis, arrivé au village, sourire aux lèvres, il exhibait leurs têtes et leurs queues comme des trophées. Sa femme et ses enfants n’en pouvaient plus de le voir ainsi massacrer les animaux. Un jour, avant qu’il ne parte à la chasse sa femme lui dit :
Ah, ah, ah ! Et qui va m’en empêcher ?
Mariko, tu devrais arrêter de tuer les animaux comme tu le fais. Ce n’est pas bien. Respecte-les s’il te plaît ! Ce sont des êtres vivants comme nous !
6
Et, dès le lendemain, il retourna dans la savane pour massacrer trois dizaines de bêtes sauvages dont il ramena les queues et les têtes sur la place centrale du village. C’est alors que les anciens le convoquèrent dans ce même lieu et lui dirent d’un ton ferme :
Mariko, arrête de tuer les animaux comme tu le fais. Si tous les chasseurs qui t’ont précédé avaient fait comme toi, tu ne serais pas devenu chasseur car, pas un seul animal sauvage n’aurait survécu.
Ah, ah, ah ! Et qui va m’en empêcher ?
7
Et, dès le lendemain, il retourna massacrer quatre dizaines de bêtes dont il ramena les queues et les têtes au village.
Le jour suivant, tout fier de son exploit, Mariko partit à nouveau à la chasse. Mais, toute la journée, il battit en vain la savane car il ne rencontra aucune bête, même pas une souris des champs. Le soir venu, il s’en retournait bredouille en maugréant quand, au bord de la rivière, il aperçut un grand iguane qui se réchauffait aux derniers rayons du soleil couchant. Ses yeux brillèrent de joie.
8
Ce soir, aucun villageois ne se moquerait de lui. Il pointa alors sa flèche sur l’animal à sang froid. Il allait tirer quand le reptile, se mettant debout comme un humain, se mit à chanter d’une voix mélodieuse :
Ne me tue pas Mariko. Ne me tue pas, je ne suis pas un iguane ordinaire. J’ai des pouvoirs que je suis seul à posséder sur cette terre. Si tu tires, si tu m’ôtes la vie, je saurai me venger au-delà de ma mort, je te punirai et te ferai disparaître en détruisant ton corps !
Vieil iguane, même si tu chantes toutes les chansons que tu connais, tu ne m’impressionneras jamais ! Moi, je veux et je vais te tuer sur le champ !
9
Et la flèche partit ! Elle se planta en plein cœur et mit fin aux jours du reptile. Puis, le chasseur prit le cadavre et rentra tranquillement au village en chantonnant. Au moment de franchir la porte de sa maison, l’iguane, bien que mort, lui chanta de nouveau :
Ah, ah, ah ! Allez, continue de chanter ! Cela ne m’empêchera pas de te faire cuire et de te manger tout à l’heure ! Alors, on verra bien si tu peux continuer de chanter dans mon ventre !
Ne me tue pas, Mariko. Je ne suis pas un iguane ordinaire !
10
Il présenta l’animal mort à sa femme et ses enfants :
Prépare-moi ça ma femme ! Je meurs de faim !
Moi ? Non seulement, je ne préparerai pas cet iguane. Mais je ne le mangerai pas. Mes enfants ne le mangeront pas non plus. Il n’en est pas question !
11
Eh bien tant pis ! Je le préparerai moi-même « mon » iguane !
C’est ça débrouille toi tout seul avec « ton » iguane !
12
Tu vas bientôt être cuit à point et je vais te dévorer à belles dents. Et on verra bien si tu continues toujours de chanter !
Alors Mariko dépeça l’iguane, le découpa en morceaux et jeta les morceaux dans une marmite. Cependant, même en mijotant sur le feu, chaque morceau du reptile chantait.
Ne me tue pas Mariko. Je ne suis pas un iguane comme les autres !
13
Vite ma femme, apporte-moi à boire ! Ton mari meurt de soif ! Ton mari meurt de soif !
Quand le lézard fut bien cuit, Mariko, se mit à le manger. Il invita sa femme. Sa femme refusa. Il invita ses enfants, tous refusèrent. Alors, il dégusta son iguane entièrement tout seul. Quand il eut terminé son plat, il eut soif, une grande soif qui se mit à lui brûler intensément la gorge. Il cria sur sa femme :
Voilà un grand bol d’eau fraîche !
14
Vite, mes enfants ! Apportez-moi de l’eau ! Votre père meurt de soif ! Votre père meurt de soif !
Mais, sa soif s’aggrava. Il cria alors sur ses enfants :
15
Ses enfants lui apportèrent une grande cruche pleine d’eau. Il l’avala d’une traite.
Voilà papa, une grande cruche d’eau bien fraîche !
16
Mais, la soif empira. Il sortit de la case en courant, décampa du village à toute allure. Il partit jusqu’à la rivière, celle au bord de laquelle il avait tué l’iguane. Il se baissa et commença à boire son eau. Mais, la soif s’intensifia. Il but, but encore et rebut. Son ventre s’enfla, se gonfla puis… boom… il finit par exploser.
17
Les morceaux du reptile en sortirent et, comme par magie, il se recollèrent tranquillement. Et soudain, l’animal se dressa devant Mariko mourant et lui dit en secouant lentement la tête :
Que t’avais-je dit, Mariko ? Que tu l’apprendrais à tes dépens !
Et c’est depuis ce jour que, dans tout le pays de Mariko, si l’on continue à chasser les animaux, on le fait avec raison.
JE DÉBATS
18
COLORIE L’IGUANE
19
20
QUELQUES LIENS ET QUELQUES OUVRAGES