TI JEAN ET LE POIS D’ANGOLE
D’après un conte populaire anglais « Jack et le Haricot magique » (Jack and the Beanstalk) publié dans une version moralisée à Londres en 1807 par Benjamin Tabart.
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Ou comment aborder la puberté des garçons avec les enfants .
Conte à réfléchir
Alain Landy 2025
CONTES POUR GRANDIR
Depuis longtemps, les humains de toutes les cultures savent que les contes aident à construire, à reconstruire une personnalité et même souvent, peut la guérir si elle est abîmée .
Ils permettent de nommer l’inexprimable, de dénouer les contradictions, de réparer les blessures de notre histoire présente et passée. Ils nous aident à grandir et à nous harmoniser. Ils favorisent à l’intérieur de nous-même la réconciliation entre différents états de notre condition humaine, le psychisme, le corps et l’esprit qui parfois se révèlent adversaires et même contraires.
Les contes contiennent des mots, des expressions qui nous enveloppent, nous cajolent dans une clarté affectueuse ; ils nous proposent des associations qui nous illuminent dans une atmosphère limpide et nous emmènent, plus apaisés, aux confins de l’imaginaire et du réel.
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Yé krik ! Yé krak !
Il y a temps longtemps, dans une commune de Guyane, habitait une veuve. Elle vivait avec son fils unique de dix ans qui s’appelait Jean mais qu’elle appelait Ti Jean.
Un jour où ils avaient trop faim, la mère dit à son garçon d’aller vendre au marché de Saint-Laurent du Maroni leur unique chèvre qui ne donnait plus assez de lait.
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En allant au marché de Saint Laurent, Ti Jean rencontra un étrange grand-père qui lui dit :
- Donne-moi ta chèvre et ce pois d’Angole sera à toi !
- Monsieur, vous vous moquez de moi ! s’écria Ti Jean. J’en veux au moins cinq pièces d’argent !
- Mais, ce pois d’Angole est magique. Tu verras, si tu le plantes, il poussera jusqu’au ciel en une seule nuit .
- Jusqu’au ciel ! répéta Ti Jean et, à l’idée de posséder une plante fantastique, il accepta.
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De retour chez lui, sa mère se mit en colère.
- Es-tu devenu fou, Ti Jean ? Comment as-tu pu échanger notre chèvre contre un pois d’Angole ? C’est de l’argent qu’il nous fallait et non ce petit pois minuscule !
Se mettant en colère, elle jeta le pois d’Angole par la fenêtre et envoya Ti Jean se coucher sans manger.
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Le matin suivant, au pipiri chantant, Ti Jean s’aperçut que, pendant la nuit, devant la fenêtre, une immense plante avait poussé jusqu’aux nuages. Il se dit que son pois d’Angole était vraiment magique. Il sortit et, sans hésiter, il commença à escalader la plante géante.
De branche en branche, de feuille en feuille, il grimpa alors jusqu’au ciel.
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Tout en haut, il découvrit une petite case en bois qui flottait sur les nuages. Il s’en approcha et frappa à la porte. Un vieil homme étrange mais accueillant lui ouvrit :
- Que fais-tu là mon garçon ? Demanda le vieillard.
- Je me suis perdu et j’ai faim, dit Ti Jean.
- Entre si tu veux, je te donnerai un peu de toloman, mais prends garde car, mon colocataire est un Baclou très cruel. S’il arrive, cache-toi vite !
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Ti Jean venait à peine de terminer son bol de toloman qu'il entendit la porte grincer et une grosse voix s'écrier :
- Ça sent l’odeur d’un garçon indésirable dans cette case !
Ti Jean se précipita dans le placard de la cuisine pour s'y cacher.
- Je te dis qu’un enfant d’humain est entré dans cette case et je déteste les humains ? continua le Baclou en s’adressant au vieil homme.
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- Il n’y a personne ici à part moi, cher Baclou. Tiens, mange plutôt ce bon blaff de poulet, je viens de le préparer dans cette cocotte exprès pour toi, conseilla le vieil homme.
Le Baclou se tut et dévora son repas avec appétit.
Comme il était devenu très riche en volant ses victimes, il compta ensuite ses pépites d’or. Puis, se sentant fatigué, il se coucha et s'endormit presque aussitôt en ronflant. Ti Jean sortit alors doucement du placard, remplit ses poches de pépites d’or sans faire de bruit puis s'échappa de la case en bois en courant sur le nuage.
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Prenant l’odeur de Ti Jean qui passait près de lui, le Baclou se réveilla et se leva aussitôt pour le poursuivre. Mais, Ti Jean fut le plus rapide. Il se précipita dans les ramures du pois d’Angole géant et, de branche en branche, de feuille en feuille, il arriva sur la terre ferme.
Soudain, derrière lui, un bruit se fit entendre : le Baclou, toujours à sa poursuite, descendait lui aussi le long de la plus grosse tige du pois d’Angole.
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Ti Jean prit alors son sabre d'abattis qui ne le quitte presque jamais et, d’un coup sec, coupa la grosse tige du pois d’Angole. La plante s'écroula entraînant le Baclou dans sa chute.
Désormais, Jack ne pourrait plus escalader la tige mais, il avait eu si peur qu’il n'en avait plus vraiment envie. Grâce aux nombreuses pépites d’or du Baclou qui avait perdu toute sa force maléfique dans cette aventure, sa mère et lui vécurent heureux pour toujours dans le Pays des Eaux Abondantes : la Guyane.
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Je réfléchis
Sources :
https://www.bigben.fr/wp-content/uploads/2021/10/Histoire_Jack-et-le-Haricot-Magique.pdf
Le Baclou
* Le Baclou est un monstre spécifique à la Guyane. Cet être maléfique à forme humaine est réputé pour être visqueux, de petite taille et vraiment horrible. Ne vous fiez pas à sa petite taille, il est doté d’une force phénoménale.
Pour concevoir ce monstre, généralement à la période de Pâques, un individu doit couver un œuf sous son bras pendant sept jours et réciter des incantations spécifiques. Sa naissance interviendra le Vendredi Saint.
Un Baclou livré à lui-même est la pire chose. Il sera capable de toutes les méchancetés afin de se nourrir.
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RECETTE : Pois de bois ou pois d'Angole
500 g de pois d'Angole écossés, 1 morceau de giraumon, 100 g de lard fumé, 2 ou 3 cives, persil, thym, 1 oignon, ail, huile, clous de girofle, sel et poivre, 1 malanga ou igname (facultatif).
Après avoir écossé les pois, faites-les blanchir cinq minutes dans de l'eau bouillante et égouttez. Blanchir également le lard fumé coupé en petits dés.
Dans une cocotte, versez 3 cuillères à soupe d'huile et faites revenir les lardons, les cives hachés, le persil, l'oignon émincé, l'ail écrasé et le giraumon en morceaux.
Versez les pois de bois et faites revenir cinq minutes.
Recouvrir d'eau, salez, poivrez. Ajoutez les clous de girofle, le thym, laissez cuire, à couvert, pendant environ une heure.
Terminez la cuisson à feu doux, à découvert, pour faire "consommer" les pois (c'est-à-dire réduire le liquide et obtenir un mélange "crémeux") tout en remuant de tant à autre avec la louche.
On peut rajouter 1 malanga (ou igname) coupé en petits morceaux qui donnera plus de "crémeux" lors de la cuisson des pois.