1 of 20

LA PETITE FILLE ET LE VOLCAN

Alain LANDY 2024

Illustrations Pinterest

1

À mes amis martiniquais ou d’origine martiniquaise.

«Lavi-a sé pa an bòl toloman»

2 of 20

IL ÉTAIT UNE FOIS À RÉMIRE MONTJOLY

Il y a bientôt 122 ans, le 8 mai 1902, la montagne Pelée entrait en éruption à Saint-Pierre en Martinique faisant 30.000 morts et provoquant l'exode de plusieurs centaines d'habitants de toute la zone, notamment vers la Guyane.

En juillet 1902, environ 80 familles arrivèrent en Guyane et la colonie les installa à Rémire-Montjoly au lieu appelé aujourd'hui "Lakou Mango". Le centenaire de cette page d'histoire de Rémire-Montjoly et de Saint-Pierre a été célébré en 2002.

Les Martiniquais reçoivent logements, vêtements, nourriture et le matériel nécessaire pour mettre en valeur l'immense terrain en friche donné par la mairie. Chaque famille a reçu à l'époque, un hectare de terre. Les rues du bourg de Rémire-Montjoly portent les noms de ces Martiniquais, des noms aujourd'hui guyanais.

https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/en-1902-la-guyane-accueillait-les-sinistres-martiniquais-de-l-eruption-de-la-pelee-364303.html

2

3 of 20

Il était une fois, en temps longtemps, à Rémire Montjoly, Philomène, que tout le monde dans la commune appelait Man Fifi.

C’était une vieille gangan qui racontait souvent des histoires à ses petits-enfants.

Ainsi, voici ce qu’elle leur relatait parfois :

3

4 of 20

  • Lorsque j’avais votre âge, j’habitais sur une île. Une grande et belle île que tout le monde appelait alors Madinina « l’île aux fleurs ».

4

5 of 20

Dans le nord de cette île, derrière la ville de Saint Pierre où se trouvait la case de ma famille, on apercevait des montagnes ruisselantes de forêt tropicale, avec des nuages presque toujours accrochés à leurs sommets.

Autour de cette ville il y avait des champs de bananiers, des plantations de canne à sucre, une rare végétation broussailleuse et, au bord de la mer, une longue plage de sable noir où nous allions nous baigner.

Saint Pierre était une si jolie petite ville que les colons blancs l’avaient surnommée le Petit Paris des Antilles.

5

6 of 20

La terre était fertile, les récoltes étaient belles et la mer généreuse. Mon papa allait souvent à la pêche et nous ramenait des daurades argentées, des vivaneaux rouges et des lambis, ces énormes coquillages que nous adorions en fricassée.

Même si parfois il y avait des cyclones avec des vents violents et des pluies torrentielles qui nous obligeaient à rester enfermés dans nos cases pendant quelques jours, la vie était belle là-bas, sous un soleil souvent généreux.

6

7 of 20

Mais, parmi ces montagnes qui nous entouraient, il y en avait une qui, de temps en temps grondait, fumait, crachait du feu.

Comme elle ne laissait rien pousser tout autour de son sommet, les habitants de Madinina l’avaient appelée la « Montagne Pelée ».

7

8 of 20

Ma maman m’avait appris qu’on appelait ces montagnes des volcans. Un volcan c’est comme un trou très profond dans la terre à travers lequel la lave, les cendres et les gaz s'échappent, m’avait-elle expliqué. Car, au centre de la terre, il y a comme une énorme boule de feu toute ronde qui brûle en permanence.

8

9 of 20

Mais, un jour, cette Montagne Pelée s’est vraiment mise en colère.

Ainsi, le 8 mai 1902, en quelques minutes, elle allait détruire entièrement ma ville de Saint-Pierre, tuer presque tous ses habitants et couler une vingtaine de navires marchands dans son port. A cette époque et jusqu’à maintenant, cette éruption fut la catastrophe la plus meurtrière au monde.

9

10 of 20

Heureusement, avec mes parents, nous avions fui dans le sud de l’île dès les premiers grondements.

Nous sommes restés quelques semaines logés à droite, à gauche, chez des habitants au grand cœur.

Dans cette tragédie, à part la vie, nous avions tout perdu.

10

11 of 20

Puis, on nous fit embarquer sur un immense navire qui nous emporta jusqu’en Guyane.

J’avais un peu peur de ce pays qui semblait si lointain pour moi.

J’avais aussi entendu dire que c’était un pays envahi de maringouins, de serpents et de bagnards : des malfrats très dangereux que l’on avait amenés de la Métropole par bateaux entiers.

11

12 of 20

Nous étions environ 80 familles qui arrivâment en Guyane en juillet 1902, dans le port de Cayenne.

Émile Merwart, le gouverneur de cette colonie nous fit installer à Rémire-Montjoly, dans un lieu appelé aujourd'hui "Lakou Mango" (la cour des mangues).

12

13 of 20

Sur cette belle commune, on donna un terrain à cultiver à mes parents.

Avec courage, ils défrichèrent puis plantèrent toutes sortes de fruits et de légumes que mon papa, votre arrière-grand-père, allait vendre au grand marché de Cayenne dans une carriole en bois pays qu’il avait fabriquée lui-même.

13

14 of 20

Et c’est ainsi que, petit à petit, au fil du temps, je me suis fait des amis à l’école du village.

Puis, j’ai grandi dans cette nouvelle commune qui est devenue aujourd’hui la mienne.

Quand j’ai eu 20 ans, pendant le Carnaval de Cayenne, j’ai rencontré un beau jeune homme, votre futur grand-père, originaire de Matoury.

14

ÉCOLE

15 of 20

Nous nous sommes mariés et nous avons eu des enfants qui sont vos parents.

Et aujourd’hui, une rue de Rémire Montjoly porte le nom de mon papa. Et moi, je suis désormais une vraie gangan guyanaise, heureuse de pouvoir vous raconter cette histoire qui vous montre que : la vi-a sé pa an bòl toloman, la vie n'est pas un bol de toloman*, la vie n'est pas toujours rose.

15

16 of 20

De la Martinique, mon île natale, il me reste en mémoire de bons souvenirs d’enfance et quelques couplets d’une vieille chanson créole que ma maman me chantait le soir avant de m’endormir.

Les moments terribles que j’ai vécus en 1902 n’ont jamais pu les effacer.

16

17 of 20

*Le toloman est une plante originaire des Caraïbes et d'Amérique tropicale. Elle a de grandes feuilles qui n'aiment pas les coups de vent qui les déchirent en lambeaux.

Ses fleurs, de couleur rouge, rose, jaune ou orange sont visibles toute l'année. Ses fruits sont des capsules globuleuses et verruqueuses, de 1,5 à 3 cm de long, de couleur marron à maturité qui contiennent une quinzaine de graines noires, de la taille d'un petit pois

En Martinique et en Guyane, la fécule des rhizomes était utilisée dans l’alimentation des nourrissons et des vieillards.

https://fr.scribd.com/document/557639131/ca-c-est-la-martinique

http://www.ifmer.org/assets/documents/files/revues_maritime/463/463-menu.pdf

17

18 of 20

18

BIENVENUE À RÉMIRE MONTJOLY

19 of 20

Je colorie

Un volcan

19

20 of 20

Je colorie

Une jeune femme créole

20