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L’ARBRE À URU

Une légende réécrite par Alain LANDY en 2021

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LÉGENDE D’OCÉANIE

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Il y a de nombreuses lunes, pendant le règne du roi Noho-ari’i, une grande disette s’installa sur l’île de Raiatéa.

Rua-ta’ata et son épouse Rumau-ari’i qui vivaient dans un village isolé de ce royaume se lamentaient sur le sort de leurs quatre enfants, une fille et trois garçons.

A cause du manque de nourriture, ils étaient désormais contraints d’avaler de la terre rouge pour supporter leurs atroces maux de ventre.

Un jour, en désespoir de cause, ils les conduisirent à une caverne dans la montagne proche pour y manger les fougères qui n’avaient pas encore disparu. Malheureusement, au bout de quelques jours, il ne restait déjà plus rien à chipoter.

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Alors, un soir, lorsque les enfants dormaient, Rua-ta’ata dit à son épouse d’un ton solennel :

  • Ô Rumau-ari’i ma femme, lorsque tu te réveilleras demain matin, sort rapidement de ce faré*de fortune et tu verras que mes mains sont des feuilles, que mon corps est un tronc, que mes bras et mes jambes sont des branches et que je suis devenu un arbre portant mon crâne comme un fruit rond. Ma langue sera le cœur de ce fruit. Fais-la rôtir, laisse-la tremper dans l’eau puis enlève sa peau en la battant. Ensuite, goûte sa chair cuite et donne-en à nos enfants. Ainsi, désormais, tes enfants et toi n’aurez plus jamais faim !

*Faré : maison

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Puis, Rua-ta’ata sortit en laissant sa femme dans la grotte avec les enfants endormis.

Le lendemain matin, Rumau-ari’i se leva de bonne heure et constata que l’entrée de la caverne était assombrie par le feuillage d’un arbre splendide, et que quelques-uns de ses fruits mûrs étaient déjà tombés sur le sol nu. Tout se passait comme son mari l’avait annoncé. Elle nomma ce lieu Tua tumu ra’au uru*. C’est alors qu’elle comprit le sens des paroles de son mari, et, tout en pleurant, elle ramassa les fruits, les fit cuire, les goûta, en nourrit ses enfants et en mangea elle-même une part.

*Place de l’Arbre à uru

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Une vie triste mais paisible s’installa alors, jusqu’au jour où les soldats du roi à la recherche de nourriture, découvrirent ce lieu étrange. D’abord, ils aperçurent les peaux épaisses d’un fruit étonnant qui étaient éparpillées sur le sol lisse et desséché. Ils les ramassèrent et après avoir mâché les morceaux de pulpe qui y étaient restés fixés, ils s’écrièrent :

- Comme cette chair est bonne ! Mais, d’où provient-elle ?

Ils se mirent alors à la recherche de l’arbre qui avait porté ce fruit délicieux et, arrivés près de l’ouverture d’une grotte, ils l’aperçurent.

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Rumau-ari’i l’épouse de Rua-ta’ata était auprès de l’arbre et ils l’interrogèrent :

- Dis-nous femme, quel est donc ce fruit étrange ?

Et, en baissant les yeux, très émue, elle leur répondit aussitôt :

- C’est un Uru.

- Et, d’où vient-il ?

  • D’ici, de notre famille, c’est la tête de mon mari Rua-ta’ata qui s’est transformée en arbre par chagrin de nous voir sans nourriture, mes enfants et moi-même.

Ils contemplèrent tous l’arbre bien vert, avec ses longues feuilles découpées et ses branches inclinées vers la terre, pliées sous le poids de ses fruits.

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Soudain, un soldat du roi cueillit les fruits puis arracha l’arbre.

Il l’emmena ensuite dans le jardin royal où il le planta. En quelques jours, l’arbre se couvrit à nouveau de nombreux fruits. La femme du guerrier cuisina quelques fruits pour les offrir au roi.

Noho-ari’i savoura ce met original qu’il trouva fort à son goût. Il promut ce guerrier chef de ses soldats puis, il décida de faire planter des arbres à uru dans tout son royaume.

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Roi de Tahiti

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Ru-mau-ari’i et ses enfants ne pleurèrent pas longtemps la disparition de leur arbre car, au bout de quelques jours, des rejets prometteurs surgirent des racines restées sous terre. Ces nouvelles pousses formèrent rapidement un bouquet d’arbres qui, bientôt, porta de nombreux fruits.

Et c’est depuis ce temps, dit-on, qu’il n’y eut plus jamais de famine dans le royaume de Raiatea.

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Cependant, c’est beaucoup plus tard que des explorateurs blancs et barbus, venus sur d’immenses pirogues à voiles, emportèrent quelques plants vers leurs pays d’origine, puis vers leurs colonies des Antilles et de France Équinoxiale (la Guyane).

Ils appelèrent alors le tumu ra’au uru « arbre à pain » : ses fruits ne devaient-ils pas bientôt devenir le pain quotidien de leurs esclaves noirs ?

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Belle journée au pays des fleuves et des forêts...

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