L’étoile des eaux
Conte d’explication
D’après un conte des Peuples Premiers d’Amazonie
Texte et illustrations d’Alain LANDY 2025
Un conte d’explication ou conte étiologique, ou conte du pourquoi est une histoire, orale ou écrite, visant à donner une explication imagée à un phénomène ou une situation dont on ne connaît pas l'origine. Les contes étiologiques expliquent l'origine du monde, des paysages, de l'homme, des animaux, des plantes, etc. Chaque vision étant typique de l'environnement qui lui est propre, chaque culture possède la sienne. On trouvera donc régulièrement plusieurs versions pour un même motif.
2
Que me contes-tu là ?
3
À propos de la Victoria d'Amazonie…
La Victoria amazonica ou Nénuphar géant, est une espèce de plante à fleur de la famille des Nymphaeaceae.
On attribue souvent à ce nénuphar d'Amérique du Sud les plus grandes feuilles au monde. Cette plante développe en effet des feuilles circulaires de grande taille, flottant solidement à la surface des eaux calmes grâce à la structure géométrique des nervures, et dont les bords relevés leur permettent de repousser les autres plantes, de façon à capter un maximum de lumière. Les feuilles servent ainsi de support à plusieurs espèces d'oiseaux qui les utilisent comme plateforme pour pêcher, ainsi qu'à différents reptiles qui vont y prendre leur « bain de soleil ».
En horticulture, cette espèce spectaculaire est très appréciée, bien qu'elle soit délicate à cultiver loin de l'équateur et ne pousse alors que dans des serres spécialement aménagées.
4
5
Yé krik, yé krak…
Il était une fois en Guyane, en temps lointain, Ñasaindy*, une belle et rêveuse jeune fille qui adorait regarder la lune.
Quand la lune brillait le plus, elle restait assise devant son carbet, en pleine nuit, les yeux fixés vers le ciel. Ainsi, elle attendait que le clair de l’astre de la nuit recouvre toute la terre, brille sur les pripris**, sur les rivières et sur les fleuves, fasse gazouiller les oiseaux et inspire les poètes, les chanteurs et les amoureux …
*Ñasaindy : lune claire en Tupi-Guarani
**Mare, étang en Guyane
6
7
Alors, Ñasaindy rêvait qu’elle s’envolait comme une plume et s’élevait, s’élevait, s’élevait … jusqu’à ce qu’elle atteigne la lune pour devenir l’une de ses enfants.
La déesse de la nuit*, qui observe tout, ressentait une grande tendresse pour elle.
Elle percevait toute la dévotion qu’elle lui dédiait.
C’est pourquoi, dès qu’il apparaissait dans un ciel à peine assombri, l’astre de la nuit projetait son éclat sur la jeune fille et lui caressait tendrement les cheveux.
Ainsi, Ñasaindy s’endormait en rêvant…
*La lune c’est Jaci pour les Tupi-Guarani, la déesse de la nuit.
8
9
Mais, un soir, au lieu de s’asseoir sur le seuil de son carbet, la jeune fille décida d’aller se promener dans la forêt en attendant l’arrivée du clair de lune.
Elle s’approcha d’un grand pripri aux eaux calmes et y posa son regard songeur…
… Et là, Ñasaindy aperçut la lune, toute blanche et lumineuse, comme une belle mariée dans sa robe, reposant sur les eaux endormies du pripri.
La jeune fille tendit ses bras vers l’astre de la nuit. Elle désirait embrasser la lune, se joindre à elle, être sa propre fille.
Et, elle se jeta dans les eaux sombres du pripri pour aller à sa rencontre.
Mais, Ñasaindy ne savait pas nager.
Alors, elle se noya et aussitôt son esprit rejoignit le ciel.
10
11
La lune ressentit une tendresse encore plus grande pour cette jeune fille et songea à la récompenser.
Alors, elle convoqua tous les astres du ciel de la nuit : les étoiles, les planètes, même les comètes ne furent pas oubliées. Elle leur relata l’histoire de Ñasaindy et son acte d’amour. Chacun s’accorda à dire qu’elle méritait un hommage et ils décidèrent à l’unanimité que sa mémoire devrait perdurer à la surface de ces eaux paisibles sous la forme de la plus belle fleur qui puisse exister au monde.
C’est ainsi que Ñasaindy serait transformée en une plante qui flotte et qui, comme les étoiles, brillerait et enchanterait le monde entier.
Mais ce ne serait pas n’importe quelle plante ! Ce serait la plus grande par sa taille mais aussi et surtout, celle qui aurait une fleur d’une inégalable beauté.
Depuis lors, le souvenir de la jeune fille vécu pour toujours avec le nom glorieux de Vitória-Amazonica ( ou Victoria Régia , le plus grand nénuphar au monde).
12
13
TE SOUVIENS-TU ?
14
Les nénuphars
L’étang dont le soleil chauffe la somnolence
Est fleuri, ce matin, de beaux nénuphars blancs ;
Les uns, sortis de l’eau, se dressent tout tremblants,
Et dans l’air parfumé leur tige se balance.
D’autres n’ont encor pu fièrement émerger :
Mais leur fleur vient sourire à la surface lisse.
On les voit remuer doucement et nager :
L’eau frissonnante affleure aux bords de leur calice.
Edmond Rostand
Recueil Les Musardines
15
La lune
Au milieu des nuages, la lune se démène,
Elle joue à cache-cache ou à saute-mouton.
Elle fuit quand on la cherche, elle court, elle se promène,
Puis, s'installe immobile sur le toit des maisons.
La lune fait la folle dans son lit étoilé,
Elle danse, elle caracole en reine de minuit.
Elle aime s’éclipser quand elle est fatiguée.
Sans la lune qui rit, que serait notre nuit ?
Alain LANDY
16
La lune
Ah ! Quel dommage !
La lune fond.
Il n’est plus rond
Son gai visage.
Quelle souris
En maraudage
La prend, la nuit,
Pour un fromage ?
Elle maigrit
17
La lune (suite)
Elle maigrit
Que c’est pitié :
Plus qu’un quartier
Qui s’amincit…
Mais sans souci
Presque au cercueil
La lune rit
Avec un œil.
Maurice Carême
18
Colorie la lune
19
N’OUBLIEZ PAS LES LIENS
20
N’OUBLIEZ PAS LES LIVRES