Endocardite infectieuse��Pr Foudad Hocine�Hôpital militaire universitaire spécialisé Staoueli
Définition - Généralités
l'infection d'une ou plusieurs valves cardiaques ou de l'endocarde pariétal par un micro-organisme, le plus souvent une bactérie.
Septicémie a point de départ endocardique
Maladie peu fréquente : 30 cas/ million d’habitants.
Une mortalité de 15 à 20%
Complications potentiellement mortelles :
• insuffisance cardiaque
• abcès intra - cardiaque, choc septique
• embolies septiques, surtout cérébrales
Cardiopathies a risque
Groupe A : Cardiopathies à haut risque | Groupe B : Cardiopathies à risque moins élevé |
• Cardiopathies congénitales cyanogènes non opérées et dérivations chirurgicales (pulmonaire-systémique) • Antécédents d’endocardite infectieuse | • Valvulopathies : IA, IM, RA • PVM avec IM et/ou épaississement • Bicuspidie aortique • Cardiopathies congénitales non cyanogènes sauf CIA* • Cardiomyopathie hypertrophique obstructive (avec souffle à l’auscultation) |
BACTERIOLOGIE ET PORTE D'ENTREE
1-EI à hémocultures positives : Porte d'entrée non identifiée dans près de 50% des cas.
Staphylocoque (35% des El) |
Staphylocoque aureus (doré): 25% des El. Staphylocoque à coagulase négative : 10% des El. Les lésions anatomiques (perforation, déchirure, rupture) sont en général majeures • Porte d'entrée cutanée +++ : Toxicomane ++ , Furoncle, brûlures, Mal perforant plantaire, etc…..
• Toujours rechercher une cause iatrogène : Cathéters centraux, hémodialyse +++, Sur sondes de PM ou DAI |
Streptocoques oraux (20% des El) |
Streptococcus viridans, sanguis, mitis... Germes peu virulents, responsables de la forme subaiguë d'EI (maladie d'Osler) Sensibles à la pénicilline G en règle générale • Origine buccodentaire et ORL : - Soins ou extractions dentaires, détartrage - Foyers infectieux dentaires (granulomes apicaux) - ORL : sinusites chroniques = la + fréquente des portes d'entrée (jusqu'à 80% selon les séries) • Cas à part de l'EI à pneumocoque : rare mais très grave, souvent associée à une méningite |
Streptocoques du groupe D (13% des El) |
Streptococcus fœcalis ; S. bovis... • Origine digestive : Cancers ou polypes coliques ou du grêle ++ . Sigmoïdites diverticulaires. Angiocholites, pathologie des voies biliaires |
Entérocoques (10% des El) |
Enterococcus fœcalis ; Enterococcus fœcum • Origine digestive et urinaire |
Bactéries du groupe HACCEK (3% des El) |
Bacilles Gram négatif: Hœmophilus, Actinobacillus, Cardiobacterium, Capnocytophage, Eikenella, Kingella • Culture longue + + : garder les hémocultures en culture prolongée • Origine buccodentaire |
Fongiques |
Candida, aspergillose spp • Facteurs favorisants - Cathéters centraux, hémodialyse+++ - Toxicomane +++, immunodépression +++ |
Bacilles Gram Négatifs non HACCEK |
Rares, nécessitent un inoculum important (faible adhésivité aux valves) • Pseudomonas œruginosa le plus fréquent • presque toujours iatrogènes |
2- EI à hémocultures négatives : 10% des El.
Hypothèses à évoquer sont :
1-Infection décapitée par traitement antibiotique
2-Streptocoque déficient à culture difficile : prévenir le bactériologiste
3-Germes du groupe HACCEK : prévenir le bactériologiste
4-Germes intracellulaires : faire les sérologies : Coxiella burnetti, bartonella, mycoplasme pneumoniœ, Chlamydia pneumoniœ, brucella, légionella.
5-Endocardite fongique: Candida dans 75% des cas, faire antigénémie aspergillaire également
Physiopathologie
DÉFAUT VALVULAIRE
Gradient de pression
Turbulence péri valves
BACTÉRIÉMIE
Caillot colonisé par bactéries
Thrombose locale septique
VÉGÉTATION
Obstructions valvulaires
Embolies septiques
Réaction Inflammatoire
et immune prolongée
Caillot fibrino-plaquettaire
Mutilations et
perforations
Fuites valvulaires
Insuffisance cardiaque
Manifestations cliniques
L’association d’une fièvre , souffle cardiaque doit être considérée comme une endocardite infectieuse jusqu’a preuve du contraire.
Signes cliniques principaux
Syndrome infectieux
● Fièvre, le plus constant des symptômes.
● Altération de l’état général, asthénie, frissons, arthralgies …
● Splénomégalie dans 20 à 40 % des cas.
Signes cardiaques
le souffle cardiaque authentifie la localisation de l’infection au niveau de l’endocarde valvulaire et a une valeur diagnostique considérable.
La plus grande valeur est à l’apparition d’un nouveau souffle de régurgitation.
L’absence de souffle ne permet cependant pas d’exclure le diagnostic.
On peut retrouver une insuffisance cardiaque, le plus souvent gauche.
Toute insuffisance cardiaque fébrile doit faire évoquer le diagnostic d’endocardite +++.
Manifestations extracardiaques
Elles sont :
Nodules d’Osler
purpura pétéchial
placards érythémateux palmoplantaires de Janeway
purpura conjonctival
taches de Roth
Recherche d'une porte d'entrée+++: lésions cutanées, notion de soins dentaires, d'explorations invasives ……
DIAGNOSTIC
hémocultures et l’échocardiographie
PET scanner
Scintigraphie aux leucocytes marqués
1- les hémocultures … conditions
2- Echocardiographie: examen capital
ETT: toujours.
ETO : systématique en cas d'ETT positive ou d'ETT négative avec suspicion clinique forte d'endocardite.
Recherche de végétations = éléments hyperéchogènes mobiles avec la valve.
Recherche une fuite mitrale ou aortique (de grande valeur si elle n'existait pas auparavant) = cardiopathie sous-jacente et/ou lésions induites par l'endocardite.
Permet de préciser le mécanisme des lésions (mutilations valvulaires, perforations, ruptures de cordage) et la sévérité de la fuite.
Apprécie le retentissement des dégâts valvulaires: dilatation VG, dysfonction VG, HTAP.
Dépiste des complications comme un abcès de l'anneau ou du trigone mitro-aortique, un pseudo-anévrisme, une fistule, une désinsertion de prothèse qui imposent souvent une chirurgie en urgence.
• Si la 1 ère ETO est normale mais que la suspicion clinique d'EI persiste, ne pas hésiter à répéter l'ETT et l'ETO à 8 jours.
Végétations
Abcès privalvulaire
3-Scanner cardiaque
• détecter des abcès, des fistules non diagnostiqués de manière formelle par l'ETT + ETO, notamment chez des patients déjà opérés avec prothèse en place : un critère majeur d'EI.
4-TEP-scanner au 18F-FDG et/ou scintigraphie aux leucocytes marqués
• Très intéressant notamment pour confirmer le diagnostic d'EI sur prothèse ++ .
• Une fixation anormale autour de la prothèse valvulaire (au 18F-FDG-TEP scanner ou scintigraphie aux leucocytes marqués ) : un critère majeur d'EI.
• La scintigraphie aux leucocytes marqués a une spécificité proche de 100%. En cas de fixation pathologique, elle confirme le diagnostic d'endocardite active.
TEP-scanner : hyperfixation autour d’une prothèse
Bilan biologique standard :
Glycémie, bilan rénal et hépatique, ionogramme, BU+/- protéinurie des 24 h
Le compte d’Addis : une hématurie microscopique
VS et CRP : sont augmentés.
Autre élément du syndrome inflammatoire : augmentation modérée fibrinogène des gammaglobulines.
FNS :
Anémie très fréquente de type inflammatoire
Hyperleucocytose. Parfois leucopénie.
Thrombopénie
Examens immunologiques :
- Chute du complément total (CH5O) et de ses fractions C3
- Fausse sérologie de syphilis + : VDRL +, TPHA -
- Existence du facteur rhumatoïde
- Présence d’immuns complexes
Sérologie VIH ; sérologies hépatites B et C si toxicomanie
Fond d'œil : nodules de Roth, recherche de candidose vitréenne chez le toxicomane
Radio du thorax.
ECG quotidien ++:
Recherche de trouble de la conduction en faveur d’un abcès septal.
Scanner cérébral et thoraco-abdomino-pelvien :
Systématique, à la recherche d’embolie infraclinique.
Recherche d’une porte d’entrée :
ECBU
Panoramique dentaire
Radio des sinus
Consultation ORL et stomatologie.
Au total : le diagnostic de l’endocardite infectieuse est établi selon les critères de Duke.
Endocardite certaine :
Endocardite possible :
Endocardite non retenue = endocardite exclue :
Diagnostic alternatif certain ou résolution des signes cliniques avec une antibiothérapie < 4 jours ou absence de preuve anatomopathologique (autopsie, chirurgie) ou ne remplit pas les critères d'une El possible
COMPLICATIONS
1-Complications cardiaques
• L'insuffisance cardiaque et/ou OAP :
C'est la complication cardiaque la plus fréquente (50% des El). Liée aux mutilations valvulaires (perforations) ou aux désinsertions de prothèse.
Nécessite une intervention chirurgicale en urgence.
• Extension locale: abcès de l'anneau, infiltration de la paroi aortique (faux-anévrisme, fistule auriculo-ventriculaire). Nécessite une intervention chirurgicale en urgence
• Troubles conductifs : l'apparition d'un trouble de la conduction auriculo-ventriculaire fait suspecter la présence d'un abcès du septum. Le traitement chirurgical s'impose d'urgence.
• Troubles du rythme ventriculaire : mauvais pronostic+++ , en général en rapport avec des abcès myocardiques.
• Abcès myocardiques : complication cardiaque la plus grave (20 % de la mortalité des endocardites) secondaires à des embolies coronaires et surviennent surtout
en cas d'infection par staphylocoque doré ou entérocoque.
• Péricardites et myocardites : complications rares, dont la pathogénie est mal connue (mécanisme immunologique ???).
• Rechute : si les lésions ne sont pas complètement stérilisées (traitement antibiotique insuffisant).
2-Complications infectieuses
Elles sont surtout au 1er plan en cas d'endocardites infectieuses aiguës à germes virulents où le risque de choc septique est important.
3-Complications emboliques
Complication extracardiaque la plus fréquente (30 à 50% des endocardites) ; parfois asymptomatique. Le risque dépend de la taille des végétations.
Elles peuvent toucher tous les viscères (cerveau+++ , rate++ , rein, mésentère), ainsi que les articulations et sont responsables de localisations infectieuses secondaires pouvant entraîner des pyélonéphrites, des spondylodiscites, des arthrites, des méningites, des abcès spléniques avec risque de rupture ...
Plus fréquentes au début de l'évolution de l'endocardite.
4-Anévrismes mycotiques
• Le mécanisme est plurifactoriel : dépôts de complexes immuns, embolies des vasa vasorum, atteinte septique directe de la paroi (staphylocoques).
• Ils siègent plus fréquemment sur les vaisseaux du cerveau, sinus de Valsalva, aorte abdominale et ses branches, artères pulmonaires. Leur symptomatologie dépend de leur localisation.
• Dépistés par scanner et IRM ; confirmés par artériographie si besoin.
• Ils peuvent nécessiter une embolisation, notamment les anévrismes mycotiques cérébraux. contre-indiquent l'utilisation d'anticoagulants à doses curatives, sauf cas particulier (FA, prothèse mécanique). L'anticoagulation préventive n'est en revanche pas contre indiquée.
5- Complications rénales :
6-Complications neurologiques
FORMES CLINIQUES
A. LES ENDOCARDITES DU CŒUR DROIT
• Toxicomanie IV dans la majorité des cas +++++ (séropositivité VIH= facteur favorisant).
• Germes les plus fréquents : Staphylococcus aureus ++++++, Pseudomonas œruginosa, BGN, Candida.
• Les symptômes habituels : la fièvre et les signes en rapport avec une EP ou une complication pulmonaire (toux, douleur thoracique d'allure pleurétique, hémoptysie ... );
• Les complications pulmonaires sont très fréquentes: embolies pulmonaires septiques, infarctus, abcès pulmonaires, pneumopathies
• Pronostic favorable : moins de 10% de mortalité.
• Les indications opératoires sont extrêmement limitées
• Pas d'indication à une anticoagulation curative en cas d'EP septiques
B. ENDOCARDITES SUR PROTHESE VALVULAIRE
• Diagnostic très difficile.
• ETT + ETO indispensables.
• Apport du PET-scanner ou de la scintigraphie aux leucocytes marqués ++ et de la TDM cardiaque dans le diagnostic ++++ .
• Les principales complications : la désinsertion de prothèse, la thrombose de prothèse par les végétations, les embolies systémiques et l'abcès de l'anneau.
• Elles sont de 2 types :
Précoces:
x Moins d' 1 an après l'implantation de la valve.
x Il s'agit d'une contamination per ou péri-opératoire.
x Les germes sont en général: staphylocoque, Candida ou BGN.
x Discuter une chirurgie précoce ++.
Tardives:
x Survenant plus d' 1 an après la chirurgie, se rapprochent des endocardites valvulopathie native.
x Le germe est habituellement celui des El sur valve native : Critères opératoires des El sur prothèse : identiques aux indications opératoires des El sur valve
native
C. ENDOCARDITES SUR SONDES DE PACEMAKER OU DAI
pacemaker
Endocardite sur ondes de pacemaker
TRAITEMENT
A. MESURES GENERALES
• Hospitalisation, en USIC ou Réanimation dans les formes sévères.
• Traitement de la porte d'entrée +++.
• Traitement symptomatique de l'insuffisance cardiaque
• Contre-indication du traitement anticoagulant à doses curatives sauf nécessité absolue (prothèse mécanique par exemple).
• Anticoagulation préventive
• Surveillance :
B. TRAITEMENT ANTIBIOTIQUE
• L 'antibiothérapie doit être :
C. TRAITEMENT CHIRURGICAL
- 3 timings possibles :
Indications :
Insuffisance cardiaque
- EI aortique ou mitrale avec un œdème pulmonaire réfractaire ou un choc cardiogénique : Extrême urgence
- EI aortique ou mitrale avec insuffisance cardiaque ou signes de mauvaise tolérance hémodynamique : Urgence
Infection non contrôlée
Prévention des embolies
MERCI