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UNE ÉTRANGE DISPARITION À MONT-SINÉRY

Alain LANDY 2026

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MONTSINÉRY

L’habitation sucrerie de Montsinéry, appelée également Mont-sinéry ou Grand-Montsinéry, est à l’origine un grand domaine foncier concédé à Pierre Eléonore, marquis seigneur de La Ville de Férolles, major à Cayenne en 1677 puis gouverneur de Guyane du 03 septembre 1690 jusqu’à sa mort survenue le 05 août 1705. C’est l’une des plus anciennes habitations de la commune, qui fonctionna pendant un siècle de la fin du XVIIème siècle jusqu’à la période de la Révolution (1793).

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Il était une fois en Guyane, au temps de l'esclavage.

Un jour, le gouverneur de la colonie fut averti que le maître de l'Habitation Montsinery avait disparu sans laisser de traces pendant la nuit.

Sa jeune épouse avait dépêché un messager à Cayenne pour l'avertir personnellement.

Mais que s'était-il donc passé ?

Toutes les hypothèses étaient possibles.

Le représentant du roi de France ne pouvait pas laisser l'un de ses colons disparaître ainsi.

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Il demanda alors qu'un enquêteur se rende sur place le plus rapidement possible pour élucider cette étrange affaire.

L'enquête fut confiée à un capitaine connu et reconnu pour être un fin détective.

Cet officier de la marine royale avait en charge la police qui traitait en particulier les affaires impliquant des colons.

Les recherches durèrent quelques jours et voici le rapport d’enquête qu’il fit remettre au gouverneur à son retour à Cayenne.

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Monsieur le Gouverneur

 

Concernant la disparition du maître de l’Habitation Mont-sinéry sucrerie, j’ai l’honneur de porter les faits suivants à votre connaissance.

J’ai interrogé l’un de ses esclaves de maison qui m’a affirmé avoir entendu des cris horribles la nuit de sa disparition, aux alentours de minuit.

Un second esclave de maison m’a confirmé par deux fois avoir vu, cette même nuit, plusieurs démons emporter une dépouille en direction d’un ciel sans lune et sans étoiles (je reprends ici ses termes).

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Une négresse* de la plantation m’a rapporté une incroyable histoire concernant son fils.

Comme c’est une femme très pieuse, je ne peux douter ni de sa parole, ni de la véracité de ses propos.

D’après ses dires, l’enfant aurait fait fuir Satan en lui tendant une croix et en lui disant « Baca mon crucifix » alors que ce dernier lui présentait sa main velue en lui demandant « Baca la main mon enfant ».

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Cette même asservie m’a affirmé qu’une autre femme du village des esclaves, dont elle tairait le nom pour sa sécurité, avait découvert par indiscrétion que le maître de cette Habitation pactisait avec le diable. Il aurait passé avec le maître des enfers un contrat qui lui offrait une vie somptueuse, facile et dépravée. L’une des clauses de cet accord était que, chaque année, à la même date, il lui livrerait l’âme d’un enfant de sa propriété pour profiter encore et toujours de cette vie de débauche. Et elle a terminé en précisant que ce qui était arrivé à ce mécréant cruel et sans pitié qui s’en prenait à leurs enfants, n’était que le résultat d’une volonté du Créateur et de son fils.

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Monsieur le Gouverneur, vous jugerez par vous-même de ces témoignages.

Mais, à ce jour, il m’est impossible de trouver d’autres éclaircissements à cette fâcheuse affaire.

 

Votre très humble et très obéissant serviteur.

Pierre de Donadieu

A Cayenne le 15 avril 1783

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De toute cette étrange histoire, il nous reste en Guyane une légende : celle de Baca la main, baca mon crucifix que les gangans racontent aux enfants pour les préserver et que l’écrivain guyanais Michel Lohier a immortalisée dans son ouvrage : Légende et contes de Guyane à la page 29 .

*Au temps de la colonie, nègre et négresse étaient des termes très utilisés dans les courriers. Aujourd’hui ils sont souvent interdits d’utilisation dans le langage et l’écriture de certains pays comme le Canada.

Histoire du terme « nègre » — Wikipédia

Texte source :

Cric !… Crac ! : conte de « Baca la main

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