ANALYSER DES MANUELS SCOLAIRES
IFR 28
1/ Les manuels scolaires au cœur de nombreux débats
Brochure d'Education Nouvelle Populaire, 1937. Dossier pédagogique de l’Ecole Moderne n°7, Supplément au numéro 6 du 15 novembre 1964
Il y a quarante ans, j’écrivais un livre, qui fut d’ailleurs notre première édition : Plus de manuels scolaires !
C’était alors plus un mot d’ordre qu’une possible réalité immédiate. Les manuels scolaires étaient rois. Ils le sont devenus plus encore, mais notre action nous a valu de réelles conquêtes puisque, pour la première fois dans notre histoire, les Instructions ministérielles reconnaissent, pour certains cours du moins, la nocivité des manuels et la nécessité de les remplacer par une autre technique.
Et les I.M. ont pu émettre aujourd’hui cette opinion parce que la possibilité existe maintenant de remplacer la technique des manuels scolaires et des leçons par une autre technique, celle-là même que nous avons longuement mise au point et rendue possible dans les classes par nos réalisations pédagogiques.
Quand nous avons lancé notre mot d’ordre Plus de manuels scolaires, on a cru que nous partions en guerre contre les livres et que nous préconisions une école où les enfants feraient leurs propres livres, pour lesquels ils se contenteraient de leur propre expérience, manifestée dans leur expression libre.
Je sais malheureusement que cette fausse interprétation de nos efforts est loin d’être disparue et que longtemps encore des personnes ignorant totalement notre pédagogie mais intéressées pour diverses raisons, au maintien de l’ordre établi, iront répétant que nous sommes contre l’étude génératrice de connaissances, et contre les livres qui nous apportent l’essentiel de l’expérience humaine passée et présente.
A une technique de travail qui utilise 3, 5, 10 livres-synthèse, trop souvent indigestes, comme toute synthèse, nous substituons une autre technique de travail dans laquelle l’enfant puise son savoir dans des milliers de livres, de fiches, de disques, de bandes magnétiques, sans compter le grand livre de la nature et du milieu social dans lesquels nous puiserions, en définitive nos plus profondes richesses.
C’est cette technique de travail que nous voulons vous exposer pour que vous l’introduisiez le plus tôt possible dans vos classes.
Après avoir fait un rapide procès de la technique des manuels, nous exposerons ce qu’est, ce que peut être dorénavant la technique de remplacement dans laquelle les éducateurs s’engagent et s’engageront immanquablement. (…)
Manuels scolaires ou Pédagogie moderne ! Ce n’est pas seulement une question de mots ou de mode. C’est tout le comportement pédagogique et psychologique qui est en cause.
- Les Manuels scolaires sont nés - dans leur forme évoluée et presque généralisée actuelle - dans une époque où les enfants avaient en effet tout à apprendre d’un monde qu’ils ignoraient et dont la connaissance était jugée souhaitable.
J’ai vécu, au début du siècle une école sans manuel. Nous avions un livre de lecture, aride et nu, mais aucun manuel ni d’histoire, ni de géographie, ni de sciences ou de leçons de choses. Le maître nous dictait des résumés cueillis dans le journal pédagogique qu’il recevait. Nous copiions ces résumés et nous les récitions. C’était toute notre culture. C’était évidemment maigre et insuffisant.
Si nous en étions encore là, certes, les manuels scolaires actuels seraient pour nous une incomparable richesse. Techniquement, nous n’avions pour nos travaux aux champs et nos déplacements vers les villages voisins que les ânes et les chars à bancs. L’auto du député qui venait au moment des élections, nous apparaissait alors comme un luxe dont nous ne pourrions jamais approcher. Ce n’est donc pas le manuel scolaire en soi que nous critiquons, mais l’usage qu’on en fait. C’est cet usage, bénéfique au début du siècle, qui est aujourd’hui dépassé et qu’il nous faut remplacer.
- Les manuels scolaires étaient donc l’expression d’une forme de classe, d’une forme d’instruction prévue pour des enfants qui n’avaient pas d’autre possibilité de s’instruire, et à qui il fallait tout apporter, bien ou mal, bon gré mal gré.
Le corollaire de cette forme d’instruction, c’est la leçon magistrale : le maître explique, apporte les connaissances qu’il juge utiles et indispensables, il opère les démonstrations nécessaires, puis il dicte ou fait copier des résumés à étudier.
La nécessité du manuel
Le manuel scolaire soutient le maître, il permet à l’élève de revoir, d’étudier sa leçon, mais le processus reste le même : on ne fait aucun fond sur l’expérience possible des enfants. C’est l’éducateur seul, aidé par le manuel, qui apporte la connaissance.
La méthode et les buts sont tellement identiques que certains maîtres, surtout au second degré, dictent leurs cours, que les élèves doivent noter au passage pour le reproduire sur leurs cahiers de cours, le manuel faisant alors double emploi et restant parfois même inemployé.
Ou bien le maître se contente de suivre le manuel scolaire, son cours étant celui du manuel. C’est alors le cours qui deviendrait inutile
Un support pédagogique
Dans certains cas, de plus en plus fréquents, le maître - professeur ou instituteur - prend le manuel pour base, mais essaie d’animer autour, des travaux et des recherches qui sont une amorce vers une pédagogie moderne.
D’ailleurs la plupart des manuels scolaires actuels tiennent un large compte de cette tendance progressiste en indiquant, à la suite de leurs leçons des recherches à faire, des enquêtes à exécuter, des expériences à préparer, à tel point que certains manuels peuvent être considérés comme une base valable pour une pédagogie rénovée.
Le manuel anti-pédagogique ?
C’est une étape, par laquelle passeront nombre de nos camarades. Il n’en reste pas moins que, par le manuel et la leçon, l’élève écoute et obéit au lieu d’agir et de créer ; que tous les enfants doivent aller au même pas - ce qui est la négation de toute éducation, chacun d’eux ayant nécessairement ses possibilités particulières et son rythme; que chaque élève travaille pour lui, avec son livre, avec lequel il fait ses exercices et que donc cette part éminente, de plus en plus recommandée de travail collectif et en équipe d’expérience et de recherche, n’y a point de place.
Et c’est pourquoi nous disons que les manuels scolaires tels qu’ils sont aujourd’hui sont un frein à une bonne éducation, et que c’est vers une autre forme d’école qu’il faut nous orienter, sans manuels et sans leçons.
Interview de Dominique Borne,
inspecteur général
Le Monde, 7 novembre 1998
Les manuels modernes
2. Les manuels scolaires: un objet hybride
3. Comment analyser des manuels scolaires ?
Grille d’analyse
Grille d’analyse
Grille d’analyse
Grille d’analyse
Grille d’analyse
4. Articuler ses lectures et les matériaux recueillis dans la grille d’analyse�
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