IL ÉTAIT UNE FOIS �St GEORGES DE L’OYAPOCK
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Texte et illustrations d’Alain LANDY 2023
IL ÉTAIT UNE FOIS MA GUYANE !
LIRE EN DIAPORAMA
« L’Homme ne voit le monde qu'à travers les yeux de sa propre culture » Lao-Tseu
« Les transmissions ne sont pas simplement d'ordre héréditaire, mais sont aussi culturelles ». Lev Vygotski, Psychopédagogue Biélorusse
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AVANT-PROPOS
Curieux comme un pian, après un déplacement professionnel dans les communes proches de l’Oyapock, je demandais à Auxence Contout*, lors de nos nombreuses discussions autour de l’histoire de la Guyane, s’il savait qui avait donné le nom de Saint Georges à la deuxième sous-préfecture de notre DOM :
Pour honorer la mémoire et la jovialité de mon ancien voisin, voici une nouvelle historique que j’ai imaginée...
NB : Une nouvelle historique n'est pas un fait historique mais une broderie littéraire imaginée autour d'un fait.
* Écrivain guyanais très féru d’histoire locale.
Alain, merci pour l’ouvrage que vous m’avez dédié !
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BIENVENUE AU PAYS
DES FLEUVES ET DES FORÊTS :
LA GUYANE
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- Je m’appelle TI'IWAN et je suis un jeune garçon Téko. Téko, c’est un mot qui veut dire « nous » dans ma langue maternelle. Mon père et mon grand-père me racontent souvent des histoires de pêche, de chasse ou de batailles contre d’autres tribus ou contre ces Blancs barbus qui sont arrivés sur d’immenses pirogues à voiles et qui continuaient de nous appeler les Émérillons. C’est ainsi qu’il m’a appris ce qui était arrivé à toute la région des marais proche du fleuve Oyapock, où nous allions pêcher le vorace aïmara ou flécher le caïman aux yeux rouges.
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Un soir, ils m’ont raconté le temps des hommes en grande robe noire ou grise qui étaient venus avec des travailleurs à la peau couleur charbon de bois. Ils m’ont expliqué qu’ils leur faisaient déboiser puis défricher nos terres pour y planter d’étranges joncs qu’ils ramassaient puis pressaient pour en extraire un jus suave pour préparer une boisson qui les rendaient aussi joyeux que nous quand nous buvons notre cachiri*.
*Cachiri : boisson alcoolisée faite à partir du manioc.
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Et ils m’ont expliqué qu’il y avait parfois des marchands blancs étranges qui vendaient aux hommes en robe noire ou grise, ces hommes ou ces femmes à la peau noire de charbon, enchaînés comme des animaux. Il y en avait surtout un qu’ils appelaient entre eux le Batave. Un Hollandais comme ils disaient, à l’air méchant, le fouet toujours à la main, qui ne voulait être payé qu'avec des pièces en or qu’il mordait pour savoir si ce n’était pas des fausses.
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Et puis un jour, les marchands, les hommes et les femmes noirs, leurs maîtres en robe, ont quasiment disparu de nos terres et, quelques dizaines de lunes plus tard, d’autres hommes en costume rayé, enchaînés eux aussi les uns aux autres, sont arrivés avec des lances à la tête plate comme une raie d’eau douce et des longues haches aussi pointues que les dents du poisson vampire. Ces curieux ouvriers étaient encadrés par des guerriers armés d’espèces de bâtons qui crachaient parfois du feu. Ces gardiens étaient tout habillés de blanc, avec un étrange chapeau rond sur la tête.
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Et, c’est pendant les travaux de remblaiement des marais et de déforestation, que l’un de ces hommes en costume rayé a trouvé une curieuse pièce métallique ronde qui brillait au soleil. Il la cacha presque aussitôt dans sa bouche mais, c’était déjà trop tard : d’autres prisonniers l'avaient vue.
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C’était une pièce de monnaie en or comme celles que les marchands d’hommes et de femmes noirs utilisaient pour faire leur troc. Et le soir, comme ils se battaient dans leur grande case commune pour avoir la pièce brillante, le guerrier qui les surveillait est venu les séparer et a récupéré la belle monnaie dorée. Mais, comme tout le monde était maintenant au courant, il ne pouvait plus la garder pour lui. Il devait la remettre à ses chefs.
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Sur cette pièce en or, il y avait d’un côté un roi et de l’autre, un chevalier qui tuait une espèce d’iguane géant avec des ailes de chauve-souris. Il parait qu’ils appellent cet étrange animal un dragon. Quand le gardien a porté cette pièce d’or au commandant du camp, celui-ci lui a précisé que le roi s’appelait Georges et que ce guerrier à cheval qui tuait un dragon c'était Saint Georges : un héros qui ressemble au Saint Michel de la Bible, leur livre de prière, que les hommes en robe noire ou grise lisaient souvent à nos frères ou à leurs esclaves à la peau couleur charbon de bois pour les convertir.
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Alors, mes ancêtres ont appris plus tard qu’un certain monsieur Martin Fourichon, le grand chef blanc local, gouverneur de la colonie de la Guyane française, avait décidé que, par arrêté du 23 avril 1853, ce nouvel établissement pénitentiaire s’appellerait désormais Saint Georges à cause de la pièce de monnaie retrouvée sur place.
Et que ce nouveau bagne, c’est comme cela qu’ils appelaient leurs villages de prisonniers, aurait une vocation agricole et forestière.
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Mais, en raison des maladies tropicales, surtout la fièvre jaune et le paludisme, ce bagne fut l’un de ceux où la mortalité fut la plus forte de toute la colonie. Et, face à cette hécatombe, les chefs blancs y envoyèrent désormais que les condamnés d'origine africaine jugés plus résistants à ce type de climat. Comme le taux de mortalité ne faiblissait pas, le camp fut fermé en 1863.
Comme nous, les Tékos, étions peu nombreux, tout notre peuple a vu ces changements s’opérer sur nos terres, sans avoir un seul mot à dire !
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Cependant, les progrès de la médecine, surtout le vaccin contre la fièvre jaune (créé en 1936), permirent à une population de construire un village puis, une belle petite ville qui porte désormais le doux nom de Saint Georges de l’Oyapock. En le déformant un petit peu, ils ont quand même gardé le nom que nous avions donné à ce grand fleuve qui coulait sur notre territoire!
Grâce à son pont à haubans inauguré le 20 mars 2017, qui facilite le commerce avec son immense pays voisin, le Brésil, Saint Georges de l’Oyapock peut désormais prospérer dans la moiteur de son climat équatorial...
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Mais c'est surtout grâce à la découverte d'or en 1885, dans la rivière Camopi, située plus au sud, que Saint-Georges se repeupla en devenant le camp de base qui ravitaillait les orpailleurs. Dans la première moitié du 20 ème siècle, le bourg se restructura et ce n'est qu’en 1946 que la commune de Saint-Georges de l'Oyapock fut officiellement créée.
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Saint Georges de l’Oyapock eut alors droit à ses armoiries que l’on peut expliquer ainsi :
Les deux cabosses sont les fruits du cacaoyer qui rappellent les anciennes plantations.
La croix évoque les missions des Jésuites dans la commune.
Le coq-de-roche est ici le représentant typique des oiseaux du nord de l'Amérique du Sud.
L'arc et la flèche symbolisent la devise de la commune : « M'arc boute, poc à poc ». Ce qui signifie que, quand l'arc est bouté, c'est-à-dire tendu, les deux extrémités se touchent.
L’Amérindien et le jaguar sont une référence locale à la légende de Saint-Georges terrassant le dragon : l’homme qui combat le mal qui a pris ici la forme d’un fauve local.
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Bienvenue à Saint Georges de l’Oyapock et dans sa belle région.
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QUELQUES QUESTIONS...
Pour réfléchir et débattre...
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PISTES PÉDAGOGIQUES :
Autour de la Guyane (histoire, géographie, faune, flore climat, maladies, etc, etc...)
Autour de la traite négrière en Guyane
Autour des bagnes
Autour de l'orpaillage
Autour des noms des villes et des villages de Guyane
Autour des Peuples Premiers de Guyane
Changer de point de vue :
Faire raconter la même histoire par :
Etc, etc, etc...
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https://lejournal.cnrs.fr/nos-blogs/le-blog-des-sept-bornes/la-riviere-camopi-et-les-teko
https://www.entreprendre-en-guyane.fr/histoire-de-la-guyane/
https://cest-pas-sorcier.fr/cest-pas-sorcier-amerindiens-de-guyane-des-peuples-oublies/
https://landyschool.blogspot.com/2019/01/un-regard-sur-la-traite-en-guyane.html
https://www.enap.justice.fr/sites/default/files/livre_peintres_du_bagne_plaquette_sept2019.pdf
https://landyschool.blogspot.com/
Illustrations tirées de Manioc et peintures de Francis Lagrange et Louis Grilly
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Z | D | G | W | A | Y | Â | P | I | X | Q | W |
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R | Z | F | T | R | L | Q | J | K | P | M | E |
A | L | T | K | Z | O | H | T | Y | T | W | Z |
W | K | P | A | Y | K | W | E | N | E | H | P |
A | X | A | L | K | O | T | H | G | K | W | X |
K | T | Y | I’ | R | N | N | P | Q | O | X | V |
A | B | R | N | L | O | X | A | R | P | M | H |
H | N | L | A | K | L | M | P | O | V | T | R |
X | K | P | O | W | A | Y | A | N | A | P | X |
H | L | A | Z | E | R | T | Y | U | O | H | M |
MOTS MÊLÉS
AUTOUR DES PEUPLES AUTOCHTONES DE GUYANE
RETROUVE LEURS 7 NOMS DANS LE TABLEAU
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Z | D | G | W | A | Y | Â | P | I | X | Q | W |
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R | Z | F | T | R | L | Q | J | K | P | M | E |
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K | T | Y | I’ | R | N | N | P | Q | O | X | V |
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H | L | A | Z | E | R | T | Y | U | O | H | M |
MOTS MÊLÉS
AUTOUR DES PEUPLES AUTOCHTONES DE GUYANE
CORRECTION
RETROUVE LEURS 7 NOMS DANS LE TABLEAU
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Vous retrouverez aussi les Peuples Premiers de Guyane dans mon ouvrage !
Et aussi dans celui-ci !