Histoire des femmes
Histoire du genre
L'histoire saisie par le genre et la différence des sexes
L’histoire des femmes et l’histoire des genres
(Fabrice Virgili - Vingtième Siècle 2002 )
Historiographie des femmes et du genre
Michelle Zancarini-Fournel
Yannick Ripa
Le 19ème siècle : LA femme
1849
L’école méthodique et les Annales
Les femmes “sont tout simplement invisibles comme Suzanne Dognon-Febvre, agrégée, qui arrête son doctorat dès son mariage pour élever ses enfants et assister son mari, ou encore Simone Vidal-Bloch dont le travail de préparation de notes de recherche ou de relecture des manuscrits ne fut jamais signalé par son mari. Ainsi deux des plus grandes figures de l’historiographie française ont largement bénéficié du travail de leur épouse ou assistantes sans que celles-ci en aient obtenu la moindre reconnaissance” (Fabrice Virgili)
http://www.univ-paris1.fr/fileadmin/Axe_de_recherche_genre/Seminaires/VING_075_0005.pdf
Les femmes et les Annales
Cet essai analyse le rôle marginalisé des femmes dans les études historiennes des Annales de la première génération, en commençant par le travail de l’ethnographe et historienne juive autrichienne Lucie Varga et l’aide non rémunérée de Suzanne Dognon-Febvre et de Simone Vidal-Bloch. Il explore ensuite la formation supérieure et les carrières des femmes qui avaient un lien avec les Annales depuis leur fondation en 1929 jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale (...). L’École pratique des hautes études se révèle pour ces femmes un cadre accueillant pour l’acquisition de formation supérieure, sans conduire à un poste universitaire. Elles suivent des trajectoires professionnelles de bibliothécaire, d’archiviste, d’éditrice ou d’enseignante pour les élèves de Sèvres. Le texte se conclut sur une réflexion sur le tribut intellectuel payé dans leur travail respectivement par Lucien Febvre et Franck Borkenau à leurs épouses, Varga et Dognon.
https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/les-femmes-dans-les-annales
Les pionnières -iers des années 1970
Historiennes, féministes et militantes
Women studies
Joan Scott est l’auteure de nombreux travaux sur le genre, le féminisme et la citoyenneté. Chercheuse mouvante et plurielle, elle a évolué de l’histoire sociale marxiste à l’histoire des femmes, puis, dans le courant des années 1980, de l’histoire des femmes à l’histoire du genre dont elle a été une des premières théoriciennes. Ces historiographies engagées furent à chaque fois pour Joan Scott matière à une réflexion critique, susceptible d’éclairer les points aveugles des systèmes sociaux de la Révolution française à nos jours. À la recherche des paradoxes de l’histoire, son parcours traduit également un combat contre la naturalisation des différences et des inégalités qui en découlent. Historienne et féministe critique, elle (...) n’a cessé de souligner les enjeux politiques, sociaux et même fantasmatiques que permet d’appréhender la conceptualisation de la différence des sexes. http://www.laviedesidees.fr/Joan-W-Scott-ou-l-histoire.html
J.W. Scott
1986,
Le genre une catégorie utile d’analyse historique
Le féminisme A70
La conquête des droits, du corps, de la parité
2015
« Les femmes ont-elles une histoire ? »
(Séminaire de Michèle Perrot, 1973)
« la cécité de l’histoire envers la dimension sexuée des phénomènes, la découverte de la richesse du sujet, le sentiment de donner enfin un passé aux femmes ont poussé [les chercheuses] à focaliser leurs recherches sur les femmes en histoire, à écrire ce que l’on peut appeler l’histoire au féminin »
F. Thébaut
Colloque 1983
Publication
1984
Colloque 1997 - publication 1998
L’histoire des opprimées
« L’histoire des femmes a d’abord été celle de leur oppression ; femmes battues, trompées, humiliées, violées, sous-payées, abandonnées, folles et enfermées…on a fait l’inventaire des malheurs féminins, sans toujours s’interroger sur les mécanismes de la domination, en en voyant plutôt les effets ; histoire nécessaire, mais déprimante aussi »
M. Perrot
1998
L’imaginaire-écran de la féminité
Quand, comment, pourquoi Georges Duby s’est-il intéressé à l’histoire des femmes, au point d’en faire le centre de son oeuvre dernière ? Une lecture, même cavalière, de ses écrits montre un intérêt croissant à partir du milieu des années 1970, en même temps qu’un changement de perspective. D’abord victimes d’un « mâle moyen-âge » qui les utilise comme un « leurre » jusque dans l’amour courtois, les femmes apparaissent, à un examen plus attentif, comme « dotées d’une puissance singulière ». Du moins les Dames, seules connaissables. Toutefois le regard de l’historien a du mal à percer la barrière d’un imaginaire qui opère comme un écran, à la fois obstacle et espace de projection des fantasmes masculins.
Michelle Perrot, 1998, https://clio.revues.org/312
1981
La domination masculine est tellement ancrée dans nos inconscients que nous ne l’ apercevons plus, tellement accordée à nos attentes que nous avons du mal à la remettre en question. Plus que jamais, il est indispensable de dissoudre les évidences et d’explorer les structures symboliques de l’inconscient androcentrique qui survit chez les hommes et chez les femmes. Quels sont les mécanismes et les institutions qui accomplissent le travail de reproduction de l’« éternel masculin » ? Est-il possible de les neutraliser pour libérer les forces de changement qu’ils parviennent à entraver ?
1998
Georges Duby, Arlette Farge, Genevièvre Fraisse, Pauline Schmidt-Pantel, Michèle Perrot, Françoise Thebaud,Natalie Zemon-Davis...
Histoires des femmes
Des revues
1979 à 1985
Revue fondée en 1995
L’histoire, revue de vulgarisation grand public
Le genre
le sexe social : féminité/masculinité,
construction et déconstruction des catégories
Rapports de domination
Concevoir les catégories -
Repenser les nomenclatures
1927
1996
Le mot "sexe"se réfère davantage aux caractéristiques biologiques et physiologiques qui différencient les hommes des femmes.
Le mot "genre" sert à évoquer les rôles qui sont déterminés socialement, les comportements, les activités et les attributs qu'une société considère comme appropriés pour les hommes et les femmes.
"Les hommes" et les "femmes" sont deux catégories de sexes, tandis que des concepts "masculins" et "féminins" correspondent à des catégories de "genre".
https://www.who.int/gender/whatisgender/fr/
Nommer les groupes d’individus (les catégories)
Ceux qui se proposent de codifier les sens des mots luttent pour une cause perdue car les mots, comme les idées et les choses qu'ils sont faits pour signifier, ont une histoire. (...) Mary Wortley Montagu ajoutait du mordant à sa dénonciation du "beau sexe" ("ma seule consolation d'appartenir à ce genre est d'être sûre que je ne vais jamais épouser une d'entre elles") en faisant un usage délibérément erroné de la référence grammaticale. A travers les siècles, les gens ont utilisé de façon figurée des termes grammaticaux pour évoquer des traits de caractère ou des traits sexuels. Par exemple, l'usage proposé par le Dictionnaire de la langue française de 1876, est : "On ne sait pas de quel genre il est, s’il est mâle ou femelle, se dit d'un homme très caché, dont on ne connaît pas les sentiments"
J. W. Scott, « Genre : une catégorie utile d’analyse » in Les Cahiers du grif, 37-38, 1988, p. 125.
De l’histoire des femmes au genre
Malgré des réticences et des incompréhensions, l’histoire des femmes s’est peu à peu imposée dans le champ historiographique depuis que des pionnières ont pointé, voici plus de trois décennies, la part d’ombre contenue dans la plupart des travaux de notre discipline. Les historiens avaient jusqu’alors été peu attentifs au fait que l’humanité était composée de femmes autant que d’hommes. L’histoire des femmes faisait l’hypothèse qu’y prendre garde modifierait le regard porté sur les sociétés du passé. Ce champ foisonnant a rapidement pris deux directions, parfois parallèles, parfois convergentes, rarement antinomiques. D’un côté une histoire s’intéressant avant tout aux femmes elles-mêmes – à leur place dans les sociétés, à leurs travaux, leurs heurs et malheurs, à leurs héroïnes et leurs sans-grade, à leurs aspirations et leurs actions – a permis d’approfondir nos connaissances dans des champs appauvris par leur absence. De l’autre une histoire dite du genre interroge les constructions sociales de sexe dans lesquelles les relations entre les hommes et les femmes sont centrales. Il est plaisant de constater que ces démarches se sont récemment accompagnées du développement d’une histoire spécifique du masculin qui emprunte des chemins similaires. D.Voldman / R.Branche
La différence des sexes a été lue d’abord comme une hiérarchie : celui qui a le phallus est le sexe fort et commande. Celui qui ne l’a pas est le sexe faible et il obéit. (...) La différence des sexes a aussi été lue comme une injustice, la domination masculine dénoncée comme une faute, le fort devenant le méchant ; le faible, vu comme victime, se révolte contre l’abus de pouvoir. (…). Enfin, cette égalisation des sexes étant (presque) impossible, elle amène une troisième lecture : (...) ce sexe qu’il n’a pas choisi, l’humain peut déjà en venir à bout par la parole, en choisissant son genre – le féminin, même s’il est né mâle, le masculin même s’il est né femelle ; il peut espérer un jour vivre sa vie sexuelle conformément au sexe choisi. Et, poussant jusqu’au bout la maîtrise, arriver à faire disparaître la séparation en deux de l’humanité. Nous nous sommes libérés de bien d’autres déterminismes. Pourquoi resterions-nous asservis à la nature en ce qui concerne la sexualité ? Aujourd’hui, des spécialistes en sciences humaines – psychanalystes entre autres – et des juristes viennent nous fournir: de nouveaux discours sur notre affranchissement de la condition sexuée
http://www.revue-projet.com/articles/2005-4-lire-la-difference-des-sexes/
2010
“On ne naît pas femme: on le devient”
1949
Michel Foucault :
déconstruire les catégories
1976-1984
Le sexe social
Je ne suis ni transsexuel ni hermaphrodite ni androgyne. Non, je suis un type ordinaire : sexe mâle, genre masculin, pratique hétéro. Et pourtant j’ai cinq sexes ! Oui : cinq. Vous aussi d’ailleurs. Nous avons tous cinq sexes. Nous possédons un sexe génétique (XX ou XY), un sexe anatomique (pénis ou vagin), un sexe hormonal (testostérone ou progestérone), un sexe social ou « genre » (homme ou femme) et un sexe psychologique (masculin ou féminin). Comme, en général, ces sexes coïncident et se superposent, nous ne nous rendons pas compte de cette diversité, nous avons l’impression de n’en avoir qu’un seul.
L’histoire critique des inégalités (JW Scott)
2012
La critique du genre
2006
le genre n’est pas de l’ordre du donné, il « n’est pas aussi clair et univoque qu’on pourrait parfois le croire », mais il est « produit de manière complexe par des pratiques d’identifications et des pratiques performatives », (...) la sexualité et les pratiques sexuelles ne sont pas déterminées par le genre. Le « trouble dans le genre » s’opposait alors à l’ensemble des théories qui considéraient le genre comme un donné dans une perspective naturaliste aussi bien que dans une perspective symbolique ou sociale.
Gender Trouble
Les sources
Les femmes grandes absentes
des archives ?
Archives judiciaires
2011
Les objets de la recherche
Quelques noms d’historiens et d’historiennes
Les muettes de l’histoire
Autant dire que non seulement elles [les historiennes] avaient prouvé que faire l’histoire des femmes n’était plus une gageure, que les muettes de l’histoire parlaient d’abondance à condition de trouver les sources où elles s’exprimaient – et il s’en invente chaque jour de nouvelles – mais que sans les femmes l’histoire était bancale. L’histoire des femmes a également contribué puissamment à la rénovation de la discipline tout entière. En attirant l’attention sur la dimension sexuée des phénomènes, elle les a révélés plus complexes qu’on ne le croyait et elle a tordu le cou à un certain nombre de vulgates. Pour ne prendre qu’un exemple, celui des O.S. des trente glorieuses, une lecture sexuée conduit à revisiter les images véhiculées par les grandes grèves d’immigrés ou le concept de « la nouvelle classe ouvrière » (2). L’O.S., en effet, est d’abord un ouvrier d’origine rurale, une femme ou un jeune ensuite, un étranger enfin (3). Les femmes sont bien l’un des segments les plus exploités de la main d’oeuvre, à l’égal des jeunes dont le sort, cependant, était largement méconnu avant le chômage et la précarisation des « Vingt piteuses » (...).
Anne-Marie SOHN, « Féminin et masculin », Le Mouvement Social, 2002/1 - N°198
La construction de la figure féminine au regard des sources
1995-1996
Histoire des symboles et des images politiques
(1926-2014)
La domination au sein de la famille
1986
1996
198
Les luttes politiques
2004
L’éducation
Françoise Mayeur (1933-2006)
Thèse d’Etat (1976)
L’enseignement secondaire des jeunes filles, 1867-1927
<- T.3 de l’Histoire de l’enseignement et de l’éducation , 2004
Le travail
« Se demande-t-on depuis quand les hommes travaillent? Non, bien sûr. Se demande-t-on pourquoi ils travaillent ? Pas plus. Les interroge-t-on pour savoir si le travail à temps partiel leur conviendrait, s'ils aimeraient se consacrer seulement à l'entretien de la maison et à l'éducation des enfants ? Guère. Pour les femmes, il en va tout autrement. Leur travail est toujours présenté comme fortuit et récent. On feint d'ignorer que les femmes ont aussi été paysannes, commerçantes, ouvrières, employées, infirmières, institutrices. Depuis toujours. Voici l'histoire de leurs métiers et de leur évolution au cours des deux derniers siècles. Mieux vaut être née après 1950 et surtout après 1970... »
Les femmes “d’exception”
« Quand les despotes sont armés, l’inaction et le silence accusent le citoyen. Il faut combattre pour la liberté ou entretenir par ses écrits le feu du patriotisme. Personne ne s’est plus empressé de payer cette dette sacrée que la républicaine Olympe de Gouges »
député Louis Sébastien Mercier dans le Journal de Paris du 17 février 1793
Biographie d’une inconnue
Ce petit bijou de livre s’inscrit dans la biographie telle que l’on écrit de plus en plus de nos jours. C’est-à-dire en reconnaissant que reconstruire la vie d’autrui est un pari intenable ; que l’on est soi-même impliqué dans le choix des matériaux ; et qu’il restera toujours des apories, des silences, des guet-apens pour celui ou celle qui se penche sur le passé et surtout sur la vie intime des personnes « ordinaires ». (...) Cette ligne de vie lacunaire est la trame sur laquelle Michelle Perrot tisse tout un monde. On parcourt la géographie sociale de la région, à partir du village natal et des pérégrinations de la famille ; les possibilités de scolarisation des filles (...). L’histoire de cette vie, qu’on devine ponctuée par des malheurs, et qui s’est déroulée dans un monde maintenant perdu, illustre sans doute ce que le n° 30 de Clio HFS qualifiait de « l’héroïsme du silence et de la ténacité ». « Héros et héroïnes sont le produit de discours historiques », écrivent Sophie Cassagnes-Brouquet et Mathilde Dubesset. http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=CLIO1_038_0317
2012
Histoire de la vie privée
Le corps, l’intimité, la sexualité, la maternité
Vie privée, sphère publique
Déconstruire l’essence féminine
Histoire d’une domination
Vie privée
Vie quotidienne
Vie sociale
Prostitution
1978
Virilité / féminité, enjeu de pouvoir symbolique
Il est, enfin, significatif que des historiens, étudiant des sujets apparemment neutres, soient in fine, presque malgré eux, devenus partie prenante de l’histoire des femmes. [...] Il en est de même pour Fabrice Virgili. Travaillant sur la Libération, ce dernier a centré sa recherche sur la frontière floue entre épuration légale et épuration extra-judiciaire. Il a fait le choix de l’observer par le biais de la tonte féminine, acte visible qui satisfaisait une population soucieuse de châtier les traîtres. Ce faisant, il a d’abord rencontré les femmes puis les représentations pesant sur elles, l’image de la virilité enfin. Le glissement du regard d’historiens jusque-là apparemment étrangers à l’histoire des femmes atteste sa percée épistémologique hors du champ clos des spécialistes. A-M. SOHN, « Féminin et masculin », Le Mouvement Social, 2002/1 - N°198
Le viol : une arme de guerre
Les viols commis lors de conflits armés sont bien souvent considérés comme une violence inéluctable. L’expression même de « viol de guerre » les inscrit dans une normalité intemporelle de la guerre. Parce que les victimes sont dans la plupart des cas des civils et des femmes, ils furent longtemps relégués au second plan. Ainsi placés à la marge du champ de bataille, on pensait les viols entre butin et repos du guerrier. Sans effet sur le cours de la guerre, n’y était vu, que l’assouvissement, certes violent, de la pulsion sexuelle masculine. Depuis une trentaine années, des travaux ont été réalisés dans différentes disciplines. Ce colloque a pour ambition de promouvoir une approche du viol en temps de guerre comme sujet d’histoire. Le propos n’est pas de l’ériger au préalable en violence suprême et oubliée, mais, en prenant en compte les acteurs, les actes et les moments, de s’interroger sur sa place dans les conflits. Il s’agit également d’en cerner la visibilité au moment des faits comme a posteriori. On se demandera ainsi comment le viol peut aller jusqu’à symboliser un conflit, se retrouver au cœur de la dénonciation des atrocités commises par l’ennemi, ou au contraire être évacué des récits, publics comme privés.
Colloque BDIC 2009 http://www.bdic.fr/pdf/Colloque_Viols_temps_guerre.pdf
2001
Histoire de la masculinité
Par ailleurs, l’histoire des femmes a définitivement démontré que l’identité sexuelle et la différence des sexes sont des constructions sociales. De là, a progressivement germé l’idée que non seulement l’histoire n’est pas celle des seuls acteurs masculins à laquelle elle s’est longtemps implicitement résumée, mais qu’inversement, les hommes aussi ont une histoire, liant comme pour les femmes sphère privée et sphère publique.
Anne-Marie SOHN, « Féminin et masculin », Le Mouvement Social, 2002/1 - N°198
La domination coloniale
2003
2014
Le genre est-il politique ?