Les
7 sphères
de l’Anthropocène
inspiré par Arthur Keller
Loïc Marcé
Remerciements
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Eternelle reconnaissance, pour leurs travaux d’intérêt général qui m’ont inspiré ce document :
© Loïc Marcé
Nota bene
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Décrire l’Anthropocène est une tâche extrêmement ardue :
J’ai fait le choix de présenter les impacts de l’Anthropocène en prolongeant l’allégorie des 7 sphères utilisée par Arthur Keller dans ses présentations.
Une représentation du lien entre les impacts, ébauche de Fresque de l’Anthropocène, est proposée sous forme de cartographie.
Je ne prétends pas être un expert de tous les sujets traités ici (je doute que quiconque puisse prétendre l’être d’ailleurs). Je me fonde sur les publications et organismes scientifiques de référence. Je suis bien évidemment ouvert à toute remarque, clarification, objection et réfutation qui m’aidera à améliorer ce travail.
N’hésitez pas à me contacter sur cette adresse mail : loicmarce84@gmail.com
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Sommaire
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NB : cliquez sur les titres pour accéder aux parties
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Anthropo… quoi ?
I
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Si l’histoire de l’Univers se déroulait en un an, Homo Sapiens arriverait à 23h48 le 31 décembre et l’Anthropocène débuterait pendant la dernière seconde…
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La Grande Oxygénation, par exemple, qui correspond au relâchement massif et continu d’oxygène dans l’atmosphère après l’apparition de la photosynthèse chez des micro-organismes et qui a donné l’atmosphère telle que nous la connaissons dans ses grandes lignes, a pris des centaines de millions d’années.
La période qui a vu l’accroissement de l’humanité, l’Holocène, s’est étendue sur les 10 000 dernières années : elle était particulièrement clémente, du point de vue climatique comme du point de vue de sa stabilité.
L’intensité des changements en cours sur la planète est inquiétante, car elle lui fait brutalement quitter ces conditions et se diriger vers un environnement + hostile, ne serait-ce qu’en termes de climat. La Terre n’a semble-t-il jamais connu un tel ensemble de changements dans une période aussi courte : sans base de comparaison, il est très difficile de prédire sa trajectoire future. L’Anthropocène est un saut dans l’inconnu.
Source : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300 ; https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/99/Cosmic_Calendar.png/550px-Cosmic_Calendar.png
En 1977, l'astronome américain Carl Sagan crée un calendrier cosmique. Sur une année, il place les événements majeurs qui ont conduit à la naissance de la Terre et, bien plus tard, à l'apparition de l'homme. Si le Cosmos est né un 1er janvier, notre galaxie, la Voie Lactée, n’apparaît que le 12 mai, et notre système solaire, en son sein, le 2 septembre.
La vie survient rapidement après, le 9 septembre.
Les dinosaures arrivent pour Noël, le 25 décembre.
Le 31 décembre, pendant la soirée du réveillon, vers 20h, la lignée humaine se sépare des autres grands singes, et Homo Sapiens arrive vers 23h48.
Athènes et Rome sont fondées à 23h 59min et 53s.
Pendant la toute dernière seconde de l’année, nous comptons les Lumières, l’industrialisation, les nouvelles vagues de colonisation, les guerres mondiales, la conquête de la Lune… Et avec elles toutes les modifications qui marquent l’entrée dans l’Anthropocène.
La Terre a déjà connu des modifications profondes, mais elles se sont déroulées sur des temps bien plus longs.
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L’Anthropocène, naissance d’un concept
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Source : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://desispeaks.com/wp-content/uploads/anthropocene1.jpg
* NB : L’Anthropocène est l’appellation la + connue, mais + de 100 propositions de noms alternatifs ont été formulées pour qualifier l’époque dans laquelle nous vivons : Capitalocène pour signifier que c’est le développement du capitalisme industriel qui est à l’origine des dérèglements planétaires (et rappeler que le monde développé a une responsabilité écrasante), le Plantationocène qui insiste sur le développement des plantations intensives, le Thanatocène qui postule que ce que la planète subit est une destruction intense, source de mort y compris pour les humains, le Phagocène qui insiste sur la surconsommation, son désir et son plaisir, comme cause centrale, le Polémocène qui montre que nos atteintes à l’environnement ont toujours été l’objet de disputes, ou encore le Thermocène pour lequel tout est d’abord une question d’énergie.
Par ailleurs la date de début de l’Anthropocène fait toujours débat même si celle qui semble emporter les suffrages des géologues se situe autour de 1950.
En 2000, lors d’une conférence scientifique à Mexico, Paul Crutzen, chimiste néerlandais et Prix Nobel de chimie pour ses travaux sur la destruction de la couche d’ozone introduit pour la première fois le concept d’Anthropocène. Il publiera ensuite plusieurs articles où il développe l’idée que la Terre est entrée dans une nouvelle ère géologique. L’un d’eux, Geology of Mankind, paru dans la revue Nature en 2002, aura une grande influence. *
La proposition de Crutzen s’inscrit dans une lignée ancienne. Platon s’inquiétait déjà des conséquences de la déforestation de l’Attique, Buffon soulignait en 1778 que les humains altèrent la température et les précipitations en modifiant la végétation et en brûlant du charbon. En 1864 aux États-Unis, George Perkins Marsh publie Man and Nature, Physical Geography as Modified by Human Action. Peu après, l’Italien Antonio Stoppani proposait de définir une ère « anthropozoïque ». D’autres auteurs comme le géologue russe Vladimir Vernadski ou le Suédois Arrhenius, un des découvreurs de l’effet de serre associé au CO2, ont prolongé ces réflexions. Les conférences et rapports se sont succédés depuis les années 1950 pour analyser l’ampleur du phénomène : la conférence internationale Man’s Role in Changing the Face of the Earth (Princeton 1955), le rapport Meadows d’une équipe du MIT (1972), le dossier The Human Epoch de la revue Nature (2015)…
Désormais, grâce aux immenses progrès scientifiques, en particulier sur la quantité et la qualité des données issues des observations partout dans le monde, nous sommes en mesure de documenter, analyser et tenter d’enrayer ce qui se passe sous nos yeux : l’impact d’une espèce parmi des centaines de milliers, l’homo sapiens, qui a acquis le pouvoir terrifiant de modifier les paramètres fondamentaux qui régissent l’équilibre du système Terre (son climat, sa biodiversité, ses ressources naturelles, etc.).
Paul Crutzen (Wikipedia)
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La Grande Accélération
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L’Anthropocène permet de nommer un phénomène qui a lieu depuis les années 1950. Les transformations de la Terre ont augmenté au fil des siècles mais on n’a pris conscience que récemment de leur ampleur et leur rapidité avec l’observation de tendances spectaculaires. Cette montée en régime a été nommée la Grande Accélération.
Au début des années 2000, emboîtant le pas à Paul Crutzen et à sa proposition de reconnaître que nous étions entrés dans une nouvelle époque géologique, le Programme international géosphère-Biosphère (IGBP en anglais) a entrepris de synthétiser les données disponibles sur l’influence humaine sur la Terre.
Les chercheurs ont découvert à leur grande surprise qu’à côté de phénomènes longs et bien visibles, la plupart des valeurs observées ont connu une très forte accélération de leur évolution depuis les années 1950. En les croisant avec différents indicateurs socio-économiques, ils mettent en évidence que les modifications du fonctionnement du système Terre sont le fait d’évolutions propres aux sociétés humaines : l’augmentation de la population et de la consommation en ressources naturelles par tête.
Source : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, http://www.igbp.net/globalchange/greatacceleration.4.1b8ae20512db692f2a680001630.html
Cette Grande Accélération, nommée ainsi en références à l’ouvrage de Karl Polanyi, la Grande Transformation, justifie à leurs yeux de faire commencer l’Anthropocène plutôt au milieu du XXème siècle.
Un travail postérieur montre que si la croissance démographique mondiale depuis 1950 provient principalement de l’activité des pays en développement, l’essentiel de l’influence humaine sur la planète émane toujours des pays de l’OCDE.
Les humains n’ont donc pas (du tout) la même responsabilité, ne jouissent pas des mêmes bénéfices ni ne souffrent des mêmes conséquences de la Grande Accélération. Néanmoins avec la conversion d’un très grand nombre d’individus au consumérisme, elle gagne progressivement le monde entier.
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La Grande Accélération
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Source : https://www.monde-diplomatique.fr/IMG/png/Evolution-du-systeme-terre.png wikipedia
Bienvenue dans l’ère des dérèglements anthropocéniques ! Méga-feux, annihilation du vivant, explosion des cycles géochimiques mais jusqu’à présent, nous n’avons encore rien vu…
Il n’y a pas de « dette écologique » car une dette se rembourse, même partiellement. Or, plus le temps passe, plus nous commettons l’irréparable!
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Les 7 sphères de l’Anthropocène
II
Toute activité humaine consomme des ressources naturelles et rejette des pollutions, déchets, émissions de gaz à effet de serre en générant des impacts sur la biodiversité.
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Activité humaine
Entropie
Energie
Matières
Pollutions
Déchets
Energie humaine, animale, issue de sources fossiles ou renouvelables, transformée en électricité…
Métaux, minerais, etc.
Eau
Air
Sols
Corps (santé)
Sonores
Etc.
Plastiques
Électroniques
Etc.
Intrants
Extrants
Eau
Biodiversité
Animale et végétale
Travail & machines
Capital
Émissions de gaz à effet de serre
Impacts sur la biodiversité
Croissance démographique
Croissance économique
Modes de vie
Choix technologiques
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Résumé des impacts humains : les 7 sphères de l’Anthropocène
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L’atmosphère : l’air
La cryosphère : l’ensemble des glaces de la planète (banquise, calottes glaciaires, glaciers, permafrost)
L’hydrosphère : l’ensemble de l’eau sur Terre (océans, mers, lacs, cours d’eau, nappes phréatiques)
La lithosphère : l’enveloppe rigide de la terre, la croûte terrestre, le sous-sol
La biosphère : l’ensemble du vivant (animaux, végétaux, champignons, bactéries…)
La pédosphère : les sols
les objets et constructions des humains
L’anthroposphère
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Les 7 sphères de l’Anthropocène
L’atmosphère
II
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“Atmosphère, atmosphère…”
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L’atmosphère de notre planète est constituée d’un cocktail unique de gaz (environ 78% d’azote et 21% d’oxygène, et quelques particules d’eau, argon, CO2 et autres gaz).
Elle est séparée en 5 couches :
C’est la seule couche habitable pour l’être humain, en fait seule la fine partie entre 0 et 5 km convient à la vie humaine.
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Pollution de l’air, un tueur silencieux
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Sources : OMS, http://www.epivf.fr/pollution_air_sante.html, https://www.businessinsider.com/countries-with-the-worst-air-pollution-2016-9?IR=T, https://www.seas.harvard.edu/news/2021/02/deaths-fossil-fuel-emissions-higher-previously-thought, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300
Une étude d’une équipe de Harvard publiée le 09/02/2021 dans Environmental Research livre des résultats encore + dramatiques :
De nombreuses activités humaines émettent des particules fines qui polluent l’air : incinérateurs, ciment, épandage engrais agriculture conventionnelle, élevage, transport routier (plaquettes de frein, usure pneus), fumées cigarettes, combustion industrielle…
Les principaux polluants de l’atmosphère sont l’ozone (automobile et industrie), le dioxyde de soufre (industrie), les particules fines PM 2,5 dont le diamètre est inférieur à 2,5 microns (automobile et chauffage à bois). En milieu urbain, le trafic automobile est le principal responsable de cette pollution, particulièrement alarmante pour les crèches et les écoles.
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En 2016, 91% de la population mondiale vivait dans des endroits où les lignes directrices de l’OMS relatives à la qualité de l’air n’étaient pas respectées (toutes les zones non vertes sur la carte). La pollution atmosphérique réduit l’espérance de vie mondiale de 2,6 ans, mais la situation est très différente selon les pays et de nombreuses grandes villes (dont Paris et Marseille) sont très polluées. L’OMS estimait à 4,2 millions en 2016 le nombre de décès prématurés provoqués dans le monde par la pollution ambiante dans les zones urbaines, périurbaines et rurales. 91% de ces décès prématurés sont survenus dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, le + grand nombre dans les Régions OMS de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique occidental.
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Pollution de l’air, un tueur silencieux
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Émissions de gaz à effet de serre (GES)
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Les gaz à effet de serre (GES) ont la particularité d'être pratiquement transparents au rayonnement solaire et opaques au rayonnement infrarouge émis par la terre. L'énergie est piégée.
Ce phénomène a été baptisé « effet de serre » par analogie avec la serre du jardinier. On estime que sans cet effet de serre de l’atmosphère, la température moyenne à la surface de la terre serait au plus de -18°C au lieu des 15°C que nous connaissons.
Quels sont les gaz à effet de serre ?
La vapeur d’eau est responsable à elle seule de la grande majorité de l’effet de serre naturel. Elle a également un effet de rétroaction important sur le changement climatique : + la température augmente, + l’évaporation augmente et + la quantité de vapeur d’eau relâchée dans l’atmosphère aussi, accélérant encore le réchauffement.
Mais ce sont les activités humaines qui sont responsables de l’essentiel de l’augmentation de la concentration des GES depuis 1750. On parle d’effet de serre additionnel pour distinguer la part attribuée à l’homme de l’effet de serre naturel.
Parmi les GES, le plus connu est le dioxyde de carbone (CO2) qui concentre + de 74% des émissions mondiales. Viennent ensuite le méthane (17%), le protoxyde d’azote (6%), et les gaz fluorés.
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Émissions de gaz à effet de serre (GES)
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Sources : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, https://climate.nasa.gov/vital-signs/carbon-dioxide/, https://keelingcurve.ucsd.edu/
Les émissions de GES ont connu une augmentation extrêmement marquée depuis les années 1950.
Une personne de 85 ans aujourd’hui a vécu pendant la période où ont eu lieu 90% des émissions de GES issues des énergies fossiles relâchées depuis 1871.
Pendant des millénaires, le taux de concentration du CO2 dans l’atmosphère, mesuré en parties par millions (ppm) qui correspond au nombre de molécules de CO2 dans un million de molécules d’air, n’avait jamais dépassé 300 ppm. Il est au 16/03/2021 à 416,8 ppm, et ce taux augmente chaque année, à un rythme qui s’accélère, de 2,5 ppm en moyenne dans les années 2010 à 3 ppm entre 2018 et 2019…
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Émissions de GES – un impact très différent selon les pays
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Sources : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://medias.liberation.fr/photo/1186127-evolution-des-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-infographie.png, https://www.connaissancedesenergies.org/sites/default/files/album_images/emission-mondiale-co2-pays-par-habitant_zoom.png, https://medias.liberation.fr/photo/1273672-infographie-les-emissions-de-co2-dans-le-monde.png
C’est la Chine qui émet aujourd’hui le + de CO2 : l’équivalent de 10,2 gigatonnes (GtCO2) en 2016, soit un quart des émissions mondiales. Elle est suivie par les Etats-Unis, bien loin derrière avec 5,3 GtCO2, de l’Inde (2,4), de la Russie (1,6) et du Japon (1,2).
Mais une toute autre carte se dessine si l’on prend en compte les émissions par habitant : le Qatar est alors le 1er émetteur (48t/hab), suivi de Curaçao (39), Trinidad & Tobago (30), Koweit et Arabie Saoudite (26 chacun). Les Etats-Unis apparaissent à la 13ème place (17) au même niveau que le Canada, l’Australie et le Luxembourg. La Chine est au même niveau que l’Union Européenne.
Attention : ce graphe montre les émissions nationales de GES. Si on regarde l’empreinte carbone (qui comptabilise aussi les émissions importées), on constate qu’elle n’a cessé d’augmenter depuis 1990 dans les pays occidentaux, qui ont délocalisé leurs industries et ainsi une grande partie de leurs émissions.
Les différences entre pays s’expliquent d’abord à cause du développement économique (le lien entre croissance économique et émissions de GES est très clair), ensuite pour des raisons politiques (mesures de réduction des émissions + ou - volontaristes), géographiques (pays + ou - froids, + ou - grands) et historiques (conflits qui ont augmenté ou diminué drastiquement les émissions). La démographie est aussi un facteur mais n’explique pas tout : la Chine émet 4x + de GES que l’Inde.
Les pays riches ont une responsabilité très importante sur le total des émissions mondiales cumulées depuis 1870 (cf. carte).
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Émissions de GES – un impact très différent selon les pays
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Sources : “Which countries are historically responsible for climate change?”, Carbon Brief, 05/10/2021
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Pour voir l’infographie vidéo, cliquez ici
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Émissions de GES – + on est riches, + on émet
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Un rapport d’Oxfam publié en 2020 présente une analyse des émissions liées à la consommation de différents groupes de revenus entre 1990 et 2015 – 25 années au cours desquelles l’humanité a doublé la quantité de CO2 émise dans l’atmosphère. Voici les résultats :
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Émissions de GES – + on est riches, + on émet
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Source : Oxfam, Financial Times, https://www.linkedin.com/posts/alessandro-blasi-6579a66_energy-sustainability-climate-activity-6883460499464433664-Lsqh/
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Émissions de gaz à effet de serre – un impact considérable des multinationales
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Sources : https://6fefcbb86e61af1b2fc4-c70d8ead6ced550b4d987d7c03fcdd1d.ssl.cf3.rackcdn.com/cms/reports/documents/000/002/327/original/Carbon-Majors-Report-2017.pdf?1501833772, https://notreaffaireatous.org/wp-content/uploads/2021/03/Benchmark-Vigilance-climatique-NAAT-6.3.21-compresse%CC%81.pdf, https://www.theguardian.com/environment/interactive/2013/nov/20/which-fossil-fuel-companies-responsible-climate-change-interactive, https://www.theguardian.com/environment/2019/oct/09/revealed-20-firms-third-carbon-emissions
Selon un rapport de l'ONG internationale Carbon Disclosure Project publié en 2017, 100 entreprises productrices d’énergies fossiles ont émis 923 milliards de tonnes d’équivalent-CO2 de 1854 à 2015, soit + de la moitié (52%) des émissions de GES mondiales (CO2 et méthane) depuis 1751.
L’impact des grandes entreprises est colossal. L’ONG Notre Affaire à Tous révélait que l’empreinte carbone cumulée des 27 + grandes multinationales françaises s’élève, selon leurs propres communications, à 1 854,82 Mt CO2e en 2019, soit + de 4x les émissions territoriales de la France. Mais cet impact est sous-évalué comme le montre Oxfam, car 12/27 ne reportent pas ou de manière très incomplète leur empreinte carbone. + précisément, l’évaluation des émissions indirectes (dites du scope 3) liées à la production et la consommation des biens, est souvent négligée.
Correctement retracée, l’empreinte carbone des 27 entreprises dépasserait 4 889 Mt CO2e et représenterait donc plus de 11x fois les émissions territoriales françaises !
Depuis 1988, la concentration des émissions est encore + forte :
25 entreprises représentent 51% des émissions mondiales 1988-2015 et 100 entreprises ont émis 71%.
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Émissions de gaz à effet de serre – un impact considérable des multinationales
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Les + grandes entreprises françaises ont un impact considérable sur le climat. Rien que 4 entreprises (BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole et Total) ont, chacune prise isolément, une empreinte carbone supérieure à celle de la France.
Malgré les engagements des entreprises du CAC 40, le niveau d’émissions du CAC 40 nous conduit tout droit vers un réchauffement climatique de l’ordre de + 3,5 °C d’ici 2100, une température bien au-delà de l’objectif de 1,5 °C inscrite dans l’Accord de Paris.
Dans un rapport de février 2021, Oxfam France a pu calculer l’empreinte carbone globale des plus grandes entreprises françaises. En moyenne, leur empreinte carbone s’élève à 4,1 tonnes de CO2eq3 à chaque fois qu’elles réalisent 1 000 euros de chiffre d’affaires, soit à peu près 2 fois ce qu’un français devrait émettre par an.
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Aucun secteur d’activité n’est aligné avec l’Accord de Paris. Sur 35 entreprises analysées, seules 3 – EDF, Schneider Electric et Legrand - ont une empreinte carbone et des engagements susceptibles de les faire rester dans une trajectoire compatible avec un réchauffement inférieur à +2°C. Toutes les autres poussent le thermomètre dans le rouge : 10 entreprises – dont 3 banques ainsi que Total, TechnipFMC et Dassault Aviation - ont une trajectoire associée à un réchauffement supérieure à +4°C et 17 entreprises sont entre +3°C et +4°C. Un groupe de 5 entreprises possède une trajectoire qui se situe entre +2 et +3 degrés.
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Émissions de gaz à effet de serre et hausse des températures
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Sources : Jean-Marc Jancovici: https://livestream.com/accounts/16919114/events/9300001/videos/211069644, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://climate.nasa.gov/climate_resources/139/video-global-warming-from-1880-to-2020/
Les émissions de GES provoquent un réchauffement de la température de la Terre.
Un réchauffement moyen global de +5 °C pourrait sembler anodin mais :
Chaque ligne de couleur représente la variation de temperature entre -/+ 2,6°C de chaque année de 1901 à 2019 vs la moyenne 1901-2000. Dans toutes les regions du monde, le réchauffement est très marqué.
Monde
Afrique
Asie
Europe
Arabie Saoudite
USA
Océan Arctique
Océan Pacifique N.
Amérique du S.
Groenland
France
Chine
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Quelques degrés de +, quelle importance ?
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Sources : Jean-Marc Jancovici: https://livestream.com/accounts/16919114/events/9300001/videos/211069644, https://liglou.fr/visuel/leurope-avec-5c-de-moins/
Il n’est pas évident de savoir pourquoi une augmentation de quelques degrés prévue par les scientifiques nous mène vers les catastrophes annoncées. Une manière de comprendre l’importance et les dangers liés à cette hausse de température est de comparer cette dernière à celles qui ont déjà eu lieu.
Il y a 20 000 ans, il faisait 4 à 6°C de moins en moyenne sur la planète. Cet écart de température est responsable de changements considérables qui ont complètement modifié les conditions de vie sur Terre. Notamment la fonte de la banquise qui recouvrait l’ensemble de l’Europe du Nord, élevant l’eau des océans de près de 125 mètres !
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Sources : présentation de Valérie Masson-Delmotte au gouvernement 31/8/2022 ; slides ; thread Twitter ; compilation slides et tweets
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Sources : présentation de Valérie Masson-Delmotte au gouvernement 31/8/2022 ; slides ; thread Twitter ; compilation slides et tweets
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Sources : présentation de Valérie Masson-Delmotte au gouvernement 31/8/2022 ; slides ; thread Twitter ; compilation slides et tweets
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Sources : présentation de Valérie Masson-Delmotte au gouvernement 31/8/2022 ; slides ; thread Twitter ; compilation slides et tweets
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Sources : présentation de Valérie Masson-Delmotte au gouvernement 31/8/2022 ; slides ; thread Twitter ; compilation slides et tweets
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Sources : présentation de Valérie Masson-Delmotte au gouvernement 31/8/2022 ; slides ; thread Twitter ; compilation slides et tweets
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Sources : présentation de Valérie Masson-Delmotte au gouvernement 31/8/2022 ; slides ; thread Twitter ; compilation slides et tweets
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Sources : présentation de Valérie Masson-Delmotte au gouvernement 31/8/2022 ; slides ; thread Twitter ; compilation slides et tweets
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Quelques degrés de +, quelle importance ?
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Sources : Jean-Marc Jancovici: https://livestream.com/accounts/16919114/events/9300001/videos/211069644
Combien de degrés de différence
au niveau mondial ?
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Quelques degrés de +, quelle importance ?
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Sources : Jean-Marc Jancovici: https://livestream.com/accounts/16919114/events/9300001/videos/211069644
5°C !
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Sources : présentation de Valérie Masson-Delmotte au gouvernement 31/8/2022 ; slides ; thread Twitter ; compilation slides et tweets
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Sources : présentation de Valérie Masson-Delmotte au gouvernement 31/8/2022 ; slides ; thread Twitter ; compilation slides et tweets
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Sources : présentation de Valérie Masson-Delmotte au gouvernement 31/8/2022 ; slides ; thread Twitter ; compilation slides et tweets
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Sources : présentation de Valérie Masson-Delmotte au gouvernement 31/8/2022 ; slides ; thread Twitter ; compilation slides et tweets
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Sources : présentation de Valérie Masson-Delmotte au gouvernement 31/8/2022 ; slides ; thread Twitter ; compilation slides et tweets
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Sources : présentation de Valérie Masson-Delmotte au gouvernement 31/8/2022 ; slides ; thread Twitter ; compilation slides et tweets
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Focus sur le rapport AR6 du Groupe de travail I (WGI) du GIEC (09/08/2021)
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Le rapport AR6 du Groupe de travail I (WGI) du GIEC, publié le 9 août 2021, est la plus grande mise à jour de l’état des connaissances scientifiques et de la compréhension physique sur le climat depuis la publication du rapport AR5 (WG1 en 2013), et son rapport spécial 1.5 (SR1.5). Il combine plusieurs sources de données provenant de la paléoclimatologie, des observations, de la compréhension des processus et des simulations climatiques mondiales et régionales.
Le premier rapport (ici étudié) traite de la compréhension physique du système climatique et du changement climatique.
Le second portera sur les impacts, l’adaptation et la vulnérabilité des sociétés humaines et des écosystèmes au changement climatique, tandis que le dernier abordera les solutions globales à mettre en œuvre pour atténuer le changement climatique et ses effets.
Les groupes 2 et 3 doivent approuver leurs rapports en février et mars 2022. Le rapport de synthèse est prévu pour fin septembre 2022.
Ce rapport est la synthèse d’environ 14 000 papiers scientifiques. Les 234 autrices et auteurs principaux (bénévoles) ont répondu à 78 007 commentaires des gouvernements et d’experts (!!!!).
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Focus sur le rapport AR6 du Groupe de travail I (WGI) du GIEC (09/08/2021)
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Sources : résumé au décideur du rapport AR6 WG1 du GIEC (09/08/2021) analysé par Bon Pote https://bonpote.com/synthese-et-analyse-du-nouveau-rapport-du-giec/
Points clés du rapport sur l’état actuel du climat
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Focus sur le rapport AR6 du Groupe de travail I (WGI) du GIEC (09/08/2021)
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Sources : résumé au décideur du rapport AR6 WG1 du GIEC (09/08/2021) analysé par Bon Pote https://bonpote.com/synthese-et-analyse-du-nouveau-rapport-du-giec/
Points clés du rapport sur l’état actuel du climat
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Focus sur le rapport AR6 du Groupe de travail I (WGI) du GIEC (09/08/2021)
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Sources : résumé au décideur du rapport AR6 WG1 du GIEC (09/08/2021) analysé par Bon Pote https://bonpote.com/synthese-et-analyse-du-nouveau-rapport-du-giec/
Points clés du rapport sur sur le changement climatique à venir et ses conséquences
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Focus sur le rapport AR6 du Groupe de travail I (WGI) du GIEC (09/08/2021)
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Sources : résumé au décideur du rapport AR6 WG1 du GIEC (09/08/2021) analysé par Bon Pote https://bonpote.com/synthese-et-analyse-du-nouveau-rapport-du-giec/
Points clés du rapport sur sur l'atténuation du changement climatique
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Focus sur le rapport AR6 du Groupe de travail I (WGI) du GIEC (09/08/2021)
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Le monde sur le chemin « catastrophique » de +2,7 °C de réchauffement climatique
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Sources : https://unfccc.int/sites/default/files/resource/cma2021_08_adv_1.pdf, https://climateanalytics.org/media/closingthegap_web.pdf, https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/17/le-monde-sur-le-chemin-catastrophique-de-2-7-c-de-rechauffement-climatique_6095069_3244.html
A 6 semaines de la COP26, nombre de grands Etats pollueurs n’ont toujours pas soumis de nouveaux objectifs climatiques, ou n’ont pas accru leurs efforts. Les plans actuels des 196 pays qui doivent se réunir à Glasgow (Ecosse), du 31 octobre au 12 novembre, mettent la planète sur la trajectoire d’un réchauffement de 2,7 °C d’ici à la fin du siècle, loin de l’objectif de l’accord de Paris de le limiter bien en deçà de 2 °C, et si possible à 1,5 °C.
S’ils étaient appliqués, les engagements des Etats impliqueraient une « augmentation considérable » des émissions de GES, de l’ordre de 16% d’ici à 2030 par rapport à 2010. Un échec, alors que, pour garder une chance de ne pas dépasser 1,5 °C de réchauffement, les rejets carbonés devraient au contraire être réduits de 45% durant cette période.
La CCNUCC fait le bilan des engagements climatiques pris de manière volontaire (les « contributions déterminées au niveau national », NDC en anglais) par les 191 parties – 190 pays et l’UE – à avoir ratifié l’accord de Paris. En vertu de ce traité international scellé en 2015, les pays doivent réviser leurs NDC à la hausse tous les 5 ans, pour espérer parvenir à la neutralité carbone au milieu du siècle. Ils devaient le faire avant le 31 juillet 2021, une date repoussée d’un an en raison de la pandémie de Covid-19.
Mais au total, seulement 113 parties, qui pèsent pour la moitié des émissions mondiales, ont soumis des plans nouveaux ou actualisés à l’ONU avant la date butoir. Il reste donc 78 pays qui n’ont pas livré de nouveaux engagements.
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Le monde sur le chemin « catastrophique » de +2,7 °C de réchauffement climatique
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Sources : https://unfccc.int/sites/default/files/resource/cma2021_08_adv_1.pdf, https://climateanalytics.org/media/closingthegap_web.pdf, https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/17/le-monde-sur-le-chemin-catastrophique-de-2-7-c-de-rechauffement-climatique_6095069_3244.html
Au sein des autres pays du G20 – responsables de 75% des émissions mondiales – une partie seulement ont pris des objectifs plus ambitieux : les Etats-Unis, l’UE, le Royaume-Uni, le Canada et l’Argentine. La majorité, comme l’Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande, la Corée du Sud ou le Vietnam, sont à la traîne. Ils ont, certes, soumis de nouveaux plans, mais ces derniers marquent un statu quo, voire un recul (pour le Brésil, le Mexique et la Russie) par rapport à ceux déposés en 2015.
L’ONU note malgré tout des progrès dans les nouvelles NDC des 113 parties. L’effet combiné de ces nouveaux plans entraînerait une baisse des émissions de ce groupe de 12% d’ici à 2030 par rapport à 2010. Voire de 26%, si l’on prend en compte les objectifs de neutralité carbone vers le milieu du siècle pris par 70 pays.
Par ailleurs, beaucoup de nouveaux plans de pays en développement sont conditionnés à une aide financière de la communauté internationale. Or, le rapport suggère que la mise en œuvre complète de ces NDC « pourrait permettre aux émissions mondiales de culminer d’ici à 2030 ». L’ONU appelle donc les pays du Nord à honorer leur promesse de mobiliser 100 Mds de $ (85 Mds d’euros) par an à destination des pays du Sud – une promesse qui n’est pour l’instant pas tenue.
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Parmi les gros pollueurs qui manquent encore à l’appel figurent la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud, la Turquie ou l’Arabie saoudite. Pékin, premier émetteur mondial, s’est engagé à la neutralité carbone d’ici à 2060 et a promis d’atteindre un pic des émissions de CO2 avant 2030, mais n’a pas encore déposé de nouvelle NDC. Ces annonces n’ont donc pas de statut officiel – et la manière d’y parvenir n’est pas détaillée. Quant à l’Inde, troisième pollueur mondial, elle se refuse pour l’instant à accroître ses efforts pour 2030, ou à se fixer un objectif de neutralité carbone au milieu du siècle.
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Le monde sur le chemin « catastrophique » de +2,7 °C de réchauffement climatique
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Sources : https://unfccc.int/sites/default/files/resource/cma2021_08_adv_1.pdf, https://climateanalytics.org/media/closingthegap_web.pdf, https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/17/le-monde-sur-le-chemin-catastrophique-de-2-7-c-de-rechauffement-climatique_6095069_3244.html
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Les pays du G20 – responsables de 75% des émissions mondiales – ont un rôle capital à jouer pour maintenir le réchauffement sous les +2 °C.
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Conséquences du changement climatique - inhabitabilité et multiples risques
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Sources : https://www.dw.com/image/39353185_7.png
Conséquences du réchauffement sur divers composantes du monde et des terres, GIEC 2018 et 2019, issu de présentation de Jean-Marc Jancovici
En 2100, les zones où habite actuellement 75% de l’humanité pourraient devenir inhabitables
Le réchauffement climatique pourrait entraîner des catastrophes multiples :
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NB : cette étude se fonde sur le scénario le + pessimiste du GIEC, si les engagements des Etats abordés à la page précédente (et déjà largement insuffisants) n’étaient pas tenus.
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Conséquences du changement climatique - T° / précipitations / sécheresses
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Voici une infographie issue du dernier rapport du GIEC (AR6 WG1 09/08/2021)
qui exprime la probabilité d’occurrence de différents évènements extrêmes selon les possibles réchauffements :
Sources : résumé au décideur du rapport AR6 WG1 du GIEC (09/08/2021) analysé par Bon Pote https://bonpote.com/synthese-et-analyse-du-nouveau-rapport-du-giec/
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Conséquences du changement climatique - Impacts régionaux
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Le GIEC a vraiment mis l’accent sur les impacts régionaux du changement climatique. Nous le savons, un réchauffement mondial de +2°C par exemple n’a pas du tout les mêmes impacts selon l’endroit où vous vivez dans le monde.
Voici une infographie issue du dernier rapport du GIEC (AR6 WG1 09/08/2021)
qui permet de voir, selon les évènements météorologiques extrêmes, quelles régions seront touchées et avec quel degré de confiance :
Sources : résumé au décideur du rapport AR6 WG1 du GIEC (09/08/2021) analysé par Bon Pote https://bonpote.com/synthese-et-analyse-du-nouveau-rapport-du-giec/
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Conséquences du changement climatique - migrations climatiques
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Selon un rapport de la Banque Mondiale (sept. 2021), près de 216 millions (M) de personnes pourraient être obligées de quitter leur foyer d’ici 2050 à cause du climat.
Dans le scénario pessimiste, basé sur des émissions de GES élevées et un développement économique inégal – que la Banque mondiale qualifie de référence –, 170M de personnes en moyenne, et jusqu’à 216M dans la fourchette haute, pourraient quitter leur foyer d’ici au milieu du siècle. Cela représenterait près de 3% de la population totale de ces régions. Le scénario de « développement plus inclusif », où l’économie s’améliore, évalue le nombre de déplacés climatiques à 125M en moyenne, tandis que celui « favorable au climat », avec une baisse des émissions, évoque 78M, avec une fourchette basse à 44M.
« Les migrations climatiques internes seront les plus importantes dans les régions les plus pauvres et les plus vulnérables aux aléas du climat », préviennent les auteurs du rapport. En 2050, dans le scénario pessimiste, c’est l’Afrique subsaharienne qui enregistrerait le + grand nombre de migrants climatiques (jusqu’à 86M), devant Asie de l’Est et Pacifique (49M), Asie du Sud (40M), Afrique du Nord (19M), Amérique latine (17M) et Europe de l’Est et Asie centrale (5M).
Sources : Banque Mondiale, “Groundswell Part 2 : Acting on Internal Climate Migration”, sept. 2021, https://www.lemonde.fr/climat/article/2021/09/14/climat-jusqu-a-216-millions-de-personnes-pourraient-etre-contraintes-a-des-migrations-internes-d-ici-a-2050_6094656_1652612.html
Ces données sont toutefois probablement sous-estimées. D’abord parce que le rapport se focalise sur les effets lents du changement climatique (élévation du niveau des mers, disponibilité en eau) mais pas sur les catastrophes plus brutales, comme les ouragans ou inondations, qui peuvent pousser durablement les populations au départ. Ensuite, parce qu’il ne couvre pas la plupart des pays à revenu élevé, ni le Moyen-Orient et les petits États insulaires en développement ni les déplacements transfrontaliers – toutefois bien moins importants.
L’étude, en se focalisant sur le milieu du siècle, masque également le fait que les déplacés climatiques sont déjà une réalité : à la fin 2020, 7M de personnes vivaient en exil dans leur propre pays du fait de catastrophes environnementales – un chiffre probablement sous-estimé – et les 3/4 des déplacements internes intervenus en 2020 ont été dus à des événements extrêmes, selon l’Observatoire des situations de déplacement interne, dans son bilan annuel publié en mai.
« Beaucoup de pays ont déjà développé des politiques pour accompagner les migrants climatiques, comme le Togo, le Bénin, le Sénégal, le Bangladesh ou les Philippines, leur permettant de conserver des avantages sociaux ou un droit à la terre pour ceux qui reviennent », se félicite François Gemenne, chercheur spécialiste des migrations environnementales à l’université de Liège, qui n’a pas participé à l’étude. Reste qu’il manque toujours une gouvernance mondiale des migrations climatiques, ainsi qu’une plus grande aide financière de la communauté internationale envers les pays les plus vulnérables afin de financer leurs stratégies d’adaptation au dérèglement climatique.
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Conséquences du changement climatique - migrations climatiques
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L’Afrique du Nord est la région qui pourrait afficher la proportion la + importante de migrants climatiques internes par rapport à la population totale (jusqu’à 9%). En cause : le manque de disponibilité en eau, qui poussera à l’exode les populations des régions côtières et intérieures où les pénuries d’eau s’aggravent, notamment le long de la côte nord-est de la Tunisie, de la côte nord-ouest de l’Algérie, dans l’ouest et le sud du Maroc ainsi que sur les contreforts de l’Atlas central, et autour du delta du Nil en Egypte. Parallèlement, d’autres lieux où l’eau est plus abondante devraient devenir des « foyers d’immigration climatique », notamment Le Caire, Alger, Tunis, Tripoli, le corridor Casablanca-Rabat et Tanger. L’Afrique subsaharienne sera, quant à elle, particulièrement touchée alors qu’une grande partie de la population vit de l’agriculture, dépendant majoritairement de la pluie.
En Asie, l’élévation du niveau de la mer, accentuée par les ondes de tempête, devrait créer des foyers d’émigration dans certaines plaines côtières densément peuplées, comme le delta du Mékong (Vietnam), car elle mettra en péril les principaux moyens de subsistance que sont la production de riz, l’aquaculture et la pêche.
Le rapport formule 4 recommandations :
Sources : Banque Mondiale, “Groundswell Part 2 : Acting on Internal Climate Migration”, sept. 2021, https://www.lemonde.fr/climat/article/2021/09/14/climat-jusqu-a-216-millions-de-personnes-pourraient-etre-contraintes-a-des-migrations-internes-d-ici-a-2050_6094656_1652612.html
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Chaque dixième de °C compte ! …
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Chaque dixième de °C compte ! …
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Sources : https://interactive.carbonbrief.org/impacts-climate-change-one-point-five-degrees-two-degrees/
Pour voir cette superbe infographie interactive, cliquez sur l’image !
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… en particulier pour éviter les points de bascule !
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Sources : https://www.theguardian.com/environment/2022/sep/08/world-on-brink-five-climate-tipping-points-study-finds ; https://www.science.org/doi/10.1126/science.abn7950 ; https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_dans-les-informations-qui-ont-%C3%A9t%C3%A9-publi%C3%A9es-activity-6973894688458039296-MFE4
Un article paru le 9/9/2022 dans Science inventorie les seuils de température au-delà desquels pourraient se déclencher des conséquences irréversibles (du moins à l'échelle de millénaires) de la dérive climatique actuelle. Toutes les conséquences en question ont déjà fait l'objet de parutions scientifiques, l'intérêt de cet article est de tout rassembler en un même lieu.
Dans les conséquences évoquées dans cet article, les processus suivants pourraient prendre place avec le respect de l'Accord de Paris (élévation < 2°C) :
A un peu plus que 2°C (qui est ce que nous aurons en nous contentant d'attendre les pics de production du pétrole, du gaz et du charbon) nous entrons aussi dans la zone où une disparition de la forêt équatoriale amazonienne est possible (les modèles climatiques voient un assèchement de la zone à 2°C), un ralentissement ou arrêt de l’AMOC, etc.
Comme le changement climatique est une expérience grandeur nature, toutes les conséquences ne sont pas prévisibles à l'avance. Mais elles sont toutes irréversibles. Agir massivement pour en diminuer la probabilité d'occurrence n'est pas gaspiller nos moyens de manière irréfléchie.
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Pour en apprendre plus sur les causes et conséquences du réchauffement climatique, découvrez la Fresque du climat !
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Ozone
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Sources : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, https://phys.org/news/2021-08-scientists-reveal-landmark-cfc-gave.html, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://earthobservatory.nasa.gov/images/147913/tracing-changes-in-ozone-depleting-chemicals
Le problème de la couche d’ozone est un motif d’espoir quant à la possibilité d’un accord international permettant de tendre à la résolution d’un enjeu environnemental majeur.
Dès 1974, Mario Molina, Frank Sherwood Rowland et Paul Crutzen alertent sur les risques que la concentration accrue de gaz chlorofluorocarbonés (CFC) font peser sur la couche d’ozone de l’atmosphère (ils obtiendront le Prix Nobel de chimie pour leur travail en 1995).
La présence d’un trou dans la couche d’ozone est confirmée en 1985 par une équipe de chercheurs britanniques. Le trou s’agrandit régulièrement. Au début des années 2000, il atteint une taille de près de 30 000 km². En 2011, on découvre un autre trou + petit au-dessus de l’Arctique.
La déplétion de la couche d’ozone est un problème de santé publique mondial, sans cette couche protectrice qui entoure la Terre à une altitude moyenne de 20km, la Terre est directement exposée aux rayons ultraviolets du Soleil, ce qui provoque notamment chez les humains cancers de la peau, cataractes et dégénérescences maculaires.
Les efforts entrepris depuis la signature du protocole de Montréal en 1987 ont permis de réduire drastiquement les émissions de gaz CFC et, à partir des années 2000 constater une diminution progressive de la taille du trou au-dessus de l’Antarctique.
A noter que les gaz promus comme gaz de substitution aux CFC, les hydrofluorocarbures (HFC) sont loin d’être inoffensifs dans un autre domaine puisqu’ils ont un pouvoir réchauffant jusqu’à 15 000 fois + important que le CO2. L’Accord de Kigali en 2016 a pour but de réduire les émissions de HFC de 80-85% d’ici 2036 à 2047 selon les pays.
Les HFC seront progressivement remplacés par des hydrofluoroléfines (HFO) sans impact sur la couche d’ozone et aux effets de serre beaucoup + limités.
Capture d’écran d’une vidéo de la NASA : The Ozone Hole: closing the gap
Cliquez sur l’image pour voir la vidéo
L’application du protocole de Montréal a eu un impact massif selon des chercheurs de l’Université de Lancaster :
sans l'interdiction des CFC, Il y aurait eu 580 Mds de tonnes de carbone en - stockées dans les forêts et végétaux et les sols.
Il y aurait eu 165 à 215 parties par million (ppm) supplémentaires de CO2 dans l'atmosphère. Par rapport aux 420 ppm de CO2 d'aujourd'hui, cela représente une augmentation de +40 à +50 %.
Cette énorme quantité de CO2 aurait contribué à un réchauffement supplémentaire de 0,8°C par son effet de serre.
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Les 7 sphères de l’Anthropocène
La cryosphère
II
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Fonte de la banquise et des calottes glaciaires
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Source : https://larbredesimaginaires.fr/tronc/banquise-et-calottes-glaciaires-fonte/, https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/3/2020/07/SROCC_SPM_fr.pdf, https://climate.nasa.gov/vital-signs/ice-sheets/
Les pôles sont les régions du monde où les impacts du changement climatique sont les plus visibles, les températures s'y réchauffent plus vite et la fonte des glaces s'y accélère.
Depuis 2009, l’Antarctique (90% des glaces terrestres, la + grande réserve d’eau douce de la planète) perd chaque année + de 250 milliards de tonnes de glace (dans les années 1980, c’était 40). Des scientifiques estiment maintenant que la fonte des calottes glaciaires du Groenland a atteint un point de non-retour. Si toute la masse de glace de l’Antarctique fondait (ce qui n’est plus considéré comme impossible), le niveau des océans monterait de 57 mètres.
L’Arctique se réchauffe environ 2 fois plus vite que la moyenne mondiale. Même si les Accords de Paris étaient respectés (et nous n’en prenons pas le chemin), la température de l’Arctique augmenterait de 3°C d’ici 2050 et 5 à 9°C d’ici 2100. Son volume de glace est bien inférieur à celui de l’Antarctique mais si la totalité des glaces du Groenland fondait, le niveau de la mer s’élèverait de 6m.
La fonte totale prendra des siècles. Plusieurs modèles suggèrent désormais que la hausse du niveau de la mer pourrait atteindre 2m d’ici à 2100.
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Fonte des glaciers
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Depuis la fin du 19ème siècle, dans le monde entier, les glaciers ont perdu de leur masse et reculé. De nombreuses études scientifiques analysées par le GIEC permettent de considérer, avec un degré de confiance élevé, qu’au cours des deux dernières décennies, les glaciers de presque toutes les régions du globe ont continué à se réduire.
Les glaciers ont varié de tout temps de manière naturelle au cours des derniers siècles et millénaires et il est probable que des taux de perte de volume aient, par le passé, été du même ordre. Mais les échelles de temps et l’amplitude des fluctuations observées actuellement n’ont rien à voir avec le reste de l’Holocène. Le recul observé des glaciers depuis plusieurs décennies est imputable, avec un très haut niveau de confiance, au réchauffement climatique.
Quel que soit le scénario climatique considéré, l’évolution des glaciers dans les prochaines décennies est en partie déjà actée du fait de l’inertie du système climatique et du temps de réponse très lent des glaciers aux changements climatiques. Leur diminution va donc se poursuivre de façon irréversible d’ici la moitié du 21ème siècle. Pour la seconde moitié du siècle, l’évolution climatique dépendra de la trajectoire d’émissions de gaz à effet de serre qui sera suivie dès à présent.
La fonte des glaciers représente un risque majeur parce qu’elle contribue à la montée des eaux, à des inondations et à la diminution à terme des ressources en eau douce. L’eau douce ne représente que 2% de la masse totale d’eau présente sur la planète (le reste est de l’eau salée). L’essentiel des ressources mondiales, jusqu’à 70% selon les estimations, sont contenues dans les glaces de l’Arctique, de l’Antarctique et des glaciers de montagne.
On observe un recul spectaculaire de plusieurs glaciers des Alpes, d’Islande et de Patagonie, et c’est encore + vrai pour les glaciers de l’Hindou Kouch et l’Himalaya qui fournissent de l’eau potable à 250 millions de personnes réparties dans 8 pays du monde. D’ici 2100, ils pourraient avoir fondu pour plus des 2/3 ce qui provoquera des inondations puis des pénuries d’eau douce : les grands fleuves que sont le Huang Hue (fleuve Jaune), le Yang-Tsé, le Brahmapoutre, L’Indus et le Gange ne charrieront plus beaucoup d’eau en été, eux qui alimentent le Bangladesh, le Pakistan et le nord de l’Inde.
Sources : https://bonpote.com/glaciers-et-changement-climatique/, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://bonpote.com/glaciers-et-changement-climatique/
Evolution du bilan de masse de plusieurs glaciers des Alpes suivis depuis plusieurs décennies.�Beniston et al., 2018, The Cryosphere, 12, 759–794, 2018
Evolution observée des bilans de masse des glaciers du monde entier depuis 1950 (source : GIEC SROCC, Figure 2.4)
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Fonte du permafrost
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Le permafrost (terme anglais) ou pergélisol (terme français) est formé des sols gelés qui occupent de 15 à 20 millions de km², soit 25% des terres de l’Hémisphère Nord (Russie, Canada, Alaska, Groenland).
Il contient 1600 milliards de carbone qui partira dans l’atmosphère sous forme de CO2 ou de méthane s’il fond (ce qui commence à se produire beaucoup plus vite que prévu).
Source : https://larbredesimaginaires.fr/tronc/permafrost-pergelisol/, https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/3/2020/07/SROCC_SPM_fr.pdf
La fonte totale du permafrost libèrerait une quantité de gaz à effet de serre équivalente à :
Par ailleurs la fonte du permafrost est la boucle de rétroaction positive (un cercle vicieux) la + menaçante : plus il fond, plus il libère de GES et de matière organique absorbée par les bactéries qui rejettent des GES, plus le réchauffement s’accélère et plus la fonte s’accélère…
Et malheureusement, la fonte du permafrost qui ne devait se produire que dans des dizaines d’années si le réchauffement dépassait les 2°C a déjà commencé dans certaines régions.
Les stocks de mercure qu’il contient seraient 2x plus importants que sur le reste de la Terre selon une étude publiée dans le National Snow and Ice Data Center.
Il contient en outre des virus parfois oubliés qui pourraient déclencher des épidémies.
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Les 7 sphères de l’Anthropocène
L’hydrosphère
II
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Les océans : 70% de la surface de notre planète
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Les océans représentent en superficie 70% de la surface de notre planète (27% pour les eaux territoriales et 43% pour les eaux internationales, mais 95% du volume total des océans)
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Activités humaines dans les océans
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Source : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://www.ipcc.ch/srocc/chapter/chapter-5/, https://www.nature.com/articles/ncomms8615/figures/4
On pourrait croire les géants océans immunisés de l’activité humaine, et pourtant ils sont intensément impactés par les activités humaines.
+ de 90% des biens consommés dans le monde sont transportés par la mer dans des navires porte-conteneurs, moyen de transport apparu dans les années 1970 et peu coûteux pour les produits et matières premières.
L’impact du transport maritime sur les océans est multiple : réchauffement climatique et acidification par les émissions de CO2 des navires, pollutions sonores qui perturbent la communication des cétacés et peuvent provoquer des collisions, pollutions par fuites de carburant, relâchement des eaux de ballast provoquant des invasions biologiques d’organismes déplacés dans des habitats lointains
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Réchauffement et acidification des océans
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Source : https://larbredesimaginaires.fr/tronc/oceans/, https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg1/downloads/report/IPCC_AR6_WGI_SPM.pdf,
« Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300
Depuis les années 1970, les océans ont déjà absorbé plus de 90% de l’excès de chaleur produit par les activités humaines. Depuis 1993, le taux de réchauffement des océans a + que doublé. Entre 2013 et 2015, le Pacifique Nord-Ouest a ainsi vu sa température augmenter de >6°C… D’ici 2100, ils devraient en capter de 5 à 7 fois + encore !
Cela donne lieu à un phénomène de vagues de chaleur océaniques, dont la fréquence a doublé depuis 1982. L’impact sur la biodiversité marine est encore mal connu. L’océan profond au-dessous de 2000m s’est lui-même réchauffé depuis 1992, en particulier dans l’océan Austral.
L’acidification de l’océan se produit lorsque le CO2 atmosphérique est absorbé par l’eau. Depuis le début de l’ère industrielle, l’océan a englouti 525 milliards de tonnes de CO2. Si les émissions de GES se poursuivent au rythme actuel, l’augmentation de l’acidité sera considérable en 2100, à des niveaux jamais observés depuis 14 millions d’années. Selon le GIEC, l’océan a absorbé entre 20 et 30% des émissions anthropiques totales de CO2 depuis les années 1980 provoquant une acidification accrue de 95% des eaux de surface, un phénomène irréversible, même si nous arrêtions dès aujourd’hui d’émettre du CO2. Cela provoquera de forts changements et un déclin de la biodiversité marine dès 2050 et plus encore d’ici 2100.
Selon le rapport du GIEC sur les océans, le réchauffement de l’océan se poursuivra sur toute sa profondeur pendant des siècles ainsi que son acidification. Son pH pourrait baisser, en cas de fortes émissions, de 0,3 unité en 2081-2100 par rapport à 2006-2015, et devenir ainsi inférieur à 7,8 en 2100, ce qui correspond à plus d’un doublement de son acidité par rapport à 1850. Le taux d’oxygène de la mer pourrait diminuer de 3-4% en 2081-2100 par rapport à 2006-2015.
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L’acidification altère les processus de calcification, ce qui limite le développement des coraux, des animaux à coquilles et du plancton qui est à la base de la chaîne alimentaire marine. Toute la biodiversité marine s’en trouve ainsi menacée.
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Eutrophisation, désoxygénation des océans, zones mortes hypoxiques
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L’eutrophisation de l’océan est l’enrichissement excessif de l’eau par des nutriments tels que l’azote et le phosphore. C’est l’une des principales causes de la dégradation de la qualité de l’eau. Les 2 symptômes les plus aigus de l’eutrophisation sont l’hypoxie (ou épuisement de l’oxygène) et les proliférations d’algues nuisibles.
La désoxygénation des océans dans certaines zones entre la surface et 1000m de profondeur, aggravée au niveau des côtes : les eaux polluées déversent des nutriments qui multiplient en surface phytoplancton et algues vertes qui, en mourant viennent nourrir les bactéries aérobies des profondeurs qui absorbent l’oxygène. Par ailleurs la diminution de la solubilité de l’oxygène dans l’eau a pour effet négatif que les organismes marins doivent respirer + rapidement, utilisant + d’oxygène….
Ce phénomène de désoxygénation, provoqué naturellement par des phénomènes météorologiques extrêmes ou des courants océaniques particuliers, a toujours existé dans l’histoire de l’océan moderne. Cependant, la situation s’empire depuis les années 1980. En 2003, un rapport de l’ONU estimait à 150 le nombre de zones mortes dans les océans, cinq ans plus tard, une étude publiée par l’Institut de sciences marines de Virginie en dénombrait plus de 400. Réparties sur 245 000 km2, celles-ci se trouvent principalement dans le Pacifique du sud, la mer Baltique, les côtes de Namibie ou encore dans le golfe de Mexico.
Graphique représentant le % d'oxygénation des océans à 100m de profondeur.
NATIONAL OCEANIC AND ATMOSPHERIC ADMINISTRATION (NOAA)
Source : https://www.lemonde.fr/planete/article/2016/12/05/les-zones-mortes-se-multiplient-dans-les-oceans_5043712_3244.html, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300
« Le nombre de zones mortes est en train d’augmenter, aussi bien sur les côtes qu’en plein océan, explique Laura Bristow. Les zones hypoxiques côtières s’agrandissent principalement à cause de l’accumulation des nutriments issus de l’agriculture, comme les fertilisants. » En effet, la pollution industrielle et le déversement des phosphates et des nitrates issus des engrais dans les eaux de ruissellements provoquent une accumulation de matières organiques. Les algues prolifèrent alors et se décomposent ensuite en microbes qui consument l’oxygène. « Dans les régions où les populations explosent, comme l’Inde, on peut s’attendre à une augmentation de l’utilisation des fertilisants, et donc une diminution continue de l’oxygène dans les océans environnants », continue la chercheuse.
Dans ces régions, nombre d’espèces ne peuvent survivre. Selon le GIEC, la désoxygénation pourrait mener à une perte de 15% de la biomasse globale des animaux marins d’ici 2100. Depuis 1950, de nombreuses espèces marines ont déjà subi des changements dans leur répartition géographique et leurs activités saisonnières en réponse au réchauffement des océans, à la disparition de la glace de mer ou à la perte de leurs habitats.
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AMOC et Gulf Stream, au bord de la rupture
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L’AMOC est l’un des principaux systèmes de circulation océanique de la Terre. Tel un tapis roulant géant, ce courant transporte l’eau chaude et salée de l’équateur vers le nord. Cette eau se refroidit alors et devient ainsi + dense. Lorsqu’elle est suffisamment lourde, elle s’enfonce vers des couches océaniques + profondes et retourne vers le sud. Au total, ce courant déplace près de 20 millions de m3 d’eau par seconde, soit près d’une centaine de fois le flux du fleuve Amazone.
Des hivers + cléments au nord, des étés - chauds au sud. La Circulation méridienne de retournement atlantique, un courant océanique aussi appelé AMOC, joue un rôle de thermostat de la planète. Mais ce système, dont fait partie le Gulf Stream, est aujourd’hui arrivé à son point de rupture, suggère une étude parue dans la revue Nature Climate Change, le 5/8/2021. En février déjà, une étude dans la même revue avait alerté sur la diminution de puissance de l’AMOC, au + bas depuis un millénaire. Niklas Boers, climatologue à l’Institut de recherche de Potsdam (Allemagne) sur les effets du changement climatique, y démontre que le point de non-retour est proche. Les résultats de l’étude montrent que l’affaiblissement de l’AMOC est associé à une baisse de stabilité, et que le courant s’est donc rapproché du seuil critique à partir duquel il pourrait s’effondrer. L’état des connaissances actuel ne permet toutefois pas de savoir si ce basculement est imminent ou s’il risque de survenir dans plusieurs siècles.
Sources : https://www.lemonde.fr/climat/article/2021/08/10/le-systeme-des-courants-de-l-ocean-atlantique-au-bord-de-la-rupture_6091061_1652612.html, étude publiée dans Nature Climate Change, https://www.actu-environnement.com/ae/news/les-premiers-signes-un-affaiblissement-gulf-stream-38021.php4, https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/meteorologie-gulf-stream-nest-plus-stable-proche-point-basculement-36004, / https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/03/02/le-gulf-stream-est-au-plus-bas-depuis-mille-ans_6071734_3244.html,ttp://cdn.iflscience.com/images/17e8a7f1-0321-580f-899d-e930b0a72cdd/content-1523483891-amoc.jpg
Le monde entier sera affecté par la modification de ce courant, mais les pays adjacents à l’océan Atlantique + directement. Les conséquences pourraient être multiples : températures + fraîches en Europe, élévation du niveau de la mer dans l’est des Etats-Unis, modification des régimes de précipitations dans les systèmes de mousson tropicaux, en particulier en Amérique du Sud et en Afrique de l’Ouest. En Afrique de l’Ouest, certaines études suggèrent qu’un effondrement de l’AMOC pourrait pousser la région dans des conditions de sécheresse permanentes.
Pour expliquer ces possibles réactions en chaîne, Julie Deshayes, chercheuse océanographe au CNRS, qui n’a pas participé à l’étude, rappelle que l’AMOC « n’est pas un seul courant, mais une moyenne, une construction mathématique qui regroupe, fusionne plusieurs courants différents dans tout l’Atlantique Nord, dont le Gulf Stream. » Les fluctuations de ce dernier ont un impact sur le climat global. Et, dans le contexte de l’intensification de l’effet de serre, la circulation joue un autre rôle fondamental : elle contribue à stocker, dans les profondeurs de l’océan, une partie du CO2 émis par les activités humaines. L’AMOC influence également les écosystèmes marins à grande échelle avec le transport horizontal de nutriments et de gaz, notamment l’oxygène.
On connaît un peu les conséquences d’un effondrement dans un climat stable, mais le climat actuel ne l’est pas. Et on ne sait pas comment les conséquences de l’effondrement de l’AMOC vont interagir avec les conséquences directes du changement climatique (hausse des T°, la modification du cycle de l’eau, etc.)
Et aujourd’hui, c’est justement le réchauffement climatique en cours qui semble affaiblir ce courant. L’AMOC est en effet déterminé par les gradients de densité de l’eau qui sont affectés à la fois par la température et la concentration en sel. Or, la température et la salinité sont deux variables déréglées par le changement climatique. « + nous émettons de GES dans l’atmosphère, + la probabilité que l’AMOC s’effondre à un moment donné est élevée », observe la chercheuse. Les solutions pour éviter le point de non-retour consisteraient donc à « réduire et éventuellement arrêter les émissions de GES aussi vite que possible ».
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L’océan et ses tristes mines
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Clathrates ou hydrates de méthane : une bombe climatique à retardement
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Dans une étude publiée fin juillet 2020 dans Nature Communications, des chercheurs ont pu observer au large de Rio Grande (Brésil), un flux massif de méthane composé de centaines de points d’échappements de gaz qui remontent dans la colonne d'eau. Cette découverte confirme, pour la première fois dans l’hémisphère sud, "une déstabilisation des hydrates de gaz consécutive au réchauffement de la température de l’océan dans cette zone. Elle est la preuve d’un déséquilibre thermodynamique entre la bordure de la zone de stabilité observée à partir des données sismiques et l’élévation de la température des eaux profondes compatible avec un réchauffement de l’océan sur plusieurs décennies.
Ces sédiments forment le plus grand réservoir de carbone sur Terre, les réserves recensées en 2001 sont colossales : le double des réserves de gaz, de charbon et de pétrole réunis ! C'est-à-dire près de 10 000 milliards de tonnes de carbone. Les hydrates de méthane représentent donc un enjeu majeur pour le climat.
Le réchauffement climatique en cours entraîne notamment le dégel des permafrosts, ces sols normalement gelés en permanence. Ce phénomène pourrait alors libérer des quantités importantes de méthane avec la fusion des hydrates de gaz. Or le méthane est un gaz à effet de serre majeur 28 fois plus puissant que le dioxyde de carbone, même si sa durée de vie dans l'atmosphère n'est que d'une dizaine d'année contre des centaines pour le CO2.
Or, il y a 3 000 fois plus de méthane contenu dans les clathrates que dans l'atmosphère. Il s'en suivrait alors une accentuation très nette de l'effet de serre comme en témoigneraient certains événements similaires du passé de la Terre qui inquiètent les scientifiques. En effet, il y a 55 millions d'années, l'injection d'une masse colossale de méthane dans l'océan et l'atmosphère aurait entraîné l'augmentation de la température du fond des océans d'environ 4°C en 10 000 ans, un phénomène qui se serait produit également il y a 12 500 ans...
Notons enfin que selon le climatologue Hervé le Treut, « les hydrates de méthane ne sont pas pour l'instant intégrés dans les modèles climatiques » qui nous fournissent des prévisions sur l'ampleur du réchauffement climatique. Si la fusion venait à se généraliser, des impacts catastrophiques viendraient donc s’ajouter aux modélisations actuelles...
Les clathrates, également appelées hydrates de gaz ou de méthane sont des structures glacées qui renferment du méthane, un combustible mais aussi un puissant gaz à effet de serre. Ils ressemblent à de la glace ; en fondant ils libèrent à la fois de l'eau et du méthane qui peut s'enflammer. En effet, ils ont la particularité de stocker les gaz sous une forme très concentrée. Cette source d'énergie des régions froides et abyssales pourrait être exploitée mais elle présente également une sérieuse menace pour l'avenir climatique de notre planète.
Les hydrates de méthane sont stables dans les sédiments marins à plus de 300-600 m de profondeur. Mais lorsqu'ils sont ramenés à la surface, la diminution de pression déstabilise la structure solide, le gaz est ainsi libéré et peut brûler si on l'enflamme, d'où l'expression « glace qui brûle ».
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Pour en apprendre plus, découvrez la Fresque Océane !
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Pour creuser l’impact sur les océans, découvrez la Fresque Océane !
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Montée des eaux, risques de submersion et crues
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Sources : https://larbredesimaginaires.fr/tronc/oceans/, https://blog.mondediplo.net/IMG/jpg/menace.jpg, https://www.lemonde.fr/blog/oceanclimat/2019/04/26/la-fonte-des-glaces-ou-comment-et-pourquoi/
« Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://climate.nasa.gov/vital-signs/sea-level/
Tiré du Arctic Monitoring Assessment Program, Snow, Water, Ice and Permafrost in the Arctic, Norway, 2017.
La montée des eaux est due à la fonte des glaciers et calottes glaciaires.
Selon le rapport du GIEC sur les océans, l’élévation moyenne du niveau de la mer pourrait atteindre, en cas de fortes émissions, 0,71 m en moyenne en 2081-2100 et, dans le pire des cas 1,10 m en 2100 par rapport à 1986-2005, la fonte de certaines parties de l’Antarctique de l’ouest, alors irréversible, y contribuant de plusieurs dizaines de cm.
Certaines organisations comme la NOAA américaine sont même + pessimistes et tablent sur +2m. La hausse du niveau marin pourrait alors atteindre la vitesse d’1,5 cm par an en 2100. Cette hypothèse, la plus pessimiste, pourrait, dans le pire des cas, aboutir à une élévation de 5,4m en 2300, principalement du fait de la fonte de certaines zones de l’Antarctique.
Le réchauffement de l’eau a un impact sur la montée des eaux, car + l’eau est chaude, + son volume augmente. Cette dilatation thermique ne s’observe pas dans un verre d’eau, mais contribue à hauteur d’1/3 à l’augmentation du niveau de la mer. Depuis 25 ans, une hausse de 7 cm du niveau des eaux lui est attribuée.
Les populations installées dans de grandes métropoles côtières, dans des deltas, ou bien sur des îles, soit plus de 10% de la population mondiale, seront exposées à ce phénomène. 8 des 10 + grandes villes du monde se trouvent en zone côtière, et 40% de la population US vit près d’une côte. Au risque de submersion s’ajoute celui d’inondations passagères qui menacent les infrastructures de villes comme New-York, Tokyo, Jakarta, Mumbai, Lagos ou Shanghai, très proches du niveau de la mer.
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Perturbation du cycle de l’eau
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Le changement climatique est étroitement lié au cycle de l’eau avec lequel il interagit à plusieurs niveaux :
Il faut enfin rappeler que les océans et eaux superficielles, au même titre que les végétaux, absorbent une partie du dioxyde de carbone (CO2) émis par les activités humaines ce qui les rend de plus en plus corrosives ou acides (le pH de l’eau diminue), entraînant d’importantes conséquences pour la biodiversité marine (coraux et mollusques en première ligne) d’ici la fin du siècle.
Ces impacts sur le cycle de l’eau se répercutent sur la gestion de l’eau organisée pour répondre aux différents usages socio-économiques : alimentation en eau potable, assainissement, notamment.
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Pollutions des cours d’eau
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Sources : https://larbredesimaginaires.fr/tronc/mercure-pollution-au/ ; https://www.lemonde.fr/planete/article/2015/03/03/biodiversite-etat-des-sols-pollution-l-environnement-se-degrade-en-europe_4586006_3244.html ; http://tpe-securitealimentaire.weebly.com/uploads/2/4/7/8/24787945/9453356_orig.png
La consommation de poissons constitue la principale source d'exposition alimentaire de l'homme au méthylmercure selon l'Anses. Le niveau de contamination augmente chez les espèces marines situées en haut de la chaîne alimentaire : requin, marlin, espadon, lamproie, thon rouge du Pacifique, mais aussi le homard, les petites baleines et les phoques.
Résultat : les poissons et les autres espèces aquatiques consommées par l'Homme ont des concentration en mercure qui dépassent souvent les niveaux de sécurité alimentaire définis par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
D’autres sources de pollution au mercure provoquée par l’homme incluent la production de chlore et de certains plastiques, l’incinération des déchets, et l’usage de mercure dans les produits pharmaceutiques, les conservateurs, les peintures et les bijoux.
Selon le PNUE, au cours des 100 dernières années, la quantité de mercure dans les 100 premiers mètres des océans a doublé et augmenté de +25% dans les eaux + profondes.
Le mercure est classé comme un des 10 produits chimiques les plus dangereux pour la santé et l’environnement par l’ONU.
Les émissions de mercure représentent près 8 900 tonnes chaque année. Elles peuvent être émises naturellement par l’érosion des roches, les feux de forêts et les éruptions volcaniques. Néanmoins, les émissions les plus significatives viennent de procédés d’origines humaines comme la combustion de charbon et les activités d’extraction minière artisanale et à petite échelle d’or. L’extraction minière expose à un risque d’intoxication 15 millions d’ouvriers dans 70 pays y compris des enfants travaillant dans ces mines.
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Stress hydrique
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Le terme de stress hydrique est apparu relativement récemment pour rendre compte d'une situation de plus en plus fréquente. Ainsi, il est employé pour désigner ces périodes durant lesquelles la demande dépasse la quantité d'eau disponible. Ou lorsque sa qualité en limite l'usage.
La France offre entre 2.500 et 6.000 m3 d'eau par jour à chacun de ses habitants. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) parle de stress hydrique lorsque la disponibilité en eau, par an et par habitant, est inférieure à 1.700 m3. Et le risque de stress hydrique ne plane pas que sur les pays chauds. Il concerne également des pays froids où le gel peut bloquer l'accès à l'eau liquide.
Selon les Nations Unies, près de 3 milliards de personnes devraient avoir à faire face à un stress hydrique d’ici 2025.
Le premier impact du stress hydrique s’observe sur la végétation. Lorsque l’évapotranspiration n’est pas compensée par des apports en eau douce. Le manque d’eau se fait ressentir, les plantes mettent en œuvre des mécanismes d’adaptation qui impactent par exemple leur développement et leur croissance. Les risques de feux de forêt augmentent alors. Les productions agricoles souffrent.
Puis ce sont les ressources en eau douce qui sont impactées. En effet, en période de manque d’eau, les rivières s’assèchent et les eaux souterraines risquent la surexploitation. La qualité des eaux est également dégradée (eutrophisation, pollution, intrusions salines, etc.).
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Épuisement et pollution des nappes phréatiques
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Alors que 2 milliards d'hommes, soit un tiers de la population mondiale, dépendent des eaux souterraines, le niveau des nappes phréatiques est devenu extrêmement préoccupant dans certaines parties du globe, comme l'Inde, la Chine ou la péninsule Arabique, ainsi que dans certaines régions de Russie ou encore dans l'ouest des Etats-Unis.
La nappe phréatique Ogallala en Amérique du Nord dans laquelle de grandes quantités d’eau douce se sont accumulées pendant des millions d’années, est raccordée du Texas au Dakota du Sud à des millions de pompes et, selon les prévisions, elle sera épuisée d’ici 20 ou 30 ans ; la question se pose de savoir comment l’Ouest des Etats-Unis pourra alors s’approvisionner en eau potable. On pourrait en dire autant des grands aquifères du Mexique, d’Afrique du Nord et du Proche-Orient. En Chine, + de la moitié des réserves d’eau sont souillées par des résidus de l’industrie et de l’agriculture et le gouvernement a lancé un projet pharaonique de pipelines et canaux pour acheminer l’eau du Yang Tse sur des milliers de km vers le Nord, au risque de l’assécher à terme.
La réduction de la consommation doit inévitablement passer par une amélioration des techniques d'irrigation, mais la lutte contre le gaspillage sera difficile dans les pays en développement.
Voici les principales menaces pour les nappes actuelles :
Source : https://www.lemonde.fr/planete/article/2005/03/20/l-epuisement-des-ressources-en-eau_626088_3244.html, https://fr.wikipedia.org/wiki/Nappe_phr%C3%A9atique#Pollutions_des_nappes, https://images.lpcdn.ca/924x615/201208/09/576093.jpg
Sandra Postel estime le surpompage annuel des aquifères à 160 milliards de m3 d'eau à l'échelle de la planète. Avec une équivalence approximative « mille tonnes d'eau pour produire une tonne de céréales », ce déficit de 160 milliards de tonnes d'eau correspond à 160 Mt de céréales, soit la moitié de la production US.
Étant donné l'énorme population chinoise, la chute du niveau des nappes phréatiques en Chine pourrait perturber les marchés mondiaux de céréales et entraîner une hausse des prix de la nourriture dans le monde entier
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Ressources en eau potable : l’agriculture/élevage productiviste réalise 70% des prélèvements d’eau potable dans le monde !
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Entre 1900 et 2010, les prélèvements d’eau au niveau mondial ont été multipliés par plus de 7 alors que la population n’a été multipliée sur la même période « que » par 4,4. Certaines zones se retrouvent ainsi en état de fort stress hydrique, augurant des conflits d’usages croissants entre l’agriculture, l’industrie et la population, voire des tensions au niveau international.
Entre la moitié et les deux tiers de l’humanité pourraient être en situation de stress hydrique en 2025 selon le dossier du CNRS consacré à l’eau :
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Ressources en eau potable : l’empreinte eau
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Source : https://theconversation.com/les-pressions-sur-leau-face-ignoree-de-la-transition-energetique-154969
Comparaison internationale des volumes d’eau consommée par personne et de l’empreinte eau, moyenne 1995–2016. D’après les données de base de données EXIOBASE3.7 ; MTES, 2020
L’enjeu de la consommation en eau devrait faire l’objet d’une sensibilisation plus importante auprès des citoyens pour aller dans le sens d’une plus grande sobriété. Il est notamment incarné par la notion d’empreinte eau, qui pour une population donnée correspond à la quantité d’eau utilisée sur le territoire pour répondre à l’ensemble de ses besoins. Elle incorpore ainsi, en plus de l’eau du robinet consommée, celle nécessaire à la production des biens et des services produits sur le territoire national mais également importés.
L’empreinte eau des citoyens des pays de l’OCDE est, en moyenne, plus élevée que celle des pays hors-OCDE. Celle d’un Français est par exemple supérieure à 200m3/habitant/an alors qu’elle est de 167m3/habitant/an au niveau mondial.
Plus encore, il s’avère que l’empreinte eau française est environ trois fois supérieure au volume d’eau consommé à l’échelle domestique. À l’instar de l’empreinte carbone, une large portion du bilan en eau d’un français vient du fait que la consommation d’eau pour produire les biens et services importés en France est supérieure à celle des biens et services exportés de France.
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Ressources en eau potable : l’eau et les métaux de la transition
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Les technologies de la transition énergétique consomment certains matériaux en grande quantité. Le lithium, le cobalt ou encore le nickel sont ainsi devenus les métaux vedettes des batteries lithium-ion utilisées dans les véhicules électriques. Le cuivre, déjà omniprésent dans notre quotidien, pourrait voir sa demande exploser en relation avec les nouvelles mobilités mais également avec le solaire photovoltaïque. De manière globale, la dynamique de transition énergétique mondiale ne pourra se réaliser qu’à travers l’intensification des extractions minières à travers le monde et donc engendrer une augmentation de la consommation d’eau.
À l’échelle d’un pays, le secteur minier se trouve souvent bien loin derrière l’agriculture ou même d’autres secteurs industriels (au Pérou, par exemple, il pèse pour environ 1% de la consommation en eau du pays contre 89% pour l’agriculture). Il n’en demeure pas moins un important consommateur, notamment lors des phases d’extraction et de traitement des minerais et génère de nombreuses externalités sur l’eau (déversements de substances, drainages acides, etc.).
Très gourmande en eau, l’industrie des terres rares illustre bien cette problématique. Nos résultats révèlent en effet une pression accrue sur les ressources en eau dans au moins deux pays déjà soumis à des épisodes de fort stress hydrique : la Chine et l’Australie. Dans un scénario climatique contraint, la consommation en eau de l’industrie australienne des terres rares en 2050 représenterait plus de deux tiers (69,2%) du prélèvement en eau de l’ensemble des secteurs industriels en 2015 ou encore 11,2% de l’eau prélevée au total en 2015 dans le pays.
Source : https://theconversation.com/les-pressions-sur-leau-face-ignoree-de-la-transition-energetique-154969
Or les terres rares ne sont pas les seuls éléments concernés par la politique minière volontariste de l’Australie : celle-ci figure dans le top 5 des producteurs mondiaux pour le lithium, le nickel, le cuivre le cobalt ou encore l’aluminium. On ne peut alors qu’imaginer l’empreinte eau du secteur minier dans un pays où les épisodes de sécheresse s’intensifient.
Bien que moins alarmant, le constat est similaire pour la Chine : la plus grande réserve de terre rares au monde – Bayan Obo en Mongolie intérieure – est située dans une zone de stress hydrique qualifié d’« extrêmement élevé ».
L’empreinte environnementale relative à l’eau des minerais recyclés est bien inférieure à celle des minerais directement extraits du sous-sol. La consommation en eau peut être divisée par 5 dans le cas des terres rares, par 10 dans le cas du cuivre ou même par 20 dans le cas du cobalt. Lorsque l’on sait que seulement 42,5% du total des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) ont été recyclés au sein de l’UE-28 en 2019, la promotion de la collecte et du recyclage apparaît être un levier intéressant à mobiliser.
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Ressources en eau potable : la boucle eau - énergie
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Sources : https://www.lajauneetlarouge.com/leau-et-lenergie-cles-du-developpement-durable/ ; Global Water Forum https://www.globalwaterforum.org/wp-content/uploads/2012/10/Spang-Figure-3.png ; http://12.000.scripts.mit.edu/mission2017/social-solutions-to-energy-and-water-problems/
1,3 Md de personnes ne sont pas raccordées à l’électricité, souvent dans les mêmes régions. La carte des personnes privées d’un accès satisfaisant à l’eau recoupe largement celle des exclus de l’électricité, soulignant ainsi à quel point ces deux ressources sont aujourd’hui plus interdépendantes que jamais.
Or, les ressources énergétiques et les ressources en eau sont soumises à des pressions sans précédent et font l’objet d’une concurrence croissante de la part des populations, des industries, des écosystèmes et des économies en pleine expansion.
Quand la population mondiale atteindra les 9 Mds d’habitants, la production agricole devra avoir augmenté de 50%, tandis que les prélèvements d’eau devront s’accroître de 15%. D’ici à 2035, la consommation énergétique mondiale augmentera de 35%, ce qui déterminera une hausse de 15% de l’utilisation d’eau, tandis que la consommation d’eau du secteur énergétique augmentera de 85% selon les projections de l’Agence internationale de l’énergie.
La demande énergétique va peser de plus en plus lourd sur les ressources en eau, et les pays émergents pourraient bientôt être confrontés à un double stress, hydrique et énergétique. Le changement climatique va aggraver ce défi, par une plus grande variabilité de la disponibilité de la ressource en eau et l’intensification des phénomènes météorologiques tels que les inondations graves et les sécheresses longues.
L’eau est nécessaire pour produire l’énergie, en particulier l’électricité, directement dans les barrages hydroélectriques, mais aussi dans toutes les centrales thermiques ou nucléaires qui ont besoin d’une bonne source froide pour les condenseurs des turboalternateurs.
Inversement, pour rendre l’eau accessible, c’est-à-dire la pomper, la dessaler éventuellement, la transporter, la distribuer, il faut de plus en plus d’énergie. On estime que 4% à 5% de l’électricité en France ou aux États-Unis sont utilisés pour l’eau, et jusqu’à 20% en Jordanie. Et, pour fournir de l’énergie, il faut de l’eau, beaucoup d’eau même : 600 Mds de m3 par an.
Le secteur de l’eau, lui, a besoin de plus en plus d’énergie. Ces deux ressources sont intrinsèquement liées « pour le meilleur et pour le pire », prévient l’ONU dans son cinquième rapport mondial sur « La Mise en valeur des ressources en eau », rendu public à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau du 22 mars 2014.
Aujourd’hui, 768 millions d’êtres humains n’ont pas accès à une source d’eau améliorée, c’est-à-dire à un point d’approvisionnement propre qui ne soit pas partagé avec des animaux. 3,5 milliards de personnes sont privées du droit à l’eau et ne bénéficient pas d’une eau sûre, propre, accessible et abordable.
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Les 7 sphères de l’Anthropocène
La pédosphère
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Biodiversité des sols
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Sources : https://esdac.jrc.ec.europa.eu/public_path/shared_folder/Atlases/JRC_global_soilbio_atlas_high_res-2019-06-13.pdf, https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/957292/Dasgupta_Review_-_Abridged_Version.pdf, https://larbredesimaginaires.fr/tronc/biodiversite/
« Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300
Les sols sont composés approximativement pour moitié d’air et d’eau, pour 45% de minéraux et 5% de matière organique. Dans ces 5%, seuls 10% sont de la matière organique vivante. Et pourtant ils contiennent une des formes les + riches de la biodiversité terrestre. Selon une estimation, les sols contiennent également 80% du carbone terrestre.
Les organismes vivant dans le sol sont très abondants et incluent des vers de terre, des nématodes, des arthropodes, des protozoaires, des champignons et des bactéries. Les champignons et bactéries sont de très loin les organismes les + abondants et jouent un rôle capital dans les processus écosystémiques vitaux dans les cycles de la matière, de l’énergie et des nutriments : séquestration du carbone, stockage de l’azote, purification de l’eau… Leur relations symbiotiques avec les végétaux favorisent la croissance des plantes et des arbres par l’amélioration de leur nutrition et la protection contre les herbivores et pathogènes.
La biodiversité des sols est la + riche dans les forêts tropicales humides et la + faible dans les déserts. Historiquement, les sols et forêts ont été le + grand puit de carbone du monde, mais des études récentes suggèrent qu’ils pourraient devenir émetteurs nets de carbone.
Les sols fournissent également la plupart de l’eau nécessaire aux végétaux et à la biodiversité terrestre, 65% de l’eau douce mondiale, 90% de l’eau utilisée pour la production agricole et pour la production + de 99% de nos calories alimentaires.
Le sol abrite l’un des plus grands réservoirs de biodiversité sur Terre : selon plusieurs estimations, ils hébergent + d’un quart des espèce de la planète et jusqu’à 90% des organismes vivants dans les écosystèmes terrestres, y compris certains pollinisateurs passent une partie de leur cycle de vie dans les habitats du sol.
La biodiversité des sols pourtant fondamentale, se réduit fortement. Cela contribue à aggraver de nombreux problèmes environnementaux : eutrophisation (charge nutritive excessive) accrue des points d’eau douce, réduction de la biodiversité à la surface et aggravation du réchauffement climatique. Sans la biodiversité des sols, les écosystèmes terrestres risqueraient de s’effondrer.
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Changement d’usage des terres : l’anthropisation des sols
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Sources : http://ecotope.org/anthromes/images/ellis_et_al_2010_fig_http://ecotope.org/anthromes/v2/, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://www.visualcapitalist.com/mapped-human-impact-on-the-earths-surface/
En l’espace de 300 ans, l’humain a mis la main sur la majorité des terres disponibles de la planète.
En 1700, 95% des terres libres de glace n’étaient pas, ou très peu utilisées, contre seulement 45% en 2000.
Le développement massif de l’élevage, la multiplication par 6 des surfaces de pâturage entre 1800 et 2000 et l’installation des cultures dans les prairies sauvages en ont été les moteurs principaux.
Le changement d’usage des terres influence considérablement le climat planétaire. Les modifications des couverts végétaux altèrent les cycles biogéochimiques et d’autres variables climatiques comme l’albédo terrestre (pouvoir réfléchissant des rayons du Soleil). Elles contribuent à augmenter l’effet de serre en réduisant la capacité des écosystèmes terrestres à jouer leur rôle de puits de carbone. L’impact direct sur la biodiversité est tout aussi considérable (dégradation et destruction des habitats naturels).
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Lien entre sols et climat
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Source : https://lejournal.cnrs.fr/billets/le-sol-cet-inconnu-quon-pietine?fbclid=IwAR2uJjuiuzMR8XJXUz7VB2H8vRgEygjz8Z_bIG-iLfeLUBOrXDTKIMNItkQ, https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/sols-changclim_rapport_2016.pdf
Pourtant, en enfouissant nos déchets organiques (bien triés) dans les sols, nous pourrions y stocker du carbone, tout en luttant contre l’érosion. En augmentant de 0,4% par an la teneur en carbone de tous les sols du monde, on fixerait l’équivalent du CO2 produit annuellement par l’humanité ! Le sol produit de l’effet de serre alors qu’il pourrait le réduire : notre ignorance des sols nous prive d’un outil précieux.
L’importance des sols reste largement méconnue. Pis : nous les recouvrons d’infrastructures de transport ou d’extensions urbaines. En France, leur surface se réduit chaque décennie de l’équivalent d’un département. Pourtant, nourriciers et protecteurs, les sols sont impossibles à créer : on peut les déplacer, mais il faut un millénaire pour générer un nouveau sol fertile.
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Le lien entre sol et climat constitue un véritable enjeu car nos pratiques contribuent au réchauffement global. La disparition de la matière organique des sols agricoles, entre labour et régression des apports de fumiers, réduit le stockage de carbone. L’irrigation crée des poches sans oxygène favorisant l’émission de GES, surtout après des apports de nitrates qui sont les précurseurs des oxydes d’azote.
Transmettons-nous des sols intacts aux générations suivantes ? Les utilisons-nous en pères de famille ? Non. L’Union européenne lutte en ce sens : le programme “Caring for Soil is Caring for Life” vise 75% de sols en bon état en 2030. Mais l’objectif reste difficile à atteindre. Pour mieux préserver cette présence invisible qui nous veut du bien, il est urgent d’éveiller les consciences des citoyens, de limiter l’extension de nos infrastructures et de repenser les pratiques agricoles, mais aussi notre consommation quotidienne.
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Artificialisation des sols
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Les sols artificialisés recouvrent les sols bâtis et les sols revêtus et stabilisés (routes, voies ferrées, parkings, chemins...), les chantiers, les terrains vagues, et les espaces verts artificiels.
L’artificialisation des sols engendre une perte de ressources en sol pour l’usage agricole et pour les espaces naturels. Elle imperméabilise certains sols, ce qui accroît la vulnérabilité aux inondations. Elle a également un impact sur la biodiversité et créé des îlots de chaleur urbain.
Selon l’analyse de l’Agence Européenne de l’Environnement, la surface moyenne annuelle dénaturée pour la France est de 470 m² / habitant, contre 410 m² / hab pour l’Allemagne ou encore 260 m² / hab pour l’Italie.
Les causes principales en France sont la croissance démographique, l’attrait des Français pour les logements individuels en périphérie des zones urbanisées, l’augmentation du nombre de logements vacants (8.4% soit 3 millions de logements) et la dévaluation économique, toujours + importante, des terres agricoles françaises par rapport aux terres urbanisables (en moyenne, les terrains constructibles français valent donc 55 fois + chers que les terres agricoles).
Les conséquences de l’artificialisation des sols sont dramatiques pour l’environnement et l’humain :
Source : "Artificialisation des sols : état des lieux", Ecologie humaine, 02/11/2020, https://www.ecologiehumaine.eu/artificialisation-des-sols-etat-des-lieux/
https://larbredesimaginaires.fr/tronc/artificialisation-des-sols/
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Salinisation des sols
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La salinisation des sols désigne l’augmentation de la teneur en sel dans les sols, diminuant leur rendement voire les rendant stériles et infertiles.
La salinisation des sols progresse dans le monde et concerne 1/5 des terres irriguées. Selon une étude de l’Université des Nations Unies, cela fait perdre 2000 ha de terres cultivées par jour !
En deux décennies (1994-2014), la superficie totale des terres irriguées abîmées par le sel est passée de 40 millions d’ha à 62 millions d’ha (= superficie de la France). Au niveau économique, ces pertes de productivité ont été estimées à environ 24 milliards de $ par an.
Elle résulte généralement d’un mauvais drainage. Parmi les plus grandes zones confrontées à ce problème : la mer d’Aral, les bassins du Gange et de l’Indus, du fleuve jaune et de l’Euphrate, la vallée de San Joaquim.
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Erosion des sols
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75% de la surface de la Terre est dégradée. Selon l’IPBES, 3,2 milliards d’humains sont concernés soit près de la population mondiale actuelle. À ce rythme, d’ici 30 ans, ce sont 90% des sols qui sont menacés d’érosion. Or, 95% des aliments que nous mangeons proviennent des sols.
Selon l’experte des sols Prof Jane Rickson de Cranfield University, « seul 3% de la surface de la Terre est propice à la production arable or nous perdons 75 Mds de tonnes de sol fertile par an à cause de la dégradation des sols. ». A comparer avec le rythme de constitution de ces mêmes sols : 1cm en 300 ans ! Selon David Montgomery (Dirt. The erosion of civilizations), 1% de la terre arable est perdue en moyenne par an.
Le niveau exact de dégradation des sols reste incertain. Mais les zones les plus dégradées sont l’Amérique du Sud où les forêts sont abattues, l’Afrique saharienne, l’Inde et la Chine. Dans ces deux pays, les experts des sols sont inquiets de la capacité à nourrir durablement la population.
Les pays développés ne sont pas non plus épargnés par le phénomène. En France, 60% des sols seraient ainsi frappés d’érosion.
Sources : https://www.bbc.com/news/science-environment-48043134 ; https://www.passerelleco.info/article.php?id_article=113, https://www.novethic.fr/actualite/environnement/biodiversite/isr-rse/degradation-et-erosion-des-sols-cinq-chiffres-chocs-sur-un-danger-mondial-147976.html
La qualité des sols est fondamentale bien sûr pour maintenir les rendements agricoles et permettre des récoltes abondantes. Il est également capital pour le changement climatique. Il y a 3x + de carbone dans le sol que dans l’atmosphère. Si ce carbone était relâché, l’emballement climatique serait considérable.
Pour conserver le carbone dans le sol, l’option la plus simple est de laisser les forêts repousser. Et transitionner massivement l’agriculture vers des modèles permettant une préservation voire un enrichissement des sols (agroécologie, agroforesterie, permaculture, etc.)
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Îlots de chaleur
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L'îlot de chaleur est un effet de dôme thermique qui crée un microclimat urbain où les températures sont + élevées.
En cause ? Les matériaux de construction qui emmagasinent la chaleur, l’albédo de la ville plus important qu’en campagne, le manque d’eau et de végétation (qui d’ordinaire rafraichissent l’atmosphère du fait de la chaleur latente de l’humidité dégagée), la stagnation des masses d’air à cause du fait de la rugosité du sol en ville, les activités humaines qui dégagent de la chaleur, ...
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Les désastres de l’agriculture intensive
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Entre 1850 et 1950, l’expansion massive de l’agriculture à grande échelle s’est surtout produite en Amérique du Nord et dans le sud et l’est de la Russie et de l’Union soviétique. Au cours des 50 dernières années, elle s’est intensifiée dans ces région et s’est redirigée vers les tropiques (Amérique latine, Asie du Sud-Est, Afrique). L’agriculture intensive repose sur 3 composantes : le développement de variétés à meilleur rendement, engrais azotés et mécanisation de l’agriculture (machines agricoles et irrigation intensive).
Le système agricole a des impacts environnementaux considérables en raison de la destruction d’habitats, de l’usage massif de pesticides et d’engrais ainsi que des émissions de GES qui lui sont associés.
La production agricole représente 20% des émissions territoriales françaises de gaz à effet de serre (GES). Ce chiffre comprend les GES liées à l’élevage, l’épandage d’engrais azotés, les serres et engins agricoles, etc. émises sur le sol français. Tandis que les émissions de GES liées à l’alimentation des ménages français représentent 24% de leur empreinte carbone (incluant, en plus des étapes de production agricole, la transformation alimentaire, le commerce des biens alimentaires, la fabrication des emballages et la gestion des déchets, le transport et la réfrigération). Ces émissions proviennent de l’élevage (48%), des cultures (41%), ainsi que des tracteurs, engins et chaudières agricoles (11%). Les émissions de l’agriculture sont avant tout liées à des processus biologiques : méthane émis par la fermentation entérique des ruminants et les effluents d’élevage, protoxyde d’azote principalement émis par les sols agricoles après fertilisation azotée minérale ou organique (engrais). Le système agricole et alimentaire industriel est fortement importateur et utilisateur d’intrants (produits phytosanitaires, engrais azotés de synthèse, alimentation pour les animaux, etc.), ce qui accroît ses émissions de GES.
Au-delà des impacts en matière d’émissions de GES, l’agriculture intensive réalise 70% des prélèvements d’eau potable dans le monde (et jusqu’à 95% dans certains pays en développement !).
L’influence de l’agriculture intensive sur le cycle des nutriments, en particulier l’azote, est lourde de conséquences. Il est estimé que les humains via les engrais azotés, la plantation de légumineuses et différents processus de combustion, font entrer autant d’azote assimilable dans la biosphère que toutes les sources naturelles combinées. Une grande part de cet azote, répandu dans les champs, n’est pas assimilé et se retrouve dans les masses d’eau douce, puis dans la mer. Dans les milieux aquatiques, ces excès d’azote peuvent aboutir au phénomène d’eutrophisation (excès de nutriments qui entraîne une prolifération d’algues et bactéries qui consomment l’oxygène disponible), ce qui peut engendrer la mort de nombreux organismes aquatiques (voir la page zones mortes hypotoxiques).
En outre, 90% du phosphore est utilisé comme engrais pour l’agriculture industrielle, ce qui menace d’épuisement cette ressource fondamentale à la vie.
L’utilisation massive des pesticides a un impact mortel prouvé sur la biodiversité, en particulier les insectes pollinisateurs, pourtant indispensables à la perpétuation de la vie.
Par ailleurs l’agriculture industrielle a drastiquement diminué la diversité des cultures : plus de 6000 espèces de plantes ont été cultivées dans l’histoire, aujourd’hui moins de 200 espèces contribuent substantiellement à l’alimentation mondiale et seules 9 d’entre elles* représentent les 2/3 de la production agricole totale en 2014.
Enfin, dans certaines régions du monde, de mauvais drainages ont salinisé et tué les sols, comme par exemple dans la mer d’Aral, les bassins du Gange et de l’Indus, du fleuve jaune et de l’Euphrate, ou la vallée de San Joaquim.
Sources : https://larbredesimaginaires.fr/tronc/agriculture-alimentation/, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300 / * betterave, blé, canne à sucre, maïs, manioc, palmier à huile, pommes de terre, riz, soja
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Pour en apprendre plus, découvrez les Fresques !
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Pour creuser l’impact de l’agriculture et l’alimentation, découvrez les Fresque de l’alimentation, la Fresque Agri’Alim et la Toile du Vivant !
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Pollutions des sols (pesticides, métaux lourds)
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La famille des pesticides regroupe les insecticides, les fongicides et les herbicides (>600 variétés). L’expansion très rapide de l’agriculture intensive a entraîné une augmentation exponentielle de leur utilisation. L’Asie est de loin le 1er utilisateur, elle consomme + de la moitié des substances (Chine principalement). La France est le 7ème utilisateur mondial. A l’exception de l’Afrique subsaharienne et des pays scandinaves, la quasi-totalité des sols cultivés dans le monde sont chimiquement traités.
4 firmes mondiales détiennent 75% du marché mondial des pesticides et exercent un lobbying intense pour limiter les réglementations : Bayer-Monsanto, Dow DuPont, Syngenta et BASF.
Plusieurs pesticides se sont révélés très nocifs pour la santé humaine et pour l’environnement, et ont été interdits dans de nombreux pays : atrazine (maïs), Gaucho (semences), DDT (insecticide). Le + utilisé est de loin le glyphosate, commercialisé par Monsanto sous le nom de Roundup puis par d’autres marques quand le brevet de la molécule est tombé dans le domaine public. Le glyphosate a été classé par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) de l’OMS comme « probablement cancérigène » en 2015. Depuis de nombreux procès d’agriculteurs atteints de cancers ont fait condamner Monsanto (et son propriétaire Bayer) dont le + retentissant a été celui de Dewayne Johnson (290 millions de $ en août 2018). Pourtant à ce jour il n’est toujours pas interdit en Europe et en France en raison de l’opposition de certains agriculteurs et de l’industrie qui mettent en avant l’absence d’alternatives et parfois contestent sa dangerosité.
Sources : https://larbredesimaginaires.fr/tronc/pesticides/, https://www.futura-sciences.com/planete/questions-reponses/agriculture-pesticides-pays-plus-gros-consommateurs-10757/
« Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300
Les pesticides ont un impact majeur sur la diminution de la biodiversité.
Une méta-analyse de + de 800 publications scientifiques sur les néonicotinoïdes, publiée en 2014 montre que ces pesticides comportent un risque élevé de dommages pour les abeilles mellifères et autres pollinisateurs comme les papillons, ainsi que pour une large variété d’autres invertébrés (vers de terre par exemple) et de vertébrés tels que les oiseaux.
Selon l’association Générations Futures, près de 75% des fruits et 41% des légumes non bio portent des traces de pesticides quantifiables pouvant altérer notre santé et celle des agriculteurs (étude février 2018).
L’agriculture intensive est au cœur du problème des pesticides qui contaminent également les nappes phréatiques : en France par exemple où on estime que la moitié des nappes sont polluées, l’agriculture intensive serait responsable de 75% de leur contamination aux nitrates et aux pesticides. Par ailleurs, ce mode d’agriculture est de très loin le 1er consommateur de ressources en eau.
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Pollutions des sols (pesticides, métaux lourds)
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Selon une étude de l’université de Sydney, publiée dans Nature Geosciences le 29 mars 2021, près d’un tiers des terres agricoles dans le monde sont exposées à un risque élevé de pollution par les pesticides, pesticides qui peuvent se retrouver dans les nappes phréatiques et menacer la santé humaine et la biodiversité.
Les chercheurs ont examiné l’utilisation de 92 herbicides, fongicides et insecticides dans 168 pays, afin de déterminer quelles substances dépassaient les niveaux recommandés, en se basant sur des données de la FAO et de l’Institut américain de géophysique (USGS).
Source : https://reporterre.net/64-des-terres-agricoles-dans-le-monde-sont-contaminees-par-les-pesticides
Soulignant le « risque de pollution par les pesticides à l’échelle mondiale », les chercheurs ont constaté que 64% des terres agricoles présentaient des niveaux de pesticides chimiques supérieurs à ce que les normes industrielles considèrent comme des « concentrations sans effet », et que près de 31% des terres agricoles mondiales, dont 60% des terres agricoles en Europe, présentent un « risque élevé » de pollution par des pesticides qui peuvent s’infiltrer dans les réserves d’eau et avoir un impact sur la santé humaine.
L’étude classe une zone comme « à haut risque » quand les niveaux de concentration d’un pesticide sont estimés à au moins mille fois le niveau où ces concentrations n’ont pas d’effet néfaste. C’est en Asie que l’on trouve le plus de terres à haut risque, 4,9 millions de km², dont 2,9 millions en Chine. En Europe, la Russie, l’Ukraine et l’Espagne constituent l’essentiel (62%) des zones à haut risque.
Plus le niveau de risque est élevé, plus la probabilité que des espèces non ciblées subissent un effet est grande, a expliqué à l’AFP la chimiste Fiona Tang, autrice principale de l’étude.
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Les 7 sphères de l’Anthropocène
La lithosphère
II
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Minerais et métaux : ça nous mine le moral…
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Sources : Circularity Gap Report 2021 https://www.circularity-gap.world/2021
Si on met souvent en avant l'évolution impressionnante de la consommation énergétique mondiale depuis 2 siècles, celle de la quantité de matière utilisée est tout aussi faramineuse. Environ 100 milliards de tonnes de matière entre dans l'économie chaque année! Un chiffre en hausse constante.
Près de la moitié sont des minéraux (roches, sable, etc), en grande partie utilisés pour la construction (39 milliards de tonnes). La biomasse compte pour 25%. Les minerais métalliques représentent 10 milliards de tonnes (la production d'acier est de près de 2 milliards de tonnes), et les combustibles fossiles comptent pour 15 milliards de tonnes. Environ 10% de l'énergie mondiale est utilisée pour l'extraction de matière...
Le graphe illustre l'évolution du PIB mondial, de la demande en matériaux et des émissions de CO2.
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Minerais et métaux : ça nous mine le moral…
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Minerais et métaux : ça nous mine le moral…
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Minerais et métaux : ça nous mine le moral…
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Sources : https://www.unep.org/resources/report/global-material-flows-and-resource-productivity-assessment-report-unep ; https://news.infomaniak.com/web-ecologique/ ; https://www.encyclo-ecolo.com/Epuisement_des_ressources_naturelles ; https://www.euchems.eu/wp-content/uploads/2018/10/FRENCH-Periodic-Table-Element-Scarcity.pdf
Taux de recyclage des métaux (UNEP 2011)
L’extractivisme a pour conséquence de ponctionner en quelques dizaines d’année des quantités de ressources disponibles que la planète a mis des centaines de milliers voire des millions d’années à constituer.
Cela entraîne une diminution rapide des stocks et menace d’extinction la plupart des ressources naturelles. Selon l’UNEP, le volume total de matériaux utilisé pour l’économie mondiale est passé de 22 (1970) à 70 milliards de tonnes en 2010 !
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Minerais et métaux : ça nous mine le moral…
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Sources : http://www.informaction.info/sites/default/files/images/en6_-_penurie_matieres_premieres.jpg
Attention : la date d’épuisement du lithium est ici surestimée, se référer plutôt au graphique de la page précédente, et voir les pages suivantes.
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Minerais et métaux : ça nous mine le moral…
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Sources : post de Greg de Temmerman ; https://ourworldindata.org/grapher/domestic-material-consumption-per-capita ; https://data.oecd.org/materials/material-consumption.htm ; https://ec.europa.eu/eurostat/web/products-eurostat-news/-/ddn-20210319-2 ; https://www.linkedin.com/posts/greg-de-temmerman_energy-energytransition-materials-activity-6973889049698697216-LwcE
L'équivalent de l'empreinte carbone, le Domestic Material Consumption (DMC) mesure la quantité totale de matériaux utilisé par une économie en comptant les matériaux extraits sur le territoire plus les matériaux importés (ou contenus dans les importations) moins les matériaux exportés.
En Europe, la moyenne est de 14 tonnes par an et par habitant, principalement dominée par des matériaux non-métalliques (pour l'industrie et la construction), la biomasse et les combustibles fossiles- près de 3t/an/hab !!
Il y a de larges variations puisque le Canada est à 28.7, les USA à 20, et la Chine à 25t/hab/an. A noter que ce DMC est relativement stable depuis 20 ans en Europe.
En 2018, l'empreinte matière moyenne en France est de 13.6 tonnes par habitant. Le graphe ci-contre montre la répartition et notamment la part des combustibles fossiles et des minéraux non métalliques (matériaux de construction par ex). Cette empreinte diminue lentement depuis 2008
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Lithium : une batterie de questions
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Que ce soit pour le secteur des véhicules électrifiés (consommateur de cobalt, lanthane, lithium, etc.), des catalyseurs ou des piles à combustible (consommateur de platine, palladium, rhodium, etc.), dans le secteur éolien (consommateur de néodyme, dysprosium, terbium, etc.), aéronautique civil (consommateur de titane) ou encore le solaire photovoltaïque (consommateur de cadmium, indium, gallium, etc.), l’ensemble des innovations développées pour réaliser la transition énergétique dépend de la disponibilité de certains minerais et de métaux raffinés.
Or la plupart de ces matières premières ont des marchés de petite taille, contrairement à ceux des métaux non ferreux (cuivre, aluminium ou nickel par exemple). Ils affichent en effet des productions en tonnes, centaines de tonnes et, plus rarement, milliers de tonnes. Ils sont d’autre part faiblement organisés, peu transparents, l’essentiel des transactions se réalisant de gré à gré sans bénéficier du support de structures de marchés financiers (comme le London Metal Exchange, par exemple).
Dans les années à venir, la diffusion à grande échelle des technologies y faisant appel pourrait créer, voire exacerber, des tensions sur les marchés de ces métaux. Avec une structure industrielle de marché oligopolistique et une concentration des réserves sur un nombre restreint de pays, le lithium offre, dans le contexte d’électrification du parc automobile mondial, un terrain d’étude propice.
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Historiquement, le lithium est utilisé dans les industries du verre et de la céramique, les graisses lubrifiantes ou encore pour la production d’aluminium. Ses propriétés physiques sont recherchées : c’est l’élément solide le plus léger du tableau périodique et il a une bonne tenue à la température. En plus d’être très léger, le lithium possède une très faible électronégativité, en faisant un matériel de choix pour les batteries qui permettent le stockage réversible d’énergie. Avec le développement des technologies Li-ion, il a ainsi trouvé un fort débouché dans ce secteur, que soit pour l’électronique portatif (téléphones ou ordinateurs portables notamment) ou plus récemment pour le véhicule électrique (VE).
Le secteur des batteries représente aujourd’hui 46% environ des volumes de lithium consommés, dont un tiers est dédié aux seuls usages liés aux véhicules électriques, selon l’Agence internationale de l’énergie.
On observe un taux de croissance positif ces dernières années pour tous les secteurs (exception faite du celui des graisses lubrifiantes). Dans le secteur des batteries, la hausse de la consommation de lithium est la plus forte, avec 20 % par an environ. Les plus grands importateurs et consommateurs de ce métal sont les pays les plus actifs dans le secteur de l’électronique (Chine, Corée du Sud, États-Unis en tête).
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Lithium : une batterie de questions
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Si l’utilisation du lithium se concentre en Asie et aux États-Unis, la géographie minière est bien différente. En 2017, la production est estimée à 45 kt d’équivalent lithium (d’après les chiffres fournis par l’USGS et consolidés par les auteurs). L’essentiel (environ 90%) de la production de lithium brut provient de deux régions : l’Australie et le triangle du lithium en Amérique du Sud (Argentine, Bolivie, Chili, sachant que la Bolivie en fait partie sans produire de lithium). La région andine détient ainsi + de 50% des ressources mondiales estimées à 52,3 Mt.
Toutefois, la géographie de la production primaire de lithium (saumure, roches) peut être différente de celle des bases chimiques (LiOH, Li2CO3, etc.) ou des produits utilisant les dérivés chimiques de ce métal. Une étude menée en 2017 sur les flux internationaux de lithium illustre cette dynamique pour l’Australie et la Chine. Si le premier est le plus gros fournisseur de lithium primaire (sous forme de spodumène concentré), les procédés de raffinage sont effectués en Chine pour produire les bases chimiques. À l’inverse, le Chili exporte la très grande majorité du lithium produit sur son territoire sous forme transformée de carbonate de lithium.
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Répartition des ressources en pointillés et de la production primaire mondiale en trait plein avec les principales entreprises présentes que les sites de production actuels et les projets en cours. IFPEN
La production de lithium est historiquement contrôlée par un petit nombre d’acteurs américains (Albemarle et FMC) et chilien (SQM). Ces grands industriels sont des groupes du secteur de la chimie, de l’agroalimentaire (avec les engrais azotés), de la pharmacie ou du secteur minier. Pour ces trois acteurs, la part des revenus associés au lithium est en forte progression ces dernières années. En 2017, la part dans leurs chiffres d’affaires atteint 12% pour FMC, 30% pour SQM et 43% pour Albermarle, selon les rapports annuels de ces entreprises. + récemment, 2 compagnies chinoises majeures, Tianqi et Ganfeng (historiquement des transformateurs de lithium) ont aussi investi sur l’ensemble de la chaîne de valeur, et notamment dans l’extraction.
Si les 3 grands acteurs historiques – FMC, SQM et Albemarle – détiennent encore aujourd’hui un peu + de 50% des parts du marché, les entreprises chinoises étaient, en 2016, à l’origine de près de 40% de l’approvisionnement en lithium, dont une grande partie est consacrée à leur consommation domestique.
À l’échelle internationale, le marché du lithium est encore segmenté géographiquement entre un marché atlantique (Europe et États-Unis se fournissant majoritairement en Amérique du Sud) et un marché asiatique (la Chine ayant une production domestique et se fournissant majoritairement en Australie).
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Lithium : une batterie de questions
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Dans son étude, l’IFPEN a développé 3 scénarios d’électrification du secteur transport à l’échelle mondiale à l’horizon 2050.
Le scénario de référence (appelé « BAU » pour business as usual) poursuit la tendance actuelle sans qu’aucune nouvelle mesure ne soit adoptée dans le futur, tandis que les scénarios « Facteur 2 » et « Facteur 4 » enregistrent respectivement une division par deux et par quatre des émissions de CO2 directes dans le secteur du transport, par rapport au niveau de 2005. La flotte mondiale de VE à batteries (2 et 3-roues non inclus) devrait ainsi représenter entre 200 et 650 millions en 2050. La demande cumulée de lithium est ainsi estimée entre 6 et 13 millions de tonnes, selon le scénario considéré sur la période 2005-2050.
Cette demande est globalement tirée par les régions d’Asie (Chine et Inde) et par l’Europe, avec des parts respectives estimées à environ 30%, 26% et 10% de la consommation totale. Cette forte consommation de la Chine et de l’Inde provient du déploiement des deux et trois roues électriques en plus des véhicules particuliers. Le continent africain n’est pas en reste, avec un poids non négligeable (environ 8%) dans la consommation mondiale cumulée de lithium du fait du développement de cette filière électrique.
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Comparaison de la consommation cumulée de lithium à l’horizon 2050 avec les réserves mondiales actuelles. IFPEN
Ces scénarios tendent à montrer qu’une forte pénétration du véhicule électrique au niveau mondial (jusqu’à 75% en 2050, tous véhicules confondus) pourrait engendrer une diminution marquée de la marge de sécurité d’approvisionnement en lithium (rapport entre la consommation cumulée de lithium entre 2005 et 2050 et les réserves actuelles évaluées à 16 Mt). La marge de sécurité se situe ainsi à 65% pour le scénario de référence, et <15% pour le scénario le + contraignant (« Facteur 4 »).
En parallèle, le développement des batteries Li-ion (pour l’électronique portatif et pour la première phase de pénétration des VE) entretient une dynamique d’exploration et d’exploitation minière au niveau mondial. Cela a déjà eu pour conséquence une multiplication par 3 des ressources estimées entre 2000 et 2017, et une multiplication par 4 des réserves entre 2000 et 2017.
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Lithium : une batterie de questions
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Les dynamiques d’équilibre à long terme sur les marchés de matières premières nous apprennent toutefois que l’absence de criticité géologique ne permet pas d’occulter différentes formes de vulnérabilité, qu’elles soient économiques, industrielles, géopolitiques ou environnementales. Parmi elles, la concurrence entre les acteurs apparaît toute relative, malgré l’entrée de nouvelles entreprises sur le marché. Dès lors, la structure industrielle de la filière tend à montrer une criticité économique possible, en raison du faible nombre d’acteurs et de leur positionnement oligopolistique.
En outre, la volatilité des prix pourrait fragiliser les nouveaux entrants sur le marché et conduire à des nouveaux mouvements de consolidations (fusions et acquisitions) entre les acteurs. Toutefois cette volatilité des prix pourrait au final peu impacter l’aval de la filière associée à la production de batteries. En effet, la part du prix du lithium dans le coût global de fabrication d’une batterie automobile reste faible. En 2017, Bloomberg a ainsi calculé qu’un triplement du prix du lithium aurait pour conséquence une augmentation de seulement 2 % du prix des batteries, alors que ce chiffre monte à près de 13 % pour le cobalt.
La dynamique des prix observée à partir de 2004 avait suscité de nombreuses interrogations de la part des analystes sur une possible cartellisation du marché du lithium, à savoir la création d’une forme « d’OPEP du lithium »). Si la proximité géographique des acteurs du triangle du lithium est avérée, la proximité stratégique l’est beaucoup moins.
Cependant, les stratégies nationales, dans le triangle du lithium, resteront soumises à de très fortes incertitudes, entre ouverture économique et mise en place de politiques commerciales agressives. Dans les années à venir, il sera nécessaire d’observer les évolutions stratégiques de chacun de ces pays, et plus particulièrement de la Bolivie, étant donné leur part dans les réserves mondiales de lithium et leur capacité à jouer sur l’offre de production. Enfin, la politique de la Chine et de ses entreprises sur la filière lithium, mais également sur le secteur des batteries, reste un élément clé de compréhension de ce marché dans le futur.
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Lithium : une batterie de questions
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La France importe en effet près de 100% de ses métaux et une partie significative des roches et minéraux de son industrie.
Outre une + grande indépendance stratégique, une relocalisation serait aussi un moyen d’améliorer les bilans carbone et économique de notre appareil productif. Importer du bout du monde des matières premières à grand renfort de rejet de CO2 n’est pas une solution durable. Car les matières premières de la transition énergétique et digitale se trouvent en fait dans notre sous-sol, sous nos pieds. Ces métaux tels que le nickel, le cuivre, le cobalt, le lithium ou encore les terres rares, entrent notamment dans la composition des batteries de nos ordinateurs, tablettes, smartphones, mais surtout dans celles équipant les véhicules électriques. Les économistes s’accordent pour prédire une très forte augmentation de leur nombre dans le parc automobile.
Le potentiel en ressources minérales de la France est très largement sous valorisé à ce jour. Le pays abrite en effet d’importantes ressources en roches et minéraux industriels ainsi que de nombreux métaux (tungstène, antimoine, or, plomb, zinc, germanium, cuivre, lithium et molybdène).
L’exemple du lithium est à ce titre un cas d’école. Malgré des ressources très conséquentes et des besoins grandissants, nous continuons d’importer massivement depuis l’autre bout du monde des métaux qui se trouvent sous nos pieds dans notre sous-sol. Aujourd’hui, le lithium est en effet raffiné principalement en Chine mais est produit massivement en Australie et au Chili.
En Europe, les principales ressources en lithium sont localisées à Jadar en Serbie, au Portugal, en Espagne, en Finlande, en Autriche et dans le Massif central en France. Les ressources minérales contenant du lithium sont diverses et variées sur le territoire national et européen. Le lithium est contenu à différentes teneurs dans des roches telles que les granites à métaux rares, les pegmatites ou encore les minéraux argileux. Or, toutes ces ressources ne sont que très peu exploitées et valorisées à ce jour.
Le BRGM a réalisé en 2018 un inventaire des ressources en lithium métropolitaines, qui a mis en lumière certaines sources de lithium dans des roches dont le potentiel de valorisation est certain, essentiellement dans le Massif central et le Massif armoricain. Elles ont notamment l’avantage d’associer le lithium à des roches et minéraux industriels comme les feldspaths, le quartz, le kaolin, ou à des métaux comme l’étain, le tantale ou le tungstène. Si des procédés de traitement des minerais sont mis au point, la France pourrait être autonome pour le lithium (roche dure du Massif central et saumures géothermales d’Alsace) avec un potentiel dépassant les 200 000 t de lithium métal.
Comme la majorité de ses voisins européens, la France importe à ce jour en grandes quantités les métaux nécessaires à son industrie. Cette délocalisation des filières nous permet d’occulter les conditions d’extraction de ces substances. Ces procédés, si appliqués sans normes et contrôles, peuvent provoquer des dégâts environnementaux avec des rejets sauvages d’effluents acides et font généralement travailler des ouvriers sans leur garantir les normes de protection nécessaires. Ils posent aussi des problèmes en matière de partage et d’accès à l’eau potable dans des zones désertiques, par exemple dans les salars d’Amérique du Sud.
Pour envisager la relocalisation de cette filière en France, le premier enjeu est scientifique. Nos chercheurs (géologues, géochimistes, métallogénistes) travaillent à développer des méthodes pour mieux comprendre comment se forment ces ressources, à la fois pour une exploitation plus efficiente et pour découvrir des gisements cachés au plus proche des centres de consommation afin de réduire l’impact environnemental associé. Par ailleurs, nous devrons déployer une capacité à développer des méthodes d’extraction pour les ressources minérales en lien avec notre géologie à l’échelle nationale. Si les ressources en lithium sont diverses, variées et distribuées de façon hétérogène dans notre sous-sol, les procédés industriels pour extraire le lithium des différents réservoirs géologiques ne sont pas pour l’instant tous opérationnels. Soit pour des raisons technologiques, soit pour des raisons de rentabilité. Cette transition énergétique passe donc par de l’innovation en matière de R&D pour l’extraction de ces ressources minérales, à la fois pour optimiser les procédés existants en les rendant moins nocifs sur le plan environnemental et pour développer de nouvelles méthodes.
Au niveau européen, l’Union œuvre à promouvoir la filière lithium en finançant des projets de recherche avec l’Institut européen d’innovation et de technologie, section matières premières au sein de projets comme le projet H2020 GeoERA FRAME sur les métaux critiques européens et à travers l’Institut européen du Lithium dont le BRGM est l’un des membres fondateurs. Dans les prochains mois et années, de nombreux projets de fabrication d’usines de batteries (les « Gigafactory ») pourraient également voir le jour sur le Vieux continent. L’objectif à court terme serait de bâtir une filière européenne forte économiquement : une sorte « d’Airbus des batteries ». Dans ce contexte, il est certain qu’il faudra diversifier les sources d’approvisionnement en lithium afin de faire face à une demande croissante.
Pour cela, l’extraction de substances minérales contenues dans les eaux chaudes appelées eaux géothermales et situées dans le fossé rhénan à la frontière franco-allemande, constitue une piste intéressante. Ces eaux riches en sels minéraux sont actuellement exploitées pour la production d’électricité et de chaleur. Elles sont très souvent enrichies en lithium et autres métaux grâce aux interactions, aux échanges entre l’eau et la roche qui se produisent en profondeur. Elles constituent une ressource de lithium dormante en Europe qui n’attend qu’à être valorisée. Il s’agit ici d’une valorisation gagnant-gagnant : l’eau géothermale est pompée, va produire de l’électricité (la vapeur d’eau faisant tourner des turbines), peut aussi produire de la chaleur (échangeur thermique) et avant d’être réinjectée, les substances minérales seront extraites de cette eau salée. Pour la filière européenne, les enjeux des années à venir seront d’apprendre à produire localement, durablement et de façon + vertueuse du lithium à partir de différentes sources géologiques. Cette diversification est essentielle mais ne doit pas occulter l’obligation d’augmenter nos capacités de recyclage pour ne pas dilapider nos ressources.
Source : https://theconversation.com/relocaliser-lextraction-des-ressources-minerales-en-europe-les-defis-du-lithium-138581, rapport du BRGM http://infoterre.brgm.fr/rapports/RP-68321-FR.pdf
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La ruée vers le cuivre
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Sources : https://www.linkedin.com/posts/greg-de-temmerman_energytransition-mining-electricandhybridvehicles-activity-6872836660455907328-iZRd, https://www.visualcapitalist.com/visualizing-copper-demand-for-renewables/, https://www.woodmac.com/news/opinion/copper-powering-up-the-electric-vehicle/
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Le cuivre est un des métaux clés pour la transition énergétique, il possède une très bonne conductivité électrique et thermique. Comme pour beaucoup de metaux la demande va fortement augmenter dans les années à venir.
Cette infographie de Visual Capitalist montre l’évolution de la demande prévue dans un scénario BloombergNEF d’ici 2030. De façon intéressante, la hausse est surtout portée par les véhicules électriques. Ces derniers contiennent beaucoup plus de cuivre que les véhicules thermiques- in total de 80kgs en moyenne.
Un bon rappel que l’électrification du parc automobile doit également compter une diminution de leur masse…
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Une transition énergétique très gourmande en ressources minérales
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Sources https://www.connaissancedesenergies.org/transition-energetique-laie-alerte-sur-les-futurs-besoins-de-minerais-210506 ; rapport de l’AIE “The Role of Critical Minerals in Clean Energy Transitions” mai 2021 et messages clés
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La transition énergétique et le déploiement des technologies bas carbone à grande échelle « devraient entraîner une augmentation considérables des besoins de certains minéraux » au niveau mondial, avertit l'Agence internationale de l'énergie (AIE) dans un rapport publié le 5 mai 2021.
Ces besoins de ressources varient selon les filières et technologies employées : lithium, nickel, cobalt, manganèse et graphite pour la constitution de batteries, terres rares pour les aimants permanents d'éoliennes et de moteurs de véhicules électriques, cuivre et aluminium pour le déploiement des réseaux électriques, etc.
Un véhicule électrique « typique nécessite en moyenne 6 fois plus de minéraux qu'une voiture conventionnelle », indique par ailleurs l'AIE.
Dans son scénario Sustainable Development (celui compatible avec les objectifs de l'Accord de Paris), l'AIE estime que, d'ici à 2040, la demande mondiale de nickel et de cobalt liée à la transition énergétique pourrait être multipliée par 20 environ et celle de lithium par + de 40.
Concrètement, la part des « énergies bas carbone » dans la demande mondiale de minéraux pourrait, à l'horizon 2040, atteindre 45% pour le cuivre (contre 24% en 2020), avoisiner 60 à 70% pour le nickel et le cobalt (contre respectivement 8% et 15% en 2020) et dépasser 90% pour le lithium (contre 29% en 2020).
Le directeur exécutif de l'AIE Fatih Birol souligne de nombreux défis se posant ainsi en matière d'approvisionnement : concentration géographique, délais pour mettre en œuvre de nouvelles productions minières, qualité déclinante des ressources dans certaines régions, impacts environnementaux et sociaux, etc.
Parmi ses recommandations, l'AIE appelle les États à publier leurs stratégies climatiques de long terme afin d'anticiper cette explosion des besoins miniers.
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La nouvelle géopolitique des métaux de la transition écologique
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Sources : rapport de l’AIE “The Role of Critical Minerals in Clean Energy Transitions” mai 2021 et messages clés
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Les technologies mises en avant pour la transition écologique (panneaux solaires, éoliennes, véhicules électriques, etc.) sont très consommatrices en métaux comme le cuivre, le nickel, le cobalt, les terres rares et le lithium (voir page précédente).
La répartition des ressources mondiales de ces métaux va (est déjà en train de) redéfinir des grands axes géopolitiques, comme le pétrole l’avait provoqué en son temps. Une vraie bataille géopolitique est en cours pour s'assurer le contrôle des approvisionnements.
Pour ce qui est du raffinage et du traitement de ces métaux, la Chine a acquis une position largement dominante.
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Le marchand de sable passe trop souvent…
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Le sable est la deuxième ressource la plus utilisée après l’eau. Son rythme d’extraction est 9 fois supérieur à celui du pétrole. L’épuisement de cette ressource est prévu vers 2100.
Le secteur de la construction est la principale cause de l’épuisement des ressources en sable. Chaque année, 40 à 50 Mds de tonnes de sables sont extraites des fonds marins, des mines et des lacs, afin de nourrir le secteur du bâtiment. Le béton est composé aux 2/3 de sable, et malheureusement, nos ressources en sable ne sont pas infinies.
La production de ciment, principal constituant du béton avec le sable, a été multipliée par 40 depuis 1950, par 4 depuis 1990. Sa fabrication serait responsable de 8% des émissions mondiales de GES. Les volumes de sable utilisés sont tels qu’une pénurie mondiale se profile et que des marchés noirs se constituent. Au cours des années 2000, la Chine a bâti un nombre de m2 équivalant à l’ensemble du parc immobilier de l’Union Européenne. Entre 2011 et 2013, elle a utilisé + de béton (6,6 Mds de tonnes !) que les USA sur l’ensemble du XXème siècle !
Seul le sable marin, donc issu de l’érosion de la pierre, est compatible à la création de béton. Sur les quelques 120 milliards de millions de tonnes de sable présents sur la Terre, nous ne pouvons donc en utiliser qu’une infime partie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Dubaï, Etat désertique, est obligé d’importer du sable pour construire les Palm Islands ou autre Burj Khalifa.
En France, la demande annuelle en sable s’élève à presque 400 millions de tonnes. La quasi-totalité est destinée au secteur de la construction. Voici quelques ordres de grandeur pour comprendre la consommation mondiale de sable :
Les conséquences de l’extraction massive de sable des fonds marins sont nombreuses. Les plages disparaissent : lorsque l’on extrait du sable marin, le sable des plages vient combler le vide créé. Petit à petit, le sable des côtes, s’il n’est pas lui aussi dragué, va donc glisser vers les fonds marins, pour finalement disparaître. En Floride, 9 plages sur 10 ont déjà disparues. Le sable des côtes constitue également une barrière naturel contre les éléments. Il a été montré que certains ouragans n’auraient pas été aussi dévastateurs il y a 100 ans. L’extraction massive met enfin de nombreuses espèces sous-marines en danger. En bref, les conséquences environnementales de notre surconsommation de sable sont désastreuses.
Sources : https://www.natura-sciences.com/environnement/penurie-sable.html, https://information.tv5monde.com/info/penurie-de-sable-un-enjeu-planetaire-environnemental-et-economique-185813
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Phosphore : un élément vital auquel on pense si peu…
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Sans lui, la vie n’est pas possible. Isaac Asimov le célèbre auteur de science-fiction, également biochimiste et vulgarisateur scientifique, le qualifiait de “goulot d’étranglement de la vie”, irremplaçable et pourtant indispensable au moindre être vivant. Sa raréfaction (avec celle de l’azote) constitue une des 9 limites planétaires identifiées par le Stockholm Resilience Centre (limites à ne pas dépasser sous peine de détraquer l’équilibre du système Terre.
Le phosphore est en effet un élément fondamental du vivant, indispensable aux écosystèmes naturels : les phosphates sont solubilisés par l’altération des roches par l’eau de pluie. Les végétaux les prélèvent sous cette forme et les utilisent pour produire de la matière organique. Le phosphore est ensuite transféré le long de la chaîne alimentaire par la consommation des plantes par les animaux. Il est de nouveau solubilisé grâce à la décomposition de la matière morte par les micro-organismes.
Pourtant, il provient de mines de phosphates, ce n’est pas une ressource renouvelable, certaines sources parlent d’épuisement dans 40 ans ou 90 ans au rythme d’extraction minière actuel, d’autres envisagent des réserves pour encore des centaines d’années (mais demandant de creuser + profond, pour une qualité et concentration en phosphore potentiellement + faible). En tout état de cause, même si la ressource ne s’épuise pas, l’accès à celle-ci pourrait provoquer des tensions géostratégiques croissantes à l’avenir, en particulier dans la zone du Sahara occidental, immense réservoir que se disputent le Maroc et l’Algérie, et dont le statut juridique est encore indéterminé par l’ONU.
Sources : Socialter 12/21-01/22 “Le phosphore, de l'or pour un tas de fumier” ; https://larbredesimaginaires.fr/tronc/phosphore/, https://ecoloyolo.weebly.com/cycle-de-lazote.html
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Phosphore : un élément vital auquel on pense si peu…
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Au XXème siècle et jusqu’à nos jours, l’écrasante majorité du phosphate est tirée de l’extraction minière. Les zones avec de fortes concentrations sont loin d’être également réparties sur la surface du globe. Pour la plupart, elles se situent en Afrique du Nord, en Chine, aux Etats-Unis, en Russie. Selon le dernier rapport annuel de l’Institut d’études géologiques américain (USGS), les seules réserves en roches phosphatées du Maroc et du Sahara occidental s’élèveraient à 50 milliards de tonnes, soit >70% du total mondial.
Durant la seconde moitié du XXème siècle, la production de ces roches a été multipliée par 6 et, en 2020, elle a atteint 223 millions de tonnes, dont 90 millions rien qu’en Chine.
Le phosphore est massivement utilisé comme engrais dans l’agriculture industrielle qui utilise 80 à 90% du phosphore extrait. Une utilisation démesurée de produits fertilisants représente un frein à la prolifération de micro-organismes qui fonctionnent en réseau et jouent un rôle essentiel dans le transport et la répartition du phosphore dans la terre. Une partie du phosphore termine sa course dans les cours d’eau et, en se cumulant à celui des eaux usées peu traitées, accentue des phénomènes d’eutrophisation, avec prolifération d’algues vertes, voire de désoxygénation de zones aquatiques et océaniques (voir hydrosphère). Les régimes alimentaires à base de produits animaux contribuent à une utilisation forte de phosphore, puisqu’ils requièrent 5 à 10 fois + de phosphore que leur équivalent végétal ayant les mêmes caractéristiques nutritionnelles.
Le phosphore est malheureusement perdu :
Sources : https://www.mdpi.com/2075-163X/11/10/1137/htm ; https://pubs.usgs.gov/periodicals/mcs2021/mcs2021.pdf ; Socialter 12/21-01/22 “Le phosphore, de l'or pour un tas de fumier”
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Total des réserves : 71 Mds de T
Total de la production : 223 Mio de T
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Énergies : la transition énergétique n’existe pas, il y a addition énergétique !
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L’historien Jean-Baptiste Fressoz démontre que “l’histoire de l’énergie n’est pas celle de transitions, mais celle d’additions successives de nouvelles sources d’énergie primaire.”
Sources :”Le mythe de la transition énergétique”, Jean-Baptiste Fressoz, in Collapus ; http://www.columbia.edu/~mhs119/EnergyConsump/WorldEnergyConsumption.png
La mauvaise nouvelle c’est que l’histoire nous apprend qu’il n’y a en fait jamais eu de transition énergétique. On ne passe pas du bois au charbon, puis du charbon au pétrole, puis du pétrole au nucléaire.
L’histoire des énergies n’est pas celle de transitions, mais d’additions successives de nouvelles sources d’énergie primaire.
L’erreur de perspective tient à la confusion entre relatif et absolu, entre local et global : si au XXème siècle, l’usage du charbon décroit relativement au pétrole, il reste que sa consommation augmente et que, dans le monde, on n’en a jamais autant brûlé qu’en 2019.
Pour l’instant, le nucléaire et les énergies renouvelables n’ont fait qu’ajouter une fine couche supplémentaire au mix énergétique qui demeure fondamentalement carboné, à + de 80%.
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Énergies : les énergies fossiles restent prédominantes.
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Le charbon a permis la première révolution industrielle puis le problème de la densité surfacique a été réglé par les hydrocarbures (pétrole et gaz). La densité surfacique d'énergie est la quantité d’énergie associée à une unité de surface. Les énergies denses (hydrocarbures, uranium) se trouvent, par ailleurs, dans la lithosphère, réglant ainsi le problème de la compétition qui prévalait sur la consommation de bois-énergie. La compétition alimentaire / « carburant » était aussi importante: il fallait choisir entre nourrir les humains ou nourrir les chevaux (force de travail, moyen de mobilité)
Tous ces avantages des hydrocarbures et du charbon entraînent une augmentation constante de leur consommation.
Les énergies renouvelables voient leur part augmenter mais elles s’ajoutent aux énergies fossiles sans les remplacer.
Sources : Jérôme François, « Analyses des risques systémiques liés au système Terre – économie des ressources naturelles », décembre 2020 http://www.columbia.edu/~mhs119/EnergyConsump/WorldEnergyConsumption.png, http://gidmodel.org/?p=582
Non « renouvelable » : env 89%
« Renouvelable »: env 11%
(NB : le capteur n’est pas renouvelable; toutes les énergies se dégradent : c’est l’entropie
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Énergies : les énergies fossiles restent prédominantes.
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Cette vidéo de 30 secondes permet de visualiser la répartition des sources d’énergie utilisées par les pays du G20 de 1965 à 2019. Attention à bien garder en tête que ce sont des pourcentages, la demande en énergi en valeur absolue, elle, a considérablement augmenté comme vu dans les pages précédentes.
Pour voir l’infographie vidéo, cliquez ici
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Energies : l’économie actuelle est dopée au pétrole.
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Sources : https://pbs.twimg.com/media/CVXQuRCWwAA3syN.jpg ; http://files.cgerardphilipesvt.webnode.fr/system_preview_detail_200007371-58c4959bef-public/utilisations%20du%20p%C3%A9trole.jpg ; https://www.connaissancedesenergies.org/en-dehors-du-transport-quels-sont-les-autres-usages-du-petrole
Si près de 60% du pétrole mondial est consommé par le secteur des transports (fret routier, véhicules, navires, avions), il est également destiné à d’autres usages.
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Energies : le pic de pétrole conventionnel a été atteint en 2008-2011, le pic total en 2015-2019.
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Sources : Jérôme François, « Analyses des risques systémiques liés au système Terre – économie des ressources naturelles », décembre 2020, https://www.artberman.com/wp-content/uploads/Chart_World-Con-Uncon-1.jpg ; https://insideevs.com/news/324422/tar-sands-eroi-for-ice-transportation-vs-evs/ ; https://comitemeac.com/dossiers-2/dossiers/capsules-energetiques-introduction/quest-ce-que-le-taux-de-retour-energetique-eroi/, https://www.linkedin.com/posts/jean-marc-jancovici_chute-record-du-taux-de-r%C3%A9ussite-des-forages-activity-6775318094542868480-ZsGh
La dépendance de l’économie mondiale au pétrole entraîne une consommation très importante qui nous ont fait dépasser le pic de production.
Le pic de production du pétrole conventionnel (moins intense en énergie à extraire, moins cher) a été atteint entre 2008 et 2011 selon l’Agence Internationale de l’Energie.
L’exploitation de pétrole non conventionnel (sables bitumineux, pétrole lourd, schiste bitumineux, en offshore profond, en conditions polaires…) a permis de maintenir la croissance de la production mondiale.
Mais ces pétroles demandent + d’énergie pour être exploités. L’intensité énergétique de l’extraction s'accroît (pétrole de schiste et sables bitumineux demandent énormément d’énergie pour obtenir du pétrole). Il y a 100 ans, on prélevait environ 100 barils avec un seul. Aujourd’hui, le TRE (Taux de Retour Energétique, EROI en anglais) avoisine en moyenne 15:1 (15 barils extraits avec un baril consommé). Des physiciens estiment qu’à 7:1, la civilisation thermo-industrielle entre en risque d’effondrement.
Le pic de production total aurait été atteint entre 2015 et 2019.
Sans décroissance énergétique et développement massif d’énergies de substitution, la chute risque d’être brutale pour l’économie mondiale avec des conséquences imprévisibles sur les sociétés.
Notons par ailleurs qu’au-delà des questions de pic, il faudrait laisser les réserves d’hydrocarbures dans le sol pour limiter le réchauffement climatique à des niveaux compatibles avec les Accords de Paris et préserver l’habitabilité de la planète !
« En quelques années seulement, le taux de réussite des forages d'exploration à terre (pour trouver du pétrole) est passé de 50% à 10% : 5x moins de réussite ! En mer, la chute est moins brutale, mais elle est régulière : ce taux de succès est passé de 40% à 25% sur les 10 dernières années.
La recherche des gisements de pétrole, c'est comme la chasse aux œufs de Pâques : ceux que l'on trouve en premier sont les plus gros et/ou les moins bien cachés. L'exploitation est alors facile et le prix du pétrole produit est bas.
+ le temps passe, + les découvertes de pétrole baissent en volume (elles baissent depuis les années 1960, et sont devenues inférieures à la production depuis 1980), et + les gisements découverts sont petits et/ou très bien cachés, donc chers à exploiter (et rapidement vidés).
Le pétrole, c'est la corne d'abondance du 20ème siècle. Sans pétrole, pas de mondialisation, pas de civilisation urbaine (dépendante des transports longue distance pour tout ce qui y est acheminé), pas de plastiques, d'huiles, de détergents et de vêtements synthétiques, pas de routes (car pas de bitume !)...
Il n'y a pas que le climat qui va nous faire souffrir à l'avenir. L'autre mâchoire qui se referme doucettement, c'est la contraction pétrolière. », Jean-Marc Jancovici
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Énergies : les énergies de substitution sont beaucoup moins denses.
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Sources : Jérôme François, « Analyses des risques systémiques liés au système Terre – économie des ressources naturelles », décembre 2020 ; http://memepoliceman.com/are-windmills-idiot-power/
La combustion de l’hydrogène génère une forte quantité d’énergie (environ 3 fois plus que l’essence à poids constant) mais sa densité est très faible vs les hydrocarbures.
Les énergies de substitution ne peuvent maintenir la civilisation thermo-industrielle dont l’EROI (TRE) est estimé à 7:1. En deçà, la civilisation (thermo-industrielle) basée sur des ressources énergétiques denses (et gratuites puisque les ressources naturelles le sont) s’effondrera.
slide issue du site de Nicolas Meilhan
* solaire à concentration ** centrale à gaz cycle combiné
0,5% 0,5% 1% 0% 20% 3,5% 3% 16%
Mix énergétique FR (2015)
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Energies : une efficacité énergétique en amélioration constante… mais annihilée par les effets rebond.
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L’efficacité énergétique s’améliore chaque année, ce qui permet de consommer moins d’énergie par unité produite (l’intensité énergétique de l’économie se réduit)…
Cela s’explique notamment par les effets rebond, ou paradoxe de Jevons.
Pourtant, la consommation d’énergie par habitant continue à augmenter…
Dans une étude récente, + de la moitié des économies d’énergie résultant d’une amélioration de l’efficacité énergétique est effacée par les effets rebond.
En conséquence, la consommation d’énergie totale continue à augmenter fortement ! (et elle est toujours à 89% non renouvelable)
L’économiste britannique W. Stanley Jevons a mis en évidence le paradoxe que les gains en efficacité énergétique de la machine à vapeur n’ont pas permis de diminuer la consommation globale de charbon, qui a au contraire augmenté.
Plus on améliore l’efficacité – courbe jaune (consommation marginale d’énergie ou de matière), plus on consomme- colonnes bleues (consommation globale).
Les économies d’énergie initialement prévues sont donc en partie perdues ; compensées par une plus grande production de cet équipement et une plus grande consommation d’énergie pour faire fonctionner le total de ces équipements.
Les exemples contemporains sont nombreux : l’aviation low cost baisse le prix d’entrée et augmente le trafic aérien global, les gains d’énergie par voiture sont gommés par des poids + élevés et une utilisation accrue, + sobres… Moins cela coûte par unité plus la consommation globale augmente.
Sources : Jérôme François, « Analyses des risques systémiques liés au système Terre – économie des ressources naturelles », décembre 2020 ; https://i0.wp.com/mrmondialisation.org/wp-content/uploads/2016/05/03_jevons_paradoxes.jpg ; https://www.eia.gov/todayinenergy/images/2016.07.12/main.png ; https://ourfiniteworld.com/2020/11/09/energy-is-the-economy-shrinkage-in-energy-supply-leads-to-conflict/ ; https://larbredesimaginaires.fr/tronc/effet-rebond/ ; https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1364032121000769?via%3Dihub
Ainsi, si les mesures d’efficacité énergétiques, sont indispensables, elles ne sont pas suffisantes. Elles se doivent d’être couplées à un changement profond de regard sur le consumérisme. Sachant que nombre de nos comportements sont conditionnés par le contexte social dans lequel ils s’inscrivent, c’est une révolution culturelle sur les méfaits et le non-sens de la surconsommation qui est à mener.
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Pour ne pas dépasser +1,5°C, il faudrait laisser 60% du pétrole et du gaz dans le sol, et 90% du charbon...
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Selon les calculs une étude parue le 08/09/2021 dans la revue de référence Nature, il faudrait laisser dans le sol près de 60% des réserves de pétrole et de gaz, et 90% de celles de charbon d’ici à 2050. En outre, la production de pétrole et de gaz doit baisser de 3% chaque année dans le monde jusqu’en 2050.
Concrètement, cela implique que la plupart des régions doivent atteindre un pic de production maintenant ou au cours de la prochaine décennie, rendant de nombreux projets opérationnels et planifiés d’énergies fossiles non viables.
L’effort varierait considérablement selon les régions du monde et leurs réserves. Ainsi les détenteurs des réserves les plus grandes ont souvent - d’efforts à fournir. La Russie et les anciens pays soviétiques ne devraient laisser « que » 38% de leurs réserves de pétrole grâce leur « rapport coût-efficacité ». Même chose pour les USA (31% à ne pas extraire). Au contraire, le Canada devrait se priver de + de pétrole (83% de ses réserves, et 84% de ses sables bitumineux) et de gaz (81%).
Sources : https://lareleveetlapeste.fr/pour-ne-pas-depasser-15c-il-faudrait-laisser-60-du-petrole-et-du-gaz-dans-le-sol-et-90-du-charbon/, https://www.nature.com/articles/s41586-021-03821-8
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Quant au charbon, peu importe le pays producteur, les restrictions sont les + drastiques partout dans le monde.
+ que jamais, la sobriété énergétique sera la clé pour éviter l’aggravation des conflits géopolitiques énergétiques existants ainsi qu’un désastre climatique.
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… Pourtant les banques continuent à financer massivement les énergies fossiles...
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Dans les 5 ans qui ont suivi l’accord de Paris (2016-2020), les 60 + grosses banques mondiales ont investi 3 800 milliards de $ dans les énergies fossiles (!!!)
Sources : https://www.banktrack.org/download/banking_on_climate_chaos_2021/bocc__2021_vf_1.pdf, https://www.fossilbanks.org/fossil-banks
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… Et les Etats aussi !
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Les soutiens directs et indirects aux énergies fossiles ont représenté la somme colossale de 5 900 milliards de dollars en 2020, selon le FMI !
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Boucle minerais & métaux / énergie
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Pour extraire toujours plus de matières nous devons forer toujours + profond ou dans des endroits + difficiles d’accès, ce qui nécessite + d’énergie par quantité de matière extraite. Or l’extraction d’énergie fossile elle aussi nécessite de + en + de matières extraites.
Au fil du temps, le capital naturel s’épuise: il faut de plus en plus d’énergie afin d’extraire de l’énergie de basse entropie et des matières. Quant au stock de haute entropie (déchets), son stock augmente considérablement.
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Énergies : Énergie grise et déchets cachés : un problème économique structurel
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Sources : Jérôme François, « Analyses des risques systémiques liés au système Terre – économie des ressources naturelles », décembre 2020, données issues de l’Ademe, du Ministère de l’environnement et d’un MOOC de l’Université des Colibris, https://www.versuncoindeparadis.com/2019/10/10/sac-a-dos-ecologique-empreinte-cachee-mais-quest-ce-que-cest/
L'énergie grise, ou énergie intrinsèque, est la quantité d'énergie consommée lors du cycle de vie d'un matériau ou d'un produit : la production, l'extraction, la transformation, la fabrication, le transport, la mise en œuvre, l'entretien et enfin le recyclage, à l'exception notable de l'utilisation.
Les déchets cachés, aussi appelés « sac à dos écologique », sont tous les déchets qu’un objet « transporte » derrière lui. En moyenne, on peut estimer que les 354 kg d’ordures ménagères que génère un Français chaque année représentent en réalité 2 500 kg de déchets industriels, 11 300 kg de matières premières extraites et 35 000 kg de ressources naturelles exploitées. Ces déchets du quotidien ont donc un réel coût pour l’environnement.
Quelques exemples :
Objets
Énergie grise
Déchets cachés
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Énergie décarbonée et matières : risque de blocage systémique
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Sources : Jérôme François, « Analyses des risques systémiques liés au système Terre – économie des ressources naturelles », décembre 2020 ; https://ree.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/focus_ressources_naturelles_version_complete.pdf
Les énergies décarbonées et les véhicules électriques développés pour se substituer aux hydrocarbures consomment de grandes quantités de matériaux ce qui met en risque de tension voire de pénurie l’approvisionnement pour nombre d’entre eux.
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Les 7 sphères de l’Anthropocène
La biosphère
II
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Les humains, une petite espèce dans la masse de la biosphère
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Les humains ne représentent que 0,01% de la biomasse sur Terre (!).
Plantes et bactéries représentent plus de 95% du total.
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Maltraiter la biosphère, un jeu très dangereux
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La biodiversité (les plantes, animaux et tous les autres organismes vivants qui peuplent notre planète) rend des services écosystémiques indispensables à notre existence sur Terre : régulation du climat local, élimination des déchets organiques, stockage du carbone, maintien de la fertilité des sols, pollinisation, régulation des maladies, barrières contre des catastrophes naturelles, etc.
Elle est pourtant en grand danger à cause de l’activité humaine, comme nous allons le voir dans cette partie.
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Biodiversité – la 6ème extinction de masse
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« Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300
Il y a eu 5 extinctions de masse dans l’histoire de notre planète au cours desquelles plus de la moitié des créatures vivantes de la Terre ont disparu.
Toutes ces extinctions de masse ont été causées par des évènements externes aux actions du vivant (climat, astéroïdes, activité volcanique…). Ces extinctions se sont étalées sur plusieurs siècles.
Nous sommes à présent entrés dans la 6ème extinction de masse. Pour la première fois dans l’histoire, une seule espèce vivante (l’humain) en est responsable et le rythme d’extinction (quelques dizaines d’années) est sans précédent.
L‘IPBES estime qu’entre 500 000 et 1 million d’espèces sont menacées d’extinction.
L’Indice Planète Vivante (IPV) 2020 mondial publié par WWF montre un déclin moyen de 68% des 21 000 populations de mammifères, d’oiseaux, d’amphibiens, de reptiles et de poissons suivies entre 1970 et 2016. Or les variations des populations d’espèces sont un indicateur majeur de la santé globale des écosystèmes.
L’IPV mondial ne nous donne pas une image complète : il existe des différences dans les courbes d’abondance entre régions, les plus forts déclins étant observés dans les zones tropicales. La baisse de 94 % de l’IPV pour les sous-régions tropicales des Amériques est le déclin le plus important jamais observé dans une région. La conversion des prairies, des savanes, des forêts et des zones humides, la surexploitation des espèces, le changement climatique et l’introduction d’espèces exotiques sont des facteurs clés de ce déclin.
La biomasse des insectes se réduirait de 2,5% par an selon les données disponibles. De 1970 à 2014, la taille des populations de vertébrés aurait diminué de 60%. Les populations de poissons auraient décru de moitié. L’UICN dénombre dans sa liste rouge 26 500 espèces menacées d’extinction, ce qui correspond à + d’un quart des espèces suivies. Cela correspond à 40% des amphibiens, 25% des mammifères et 25% des espèces de conifères par ex.
Rappelons par ailleurs que nous sommes très loin de connaître toutes les espèces présentes sur Terre, 2 millions ont été répertoriées mais il y en aurait de 8,7 millions à plusieurs milliards selon les estimations.
A tel point que l’astrophysicien et écologiste Aurélien Barrau parle d’« extermination délibérée des formes de vie sur Terre ».
Car même dans la majorité des espèces non menacées, le nombre d’individus s’effondre. Et nous savons que cette crise résulte de l’action délibérée d’une seule espèce, la nôtre. Les causes majeures de cet effondrement sont connues : destruction et perte d’habitats (liées à l’agriculture non durable, l’exploitation forestière, les transports, le développement résidentiel ou commercial, production d’énergie, exploitation minière…), pollutions, surexploitation directe (chasse, braconnage, pêche, récolte non durable) ou indirecte (espèces tuées par inadvertance), invasions biologiques (espèces envahissantes et maladies), changement climatique (conséquences multiples détaillées dans ce document).
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Biodiversité – la 6ème extinction de masse
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Source : rapport WWF Planète Vivante 2020
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Biodiversité – la 6ème extinction de masse
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Source : rapport WWF Planète Vivante 2020
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Biodiversité – la 6ème extinction de masse
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Source : rapport WWF Planète Vivante 2020
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Biodiversité – la 6ème extinction de masse
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Sources : https://www.la-croix.com/environnement/Biodiversite-68-vertebres-milieux-deau-douce-aneantis-50-ans-2020-09-10-1201113216, https://ree.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/focus_ressources_naturelles_version_complete.pdf
« Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300
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Menaces sur le phytoplancton, à la base de toute la chaîne alimentaire marine
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Le phytoplancton est le plancton végétal, c’est-à-dire l’ensemble des organismes végétaux vivant en suspension dans l’eau. La plupart de ces organismes sont trop petits pour être visibles à l’œil nu, mais s'ils sont en quantité suffisante, ils apparaissent à la surface de l'eau comme des étendues colorées. Le phytoplancton produit la moitié de l'oxygène que consomment l'ensemble des êtres vivants hétérotrophes et les volcans (ces derniers consomment de l'oxygène en brûlant le carbone organique des sédiments dans les zones de subduction). Il capte l'énergie solaire grâce à la photosynthèse.
Il constitue 50% de la production primaire à l’échelle mondiale et est à la base des réseaux trophiques océaniques et de l'alimentation des oiseaux marins. Il joue un rôle essentiel dans le rétrocontrôle du climat global, notamment en pompant le CO2 de l'air.
Son développement est fortement saisonnier et souvent constitué de successions de populations dominantes. Le phytoplancton constitue à lui seul environ 50% de la matière organique produite sur la planète Terre, mais il semble en diminution régulière depuis la fin du XXe siècle.
Sa vulnérabilité n’est pas encore bien connue, mais la surpêche ou une pêche ciblant des espèces consommant le plancton (dont certaines baleines par exemple) peut modifier le réseau trophique et la composition planctonique de l’océan, de même que le réchauffement climatique ou la pollution (acidification, eutrophisation en particulier).
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Le corail, en train de disparaître
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Le Global Coral Reef Monitoring Network publie la 6ème édition du "Status of Coral Reefs of the World". Il se base sur quasiment 2 millions d'observations, effectuées de 1978 à 2019, sur 12 000 sites situés dans 73 pays ayant des espèces coralliennes dans leurs eaux.
Alors que la température planétaire n'est montée que de 1,2°C, les océans tropicaux ont perdu environ 14% de leurs coraux entre 2009 et 2018 (+ que la totalité de ceux vivant sur les récifs coralliens d’Australie). Occupant 0,2% des fonds océaniques seulement (ils sont par construction absents dès qu'il n'y a plus de lumière, car ce sont des être symbiotiques comportant des algues, et ces dernières ont besoin de lumière), les coraux ne sont pas seulement jolis, ils abritent aussi un quart des espèces marines environ.
Au fur et à mesure que le corail blanchit – signe d’une rupture de la symbiose entre l’animal et la zooxanthelle, l’algue unicellulaire photosynthétique qui loge dans ses tissus et lui apporte son énergie –, des algues prennent progressivement le dessus (voir les graphiques). « L’équilibre de l’écosystème est rompu quand il se forme des tapis d’algues de 5 à 10 cm de haut sur le substrat corallien, privant l’organisme de lumière » (Serge Planes, directeur de recherche au CNRS).
Avant 2011, leur étendue moyenne sur la planète, stable depuis trente ans, était estimée à environ 16%. Depuis, leur présence a augmenté de 20%, ce qui correspond à la réduction de la couverture en coraux durs. Avant 1998, les coraux étaient, en moyenne, + de 2 fois + nombreux que les algues sur les récifs de l’océan mondial.
A 1,5°C de réchauffement, les trois quarts disparaîtraient, selon le rapport du GIEC sur 1,5 °C. Il est difficile de prédire les conséquences de l'acidification de l'océan, qui augmentera également à l'avenir, et qui ne va pas aider.
Les récifs coralliens jouent un rôle essentiel comme barrière naturelle contre l’érosion et les tempêtes, ou pour le maintien de la ressource halieutique. L’écosystème menacé est évidemment essentiel pour la vie marine. Car même à des profondeurs importantes, celle-ci fourmille autour des communautés coralliennes, qui abritent nurseries, mangeoires et dortoirs pour la faune.
Le changement climatique n’est pas l’unique danger. Maladies diverses, prolifération d’étoiles de mer à couronne d’épines, tempêtes tropicales, surpêche, pollutions diffuses venues de la terre, qui rendent l’eau turbide et privent les coraux de l’indispensable lumière, multiplient les risques. Mais agir est possible. Un meilleur assainissement et d’autres aménagements côtiers peuvent permettre à l’écosystème de récupérer en une dizaine d’années.
Sources : https://gcrmn.net/2020-report/, https://unep-corals.vercel.app/?lang=FR, https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/10/05/les-coraux-diminuent-rapidement-presque-partout-dans-le-monde_6097132_3244.html
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La pêche industrielle, machine à vider les mers…
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Sources : https://larbredesimaginaires.fr/tronc/surpeche/, Sea Around Us https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/faf.12233, FAO, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300
Selon la FAO, la production mondiale de la pêche de capture a atteint en 2018 un niveau record de 96,4 millions de tonnes (Mt), soit +5,4% par rapport à la moyenne des 3 années précédentes. Cette progression est principalement due à la pêche de capture marine (84,4 Mt en 2018). En 2018, les captures de la pêche continentale ont atteint leur plus haut niveau, avec 12 Mt.
7 premiers pays de la pêche mondiale de capture = 50% des captures totales : Chine (15% du volume total des prises, Indonésie (7%), Pérou (7%), de l’Inde (6%), Russie (5%), USA (5%) et Vietnam (3%). 20 premiers pays producteurs = 74% de la production totale de la pêche de capture.
Dans le secteur de la pêche et de l’aquaculture, on estime qu’il est perdu ou gaspillé, chaque année, 35% des quantités récoltées et capturées à l’échelle mondiale.
Par ailleurs, pour faire face aux besoins en consommation de poissons, l’aquaculture a été massivement développée à partir du début des années 1990 et + de 25% des prises de poisson sauvage sont désormais utilisées pour faire des farines de poissons données aux poissons d’élevage et à du bétail.
Ces chiffres sont considérés comme sous-estimés par la communauté scientifique qui compte également les captures non déclarées (unreported landings) et les poissons rejetés en mer (discards). Ainsi, les captures annuelles de poissons ont été multipliées par 6 entre 1950 et 1996 où elles ont atteint un pic à 130 millions de tonnes.
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… et ça marche !
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Sources : https://larbredesimaginaires.fr/tronc/surpeche/, https://www.fishbase.de/rfroese/PalomaresGlobalBiomass.pdf, https://www.actu-environnement.com/ae/news/infographie-peche-france-exploitation-poissons-ifremer-37046.php, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300
Les bateaux vont toujours + loin, toujours + profond et un nombre toujours + grand d’espèces est capturé.
L’industrialisation massive de la pêche a de lourdes conséquences. Beaucoup de populations sont déjà très fragilisées. La situation des stocks de poissons marins est dramatique : d’après l’évaluation réalisée par la FAO, la part des stocks de poissons exploités à un niveau biologiquement durable à l’échelle mondiale est passée de 90% en 1974 à 66% en 2017 (et la quasi-totalité de ces stocks sont à la limite maximale de la durabilité). À l’inverse, le % des stocks exploités à un niveau biologiquement non durable a augmenté, en particulier à la fin des années 1970 et dans les années 1980, passant de 10% en 1974 à 34% en 2017.
Sur les 600 espèces pêchées dans le monde, environ un tiers sont menacées d’extinction totale, car le niveau de leurs stocks est descendu trop bas. Parmi les plus connues, citons le cabillaud, la morue du Canada, le saumon sauvage de l’Atlantique, le thon rouge, la sole...
Les poissons migrateurs ont vu leur population diminuer en moyenne de 76% entre 1970 et 2016 en raison de la dégradation des habitats et la surpêche, selon un rapport du WWF, l’UICN et de la World fish migration foundation publié en juillet 2020.
% de variation de la biomasse des populations par rapport à la période 1950-1954 dans les zones maritimes mondiales
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Effondrement de la biodiversité terrestre - pollinisateurs
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Sources : https://larbredesimaginaires.fr/tronc/biodiversite-terrestre-pollinisateurs/, https://www.ipbes.net/sites/default/files/downloads/2016_spm_pollination-fr.pdf
Les abeilles et autres pollinisateurs sont d’une importance capitale pour la perpétuation du vivant.
75% de la production mondiale de nourriture dépend des insectes pollinisateurs.
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Effondrement de la biodiversité terrestre - pollinisateurs
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Sources : https://larbredesimaginaires.fr/tronc/biodiversite-terrestre-pollinisateurs/, https://www.ipbes.net/sites/default/files/downloads/2016_spm_pollination-fr.pdf, https://insect-respect.org/fileadmin/images/insect-respect.org/Rueckgang_der_Insekten/2019_Sanchez-Bayo_Wyckhuys_Worldwide_decline_of_the_entomofauna_A_review_of_its_drivers.pdf, https://fr.statista.com/infographie/16973/diminution-des-populations-insectes-extinction-animale/, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300
Et pourtant, les pollinisateurs disparaissent. La situation est dramatique :
Un article de synthèse publié en février 2019 clarifie et aggrave encore ce constat : 41% des espèces d’insectes pour lesquelles on dispose de suivis de long-terme dans le monde sont en déclin, et 31% sont menacées d’extinction.
La baisse de la biomasse d’insectes serait de 2,5% par an dans le monde.
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Effondrement de la biodiversité terrestre - pollinisateurs
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Sources : https://larbredesimaginaires.fr/tronc/biodiversite-terrestre-pollinisateurs/, https://www.ipbes.net/sites/default/files/downloads/pdf/pollination_chapters_final.pdf, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300
Les raisons de la disparition des pollinisateurs sont multiples et s’entretiennent les unes les autres : dérèglements climatiques, nouveaux virus et agents pathogènes, acariens, parasites, disparition des habitats naturels en raison des monocultures et, bien évidemment, traitements phytosanitaires (pesticides).
Le risque que présentent les pesticides pour les pollinisateurs est déterminé par la combinaison de la toxicité et du niveau d’exposition, qui varie géographiquement en fonction de la composition des produits utilisés, de l’échelle de la gestion des terres et de la dimension de l’habitat dans le paysage. Il a été démontré que les pesticides, et en particulier les insecticides, ont de nombreux effets létaux et sublétaux sur les pollinisateurs dans des conditions expérimentales contrôlées.
Dans les années 1990, les ruches enregistraient une mortalité de l’ordre de 3 à 5%, mais avec l’arrivée sur le marché des néonicotinoïdes, en une quinzaine d’années ce taux est monté à 30% et en 2018 les pertes sont montées à 60% voire 90% de la population ! En France, près de 30% des colonies d’abeilles disparaissent chaque année.
Par ailleurs, + la fragmentation de l’habitat augmente et la taille des parcelles se réduit, sous l’action de l’intensification agricole et/ou l’urbanisation, moins la population des pollinisateurs est riche et abondante.
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Effondrement de la biodiversité terrestre – biodiversité d’eau douce
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Source : rapport Planète Vivante 2020 du WWF, https://larbredesimaginaires.fr/tronc/biodiversite/
Les écosystèmes d’eau douce sont menacés par un ensemble de facteurs comprenant essentiellement les changements d’utilisation des terres, y compris l’extraction de l’eau, l’exploitation, la pollution, les changements climatiques et les espèces envahissantes.
La biodiversité d’eau douce diminue bien plus rapidement que celle des océans ou des forêts. Sur la base des données disponibles, WWF affirme que près de 90% des zones humides mondiales ont été détruites depuis 1700, et une cartographie mondiale a récemment révélé que des millions de kilomètres de rivières ont été modifiés par l’homme.
Ces changements ont eu un impact sévère sur la biodiversité d’eau douce, une forte baisse démographique a été constatée sur les espèces suivies. Les 3741 populations suivies – représentant 944 espèces de mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles et poissons – dans l’Indice Planète Vivante Eau Douce ont diminué en moyenne de 84%, ce qui équivaut à 4% par an depuis 1970 !
La plupart des déclins sont observés chez les amphibiens, les reptiles et les poissons d’eau douce. Ils sont enregistrés dans toutes les régions, en particulier en Amérique latine et dans les Caraïbes.
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Effondrement de la biodiversité terrestre - végétaux
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Chaque année, plus de 2 000 espèces de plantes en moyenne continuent d’être décrites comme nouvelles pour la science, ce qui s’ajoute au nombre total des espèces de plantes vasculaires connues, estimé entre 340 000 et 390 000. Pourtant, malgré l’importance des plantes pour la vie sur Terre, leur état et leurs évolutions restent mal compris, comparés à celles des vertébrés, et elles sont généralement absentes des analyses mondiales sur la biodiversité. Les informations géographiques, génétiques et propres aux caractéristiques des plantes, y compris leurs utilisations par l’homme et leur fonction dans les écosystèmes, sont encore + incomplètes. Par exemple, environ la moitié des espèces végétales du monde ne disposent pas de données détaillées sur leur répartition, contrairement aux cartes de répartition disponibles pour la plupart des vertébrés.
La Liste Rouge mondiale de l’UICN n’a évalué que 10% des plantes et la couverture actuelle est biaisée, car ce sont les arbres et les espèces menacées qui sont le plus susceptible d’avoir été évalués.
Cependant, l’évaluation d’un échantillon de milliers d’espèces représentant l’éventail taxonomique et géographique de la diversité végétale mondiale a montré qu’une espèce sur cinq (22%) est menacée d’extinction, la plupart d’entre elles se trouvant sous les tropiques.
Le nombre d’extinctions connues de plantes est deux fois plus élevé que celui des mammifères, des oiseaux et des amphibiens réunis.
La moitié des extinctions de plantes signalées depuis 1750 ont été réfutées par la suite (en raison de la redécouverte ou de la redéfinition d’espèces), mais si l’on se base sur celles qui ont été confirmées, les plantes à graines disparaissent jusqu’à 500 fois plus vite qu’à l’époque pré-industrielle.
Dans le cadre du Global Tree Assessment (GTA), plusieurs organisations internationales comme le Botanic Gardens Conservation International mènent en 2021 un travail minutieux d’évaluation de l’ensemble des espèces d’arbres connues à travers le monde. Cette synthèse qui devrait être publiée en 2021, devrait permettre de disposer d’une première « photographie » de leur état de conservation à l’échelle planétaire. Bien que demeurant partiel (70% des espèces analysées à ce jour), le bilan provisoire s’avère déjà très préoccupant puisqu’il estime que près de 4 espèces d’arbres sur 10 sont menacées de disparition. En Europe, continent que l’on aurait pu imaginer davantage épargné, la récente liste rouge européenne (septembre 2019) a révélé que plus du tiers des essences étaient en forte régression. Dans d’autres régions du monde, la situation est encore plus alarmante. En Asie centrale, par exemple, ce sont plus de la moitié des arbres qui ont rejoint la longue et funeste liste des espèces susceptibles de disparaître à court ou moyen terme.
L’agriculture, comprenant l’expansion ou l’intensification des cultures, de l’élevage, des plantations ou de l’aquaculture, est la menace la plus fréquemment incriminée pour les plantes dans les évaluations de la Liste Rouge de l’UICN. Conformément à ces évaluations, la destruction des habitats et les changements d’utilisation des terres, principalement liés à l’urbanisation et à l’agriculture, sont les principales causes d’extinction de plantes signalées. Cependant, la cause de la plupart des extinctions de plantes reste inconnue.
Source : rapport Planète Vivante 2020 du WWF, https://reporterre.net/Quatre-especes-d-arbres-sur-dix-sont-menacees-de-disparition, https://larbredesimaginaires.fr/tronc/biodiversite/
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Good COP, bad COP
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Sources : newsletter Vert “ COP15 sur la biodiversité : six mois pour négocier la sauvegarde du vivant”, https://vert.eco/articles/les-innombrables-liens-entre-vivant-et-climat, https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/10/11/tous-les-regards-tournes-vers-la-chine-a-l-ouverture-de-la-conference-sur-la-biodiversite_6097858_3244.html, https://news.un.org/fr/story/2020/09/1077302, https://vert.eco/articles/le-fmi-pointe-les-incroyables-subventions-accordees-aux-energies-fossiles, https://vert.eco/articles/2010-2020-lechec-mondial-des-objectifs-daichi-pour-la-biodiversite
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La 15ème conférence des parties (COP15) sur la diversité biologique débute le 11/10/2021, en virtuel. Tout aussi vitale que la COP26 sur le changement climatique, elle suscite pourtant moins d’intérêt.
La protection du vivant est indispensable dans la lutte contre le changement climatique et vice-versa (Vert). C'est pourquoi la COP26 sur le climat et la COP15 sur la biodiversité sont aussi cruciales l'une que l'autre. La première se déroulera « en présentiel » à Glasgow au Royaume-Uni du 31 octobre au 12 novembre. La seconde, deux fois reportée à cause de l'épidémie de Covid-19, se déroulera finalement en deux parties. La phase protocolaire, du 11 au 15 octobre, comprend notamment un sommet ministériel réunissant 94 pays. Celui-ci permettra, peut-être, de donner l'impulsion politique nécessaire pour faciliter la négociation d'un accord au printemps prochain à Kunming (Chine). L'objectif est tout bonnement d'enrayer la destruction du vivant au cours de la prochaine décennie.
Les raisons d'espérer sont, pour l'instant, assez minces. La Chine, qui préside la session, est elle-même l'un des premiers contributeurs à la destruction du vivant. Et bien que tous les regards soient tournés vers Pékin, aucune marque d'engagement n'a encore été obtenue (Le Monde). Le texte qui sert de base aux discussions fixe 21 cibles pour 2050 avec des objectifs intermédiaires pour 2030, lesquels ne font toujours pas consensus. Par exemple, l'objectif de protéger 30% des terres et mers d'ici 2030 – contre 8% des mers et 17% des terres aujourd'hui – rencontre l'opposition du Brésil ou de l'Afrique du Sud.
Sur le volet financier, il est proposé de porter les ressources « à au moins 200 milliards de dollars par an » tout en réduisant les subventions néfastes (agriculture intensive, énergies fossiles, artificialisation, etc) « d'au moins 500 milliards de dollars par an ». Pour l'heure, entre 78 et 91 milliards de dollars sont déboursés chaque année pour la protection de la nature (ONU).
A titre de comparaison, les aides versées aux seules énergies fossiles en 2020 se sont élevées à 5 900 milliards de dollars selon le FMI (Vert).
En 2010, à Aichi (Japon), les États s’étaient entendus sur 20 objectifs pour protéger le vivant. Aucun n’a été atteint (Vert).
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Déforestation
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Sources : https://larbredesimaginaires.fr/tronc/deforestation/, https://research.wri.org/gfr/forest-pulse
Les forêts couvrent 4 milliards d’hectares et jouent un rôle capital pour la stabilité du climat, en séquestrant 3 milliards de tonnes de carbone/an (30-37% du CO2). Elles constituent un des principaux puits de carbone avec les océans. Pourtant, 13 millions d’hectares de forêts sont détruits chaque année, entraînant le relâchement de 1,5 milliards de tonnes de carbone/an dans l’atmosphère. La déforestation tropicale à elle seule représente entre 10 et 12% des émissions anthropiques de GES.
Selon une étude scientifique publiée dans la revue Nature, en mars 2020, les forêts tropicales perdent leur capacité à absorber le carbone, et la forêt amazonienne risque même dans les 15 prochaines années d’en produire plus qu’elles n’en captent.
Actuellement, les forêts tropicales représentent 50% des capacités mondiales de l’absorption de carbone (par des techniques de séquestration), mais approchent de la saturation, face notamment à l’augmentation des émissions d’origine humaine. La capacité des forêts à capter le CO2 dans l’atmosphère par la photosynthèse est aussi entamée par la disparition d’arbres, pour cause d’incendie, de sécheresse ou de déforestation. Cette capacité chute bien plus vite en Amazonie que dans les forêts d’Afrique subsaharienne.
L’Amazonie s’étend sur 6,5 millions de km² (5% de la surface terrestre), abrite plus de 50% des espèces animales et végétales terrestres, ravitaille 1/5 de l’humanité en eau douce et joue un rôle essentiel dans la stabilisation du climat mondial en retenant aussi d’immenses masses d’eau par ses fleuves et ses arbres. Selon la revue Science Advances, 17% de la forêt amazonienne a été détruit ces 50 dernières années, et depuis Bolsonaro le rythme ne fait que s’accélérer.
En parallèle, la surface terrestre plantée en arbres a augmenté de 7% (2,2 millions de km²) entre 1982 et 2016, mais ce « gain en forêts se produit en dehors des régions tropicales, dans les zones tempérées et boréales, et résulte principalement de l’essor de forêts plantées et d’exploitations de bois de construction ou énergétique.
Les exploitations agricoles qui remplacent les forêts tropicales sont en général pour des cultures et élevage de masse dédiés à l’exportation. La responsabilité de la déforestation revient donc aussi au pays importateur et au consommateur final du produit qui en est issu.
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Déforestation
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Les causes de la déforestation sont multiples :
Sources : https://larbredesimaginaires.fr/tronc/deforestation/, Our World in Data, https://research.wri.org/gfr/forest-pulse
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Au(x) feu(x) !
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Sources : NASA Worldview « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, https://www.fire.ca.gov/media/4jandlhh/top20_acres.pdf
Depuis quelques années, les feux ne sont plus là où on les attend : ce qui brûlait peu brûle beaucoup et ce qui brûlait habituellement est détruit.
Quelques illustrations :
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Espèces envahissantes
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Source : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300
Les invasions biologiques sont une des principales causes de perte de biodiversité. Elles sont aussi bien le fait d’animaux que de plantes, voire de micro-organismes.
Par exemple, depuis les années 1990, un champignon, possiblement originaire d’Afrique, décime les espèces d’amphibiens sur tous les continents. La rascasse d’eau fait partie des 100 espèces les + envahissantes du monde, si elle est introduite sans ses consommateurs naturels, elle asphyxie les cours d’eau.
Les espèces peuvent être déplacées de manière non intentionnelle ou volontairement (ex : pour la chasse ou la pêche sportive), parfois un mélange des deux.
Dans les 2 bases de données référençant les espèces envahissantes (CABI ISC et GISD), 1517 espèces étaient identifiées en 2016, dont 39% ont été introduites intentionnellement, 26% non intentionnellement, 22% un mélange des deux et 13% pour lesquelles on manque d’informations
Une fois qu’elles sont déclarées, il est très difficile et coûteux de remédier aux invasions biologiques, il faut donc essayer à tout prix de les éviter.
Nombre d’espèces envahissantes par pays
et nombre par km² selon le Global Invasive Species Database (GISD) en 2016
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Pour en apprendre plus, découvrez les Fresques !
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Pour creuser ce sujet, découvrez les Fresques de la biodiversité et de la forêt !
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Boucle agricole : le verrou agro-industriel
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Surspécialisation
agricole
monoculture
Intrants chimiques
Besoins énergétiques
Perte biodiversité (dont insectes pollinisateurs)
intensité énergétique de l’énergie (EROI-TRE)
Épuisement énergétique
Perte rendements à l’hectare
Intensification de la mécanisation et des intrants chimiques
Industrie agroalimentaire
Besoins énergétiques spécifiques: chaine du froid (transport + stockage), cuisson, transport
Saturation des exutoires: pollution de l’air, des sols et réchauffement climatique
Débouclage des cycles naturels: potassium, phosphore, azote, carbone
Destruction des ceintures maraichères: artificialisation du territoire / extension des zones d’habitat, « bitumisation »
Grande distribution
Destruction biologique de la pédosphère
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Boucle agricole : le verrou agro-industriel
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Consommation directe
Agriculture conventionnelle et spécialisation agricole: monoculture, intrants chimiques, ultra-mécanisation
transport
Production agricole: ceintures maraichères / vente de proximité
Peu de transformation
Transformation industrielle
Stockage (froid positif, froid négatif
transport
transport
Grande surface: consommation d’énergies (froid), artifcialisation des sols
Modèle agricole de proximité
Modèle agroindustriel
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Les 7 sphères de l’Anthropocène
L’anthroposphère
II
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Démographie – Humains, trop d’humains ?
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Sources : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://www.populationdata.net/wp-content/uploads/2017/08/population-mondiale-2100.jpg, https://ourworldindata.org/uploads/2018/11/Annual-World-Population-since-10-thousand-BCE-for-OWID.png, https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/957292/Dasgupta_Review_-_Abridged_Version.pdf
Le 1er milliard d’humains n’a été atteint que vers 1800. Aujourd’hui nous sommes 7,5 milliards. Depuis que nous avons marché sur la Lune pour la 1ère fois en 1969 notre population a doublé.
Les personnes nées autour de 1930 auront vu la population mondiale doubler 2 fois de leur vivant ! De 2 Mds vers 1930 à 4 Mds dans les années 1970 et 8 Mds projetés dans les années 2020.
Selon l’hypothèse moyenne de l’ONU nous serons 9,8 Mds en 2050 et 11,2 Mds en 2100. + de la moitié de cette croissance se concentrera sur 9 pays : Etats-Unis, Congo, Éthiopie, Inde, Indonésie, Nigeria, Ouganda, Pakistan et Tanzanie. Beaucoup d’entre eux seront pauvres voire très pauvres. Certaines estimations prévoient 3 Mds de personnes dans des bidonvilles en 2050 (1/3 de la population mondiale). La fourniture de biens et services essentiels deviendra critique et posera des défis de durabilité majeurs.
La relation entre le nombre d’humains et leur niveau d’impact environnemental est complexe et l’équation de l’économiste japonais Yoichi Kaya (connue sous le nom d’équation de Kaya) pour le seul problème des émissions de GES (mais on pourrait l’appliquer pour les ressources en matière, en eau, etc.) est utile pour l’appréhender. Outre la taille de la population mondiale, il faut aussi prendre en compte la croissance du PIB par habitant, la quantité de ressources terrestres nécessaires pour chaque point de cette croissance, et l’impact terrestre associé à la consommation de ces ressources.
L’interdépendance de ces facteurs est d’une très grande diversité d’un pays à l’autre, l’empreinte environnementale d’un Américain (et dans une moindre mesure d’un Européen de l’Ouest ou d’un Japonais) est sans commune mesure avec celle d’un Africain.
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Empreinte environnementale – la gloutonnerie incurable des humains
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Sources : WWF rapport Planète Vivante 2020, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, http://blog.bio-ressources.com/wp-content/uploads/2020/01/Global-Primary-energy-consumption.png, https://smartcitiesmag.lu/web/wp-content/uploads/2020/06/2020_Past_Overshoot-Days-French-768x475.jpg, http://www.oecd.org/environment/waste/highlights-global-material-resources-outlook-to-2060.pdf
La croissance et la quête d’abondance matérielle qui lui est associée s’appuient sur une extraction toujours + intense de matériaux et d’énergie ; combinée à l’augmentation exponentielle de la population, l’impact sur la planète est colossal.
Malgré le développement de l’hydroélectricité, du nucléaire et des énergies renouvelables, nous restons à 90% dépendants des énergies fossiles, les nouvelles énergies s’étant additionnées à la consommation d’énergie sans se substituer aux énergies fossiles.
Entre 1800 et 2015, notre consommation d’énergie a été multipliée par 25. Notons au passage que dans le même temps la population a été multipliée par 7,5 ; on voit bien qu’elle n’explique pas toute cette hausse gigantesque.
Selon l’OCDE, l’humanité consommait 79 gigatonnes de matériaux (métaux, combustibles fossiles, biomasse, minéraux non métalliques) en 2011 et en consommera 167 en 2060.
La multiplication du nombre d’appareils numériques, des réseaux et centres de données pour connecter des milliards d’objets, notre dépendance à la voiture… contribuent à nous garder sur une trajectoire où chaque année notre consommation de ressources excède au global largement la capacité de la planète à les générer.
L’ONG Global Footprint Network estime ainsi que le jour où les humains commencent à vivre à crédit (jour du dépassement = jour où les ressources terrestres consommées sont > aux ressources que la Terre peut créer en un an) est passé du 29 décembre en 1970 au 29 juillet en 2019 ! (NB : la forte baisse constatée en 2020 correspond à l’impact du Covid-19 et ne peut être considérée comme pérenne)
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Empreinte environnementale – + on est riche, + on pollue
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Sources : WWF rapport Planète Vivante 2020, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://data.footprintnetwork.org/#/
Cette empreinte environnementale est très différente selon les pays et régions du monde.
Elle est très forte pour les Etats-Unis, la Chine et l’Inde ; forte pour le Canada, l’Australie, la Russie et les pays européens (hors Scandinavie) ; très faible presque tous les pays africains (carte orangée).
L’empreinte par habitant est très forte aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, en Mongolie, dans des petits Etats pétroliers / gaziers (Koweït, Oman, Qatar, Emirats Arabes Unis) et des petits Etats développés (Danemark, Luxembourg) ; forte en Russie, Scandinavie et Arabie Saoudite ; moyenne-forte en Europe, Amérique centrale et du Sud, en Chine et Asie du Sud-est ; faible en Inde et Afrique (carte beige).
En soustrayant cette empreinte à la biocapacité des pays, on constate que l’immense majorité des pays les + riches (auxquels on peut ajouter les pays pétroliers), dont la Chine et l’Inde, sont en déficit écologique. Les exceptions à cette règle (Canada, Brésil, Russie, Scandinavie, Australie) s’expliquent par leur très faible densité de population.
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Empreinte environnementale – + on est riche, + on pollue
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Sources : https://www.footprintnetwork.org/, https://assets.publishing.service.gov.uk/government/uploads/system/uploads/attachment_data/file/957292/Dasgupta_Review_-_Abridged_Version.pdf
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Empreinte environnementale – + on est riche, + on pollue
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Source : http://www.viewsoftheworld.net/
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Empreinte environnementale – + on est riche, + on pollue
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Source : “La prochaine frontière. le développement humain et l’Anthropocène”, PNUD, 2020
Les pays affichant des niveaux de développement humain plus élevés exercent généralement une plus grande pression et à plus grande échelle sur la planète. (1)
Le monde progresse bien trop lentement dans le sens d’un développement humain concomitant avec la réduction des pressions exercées sur la planète. (3)
Ajustement des valeurs de l’indice de développement humain standard aux pressions exercées sur la planète : l’indice de développement humain ajusté s’écarte davantage de l’IDH à mesure que le niveau de développement humain lui aussi augmente. (2)
1
2
3
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Empreinte environnementale – Explosion de la classe moyenne
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Sources : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://donnees.banquemondiale.org/indicator/SP.URB.TOTL.IN.ZS, https://www.eea.europa.eu/signals/signals-2011/earth-2050-global-megatrends/changeinconsumption_FR.JPG/image_large, https://assets.weforum.org/editor/gD7_C1gKTOAU8vE7Jh_rV0ykI6eANMQt_OqVYU_4D3A.JPG, http://econintersect.com/images/2013/11/83383500middle-class-population-global.JPG
Selon certaines estimations, la classe moyenne, définie par une dépense quotidienne située entre 11 et 110 $ par jour, serait devenue majoritaire pour la 1ère fois de l’histoire en 2018. La sortie de centaines de millions d’humains de la pauvreté, en Chine et en Inde notamment, explique largement cette tendance.
En 2030, le marché de consommation des classes moyennes chinoise et indienne pourrait représenter respectivement 14 et 12 milliards de $, une taille comparable aux 16 milliards de $ estimés pour les USA à cette même date.
Un déterminant critique pour les trajectoires environnementales de notre planète sera l’allocation des dépenses de cette classe moyenne mondiale.
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Empreinte environnementale – Urbanisation
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Sources : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://ghsl.jrc.ec.europa.eu/documents/Atlas_2020.pdf?t=1608576520, https://www.temoignages.re/IMG/gif/info-population.gif, https://ghsl.jrc.ec.europa.eu/documents/Atlas_2020.pdf?t=1608576520
L’urbanisation s’est fortement développée depuis la 1ère révolution industrielle et a connu une explosion à partir des années 1950. Selon le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la population urbaine mondiale a été multipliée par 5,5 entre 1950 et 2018, passant de 751 millions à 4,2 milliards.
55% de la population mondiale vit dans des villes et la population urbaine pourrait encore gagner 2,5 à 3 Mds d’habitants d’ici à 2050.
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Empreinte environnementale – Urbanisation
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Sources : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://www.visualcapitalist.com/ranked-the-worlds-fastest-growing-cities/
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Les villes sont des sources majeures d’impacts environnementaux directs : 80% des consommations énergétiques et des émissions de GES correspondantes leur sont associées.
Leur construction nécessite une quantité colossale de matériaux : la production de ciment, principal constituant du béton avec le sable, a été multipliée x40 depuis 1950, x4 depuis 1990. Sa fabrication serait responsable de 8% des émissions mondiales de CO2. Les volumes de sable sont si énormes (2ème matériau le + consommé au monde) qu’une pénurie mondiale se profile et que des marchés noirs se constituent.
Au cours des années 2000, la Chine a bâti un nombre de m² équivalant à l’ensemble du parc immobilier de l’UE. Entre 2011 et 2013, elle a utilisé + de béton (6,6 milliards de tonnes) que les USA pendant tout le XXème siècle !
Le mode de vie urbain favorise la (sur)consommation, notamment à cause de l’abondance de biens à disposition. Toute avancée dans le sens de la « ville durable » est bonne à prendre mais il ne s’agit pas uniquement de « verdir » les bâtiments, la gestion de l’eau et les énergies, mais encore + de revoir en profondeur les usages et les modes de vie, ce qui est bien + complexe.
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Nos modes de vie en question(s) – Marche pas dans la mode…
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Sources : https://larbredesimaginaires.fr/tronc/textile-habillement/, https://www.oxfamfrance.org/wp-content/uploads/2020/07/infographie-textile-900x594-768x507-1.png
Outre son impact majeur sur l'environnement, l'industrie du textile - qui emploie directement au moins 60 millions de personnes - profite de la misère sociale. + de 40 millions de personnes y sont employés comme des esclaves modernes, dont 70% de femmes selon le Global Slavery Index.
La raison centrale de ces impacts croissants du secteur tient à la quantité considérable et au renouvellement effréné de nos achats de vêtements. Chaque année, c'est près de 150 milliards de vêtements et accessoires qui sont vendus à travers le monde : une consommation qui a doublé en seulement 15 ans et qui illustre le nouveau phénomène de la « mode jetable » ou « fast fashion ». Cette surconsommation est bien entendu entretenue à dessein par l’industrie à coup de nouvelles collections saisonnières, prix de plus en plus bas, soldes et promotions, qualité moindre, événements nationaux et internationaux du type Black Friday, etc.
Or + de 50% de notre garde-robe ne serait tout bonnement pas portée. Nous achetons par envie, pour suivre la mode, sans même faire le point sur ce que nous avons déjà, nous nous déculpabilisons en jetant ou en donnant notre ancien surplus pour faire de la place aux nouveaux achats. Finalement, plusieurs millions de tonnes de vêtements et autres textiles sont jetés dans nos décharges.
Aujourd'hui, la confection de vêtements et les 2ème secteur où l'esclavagisme moderne est le + important, après la fabrication d'ordinateurs et de smartphones.
L'industrie textile pollue notre environnement. Aujourd’hui, l’industrie de la mode génère + d’1,2 milliard de tonnes équivalent CO2, soit 2,2% des émissions globales de gaz à effet de serre (GES), + que les transports maritimes et aériens réunis. En 2050, le secteur textile émettrait même 26% des émissions globales de GES si les tendances actuelles de consommation se poursuivent. L’Agence européenne de l’environnement classe en 2019 la filière textile d’habillement et chaussures comme la 5ème pour les émissions de gaz à effet de serre, après le logement, l’impact direct des ménages, le transport et l’alimentation. On estime actuellement que 4% de l’eau potable disponible dans le monde est utilisée pour produire nos vêtements. Le textile est le 3ème secteur consommateur d’eau dans le monde, après la culture de blé et de riz. Le polyester, issu du pétrole, non biodégradable et provoquant la diffusion de microfibres dans les océans, est la fibre la + employée et son utilisation sera multipliée par 3 entre 2007 et 2025. 90% du coton est en culture OGM, représente 18% de l’usage des pesticides et 25% des insecticides dans le monde et ses besoins colossaux en eau ont provoqué l’assèchement de la mer d’Aral.
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Nos modes de vie en question(s) – une vie virtuelle aux impacts bien réels…
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Le numérique, s’il jouit auprès du grand public d’une image propre et virtuelle a de multiples impacts écologiques.
La production des équipements électroniques nécessite de grandes quantités d’eau et l’extraction de ressources non renouvelables.
Elle génère de la pollution liée à l’extraction, à la fabrication mais surtout au recyclage des déchets de ces équipements, actuellement fait à la main dans des pays à bas coût de main d’œuvre (Nigeria, Ghana, Bénin, Inde…). La pollution générée (au plomb, cadmium, mercure, arsenic) tue, en particulier dans les pays en développement, où 80% des 50 millions de tonnes annuelles de Déchets électriques et électroniques (DEE) sont envoyés illégalement selon la Banque Mondiale. La production de ces équipements nécessite l’extraction massive de métaux rares qui a des impacts environnementaux et géostratégiques colossaux. En outre, leur extraction alimente l’instabilité dans les zones où ils sont exploités : République Démocratique du Congo, région des Grands Lacs Africains, Amérique Centrale, Birmanie.
L’empreinte carbone du numérique est très loin d’être négligeable, elle représente en 2019 près de 4% des émissions de GES annuelles dans le monde. Cela dépasse celle du secteur aérien civil et c’est autant que ce qui est émis par la flotte de camions. Si Internet était un pays, il serait le 3ème + gros consommateur d’électricité au monde, derrière la Chine et les USA.
Surtout, le sujet est majeur car ce qui est très inquiétant c’est la croissance de ces émissions : +8% par an ! Si nous suivions cette tendance, le numérique représenterait 8% des émissions mondiales de GES en 2025, soit autant que le milliard de voitures actuellement en circulation.
Les émissions mondiales actuelles sont dues à 45% à la production (TV, ordinateurs, smartphones et autres appareils) et 55% à l’utilisation (terminaux, réseaux et datacenters).
L’impact de la production des équipements est massif, les 15 milliards d’objets connectés en 2018 qui passeront selon l’Ademe à 46 milliards en 2030, mettent sous tension l’extraction de métaux et émettent des émissions de GES. Plusieurs causes alimentent le volume faramineux des ventes mondiales : la croissance démographique et l’accession d’une part plus importante de la population à ces produits, mais aussi le taux de renouvellement élevé des modèles de smartphones. Ainsi, en France, les smartphones sont remplacés la plupart du temps bien avant qu’ils ne tombent en panne. Et ce pour deux grandes catégories de raisons selon l’Ademe : la volonté d’être à la pointe de la mode, poussée par les publicités et offres promotionnelles, et le fait que les smartphones ne sont souvent pas conçus pour être réparables, compatibles et évolutifs dans le temps. A ces deux catégories s’ajoute le cas du déploiement d’une nouvelle technologie comme la 5G pour laquelle les téléphones portables actuels deviendraient obsolètes.
Aux impacts liés à la production des équipements s’ajoutent ceux liés aux usages du numérique. D’une part parce qu’ils déterminent le volume de production des équipements et d’autre part parce qu’ils engendrent intrinsèquement un impact important. Et parmi les usages les plus énergivores et donc émetteurs de gaz à effet de serre, la vidéo est particulièrement préoccupante. En effet, parmi les usages, 80% repose sur la vidéo, 20% sur les autres usages. La plus grande partie des flux vidéo peut être rangée sous la catégorie « vidéo en ligne ». qui représente 60% du flux mondial de données en 2018 et 20 % du total des émissions totales de GES dues au numérique, soit près de 1% des émissions de GES mondiales.
Enfin, le numérique a des effets indirects qui peuvent être dévastateurs. Il a des effets induits en facilitant certains usages, eux-mêmes polluants. Il produit également des effets rebonds, les gains de temps et d’efficacité étant réinvestis en de nouvelles activités (polluantes). Les économies réalisées sont ainsi vite compensées par une augmentation des usages. Par exemple, étant donné que les microprocesseurs sont de plus en plus petits, chacun d’entre eux requiert en valeur absolue moins de matériaux pour être fabriqué. Par conséquent leur prix baisse… et leur demande explose, de nouveaux modèles venant rapidement remplacer les plus lents, ce qui contribue aussi à accélérer l’obsolescence des ordinateurs. La miniaturisation des technologies numériques peut également avoir un effet démultiplicateur sur leur demande : les économies de matières générées par la miniaturisation vont alors être absorbées par la multiplication du nombre de petits appareils électroniques.
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Nos modes de vie en question(s) – Alerte (viande) rouge !
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Sources : https://ourworldindata.org/land-use, https://www.notre-planete.info/actualites/images/elevage/consommation-viande-monde.png « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://ourworldindata.org/meat-production
La production de viande a connu une hausse effrénée dans le monde, passant de 71 à 341 millions de tonnes (Mt) entre 1961 et 2018, soit une multiplication par presque 5 !
Les chiffres sont à peine croyables : en 2018, on estime que 69 Mds de poulets, 1,5 Mds de porcs, 656 millions de dindes, 574 millions de moutons, 479 millions de chèvres et 302 millions de bovins ont été tués pour nous nourrir… Et c’est sans compter les poissons et autres animaux de la mer !
La consommation de viande est très inégale selon les pays et on observe une corrélation nette entre consommation de viande par habitant et PIB par habitant. Autrement dit, + on est riche, + on mange de la viande…
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Nos modes de vie en question(s) – Alerte (viande) rouge !
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Sources : https://ourworldindata.org/land-use, https://www.notre-planete.info/actualites/images/elevage/consommation-viande-monde.png « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, https://www.chathamhouse.org/2021/02/food-system-impacts-biodiversity-loss
Outre la souffrance animale, visible dans les abattoirs, et perçue par la recherche sur la culture et la sensibilité animales, la surconsommation de viande a de nombreux impacts sur la santé humaine, sur le climat et sur la biodiversité.
Selon la FAO, les émissions directes (méthane et N2O émis par les animaux et effluents d’élevage) et indirectes (dont production d’aliments pour les animaux et transport de la viande, des œufs et du lait) totalisent 7,1 gigatonnes de CO2-équivalent par an, soit 1/7 (14,5%) de toutes les émissions mondiales.
La production intensive de viande est aussi une cause majeure de déclin de la biodiversité du fait de la conversion des écosystèmes en pâturages ou en cultures de grain et de soja pour nourrir les bêtes : environ 71% de la conversion de la forêt tropicale en Amérique du Sud serait liée à l’extension des pâturages et 14% à la culture commerciale, dont le soja pour l’alimentation du bétail.
L'agriculture est la menace n°1 pour 24 000 des 28 000 espèces en danger d'extinction, iindique un rapport publié le 3/2/2021 par le think tank Chatham House. C’est surtout l'essor de la nourriture à bas prix et de la surconsommation de viande qui est en cause.
La FAO rapporte qu’au cours de la décennie 2010, la consommation de viande dans les pays en développement d’Asie a augmenté d’environ 3% par an (soit x2 en 20 ans à peine) et celle des produits laitiers d’environ 5% par an, montrant une convergence vers les standards des pays industrialisés. En parallèle, la consommation de viande dans l’UE a diminué de 17% depuis 2002 et 7,5% depuis 2011.
La production intensive de viande et produits laitiers prennent une place démesurée par rapport à l’apport en protéines : 37% de l'apport mondial en protéines est d'origine animale mais 77% des surfaces agricoles sont dédiées à l'élevage, ce qui entraîne des impacts sur la déforestation et donc la biodiversité et le climat et génèrent des conflits d'usage des sols.
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Nos modes de vie en question(s) – Alerte (viande) rouge !
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Sources : https://bonpote.com/les-infographies-bon-pote/, Libération
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Nos modes de vie en question(s) – Gaspillage alimentaire
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Sources : https://www.linkedin.com/posts/greg-de-temmerman_foodwaste-energy-greenhousegases-activity-6852630732943224832-Wu3S/, https://ourworldindata.org/food-waste-emissions, https://www.rferl.org/a/global-food-waste/29602025.html, https://www.wri.org/research/reducing-food-loss-and-waste-setting-global-action-agenda
Entre 1/4 et un 1/3 de la nourriture produite dans le monde est perdue et n'est jamais consommée. Cela représente environ 1.3 milliards de tonnes de nourriture. La production de nourriture demande de l'énergie, de l'eau et des terres.
Dans un article de Our World in Data, on apprend que la production de nourriture est responsable de 26% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Presque 1/4 de ces émissions vient de nourriture/produits qui sont perdus/gâchés. 2/3 des pertes sont au niveau de la production et de la chaîne logistique, 1/3 au niveau du consommateur final.
Cela signifie donc que le gaspillage et les pertes alimentaires sont responsables de 6% des émissions de GES mondiales…
Selon le WRI, réduire de moitié le gaspillage alimentaire pourrait diminuer de 20% l’écart entre les besoins en nourriture en 2050 vs le niveau de production de 2010, et ainsi éviter de convertir en terres agricoles l’équivalent de la superficie de l’Argentine, ce qui diminuerait de 1,5 giga tonnes les émissions de GES annuelles d’ici 2050 (chiffre correspondant aux émissions actuelles du Japon).
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Nos modes de vie en question(s) – Réduisons (très) vite nos déchets, ça déborde !
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Sources : Banque Mondiale https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/30317, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300
La production de déchets se concentre dans les villes. En 2018, les citadins produisaient 2 milliards de tonnes (Mt) de déchets par an. Ce chiffre a doublé en 10 ans et devrait continuer d’augmenter considérablement (3,4 Mt en 2050) par le double effet de la hausse de la population urbaine et de l’augmentation de la production de déchets par habitant (0,74 kg/hab/jour en 2016 et près du double, 1,4 projetés en 2025).
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Nos modes de vie en question(s) – Réduisons (très) vite nos déchets, ça déborde !
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+ du 1/3 de ces déchets ne sont pas traités et c’est sans surprise dans les pays pauvres que la situation est la + critique. Le mauvais traitement des déchets entraîne une série de conséquences néfastes : prolifération des maladies pour les humains et les animaux, inondations par accumulation dans les systèmes d’évacuation, contamination des océans, gaz à effet de serre émis par leur décomposition (5% des émissions de GES mondiales en proviennent)…
Or la production de déchets dans les pays pauvres devrait être multipliée par + de 3 en 2050 selon la Banque mondiale.
La gestion des déchets est une illustration particulièrement marquante des inégalités entre pays riches et pays pauvres. Alors que ces derniers produisent 4 fois moins de déchets par habitant, seuls 39% de leurs ordures sont collectées et la quasi-totalité s’y décompose dans des décharges à ciel ouvert. De +, une quantité importante de déchets produits dans les pays riches est exportée vers les pays pauvres.
Sources : Banque Mondiale https://openknowledge.worldbank.org/handle/10986/30317, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300
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Nous avons créé un 7ème continent ! … De plastique
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Sources : rapport 2019 IPBES, carte 1, carte 2, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300
L’Agence Internationale de l’Energie estime que le principal facteur de croissance de la demande mondiale en pétrole dans les 10 à 15 prochaines années est la pétrochimie, principalement le plastique.
Depuis 1950, 7,8 milliards de tonnes de plastique ont été produites dans le monde, le rythme de production a connu une croissance exponentielle, de 2 millions de tonnes (Mt) en 1950 à 380 Mt en 2015, soit 12 tonnes chaque seconde dans le monde ! La production des 15 dernières années représente 57% du total depuis 1950.
On estime à 1,4% du total la quantité de plastique présente dans l’océan, soit 110 millions de tonnes. 500 000 tonnes flottent à la surface des océans tandis que le reste se répartit entre le littoral (29 Mt), le fond marin (37 Mt) et la haute mer (43 Mt). Chaque année, les rivières du monde charrient vers les océans entre 1,15 et 2,4 Mt de plastique. Au rythme actuel, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans en 2050 !
Le plastique est présent sur 88% de la surface des océans et, poussé par les courants marins, ils vont jusqu’à former le « septième continent » dans le Pacifique Nord, grand comme 3x la France (!), qui mettra des siècles à disparaître (400-450 ans pour le plastique, 1000 ans pour le polystyrène).
Selon le rapport 2019 de l’IPBES, la pollution marine par les plastiques a été multipliée par 10 depuis 1980, affectant au moins 267 espèces, dont 86% des tortues marines, 44% des oiseaux marins et 43% des mammifères marins. Ceci peut affecter les humains au travers des chaînes alimentaires.
Il provoque des étouffements et intoxications aussi bien pour les animaux (poissons, oiseaux) que pour les hommes. Tous les ans, 100 000 mammifères marins et 1 million d’oiseaux meurent à cause du plastique.
Parmi les déchets de plastique particulièrement invasifs et dangereux, on trouve les microbilles utilisées dans les produits cosmétique et d’hygiène, les mégots, les pailles, cotons-tiges et bouteilles…
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Life in plastic is not fantastic
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Sources : https://www.linkedin.com/posts/greg-de-temmerman_greenhousegases-plastics-carbonfootprint-activity-6872448343725924352-cXFv, https://www.plasticsoupfoundation.org/en/plastic-facts-and-figures/, https://www.nature.com/articles/s41893-021-00807-2, https://phys.org/news/2021-12-carbon-footprint-plastics.html
Les matériaux plastiques sont devenus incontournables dans nos vies. En 2019, la production mondiale était de 368 millions de tonnes. Ils sont utilisés principalement pour l'emballage (40%), la construction (20%) et l'automobile (10%).
Un article récent paru dans Nature Sustainability fait une étude détaillée des émissions de GES dans le cycle de vie des plastiques. L'empreinte carbone a doublé depuis 1995.
Le plastique serait responsable de 4,5% des émissions mondiales de GES. L'étude estime que la production de plastique consomme 6% de l'électricité produite au charbon (37% de l'électricité dans le monde est produite par du charbon).
Parmi les figures très intéressantes de l'article, le diagramme de Sankey, à droite, qui analyse la répartition des émissions sur toute la chaîne de valeur.
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Le poids des constructions humaines dépasse celui du monde vivant sur la Terre
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https://reporterre.net/Batiments-routes-plastique-Ce-que-l-humain-fabrique-pese-desormais-plus-que-les-etres-vivants https://repository.si.edu/bitstream/handle/10088/31889/Zalasiewicz%20et%20al%202016%20Anthropocene%20Rev%20Technosphere.pdf?sequence=1&isAllowed=y
Une étude scientifique (Weizmann Institute of Science, publiée le 09/12/2020 dans la revue Nature) indique que la masse anthropique — le poids de ce qui est fabriqué par les humains — dépasse celle des êtres vivants.
Elle ne constituait en 1900 que 3% de cette biomasse, explique l’article. Depuis, elle double tous les vingt ans pour aujourd’hui atteindre, donc, les 100%, le même poids que la biomasse, 120 ans + tard.
Premier responsable : le secteur de la construction. Le poids des bâtiments et des infrastructures dépasse même celui des arbres. Selon une étude publiée dans The Anthropocene Review en 2017 (cf. sources), la masse totale du bâti sur Terre est de 30 000 milliards de tonnes !
Et le plastique ? Il pèse deux fois plus que l’ensemble des animaux.
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Le poids des constructions humaines dépasse celui du monde vivant sur la Terre
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Une étude scientifique (Weizmann Institute of Science, publiée le 09/12/2020 dans la revue Nature) indique que la masse anthropique — le poids de ce qui est fabriqué par les humains — dépasse celle des êtres vivants.
Elle ne constituait en 1900 que 3% de cette biomasse, explique l’article. Depuis, elle double tous les vingt ans pour aujourd’hui atteindre, donc, les 100%, le même poids que la biomasse, 120 ans + tard.
Premier responsable : le secteur de la construction. Le poids des bâtiments et des infrastructures dépasse même celui des arbres. Selon une étude publiée dans The Anthropocene Review en 2017 (cf. sources), la masse totale du bâti sur Terre est de 30 000 milliards de tonnes !
Et le plastique ? Il pèse deux fois plus que l’ensemble des animaux.
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La masse des mammifères sauvages ne représente plus que 4% de la masse totale des mammifères vivant sur Terre.
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Sources : https://www.bibliotecapleyades.net/archivos_pdf/biomass-distribution-earth.pdf, https://envertetcontretout.ch/2018/08/19/4-de-mammiferes-sauvages-le-reste-nest-que-nourriture/, https://www.ecowatch.com/biomass-humans-animals-2571413930.html
L’étude menée par des scientifiques du Weizmann Institute of Science et publiée par le PNAS démontre que les mammifères d’élevage représentent 60% de tous les mammifères sur Terre et que les volailles d’élevage représentent 70% de tous les oiseaux.
En réalité, les mammifères sauvages ne représentent plus que 4% de tous les mammifères sur Terre face aux 96% que le bétail et nous-mêmes représentons et les oiseaux sauvages ne représentent plus que 30% de tous les volatiles…
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L’humain impose ses lumières (pas celles de la raison) et ses bruits partout sur la planète.
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Sources : https://www.nuitfrance.fr/fichiers/falchi_et_al_2016_fr.pdf, https://sciencepost.fr/terre-vue-de-nuit-lactivite-humaine-planete-mise-lumiere-nasa/, https://nourrituresterrestres.substack.com/p/sauver-la-nuit-pour-que-plus-rien-ne-s-y-oppose, https://www.wedemain.fr/respirer/gordon-hempton-l-homme-qui-veut-sauver-le-silence_a4275-html/, https://e360.yale.edu/features/listening-to-silence-why-we-must-protect-the-worlds-quiet-places
La pollution lumineuse, c’est-à-dire l’immixtion de lumière artificielle dans l’environnement nocturne, ne cesse de s’aggraver tant par l’intensité lumineuse que par l’étendue des zones touchées. Ses causes tiennent essentiellement à l’éclairage public et l’illumination des bâtiments et des magasins.
L’atlas mondial de la luminosité artificielle du ciel nocturne, montre que + de 80% de la population mondiale et + de 99% de la population américaine et européenne, vivent sous un ciel nocturne pollué par la lumière. Plus d'un tiers de l'humanité, 60% des Européens et près de 80% des Nord-Américains ne voient plus la Voie lactée. De plus, 23% des surfaces émergées entre 75° N et 60° S à l’échelle mondiale, connaissent des nuits polluées par la lumière. Il est en de même pour 88% des terres en Europe et pour près de la moitié aux Etats-Unis.
La lumière artificielle des humains est un facteur de pression important sur la biodiversité, elle perturbe le reste du vivant sur presque toute la surface de la planète. Les animaux aussi bien nocturnes que diurnes voient leur rythme biologique très perturbé, ce qui affecte durablement leur croissance et leur reproduction. Les oiseaux migrateurs sont particulièrement touchés, 2/3 d’entre eux migrent la nuit et la lumière nocturne les désoriente voire provoque des collisions sur les immeubles.
La pollution sonore est aussi d’apparence anodine, mais elle peut avoir de graves conséquences sur la santé humaine et animale. Les transports en constituent la principale cause (en France ils représentent 80% des bruits dans l’environnement). Chez les animaux, elle perturbe des communications indispensables à la survie ou à la reproduction ; chez les humains elle est cause d’insomnie, de dépression, de troubles de l’audition et d’hypertension.
A en croire le bioacousticien Gordon Hempton, il n’existe presque plus aucun endroit sur Terre sans le moindre bruit d’origine humaine : la planète ne recèlerait plus qu'une cinquantaine de zones à l'abri du bruit des hommes. Aucune en France.
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L’humain impose ses lumières (pas celles de la raison) et ses bruits partout sur la planète.
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Sources : https://www.linkedin.com/posts/tom-nico_le-bruit-d%C3%A9truit-plus-la-sant%C3%A9-que-la-pollution-activity-6853029207518261248-VFsX/, https://www.notre-environnement.gouv.fr/themes/sante/article/les-bruits-et-les-nuisance-sonores?type-liaison=surprenez-moi?glossarise=2448, https://librairie.ademe.fr/air-et-bruit/4815-cout-social-du-bruit-en-france.html, https://www.who.int/publications/i/item/burden-of-disease-from-environmental-noise-quantification-of-healthy-life-years-lost-in-europe https://www.bruit.fr/education-a-l-environnement-sonore/effets-sanitaires-du-bruit-loms-fait-dans-le-quantitatif
Selon l'ADEME (étude juillet 2021), le coût social du bruit serait en France de 155,7 milliards d’euros annuels, contre 100 Mds d'euros selon un rapport sénatorial de 2015 (le tabac, c'est 120 Mds d'euros / an).
La majorité (68%) de ce coût est liée aux transports : bruit routier (52%), bruit aérien (9%) et bruit ferroviaire (7%). Cependant, une partie non négligeable du coût total provient aussi du voisinage : environ 17%, dont 11% pour les seuls bruits des particuliers. Il en est de même du bruit dans le milieu du travail qui représentent 14% du coût total. 1% est par ailleurs lié à des dépenses de surveillance et de R&D.
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Le bruit constitue, parmi les facteurs de risques environnementaux, la 2ème cause de morbidité en Europe, derrière la pollution atmosphérique. Selon une étude internationale publiée le 30/03/2011, coordonnée par la branche Europe de l’OMS, le bruit causé par la circulation concourt chaque année à la perte de >1 million d’années de vie en bonne santé suite à la morbidité, à des invalidités ou à une mortalité prématurée.
Pour le seul continent européen, chaque année, les années de vie en bonne santé perdues en raison d'une exposition au bruit ambiant sont estimées : à 61 000 (crise cardiaque) ; 45 000 (troubles de l’apprentissage) ; 903 000 (perturbations du sommeil) ; 22 000 (acouphènes) et 587 000 années (gêne). De fait, 1 Européen sur 3 est exposé à des nuisances sonores pendant la journée, et 1/5 présente des troubles du sommeil dus à des nuisances induites par le bruit des transports routiers, ferroviaires et aériens. Or, chez ces populations, le risque de maladies cardiovasculaires et d’hypertension artérielle est jugé + important.
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Autres pollutions – Déchets nucléaires radioactifs
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Sources : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/e/ea/Dechets_nucleaires_par_types.svg/1200px-Dechets_nucleaires_par_types.svg.png, https://www.edf.fr/sites/default/files/contrib/groupe-edf/producteur-industriel/nucleaire/enjeux/dechets-radioactifs/edf-fileres_de_gestion.jpg
En ce qui concerne le domaine civil, l’énergie nucléaire émet beaucoup moins de gaz à effet de serre, mais elle produit des quantités non négligeables de déchets radioactifs. Même s’ils ont diminué très fortement au cours des dernières années, la France continue à en produire près de 25 000 m³ par an. Fin 2017 elle en comptait 1,6 millions sur son territoire. La plupart sont stockés dans des entrepôts ou à faible profondeur dans des futs ou des caissons métalliques.
Les 10% les + radioactifs sont envoyés dans l’usine de La Hague qui traite aussi des déchets de la Belgique, de l’Allemagne et du Japon, ce qui pose de gros enjeux de sécurité et transport. L’Agence Nationale pour la gestion des déchets radioactifs (ANDRA) souhaite à terme les enfouir à 500 m de profondeur sous la commune de Bure ce qui suscite une vive opposition des riverains. Certains de ces déchets peuvent rester radioactifs pendant 100 000 ans.
Depuis les années 1990, le nombre des essais militaires nucléaires s’est beaucoup réduit, mais certaines régions ont été durablement contaminées par les retombées radioactives des essais américains, britanniques, français et soviétiques : Bikini (Îles Marshall), Mururoa (Polynésie française), ou encore Semi-palatinsk (Kazakhstan) où les tests auraient irradié près d’1,5 millions de personnes et développé des cancers et des anomalies génétiques.
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Autres pollutions – Marées noires
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Sources : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://i.pinimg.com/originals/38/79/f6/3879f64b9094615339e36c90cd3a8885.png
De nombreuses marées noires ont marqué les esprits et les littoraux proches, provoquées par des naufrages de pétroliers comme le Torrey Canyon (1967), le Texaco Denmark (1971), l’Amoco Cadiz (1978), l’Atlantic Empress (1979), le Nowruz (1983), le Son Bong (1985), le Fortuneship (1987), l’ABT Summer (1991) ou l’Erika (1999), ou les accidents sur les plateformes pétrolières : Ixtoc I (1979) et Deepwater Horizon (2010). Certaines ont aussi été déclenchées intentionnellement, en particulier par l’armée irakienne qui a saboté les puits de pétrole du Koweit pendant la guerre du Golfe.
Malgré leur impact catastrophique, les marées noires ne représentent qu’environ 1/10 des quantités de pétrole qu’on retrouve en mer. Ainsi, entre 1976 et 2014, l’équivalent de + de 3 millions de barils de brut ont déversés dans les mangroves du delta du Niger, au Nigeria, en provenance de + de 12 000 différentes sources de pollutions. Aujourd’hui + de 40 millions de litres (+ de 250 000 barils) sont déversés chaque année dans le delta à cause de la vétusté des pipelines, d’incidents opérationnels ou de sabotages.
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Autres pollutions – Perturbateurs endocriniens
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Sources : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, http://www.ria.fr/ra/lowres/Publie/RIA/p1/Infographies/Dossier/2018-11-10/804%20dossier%20perturbateurs1.ai
Bisphénol A, phtalates, parabènes… Les perturbateurs endocriniens sont omniprésents dans notre quotidien. On les retrouve dans de nombreux aliments, détergents, cosmétiques, revêtements de sols, etc.
Ces substances perturbent notre processus hormonal et provoquent de nombreux troubles de la santé : sperme de moindre qualité, puberté + précoce, cancers de la thyroïde, effets sur le développement des bébés, l’hyperactivité, le repli sur soi…
Certains de ces perturbateurs sont désormais interdits dans plusieurs pays : bisphénol A en France dans les contenants alimentaires depuis 2015, chlordécone (pesticide) pour les bananeraies depuis 1980… Mais nombre de perturbateurs endocriniens restent présents dans de multiples produits de notre quotidien.
Une tentative de réglementation a été proposée par la Commission européenne en 2016 mais très critiquée pour le laxisme de sa définition.
L’Europe est accusée d’en faire trop peu ou d’agir trop lentement et les lobbies sont régulièrement accusés de ralentir ou de torpiller le processus. Quant à une réglementation mondiale, cela semble inconcevable à ce stade.
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Risques d’accidents industriels
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Sources : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, International Disaster Database (EM-DAT) du Centre for Research on the Epidemiology of Disasters (CRED) de l’UC de Louvain https://emdat.be/
L’accident de l’usine pétrochimique de Minamata au Japon dans les années 1950, qui provoqua un empoisonnement au mercure de la région, est considérée comme un début de prise de conscience des dangers environnementaux liés à l’industrie.
Le début de la médiatisation de ces risques est intervenu dans les années 1970 où ce type d’accidents se multiplient : en juillet 1976, une usine chimique près de Seveso (Italie) laisse échapper un grand nuage de dioxine qui donnera lieu à la directive européenne Seveso en 1982 qui impose désormais aux Etats européens d’identifier les sites industriels présentant des risques d’accident ( les fameux sites classés Seveso).
En décembre 1984, une usine de pesticides explose à Bhopal qui rejette un nuage toxique de 25 km² sur une zone où vivent 800 000 habitants. Bilan : 25 000 victimes et 300 000 malades.
En septembre 2001, l’usine chimique AZF, pourtant classée Seveso, explose à Toulouse et fait 31 morts et plusieurs milliers de blessés.
Les accidents nucléaires sont extrêmement rares mais particulièrement dramatiques. La catastrophe de Tchernobyl en avril 1986 entraîne le déplacement tardif de 250 000 personnes mal informées des conséquences, et le nuage s’étend sur toute l’Europe. L’accident de Fukushima au Japon en mars 2011 est du même niveau de gravité que Tchernobyl (niveau 17). Il a été provoqué par un tsunami et a provoqué l’évacuation de + de 300 000 personnes. Il a incité plusieurs pays à renoncer à leur programme nucléaire et l’Allemagne à accélérer son plan de sortie. Les risques nucléaires (avec les déchets) font partie des éléments à charge contre le nucléaire, par ailleurs énergie permettant de fournir de l’électricité décarbonée.
L’International Disaster Database (EM-DAT) de l’Université Catholique de Louvain recense 1 520 accidents industriels et nucléaires de 1901 à 2020 (dont un peu + de la moitié d’explosion), avec une très nette accélération depuis les années 1980.
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Maladies et pandémies
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Sources : https://larbredesimaginaires.fr/tronc/pandemies-et-biodiversite/, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(18)32594-7/fulltext
Le réchauffement climatique provoquera des vagues de chaleur + fréquentes dans les régions tempérées et une augmentation des allergies : les pollens par exemple seront produits en + grand nombre, et sur de + longues périodes.
Les impacts sanitaires les + graves se produiront dans les pays du Sud. Les maladies infectieuses comme la malaria, la dengue, et le chikungunya y sont déjà très meurtrières. Les variations de température modifieront la distribution géographique des vecteurs de maladie, moustiques et tiques. En 2016, ces maladies ont touché 216 millions de personnes, en tuant 700 000. Le paludisme est responsable de 57% de ces décès.
La hausse des températures aura également un effet sur les maladies liées à l’eau et à la nourriture : hépatites, gastro-entérites, choléra.
La fonte du permafrost est un autre risque majeur, elle pourrait libérer des maladies piégées, contre lesquels les organismes humains ne sont pas protégés.
Enfin, l’IPBES (le « GIEC de la biodiversité ») a publié un rapport d’experts le 29/10/2020 faisant le lien entre les pandémies et la destruction de la biodiversité.
Le Covid-19 est une zoonose (une maladie issue des animaux). L’IPBES estime que l’actuel coronavirus est la 6ème grande épidémie mondiale depuis la grippe espagnole de 1918. Le rapport de l’IPBES conclut clairement que toutes les grandes épidémies (sida, Ebola, SRAS) sont des zoonoses.
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Maladies et pandémies
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Sources : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, infographie Novethic, Zoonotic diseases fact chart/infographic
Les chercheurs estiment que 1,7 million de virus inconnus sont les hôtes de mammifères et d’oiseaux. Entre 540 000 et 850 000 d’entre eux sont potentiellement dangereux pour l’Homme.
Au moins 60% des maladies actuelles et 75% des maladies émergentes sont d’origine animale et elles nous parviennent selon 3 scénarios :
Selon le Dr. Peter Daszak, président de EcoHealth Alliance et de l’atelier d’IPBES,
« Il n’y a pas de grand mystère sur la cause de la pandémie de COVID-19, ou de toute autre pandémie moderne. (…) Ce sont les mêmes activités humaines qui sont à l’origine du changement climatique, de la perte de biodiversité et, de par leurs impacts sur notre environnement, du risque de pandémie. Les changements dans la manière dont nous utilisons les terres, l’expansion et l’intensification de l’agriculture, ainsi que le commerce, la production et la consommation non durables perturbent la nature et augmentent les contacts entre la faune sauvage, le bétail, les agents pathogènes et les êtres humains. C’est un chemin qui conduit droit aux pandémies. »
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Réfugiés environnementaux
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Source : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://www.internal-displacement.org/global-report/grid2020/
Entre 2008 et 2017, près de 250 millions de personnes se sont déplacées à la suite d’une catastrophe naturelle. Près de 214 millions (87%) pour des catastrophes de type météorologique (inondation, tempête, sécheresse, températures extrêmes, etc.). Près de 33 millions (13%) pour des catastrophes de type géophysique (tremblement de terre, activité volcanique, glissement de terrain, etc.).
En 2019, 1900 catastrophes naturelles ont déplacé 25 millions de personnes dans 140 pays. C’est le plus grand nombre de déplacements depuis 2012, trois fois + que le nombre cause par les conflits et la violence.
Au total, d’ici 2050 selon les scénarios et les estimations, 31 à 143 millions de personnes pourraient être forcées de se déplacer à l’intérieur de leur pays en raison du changement climatique.
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Guerres climatiques ?
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Sources : « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://shop.icrc.org/when-rain-turns-to-dust-pdf-en-1
Les milieux de la défense considèrent désormais le changement climatique comme un risque important pour la sécurité et la stabilité internationales. Plusieurs ministères de la Défense ont créé des structures d’études prospectives sur cette question (observatoire dédié en France depuis 2016). La question a été portée à l’agenda du Conseil de sécurité des Nations unies à 4 reprises, à l’initiative notamment du Royaume-Uni et de l’Allemagne.
Le lien entre changement climatique et conflits armés est controversé, certains ont pu y voir une cause du conflit au Darfour en 2007 ou en Syrie de 2007 à 2011 (consécutif à une sécheresse), mais il n’y a pas de consensus scientifique sur la question.
Selon le Comité international de la Croix Rouge (CICR), les scientifiques s'accordent généralement à dire que le changement climatique ne provoque pas directement de conflits, mais qu'il peut indirectement accroître le risque de conflit en exacerbant les facteurs sociaux, économiques et environnementaux existants. Sur les 20 pays considérés comme les + vulnérables au changement climatique, 12 se trouvent en situation de conflit
En tout état de cause, il semble extrêmement probable que la multiplication des évènements climatiques extrêmes, la chute des rendements agricoles et des stocks de poissons, la raréfaction des ressources, les sécheresses, inondations et crues, les migrations de population…ne seront pas sans conséquence violente.
Un monde + chaud et avec - de ressources sera un monde + violent.
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Pour en apprendre plus, découvrez les Fresques !
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Fresque des déchets, de la ville, de la mobilité, du textile, de la construction, du plastique…
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Les 7 sphères de l’Anthropocène
En synthèse
II
Sommaire
Les 7 sphères de l’Anthropocène - l’atmosphère
L’atmosphère
Pollution de l’air :
Changement climatique : réchauffement de l’atmosphère causé par l’effet de serre additionnel déclenché par les émissions de gaz à effet de serre des activités humaines (combustion d’énergies fossiles, déforestation, fuites industrielles, rots et pets des ruminants…), avec des conséquences multiples sur les autres sphères…
Sources :
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Les 7 sphères de l’Anthropocène - la cryosphère
La cryosphère
Fonte accélérée :
Sources :
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Les 7 sphères de l’Anthropocène - l’hydrosphère
Réchauffement, acidification, eutrophisation, désoxygénation des océans
Risque de ralentissement du courant océanique de l’AMOC dont le Gulf Stream
Montée des eaux et risques de submersion
Perturbation du cycle de l’eau
Stress hydrique : 3 milliards de personnes exposées dans le monde en 2050 (ONU)
L’hydrosphère
Sources :
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Les 7 sphères de l’Anthropocène - la pédosphère
La pédosphère
Effondrement de la biodiversité des sols, alors qu’ils abritent + d’un quart des espèce de la planète et jusqu’à 90% des organismes vivants dans les écosystèmes terrestres et fournissent la quasi-totalité de nos calories alimentaires
Anthropisation (75% des terres émergées), artificialisation, érosion, salinisation des sols
Sources :
© Loïc Marcé
Les 7 sphères de l’Anthropocène - la lithosphère
La lithosphère
100 milliards de tonnes de matière extraites chaque année, une extraction incompatible avec les temps géologiques de constitution de ces ressources (fossiles, métaux (cuivre…), minerais (sable…), phosphates)
Pic du pétrole conventionnel franchi depuis 2008 (AIE), pic total proche
Sable : 2ème ressource la + utilisée au monde (après l’eau), rythme d’extraction 9x + rapide que le pétrole. 50 GT / an : avec ce volume, "nous pourrions construire un mur de 10m de haut sur 10 de large tout autour de l’équateur" (Pascal Peduzzi*)
Production de ciment x40 depuis 1950
L'équivalent d'une ville comme Paris construite dans le monde tous les 5 jours.
La Chine a construit dans les années 2000 l’équivalent de tout le parc immobilier de l’UE en m², elle a utilisé entre 2011 et 2013 + de béton que les USA pendant tout le XXème siècle !
Boucle minerais / métaux & énergie
Énergies grises et déchets cachés
Sources :
© Loïc Marcé
Les 7 sphères de l’Anthropocène - la biosphère
La biosphère
6ème extinction de masse du vivant en cours
Disparition des espèces : 1 million d’espèces menacées d’extinction sur les 8 millions connues (IPBES), un rythme 100 à 1000x + rapide que le rythme naturel
Effondrement des populations : -68% des 21 000 populations de mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles, poissons depuis 1970 (WWF) - tous milieux, toutes régions du monde
Menaces sur le phytoplancton, à la base de la chaîne alimentaire marine
Disparition presque inéluctable du corail
Effondrement des pollinisateurs
Pêche industrielle qui vide les mers
Déforestation massive et mégafeux
Sources :
© Loïc Marcé
Les 7 sphères de l’Anthropocène - l’anthroposphère
L’anthroposphère
<9% des ressources utilisées chaque année par l’économie mondiale sont recyclées (12% en Europe)
Masse des constructions humaines > à celle du monde vivant
Masse du plastique 2x > à celle des animaux
Une personne née en 1930 a vu 2x la population humaine mondiale doubler.
Plastiques : 12 tonnes produites… par seconde ! Au rythme actuel, + de plastique que de poissons dans les océans en 2050, pollution marine par les plastiques x10 depuis 1980
Masse des mammifères sauvages = 4% de la masse totale des mammifères
Mammifères d’élevage = 60% de la masse totale des mammifères
Volailles = 70% de la masse totale des oiseaux
Pollution lumineuse : 4 personnes sur 5 dans le monde vit sous un ciel nocturne pollué par la lumière
Pollution sonore : Il n’y aurait presque plus d’endroit sur Terre sans bruit d’origine humaine
Toutes les grandes pandémies (Sida, Ebola, SRAS, Covid…) sont des zoonoses, maladies transmises par les animaux parce qu’on détruit leurs habitats naturels
Sources :
© Loïc Marcé
Conclusion
La situation est très grave.
Elle est inédite dans l’histoire de la vie sur Terre :
Les sphères sont connectées entre elles, les impacts s’influencent les uns les autres.
Les conséquences sont (déjà) et seront (encore +) désastreuses.
Il est urgent d’agir !
© Loïc Marcé
195
Où sont les freins ?
III
Sommaire
196
« Pour marcher, la machine à accumuler a besoin d’un approvisionnement toujours croissant en énergie et en matières premières ; à l’autre bout de la chaîne, il en résulte une production de déchets et de gaz à effet de serre qui augmente aussi de manière exponentielle. Le lien entre croissance économique et destruction de la planète saute tellement aux yeux qu’il suffit de nos cinq sens pour le saisir.
Quand on traverse les forêts saccagées de Bornéo ou d’Amazonie, les côtes du Nigeria ou du golfe du Mexique souillées par des marées noires, les régions irradiées de Fukushima et de Tchernobyl, les continents de déchets à la dérive dans l’Océan Pacifique, les districts dévolus à l’exploitation des gaz de schiste aux Etats-Unis, les paysages ravagés par les mines de cuivre, d’or, de bauxite et d’uranium en Papouasie Nouvelle-Guinée, en Inde, au Ghana ou au Chili ainsi que les îles des Caraïbes détruites par des ouragans inouïs – pour ne donner qu’un aperçu sommaire et arbitraire de la dévastation planétaire en cours –
, on n’a pas besoin de s’enfermer dans les bibliothèques où s’entassent les études scientifiques sur la dégradation de la biosphère, pour saisir l’essentiel : un système qui détruit ses propres conditions d’existence à un tempo si rapide n’a aucun avenir. En outre, la fin du pétrole bon marché (le « pic pétrolier ») et la raréfaction prévisible de matières premières stratégiques comme le cuivre et l’uranium posent à l’expansion continue des limites énergétiques et matérielles. »
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87% des subventions mondiales à l’agriculture, néfastes pour l’environnement
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Sources : FAO, UNDP and UNEP. 2021. A multi-billion-dollar opportunity – Repurposing agricultural support to transform food systems. In brief, https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/09/14/les-subventions-agricoles-jugees-nefastes-sur-le-plan-social-et-environnemental-par-trois-agences-de-l-onu_6094626_3244.html
87% des 540Mds$ de subventions mondiales à l'agriculture sont dommageables à la nature, à la santé et aux petits paysans selon un rapport conjoint de 3 grandes agences des Nations unies, la FAO, le PNUD et le PNUE.
Les agences onusiennes ont calculé que l’ensemble des mesures de soutien agricole équivalait à 540Mds de $ par an (457 Mds d’euros, soit 15% de la valeur productive de l’agriculture, et pourraient tripler d’ici à 2030. En examinant de plus près le type de mesures mises en place (aides fiscales, aides à l’hectare, barrières tarifaires, aides couplées, c’est-à-dire destinées à un certain type de produit, etc.), la FAO, le PNUE et le PNUD considèrent que 87% de ces subventions entraînent des effets délétères. Soit parce qu’elles sont inéquitablement distribuées et pénalisent certaines catégories comme les petits producteurs, soit parce qu’elles entraînent des effets indésirables pour l’environnement et le climat ou parce qu’elles favorisent certaines monocultures au détriment d’une variété d’aliments + sains.
Alors que l’insécurité alimentaire s’aggrave dans le monde et que près de 10% de la population mondiale souffre de faim chronique, les 3 agences internationales insistent sur la nécessité d’aligner les objectifs agricoles avec les objectifs de développement, de climat et de protection de la biodiversité.
C’est loin d’être gagné. Les experts onusiens en conviennent, soulignant notamment le poids des intérêts privés, qui verront un avantage à prolonger le statu quo. En Europe, par exemple, le nouveau schéma de la PAC, qui entrera en vigueur en 2023, ne prévoit pas de changement profond d’orientation, en dépit de quelques nouveaux instruments verts. « La majorité des subsides de la PAC continueront d’être attribués par hectare, et non sur la base de performances environnementales, signale Emile Frison (membre du panel international d’experts sur les systèmes alimentaires durables (IPES-food)). Dans la prochaine PAC, les outils qui portent des ambitions vertes seront laissés à la discrétion des Etats, qui auront la liberté de décider comment attribuer les montants. » Avec une échéance courant jusqu’en 2027, cette PAC est ainsi décriée comme une occasion manquée de contribuer aux objectifs de développement durable pour 2030.
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Une lutte inégale
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Source : “Introducing Sustainable Natural Capital To Make Our Nature Juicy Again”, NOAH Zurich 2021 / JuicyData, 6-7/12 concept presentation
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Seuils de rupture, boucles de rétroaction positives et scénarios d’emballement
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Dans le domaine du climat, un seuil de rupture est généralement défini comme un point où une petite altération suffit à faire brutalement basculer certains éléments du climat et des écosystèmes dans un état radicalement et irréversiblement différents. En voici quelques exemples :
Source : https://static.secure.website/wscfus/8154141/6845214/tipping-nov-17.png, Marie-Monique Robin, « Les « boucles de rétroaction positive » ou comment le dérèglement climatique peut s’emballer », https://blog.m2rfilms.com/les-boucles-de-retroaction-positive/, « Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300, https://www.nature.com/articles/s41561-021-00699-z.epdf
Par ailleurs, nombre de ces seuils de rupture sont des boucles de rétroaction positive qui ont pour particularité d’enclencher des cercles vicieux d’emballement du climat :
A l’heure actuelle, il est impossible de savoir exactement quand de tels seuils de rupture seront atteints, mais + on s’éloigne de l’objectif de ne pas dépasser +2 °C, + la probabilité augmente.
Les impacts sociaux obéissent à la même logique : de faibles perturbations de l’environnement (ex : variations de températures ou pluviométrie) peuvent entraîner des transformations sociales majeures et brutales a fortiori si elles sont répétées.
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Risques globaux liés au changement climatique
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Sources : http://427mt.com/wp-content/uploads/2020/12/Measuring-What-Matters-Sovereign-Climate-Risk-427_12.2020.pdf https://www.nytimes.com/interactive/2021/01/28/opinion/climate-change-risks-by-country.html
Globally, the level of socioeconomic exposure to climate risk is alarming. We find that flood and water stress may affect around 40% of both the global population and the global economy by 2040.
Approximately 8% of the world’s economy is expected to be subject to coastal flooding amplified by sea level rise, equivalent to $17 trillion USD.
Many of these areas are exposed to more than one risk, such that heat extremes and drought-like conditions or sea level rise and hurricanes and typhoons tend to occur together, increasing the likelihood of impacts for these regions.
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Un monde à +4°C, c’est chaud
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Circulaire, y a (presque) rien à voir !
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Dans une étude publiée en décembre 2020 sur l'évolution de la "circularité" de l'économie de nos sociétés au cours du siècle qui vient de passer, "Spaceship earth's odyssey to a circular economy - a century long perspective", les auteurs constatent avec peu de surprise que l'économie de nos sociétés est devenue de moins en moins "circulaire" au cours du XXème siècle. De 1900 à 2015, le taux de recyclage des intrants est passé de 43% (41-51%) à 27% (25-30%), et le recyclage des sortants [output] de 46% (44-54%) à 40% (37-44%).
Dans la discussion, les auteurs soulignent que l'économie circulaire ne pourrait pas permettre de régler le problème de la croissance "physique" des flux :
"Tout d'abord, fermer complètement les boucles de matériaux [plus d'intrants et sortants] n'est pas compatible avec la croissance physique, car la demande supplémentaire de matériaux ne peut pas être satisfaite par des rendements de matériaux plus faibles des années précédentes, à moins que cette croissance ne soit basée sur des apports croissants de biomasse renouvelable, qui est cependant aussi une ressource limitée. Comme nous l'avons vu dans la section précédente, même le niveau actuel de production de biomasse n'est pas durable, de sorte que l'augmentation des apports de biomasse tout en respectant les limites écologiques n'est pas une option viable dans un avenir proche. Dans la période de 1900 à 2015, l'extraction de minéraux primaires, de métaux et de matières fossiles a déjà été multipliée x30. Jusqu'en 2050, même en tenant compte de la poursuite des gains d'efficacité, l'utilisation des ressources mondiales devrait doubler, voire tripler. Si l'on considère les taux de croissance actuels, l'utilisation des ressources doublera en deux décennies seulement. Dans ces conditions, même un recyclage complet à la sortie ne pourrait pas satisfaire la demande d'intrants en ressources et on peut s'attendre à ce que les pressions et les impacts environnementaux augmentent encore, sapant les perspectives de durabilité mondiale."
Source : Commentaire de Loïc Giaccone sur l’étude : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0921344920303931
Les auteurs finissent par une série de recommandations : « Nous concluons que pour réaliser le potentiel de transformation de l'économie circulaire, la recherche et les politiques doivent relever 4 grands défis : s'attaquer à la croissance des stocks de matières premières, définir des critères clairs pour le cycle écologique et éliminer la production non durable de biomasse, intégrer la décarbonation du système énergétique à l'économie circulaire et donner la priorité aux réductions absolues des flux non circulaires plutôt qu'à la maximisation des taux de (re)cyclage. »
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Circulaire, y a (presque) rien à voir !
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Sources : Circularity Gap Report 2020 https://shiftingparadigms.nl/projects/3rd-global-circularity-gap-report/ et 2021 https://drive.google.com/file/d/1MP7EhRU-N8n1S3zpzqlshNWxqFR2hznd/view
🡺 Seulement 8,6% des ressources utilisées par l’économie mondiale chaque année sont recyclées !
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Circulaire, y a (presque) rien à voir !
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Source : European Environmental Agency, “Briefing no. 28/2020 - Growth without economic growth”, 11/01/2021
🡺 Dans l’Union Européenne, ce n’est pas beaucoup mieux : 12% seulement des ressources utilisées chaque année sont recyclées !
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Les falaises (de Sénèque) approchent…
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Sources : European Environmental Agency, “Briefing no. 28/2020 - Growth without economic growth”, 11/01/2021, https://www.alternatives-economiques.fr/sites/default/files/public/media/20190201/A717071A.GIF
« Atlas de l'Anthropocène », François Gemenne, Aleksandar Rankovic et l’atelier de cartographie de Science Po, http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/book/?GCOI=27246100070300
Depuis 1970, nous n’avons pas réussi le moindre découplage entre notre empreinte matérielle (la consommation mondiale de matériaux _ material footprint) et notre croissance économique (le PIB mondial _ Global GDP).
Dans le même temps, le découplage entre les émissions de gaz à effet de serre (Global GHG emissions) et la croissance économique n’a été que relatif, ne permettant en aucun cas de répondre à l’impératif vital de baisser ces émissions.
Si nous continuons collectivement sur cette trajectoire (très proches de celle prédite par le rapport Meadows en 1972), la chute des courbes de production de biens et services, mais surtout de ressources non renouvelables, de nourriture et in fine de population pourraient être brutales.
« Ce serait une consolation pour notre faiblesse et nos œuvres si toutes choses devaient périr aussi lentement qu’elles adviennent ; mais il est ainsi, la richesse est lente, et le chemin de la ruine est rapide. » Sénèque
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… et nous entrons dans l’ère des pénuries.
206
De nombreuses pénuries ont été recensées dans plusieurs secteurs en cette 2ème moitié d’année 2021. C’est le cas notamment de l’électricité et du gaz, deux ressources énergétiques cruciales au quotidien pour l’ensemble de la planète ; du bois, en particulier du bois utilisé en construction ; de la pâte à papier qui sert à imprimer livres et journaux ; des semi-conducteurs, composants électroniques indispensables pour produire de nombreux objets de notre quotidien ; des voitures neuves dans le secteur de l’automobile ; de produits de grande consommation disponibles en rayon ou en ligne, comme les chaussures Nike ou les meubles IKEA ; de certains produits alimentaires comme le poulet, le pain ou le jus de pomme dans les cantines scolaires US.
Les aléas du marché des semi-conducteurs par exemple ont des conséquences directes sur le reste de l’économie mondiale, les semi-conducteurs étant nécessaires à la production de smartphones et d’ordinateurs… mais aussi d’automobiles, de produits électroménagers, de consoles de jeux vidéo ou encore d’antennes de télécommunication.
Au-delà des facteurs conjoncturels, c’est bien souvent le système productif lui-même qui peut également être mis en cause pour expliquer ces pénuries. « L’organisation actuelle de l’économie à l’échelle mondiale est très productive mais aussi très fragile, résume Mireille Bruyère, maîtresse de conférences en sciences économiques à l’université de Toulouse Jean Jaurès. Certes, on peut produire à quelque jours d’intervalles n’importe quel produit et le recevoir via des systèmes de livraison “ubérisés”, mais cette très haute productivité se paye en très grande fragilité : quand un rouage manque, que ce soit à cause d’un manque de composant ou d’une grève locale, toute la chaîne est aussitôt déréglée ». Or c’est précisément, selon elle, ce qui se manifeste actuellement à différents endroits de la « chaîne capitaliste » à travers ces pénuries.
Un phénomène que certains économistes théorisent d’ailleurs sous le nom de bullwhip effect (« l’effet coup de fouet »), pour désigner « la façon dont de petits changements dans la demande de certains produits peuvent créer des perturbations qui se répercutent sur l’ensemble d’une chaîne d’approvisionnement ». Il peut se décliner en 3 points-clés : 1. dans une économie mondialisée, différentes personnes contrôlent toujours différents segments d’une chaîne d’approvisionnement ; 2. ces personnes ne communiquent souvent pas très bien entre elles ; 3. chaque personne essaie d’équilibrer soigneusement son stock de marchandises, afin de n’en produire ni trop, ni trop peu. C’est finalement la conjonction de ces 3 « règles » qui définit la possibilité des pénuries en forme de bullwhip effects, inhérents au système capitaliste et mondialisé actuel.
La preuve avec les semi-conducteurs : ce marché étant structurellement défini par la dépendance (des infrastructures lourdes difficilement adaptables d’un côté ; une demande très rapide provoquée par l’obsolescence des produits de l’autre), toute augmentation des prix provoque inévitablement des « réactions en chaîne », selon Mathilde Aubry. « Cette hausse peut avoir des effets sur la consommation, mais aussi et surtout sur les entreprises qui sont dépendantes des semi-conducteurs, notamment les start-up qui font de l’innovation dans le domaine de la e-santé ou de la e-agriculture ». A moyen terme, les ruptures d’approvisionnement recensées en Asie pourraient bien mettre en danger l’écosystème de start-ups bâties depuis quelques décennies dans l’Hexagone, dont « l’innovation » repose en grande partie sur ces matériaux importés de l’autre bout du monde (pour rappel, 80 % des terres rares produites dans le monde le sont aujourd’hui en Chine).
Au-delà du seul gaz naturel, c’est « toute la structure productive capitaliste qui est très dépendante de l’énergie, et en particulier de l’énergie fossile », analyse Mireille Bruyère, par ailleurs membre des Économistes Atterrés et du conseil scientifique d’Attac. « Ce système fonctionne non pas parce qu’il est rempli de services mais parce qu’il est hautement productif. Ce qui fait la caractéristique des modèles de production capitalistes, c’est qu’ils sont très productifs, très puissants et qu’ils nécessitent beaucoup d’énergie. »
Mireille Bruyère : « Bien sûr, on peut jouer sur les prix de l’énergie via la dette ou des mesures tampons, en essayant de freiner l’impact pour les consommateurs. Mais quand on a des ruptures d’approvisionnement de matières premières, de biens ou de services, ce levier n’est même plus efficace. La seule chose pour sortir de cette logique, c’est de penser à plus long terme non pas “comment ne pas faire payer aux ménages la facture” mais “comment baisser la consommation d’énergie au niveau de l’industrie et de l’agriculture”. »
Pour ce faire, l’économiste préconise une « transformation radicale de l’organisation productive spécifique au capitalisme, c’est-à-dire une désintégration globale des chaînes productives mondiales, des grands systèmes productifs intégrés, permettant une forte diminution de la division du travail, seule condition pour allier les dimensions sociales et écologiques ». Une telle bifurcation prendrait la forme non pas d’une « ré-industrialisation », mais d’une « désindustrialisation » permettant de « relocaliser de façon durable », d’un point de vue à la fois social et environnemental.
« Ce qui explique que nous ayons très fortement augmenté les émissions de gaz à effet de serre par habitant en France entre 1960 et 2020, ce n’est pas uniquement l’augmentation des quantités consommées, mais l’organisation productive des biens, poursuit Mireille Bruyère. Il faut donc penser des systèmes locaux, régionalisés, pour mieux organiser matériellement la production, pas seulement en termes d’investissement mais aussi en termes de démantèlement – par exemple des terres de culture intensive qu’il faudra transformer en terres de culture paysanne. »
La question des pénuries pas forcément réglée pour autant, car on pourrait toujours avoir des situations de pénuries locales à cause d’une tempête ou d’aléas imprévisibles, reconnaît Mireille Bruyère. Mais le risque serait forcément moindre en raison de la taille amoindrie de l’échelle de production. » En guise d’exemple, l’économiste cite le cas de l’entreprise IKEA, savamment rodée et « rationalisée », mais qui « n’a plus la maîtrise de ses propres systèmes, pourtant ultra-performants, parce que la chaîne de production et de distribution est devenue trop grande, trop complexe ».
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Interactions entre les sphères naturelles : tout est lié !
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Sources : Jérôme François, « Analyses des risques systémiques liés au système Terre – économie des ressources naturelles », décembre 2020, https://www.pinterest.fr/pin/571816483921236699/
Le système Terre fonctionne grâce aux interactions entre les différentes sphères naturelles :
une dégradation forte dans l’une des sphères implique une déstabilisation systémique des cycles naturels
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© Loïc Marcé
Des liens très étroits entre biodiversité et climat
208
Sources : Scientific outcome of the IPBES-IPCC co-sponsored workshop on biodiversity and climate change, IPBES-IPCC, 24/06/2021, https://zenodo.org/record/5101125#.YUCXyp4zY6E
4 types de liens
Ce n’est qu’à travers + de sobriété (matérielle, énergétique, alimentaire) surtout de la part des + riches, que nous parviendrons à ralentir le changement climatique ET l’effondrement de la biodiversité
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© Loïc Marcé
Les risques liés à l’environnement sont les + probables et les + graves...
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Source : World Economic Forum, Global Risks Report 2021, https://www3.weforum.org/docs/WEF_The_Global_Risks_Report_2021.pdf
Sommaire
© Loïc Marcé
… et ils sont fortement interconnectés avec les autres types de risques !
210
Source : World Economic Forum, Global Risks Report 2021, https://www3.weforum.org/docs/WEF_The_Global_Risks_Report_2021.pdf
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Nous avons déjà dépassé certaines limites planétaires, nous nous approchons des autres : tout est lié !
211
Sommaire
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TOUT���EST���LIÉ !
212
cliquez sur l’image pour découvrir !
Sommaire
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213
Tissage des causes :
Comment en sommes-nous arrivés là ?
IV
Travail en cours
Sommaire
Depuis plusieurs millénaires
Depuis plusieurs siècles
Depuis le début de l’ère industrielle occidentale
Depuis le début du XXème siècle (accéléré depuis les années 1950)
CONSTRUCTIONS SOCIALES
à réinterroger / réinventer
SÉPARATION NATURE / CULTURE & ALIÉNATION
VOLONTÉ DE PUISSANCE & LOGIQUES DE DOMINATION
Invention de l’argent
Invention de l’horloge
Invention du travail salarié
Refus des limites
Invention de la propriété privée
Liberté vs responsabilité
Technologie & innovation comme source de progrès
Optimisation vs résilience
LOIS IMMUABLES (?)
Invention de l’agriculture
Scientisme
Séparation nature / culture
Perte du sauvage
Urbanisation
Individualisme
(Sur) population
Accélération
société d’externalisation
sociétés complexes
démesure
religions
organisations pyramidales
Capitalisme
Etat moderne
MYTHES & RÉCITS DOMINANTS
(en Occident)
Extractivisme
Energies fossiles
Inégalités
Technococon
A compléter
La nature est une machine / L’humain est maître et possesseur de la nature / Le futur est déterminé / l’homme blanc est naturellement supérieur et a une mission civilisationnelle / Les marchés sont magiques
Le temps c’est de l’argent / travailler pour gagner sa vie, obtenir un statut social, gravir les échelons / la nation est ce qui nous unit / la concurrence est vertueuse / les ressources naturelles sont gratuites et illimitées
L’accumulation matérielle comme mesure du bonheur / le progrès technologique comme mesure du progrès humain / les inégalités sont naturelles, il y a des gagnants et perdants / toujours +, toujours + vite / croissance économie indispensable
Transhumanisme
Tragédie des communs
Darwinisme social
Economisme
Thermodynamique
(négu)entropie
Peur de la mort
Cerveau et biais cognitifs
Winners Take All | Anand Giridharadas | Talks at Googlehttps://youtu.be/d_zt3kGW1NM
https://docs.google.com/document/d/1zO4a48UomLwEZskzDYaOI461xrPjld_DsSEQ_X7SpZU/edit?usp=sharing
Industrialisme
Colonialisme
Patriarcat
Religion du marché
Dette
Dévalorisation des alternatives
Lobbies et marchands de doute
Économie de l’attention
Finance débridée
Croissance
Consumérisme
Fabrique du consentement
Stratégie du choc
Ruissellement et philantropie
Appauvrissement du débat public
© Loïc Marcé
Paul Jorion, Alain Grandjean, Jérémy Désir,
Lobbies et marchands de doute
Économie de l’attention
Depuis plusieurs siècles
Depuis le début de l’ère industrielle occidentale
Depuis le début du XXème siècle (accéléré depuis les années 1950)
CONSTRUCTIONS SOCIALES
à réinterroger / réinventer
SÉPARATION NATURE / CULTURE & ALIÉNATION
VOLONTÉ DE PUISSANCE / LOGIQUES DE DOMINATION
Invention de l’horloge
Invention du travail salarié
Refus des limites
Invention de la propriété privée
Liberté vs responsabilité
Technologie & innovation comme source de progrès
Optimisation vs résilience
Scientisme
Séparation nature / culture
Perte du sauvage
Urbanisation
Stephan Lessenich
Hartmut Rosa
société d’externalisation
sociétés complexes
démesure
Capitalisme
État moderne
Economisme
Industrialisme
Colonialisme
Extractivisme
Patriarcat
Energies fossiles
Inégalités
Dette
Finance débridée
Croissance
Consumérisme
Fabrique du consentement
Lewis Mumford
Arthur Keller
Abdennour Bidar
Günther Anders,
André Gorz, Jacques Ellul…
Kandiaronk,
Hans Jonas,
Aurélien Berlan, Fabian Scheidler
Thierry Paquot
François Roddier
Grégoire Chambaz, Turgot, Robin Dunbar, Marshall Sahlins, Pierre Clastres, David Graeber, David Wengrow
Sébastien Bohler, Albert Moukheiber
Daniel Kahneman, Olivier Sibony
Gauthier Chapelle
Nancy Huston, Rob Hopkins, Yuval Noah Harari, david Graeber & David Wengrow
…
Jean-Paul Demoule, David Graeber, David Wengrow, Marshall Sahlins, Claude Levi-Strauss, Jared Diamond, James C. Scott
Stephan Harding
Annick Schnizler
Sophie Swaton Dominique Bourg
Geneviève Azam
Cédric Chevalier, Fabian Scheidler
Charlotte Luyckx, Emilie Hache, Jeanne Burgart Goutal, Vandana Shiva, écoféministes…
Malcolm Ferdinand
François Jarrige
Lucas Chancel, Thomas Piketty, Amartya Sen…
Eric Toussaint, David Graeber
Renaud Duterme, Frédéric Lordon, Barbara Stiegler…
Thomas Malthus, Ian Angus, Simon Butler, Corinne Maier, Emmanuel Pont
Dany-Robert Dufour
Dennis et Donella Meadows, Nicholas Georgescu-Roegen, Serge Latouche, Tim Jackson, Eloi Laurent, Timothée Parrique, Jean-Marc Jancovici, Géraldine Thiry, Philippe Roman, décroissance…
Alain Damasio, Bernard Stiegler
Edward Bernay, Noam Chomsky
Naomi Klein
Eric Conway, Naomi Oreskes
Matthieu Auzanneau, Jean-Marc Jancovici…
Anna Bednik, Philippe Bihouix
Nicholas Georgescu-Roegen
LOIS IMMUABLES (?)
Thermodynamique
(négu)entropie
Peur de la mort
Cerveau et biais cognitifs
Stratégie du choc
Individualisme
(Sur) population
Accélération
Technococon
Transhumanisme
Tragédie des communs
Garett Hardin, Fabien Locher
Guillaume Faburel
MYTHES & RÉCITS DOMINANTS
(en Occident)
Patrice van Eersel
Darwinisme social
Herbert Spencer
Stéphane Foucart
J-J Rousseau, Joseph Proudhon, David Graeber, David Wengrow, Marcel Mauss
Depuis plusieurs millénaires
Invention de l’argent
Invention de l’agriculture
religions
organisations pyramidales
Ruissellement et philantropie
Max More, Ray Kurzweil
Anand Giridharadas
Dévalorisation des alternatives
Religion du marché
David Graeber, David Wengrow
Herbert Simon, Yves Citton, Thomas H. Davenport, J. C. Beck
Appauvrissement du débat public
© Loïc Marcé
216
Bifurquer :
Quel Anthropocène voulons-nous ?
V
Sommaire
Travail en cours
4. Que faire ? Quelques pistes
Les 4R d’Arthur Keller pour une réponse systémique
Réinvention culturelle
Remise en question active du système
Résilience territoriale
Reliance solidaire
Source : Arthur Keller
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2
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4
© Loïc Marcé
Réinvention culturelle : des récits pour transformer le monde
Points d’intervention dans le système (Donella Meadows)
Modèle de l’iceberg
Les paradigmes, la vision du monde, les croyances et les valeurs influencent directement tout le reste (iceberg).
Les récits permettent de les faire évoluer.
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© Loïc Marcé
Les récits façonnent notre vision du monde,
pour le meilleur comme pour le pire…
1
4 scénarios pour atteindre la neutralité carbone en 2050 - Ademe
Mégalopoles “vertes”
Smart cities ultra-connectées, optimisées, élitistes
Survivalisme,
petits groupes autonomes
Archipel de territoires autonomes
© Loïc Marcé
Recette pour des récits impactants
Déconstruire les visions du monde néfastes (ex : la technologie seule va nous sauver, la croissance verte est possible, individualisme, etc.)
Plurivers / diversité de récits : Il faut raconter des récits différents qui plaisent a des gens différents.
La peur est indispensable mais pas suffisante : Celles et ceux qui se bougent ont d’abord pris peur et heureusement qu’ils et elles ont pris peur. Mais il faut plus que la peur.
Des récits inspirants (pas forcément positifs) fondés sur un espoir lucide
1
Source : Arthur Keller
© Loïc Marcé
Remise en question active du système
Moment clé de l’Histoire : comprendre la situation, s’engager à sa juste place, pas le choix que d’être militant·e
Changement de l’intérieur vs changement de l’extérieur ?
Quel niveau de radicalité ? Quels modes d’actions ? : marches, pétitions, désobéissance civile, sabotage…
Et si ça ne marchait pas ? Préparer le plan B, les canots de sauvetage
2
Utilisez tout le spectre de pouvoir ! Consommateur·ice, citoyen·ne, étudiant·e, talent à recruter, membre d’une famille, de cercles d’ami·es…
Le défi est colossal mais on n’a pas le choix !
Source : Arthur Keller
© Loïc Marcé
Résilience territoriale
Face aux nombreux déséquilibres infligés au système Terre et aux autres vulnérabilités de nos sociétés, de nombreux chocs, plus ou moins vont se produire.
Travailler à la résilience de nos territoires est donc capital.
Résilience : capacité d’un système à encaisser un choc quand il arrive, à résister si le choc n’est pas trop gros et sinon à se déformer pour s’adapter et être plus résilient face au choc suivant
3
Source : Cerema
© Loïc Marcé
Que faire pour rendre un système résilient ?
3
Culture du risque
Systèmes / territoires résilients
Stocks collectifs
Diversité
Solidarité
Redondance
Régénératif
Inclusif
Robuste
Sobriété
Autonomie pour les besoins de base
Flexible
Apprenant
Courage et implication citoyenne
Communs hors marché
Préparation mentale / état d’esprit
Pensée systémique
Adversaires et futurs perdants
Équilibre avec le vivant
Source : Arthur Keller
© Loïc Marcé
Reliance solidaire : faire ensemble
Chacun selon ses capacités, sensibilités, envies… peut contribuer :)
On a besoin de toutes et tous !
… et de nombreux autres rôles encore !
PENSEUR·EUSE
FAISEUR·EUSE
ORGANISATEUR·RICE
FACILITATEUR·RICE
INSPIRATEUR·RICE
étudie, conceptualise, propose
4
FINANCEUR·EUSE
EVALUATEUR·RICE
HACKER INTERNE
BIFURQUEUR·EUSE
CHERCHEUR·EUSE
© Loïc Marcé
4. Que faire ? Quelques pistes
Au plan collectif : surmonter les obstacles
Sources : présentation de Valérie Masson-Delmotte au gouvernement 31/8/2022 ; slides ; thread Twitter ; compilation slides et tweets
© Loïc Marcé
Au plan individuel : encaisser le choc, résister, prendre soin
© Loïc Marcé
Agissons !
Cliquez sur l’image pour accéder à la présentation !
© Loïc Marcé
Agissons !
Cliquez sur l’image pour accéder au site Internet !
Qu’allez-vous faire ?
�Quel sera votre rôle dans tout ça ?
Alors, maintenant que vous savez…