Les citrouilles magiques
D’après un conte de Patrick Chamoiseau, écrivain martiniquais : La graine de giraumon.
Ou comment aborder la jalousie et la méchanceté avec les enfants.
Conte à réfléchir
Alain Landy 2025
CONTES POUR GRANDIR
Depuis longtemps, les humains de toutes les cultures savent que les contes aident à construire, à reconstruire une personnalité et même souvent, peut la guérir si elle est abîmée .
Ils permettent de nommer l’inexprimable, de dénouer les contradictions, de réparer les blessures de notre histoire présente et passée. Ils nous aident à grandir et à nous harmoniser. Ils favorisent à l’intérieur de nous-même la réconciliation entre différents états de notre condition humaine, le psychisme, le corps et l’esprit qui parfois se révèlent adversaires et même contraires.
Les contes contiennent des mots, des expressions qui nous enveloppent, nous cajolent dans une clarté affectueuse ; ils nous proposent des associations qui nous illuminent dans une atmosphère limpide et nous emmènent, plus apaisés, aux confins de l’imaginaire et du réel.
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Yé krik ! Yé krak !
Il était une fois en Guyane, une vieille dame que tout le monde appelait Man Nini. Elle était si pauvre qu’elle n’avait plus que des dachines à manger. Elle ne savait même plus quel goût avait le poisson et la viande et se rappelait avec tristesse le temps où elle dégustait un bon blaff ou un savoureux colombo de poulet.
L’odeur même du bouillon d’awara n’était pour elle qu’un lointain souvenir.
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Un matin, elle se rendit dans son abattis pour chercher quelques misérables dachines. Sur le bord du chemin, dans une touffe d’herbe jaunie, elle trouva un oiseau. Ce n’était ni un jacot, ni un agami, ni un couroucou, ni un cul-jaune, ni un hocco, ni un kikiwi, ni un gros-bec. C’était un oiseau comme elle n’en avait jamais vu en Guyane et, il était blessé.
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Au lieu de le tuer pour le manger, elle le prit sur son cœur et le caressa tendrement.
Man Nini examina sa blessure, sur laquelle elle versa quelques gouttes de radyé anmè et elle l’enveloppa dans un bout de tissu bien propre. Puis, elle l’installa délicatement dans un doux nid de coton.
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Chaque jour, elle lui caressait doucement les plumes, lui chantait des berceuses, le nourrissait et le soignait de son mieux. L’oiseau se remettait si bien de sa blessure que vint le jour où la vieille dame décida de lui rendre la liberté.
A l’endroit même où elle l’avait trouvé, elle lui fit ses adieux, le cœur gros, en l’embrassant avec tendresse. Et tandis que les larmes roulaient sur ses joues, l’oiseau s’envola en poussant des petits cris de bonheur.
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Elle ne le revit que quelques jours plus tard.
Il plana au-dessus de sa case et, pour la remercier, s’en vint déposer à ses pieds une grosse graine de citrouille.
Et, le jour même, Man Nini planta la graine.
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Mais, Papa Jo, le voisin, qui était un homme jaloux, avait vu l’oiseau puis Man Nini planter la graine.
Quelle ne fut pas sa surprise quand, quelques jours plus tard, la gentille vieille dame l’invita à partager son repas.
Sur la table de la cuisine, se trouvait une énorme citrouille.
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Lorsque Man Nini l’ouvrit, elle découvrit que cette citrouille était magique.
Le fruit était rempli de viande roussie, d’ignames, de bananes jaunes, de pimentade de machoiran accompagnée de son couac.
Le voisin demanda ce qui s’était passé et la vieille dame, les yeux tout embués, lui raconta alors toute l’histoire.
Désormais, chaque jour, la plante donnait un gros fruit plein de nourriture et le voisin était de plus en plus jaloux.
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Il décida donc d’aller chercher l’oiseau magique. Il le chercha longtemps, longtemps, dans toute la forêt, mais, il ne trouvait que d’autres oiseaux ordinaires qui volaient et chantaient à tue-tête.
Opiniâtre, au bout de longues heures d’observation, il le découvrit enfin. Il ramassa alors une roche, la lança de toutes ses forces et blessa l’oiseau magicien.
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Arrivé chez lui, le méchant homme versa un peu d’eau sale sur sa blessure. Puis il l’enferma dans une cage rouillée. Et enfin, il s’en alla dormir sans même le nourrir.
Pressé d’avoir sa graine, il le lança dans le vent dès le pipiri chantant du matin suivant. Le pauvre oiseau s’envola tout de travers, revint bientôt et lui jeta une graine sans même ralentir.
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Le voisin la planta, l’arrosa et attendit que la première citrouille fût assez grosse.
Tout heureux, il la cueillit et l’emmena rapidement sur la table de sa cuisine. Là, le regard plein de malice, avec son sabre d’abattis, il l’ouvrit en deux d’un grand coup sec.
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Alors, aussitôt, des serpents, des scorpions, des araignées, des mabouyas, des sousouris, des grongrons et des ravets lui sautèrent à la figure.
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Messieurs et dames, Papa Jo, le méchant voisin prit sa tête à deux mains, ses jambes à son cou et s’enfuit dans la forêt guyanaise en hurlant au secours.
Depuis ce jour, Man Nini ne le revit plus jamais alentour.
Sa to fè, sa to wè. Ce que tu sèmes, c’est ce que tu récoltes.
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Je réfléchis
Sources :
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Je colorie la citrouille