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LA NAISSANCE DE MANMAN DILO

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J'ai trouvé la graine d’une histoire,

Je l'ai plantée dans ma mémoire,

Elle a germé, poussé, fleuri,

Je vous en offre tous les fruits.

 

A votre tour plantez-la

Et la chaîne continuera… 

Alain LANDY 2021

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krik, krak...

Il y a temps longtemps, dans le Pays des Eaux Abondantes*, il était une fois, une jeune fille très courageuse et très vaillante qui s’appelait Aiyana.

Pour tous les habitants de son village, c'était la meilleure guerrière. Son père, le cacique (chef) de la tribu, était très fier d'elle et la complimentait régulièrement. Comme elle était gentille, belle et travailleuse, elle semblait être aimée de tous.

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Mais, Aiyana avait trois frères qui la jalousaient car ils étaient beaucoup moins bons guerriers qu'elle et surtout, beaucoup moins appréciés par les villageois. Comme la jeune fille s'en rendait compte, elle redoublait de gentillesse envers eux en vantant leurs mérites auprès de leur père et en leur rendant toutes sortes de services. Ainsi, c’est elle qui leur confectionnait de magnifiques parures de plumes pour les danses et la chasse. Mais cela ne faisait que redoubler leur hostilité envers elle.

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Une nuit sans lune, alors que tout le village dormait profondément dans des hamacs, Aiyana fut réveillée par des chuchotements.

- J’en ai marre, cela ne peut plus durer ainsi. Nous devons la supprimer ! Proposait la voix du frère aîné.

- Tu as raison, tuons-la, insistait le frère cadet !

- Et c’est le bon moment, en pleine nuit sans lune, ajoutait le benjamin !

Mais, d'un bond plus rapide que celui d’un jaguar, Aiyana se leva et d'un geste plus habile que celui d’un singe, elle leur trancha la gorge avec la pointe acérée de sa lance de chasse.

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Comme elle craignait la réaction de son père et de sa mère, elle s’enfuit aussitôt vers l’obscure forêt profonde. Mais dans sa précipitation, elle renversa des marmites en terre sur son passage. Le bruit réveilla son père qui alluma un flambeau au foyer rougissant. En découvrant les cadavres de ses trois fils égorgés, il devint fou de colère. Il réveilla tous les hommes valides de la tribu et tous se mirent en chasse pour retrouver sa fille maudite, pour la capturer et la tuer.

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Son cœur battant à rompre, Aiyana se dirigeait vers le fleuve. Seulement, dans l’obscurité, ses pas trébuchaient contre les racines des arbres et ses membres se prenaient dans les lianes enchevêtrées. Derrière elle, elle entendait les cris de son père qui haranguait les chasseurs les plus rapides et les plus agiles à courir encore plus vite.

Les premières lactescences de l'aube blanchissaient déjà la forêt guyanaise quand les hommes les plus lestes de la tribu rattrapèrent Aiyana qui atteignait les bords du fleuve.

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- Père, écoutez-moi, supplia-t-elle !

Mais son père détourna son regard et ne lui répondit pas.

- Mes amis, demandez-lui de m'écouter, implora-t-elle !

Mais tous détournèrent leur regard et ne répondirent pas.

Le Chef ordonna alors en criant :

- Jetez-la dans le fleuve, le plus loin possible de la rive !

Les hommes les plus forts prirent alors la jeune fille et la soulevèrent. Puis, ils la firent tournoyer dans les airs et la lancèrent au milieu du fleuve, là où les eaux sont les plus sombres et les plus profondes.

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En se débattant, Aiyana disparut, dans le tourbillon du courant. La tête basse, tout le monde rentra au village pour aller enterrer ses frères.

Mais Aiyana survécut. Une famille d’aymaras** la ramena du fond des eaux à la surface pour lui sauver la vie.

Elle demeura parmi eux et vécut comme eux de si nombreuses lunes qu’elle eut une fillette avec leur chef. Cette enfant qu’ils appelèrent Yara, naquit avec un buste de fillette et une queue de poisson.

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Lorsque cette enfant devint adulte, les aymaras, les surubis, les pacous, les piranhas et les nombreux habitants du fleuve l’appelèrent Manman Dilo.

Et, depuis cette époque, toutes les nuits, pour venger Aiyana, sa mère punie injustement, Yara hante les fleuves de Guyane, en espérant attirer les pêcheurs ou les chasseurs aux yeux en amandes, afin de les précipiter au fond des eaux limoneuses et les noyer.

Aussi, si vous allez dans notre belle forêt guyanaise, soyez prudents !

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* Ancien nom de la Guyane donné par les Peuples Premiers.

** L’aymara : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hoplias_aimara

Mais aussi : un conte introuvable désormais en librairie. https://drive.google.com/file/d/1Od9djfmM6F5cZxEzx7Nshaj_5aPnqDFj/view

https://www.franceguyane.fr/actualite/culture-et-patrimoine/l-envoutante-manman-dilo-170269.php

D’après une vieille légende des Peuples Premiers de la forêt amazonienne.

Illustrations : anciennes gravures de Guyane prises sur le site Manioc

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PS : Yara ou Iara est représentée aujourd'hui sous la forme d'une sirène aux longs cheveux bruns vivant dans les fleuves de la forêt amazonienne. La nuit, elle attirerait les hommes par sa beauté et ses chants pour les entraîner au fond de l’eau. Cette dernière n'était pas à l'origine une sirène mais un serpent d'eau géant qui dévorait les humains. Au XVIIIe siècle, la légende amérindienne se mêle aux légendes africaines et européennes de la créature mi-femme mi-poisson (mère des eaux pour les Africains, sirène pour les Européens). Le prénom Iara est l’un des prénoms féminins les plus populaires au Brésil.