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IL ÉTAIT UNE FOIS LA GUERRE DU SUCRE

Alain Landy 2025

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IL ÉTAIT UNE FOIS LE SUCRE�(et ses guerres)

« Quand nous travaillons aux sucreries et que la meule nous attrape un doigt, on nous coupe la main... C'est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe. » Le Nègre du Surinam dans Candide de Voltaire 1759.

En morceaux, en poudre ou dans une boisson qui, actuellement parmi les humains du monde entier, n’a jamais mangé de sucre ?

L’origine de la canne à sucre est incontestablement asiatique.

Le « roseau sucré » était connue et utilisé en Asie plusieurs millénaires avant Jésus-Christ.

L’étymologie du mot sucre est indienne. On l’appelle en Inde : sarkara.

En 325 avant Jésus-Christ, l’Occident a connu la canne à sucre grâce à Néarque, amiral d’Alexandre le Grand. Mais son usage restait limité (on préférait le miel moins onéreux), jusqu’à ce que les Arabes acclimatent la canne à sucre sur les rives du Nil et du Jourdain au XIIe siècle après Jésus-Christ.

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Au XIIe siècle, les croisés font connaître le sucre de canne à l’Europe Chrétienne.

Au XVe siècle, la canne est alors cultivée en Grèce, à Madère et dans les îles Canaries.

Au XVIe siècle, elle arrive aux Antilles et dans les Caraïbes, apportée par les navigateurs européens. Tous les nouveaux territoires d’Amérique centrale et du sud, seront alors « couverts » de plantations de canne à sucre.

À la fin du XVIIIe siècle, les conflits internationaux paralysent les importations de sucre de canne en Europe. La solution est trouvée dans la culture sur place de la betterave sucrière. Cette dernière originaire du Moyen-Orient est cultivée depuis plus de deux siècles.

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En 1575, l’agronome, Olivier de Serres signale la richesse en sucre d’une variété de betterave.

En 1745, un chimiste allemand en extrait du sucre.

En 1811, Napoléon encourage sa culture. Benjamin Delessert reçoit en 1812, la Légion d’Honneur des mains de l’Empereur pour ses travaux d’amélioration de l’extraction du sucre de betterave. La chute de l’Empire et le retour à la normale du trafic maritime ouvre la bataille de "la canne contre la betterave".

Mais la betterave poursuit son essor en Europe.

En 1890, la betterave a définitivement remporté la bataille sur la canne à sucre. Le sucre de betterave couvre alors plus de 60% de la consommation mondiale. Cependant, les productions de sucre de canne et de betterave ne cessent d’augmenter pour faire face à la croissance de la consommation.

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« C'est moi qui ai créé l'industrie française ». Si cette affirmation de Napoléon Ier, lancée en 1812, est nettement exagérée, on peut néanmoins l'appliquer à l'industrie du sucre de betterave.

Deux siècles auparavant, le sucre, alors produit exclusivement à partir de la canne, était une denrée stratégique pour la France. Ses colonies du Nouveaux Monde, Martinique, Guadeloupe, Saint-Domingue, Haïti et un peu la Guyane, étaient les principales sources d'approvisionnement européennes.

À la veille de la Révolution, le produit se démocratise ( l'utilisation intensive d'esclaves permet de faire baisser les prix).

Le commerce du sucre permet d'équilibrer la balance commerciale française, ce qui explique pourquoi tout le monde ferme les yeux sur les conditions de sa fabrication.

En 1763, lors de la signature du traité de Paris, la France préférera perdre le Canada en échange de la souveraineté sur ses « isles à sucre ».

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Au XVIIIème siècle, le sucre va devenir l'enjeu d'une terrible guerre entre la France et l'Angleterre.

En 1792, la reprise de la guerre paralyse le transport maritime. Le sucre vient à manquer en Europe. En quelques mois, son prix va être multiplié par dix.

l'Angleterre conforte sa suprématie sur les mers par sa victoire de Trafalgar.

En 1806, en réaction, Napoléon Ier instaure des tarifs douaniers très élevés et décrète le blocus continental. Mais, la contrebande permet de déjouer ce blocus, l'Europe est une vraie passoire.

L'Empereur met alors en place une politique de soutien actif à la recherche d’une autre solution pour avoir du sucre sur place. Il promet une prime de 1 million de francs or à celui qui produira le premier pain de sucre à partir de la betterave. Les résultats ne se feront pas attendre.

Le 2 janvier 1812, Napoléon est appelé à Passy. Il y goûte le sucre produit par Delessert.

Aujourd'hui, la France est le premier producteur mondial de betterave à sucre.

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Quelques jalons historiques :

Au XVIIIème siècle, la maîtrise du commerce du sucre passe par la maîtrise des mers. Les conflits maritimes ont pour but de bloquer les ports, d'empêcher les échanges, et éventuellement de s'approprier les îles sucrières.

Guerre de succession d'Autriche

Lors de la Guerre de succession d’Autriche (1742-1748), France, Espagne et Angleterre s’opposent. Les belligérants tentent de s’emparer des bateaux qui assurent l’approvisionnement des îles ou le transport des produits tropicaux, surtout de sucre. Français et Espagnols perdent bon nombre de navires au profit des Anglais.

Guerre de sept ans

Dix ans plus tard, avec la Guerre de sept ans (1756-1763) Français et Anglais s’affrontent en Amérique du Nord, aux Antilles et en Inde. En 1762, la Martinique est prise par les Anglais et pour récupérer leurs biens, les Français n’hésiteront pas à abandonner en échange "les quelques arpents de neige" du Canada.

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Guerre d'indépendance américaine

La Guerre d’indépendance américaine (1775-1783) où les Français se sont liés aux insurgés contre l’Angleterre provoque de nombreuses batailles navales : à Sainte-Lucie, à la Grenade, à la Martinique, à Saint- Christophe, à la Dominique et aux Saintes. L’Angleterre perd ses colonies d’Amérique sauf le Canada mais fait la preuve de sa supériorité navale. Les grands affrontements cessent dans les Caraïbes. Mais la France et l’Angleterre n’ont pas fini de s’affronter.

L'expédition d'Egypte

L’expédition d’Egypte menée par Napoléon en 1798 vise à empêcher l’expansion maritime de l’Angleterre en Méditerranée, avec un corollaire économique évident, et notamment la question de l’approvisionnement en sucre.

Depuis l’indépendance de l’Amérique, la France redoute en effet que des mouvements d’émancipation similaires n’atteignent les Antilles, et que celles-ci ne lui échappent. Les terres d’Egypte se prêtent bien à la culture de la canne : elles pourraient offrir une solution de substitution. Mais la défaite d’Aboukir en juillet 1799 met un terme définitif à cette ambition.

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La paix d’Amiens

Conclue en 1802 entre la France et l‘Angleterre cette paix ne dure guère. Les hostilités reprennent en 1803. Napoléon se sert des Antilles pour tendre un piège à l’Angleterre. Il envoie une escadre dans les Îles pour faire croire à l’Angleterre que ses navires marchands vont être bloqués et qu'il va s'attaquer à ses possessions sucrières.

Napoléon aurait ainsi profité de la diversion pour livrer bataille ailleurs. Mais le stratagème ne fonctionnera pas. Pire, en 1808, la Martinique tombe aux mains des Anglais ainsi que la Guadeloupe en 1810. Les Anglais rendront les deux îles à la France après l’abdication de Napoléon en 1815.

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« Le mythe de l’abolition, il faut le lier à la façon dont l’esclavage est pensé. Nous sommes en pleine contradiction. L’esclavage est une atteinte insupportable à la nature humaine d’une part, c’est un mode de production d’autre part. Faut-il se préoccuper de la notion des principes ou de la notion des intérêts ? » Gérard Gengembre critique littéraire français.

Mais la guerre du sucre seule ne suffira pas à lancer le processus des abolitions. Les révoltes d’esclaves vont accélérer l’incontournable évolution vers la liberté.

À partir de 1789, une vague de révoltes contre le système esclavagiste traverse les Antilles dans le contexte de la Révolution.

À Saint-Domingue, 2 000 esclaves se soulèvent en août 1791. Les "libres de couleur" réclament l'égalité juridique. En 1793, l'affranchissement des esclaves est proclamé dans l'île.

La Convention montagnarde abolit l'esclavage en 1794. Il sera rétabli en 1802. Placé à la tête de l'armée républicaine, l'ancien esclave Toussaint Louverture chasse les Espagnols et les Anglais de Saint-Domingue et établit son autorité sur l'ensemble de l'île. Son pouvoir est néanmoins contesté par Bonaparte qui envoie ses troupes en 1802.

Malgré la reddition de Toussaint Louverture, l'armée napoléonienne est battue en 1803. Saint-Domingue devient en 1804 un État indépendant, le premier de ce type.

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LES ARGUMENT ÉCONOMIQUES DE L’ABOLITION

Vers 1760, émergea chez les économistes libéraux et les physiocrates français une condamnation économique de l'esclavage. Considéré comme moins productif que le travail libre, le système esclavagiste apparaissait aussi pour ces auteurs comme un frein au développement du marché intérieur. Le philosophe et économiste Adam Smith écrivait ainsi que « l'expérience de tous les temps et de tous les pays s'accorde, je crois, pour démontrer que l'ouvrage fait par des mains libres revient définitivement à meilleur compte que celui qui est fait par des esclaves ».

C'est la même opinion que professe Pierre Samuel Du Pont de Nemours dans les Éphémérides du citoyen en 1771. Ces arguments, qui trouvèrent en France dans le comte de Mirabeau un relais fidèle, permirent de rallier une partie des milieux d'affaires.

Devant la condamnation morale qui se généralisa au XIXe siècle, les esclavagistes français se replièrent néanmoins derrière des arguments économiques opposés : sans l'esclavage, affirmaient-ils notamment, la prospérité de la France ainsi que sa position dans le concert des nations seraient mises en danger.

La guerre du sucre a-t-elle eu un impact pour favoriser, voire accélérer les abolitions ?

Les idées humanistes ont-elles gagner contre les idées économiques ?

Ce qui est certain, c’est que l’Histoire de l’humanité s’écrit presque toujours avec le sang et la sueur des plus faibles.

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