L’industrie Agroalimentaire�
Introduction
L’aliment est l’un des biens universels de notre vie. L’industrie qui produit, traite, et distribue les aliments est l’une des plus grandes industries au monde. Dans certains pays développées comme les Etats-Unis, on estime qu’approximativement plus de 20% de l’emploi est lié à un certain aspect de l’industrie agroalimentaire, bien que les paysans ne représentent que seulement 2% de la population. En revanche dans beaucoup de pays en voie de développement comme le Mali, plus de la moitié de la main-d’œuvre est engagée ans l’agriculture. L’Industrie agroalimentaire est définie comme étant tous les acteurs agricoles, grands et petits, engagés dans la production, le traitement, et / ou la distribution de l’aliment.
I. Les secteurs principaux du système agroalimentaire
Telle que représentée dans la figure ci-dessous, le système agroalimentaire peut être divisé en quatre secteurs principaux : les services et intrants agricoles, les producteurs, les transformateurs, et les commerçants.
Figure 1 : Circuit simplifié du système agroalimentaire
Le secteur des services et intrants agricoles concerne les sociétés qui produisent et distribuent les marchandises et les services que les paysans et fermiers (producteurs) achètent en tant qu’élément dans leurs activités économiques. Le secteur des services et intrants agricoles fournit au producteur les inputs qu’il achète, comme l’engrais, les semences améliorées, le carburant, l’équipement, et les produits chimiques. Actuellement, il existe beaucoup de grandes sociétés de renommées internationales dans le secteur des fertilisants et semences agricoles telles que Monsanto, DuPont, et Syngenta.
Au Mali, nous pouvons citer Toguna Agro-industries ou Mali Semences. Dans ce secteur, il peut y avoir de grandes sociétés et des multinationales avec un réseau de représentants de vendeurs locaux,
tout comme de petites unités locales qui offrent divers services (équipements d’irrigation, structures des exploitations agricoles, etc.) aux paysans dans les zones rurales.
Le secteur des services et intrants agricoles n’est pas seulement limités aux vendeurs de marchandises agricoles. Il y a également de nombreuses sociétés et institutions qui fournissent des services tels que l’appui technique, les opérations bancaires, la comptabilité, l’assurance, et le conseil juridique. Nous pouvons citer la BNDA (Banque Nationale de Développement Agricole) au Mali comme pourvoyeur de crédit ; ensuite, beaucoup d’ONG, de programmes de développement agricole, et de projets du Ministère et de la Direction Nationale de l’Agriculture fournissent également des et appuis techniques aux producteurs agricoles.
Les producteurs
Le secteur des producteurs inclut toutes les exploitations et sociétés engagées dans la production d’aliments bruts, de fibres, et d’autres produits agricoles. Les fermiers, les paysans, les propriétaires de plantation, ou même les propriétaires de pépinière sont des exemples de producteurs. Comme illustré dans la Figure 1 ci-dessus, les producteurs achètent du secteur des services agricoles et vendent au secteur des transformateurs.
Les transformateurs�
Le secteur des transformateurs concerne ceux qui convertissent les produits agricoles bruts en produits alimentaires sous la forme que le consommateur achète par la suite. Dans ce processus, les transformateurs changent la forme du produit alimentaire en vue de sa commercialisation.
Les denrées sont les produits agricoles bruts qui n’ont pas été traités (maïs, bétail, lait cru par exemple). Les produits alimentaires sont les nourritures et les produits agricoles qui ont été transformés en forme où ils sont prêts pour la vente aux consommateurs.
Au Mali, les produits agricoles sont souvent vendus en tant que denrées. Dans ce cas, les consommateurs sont eux-mêmes des transformateurs.
Les transformateurs peuvent être divisés en deux groupes : les transformateurs de denrées (tels que la minoterie qui transforme le maïs en farine), et les transformateurs de produits alimentaires (tels qu’un boulanger de pains qui transforme la farine en pain). Fréquemment, les compagnies s’engagent dans les deux activités.
Les commerçants�
Le secteur des commerçants dans l’industrie agroalimentaire s’investit à arranger la vente aux consommateurs en changeant la période et l’endroit du produit alimentaire. Par exemple, le maïs est récolté à Koutiala en septembre. Le système de distribution qui rattache le producteur au consommateur constitue le réseau de commercialisation. Il apporte au consommateur ce qu’il veut, où il le veut ; et quand il le veut.
Ce qui impressionne avec le réseau de commercialisation, c’est qu’on peut y obtenir presque toujours ce que l’on veut, quand et où on le veut si on a les moyens.
Le réseau de commercialisation du produit alimentaire est si efficace que la plupart d’entre nous ne le considèrent pas.
C’est seulement quand il est perturbé par un désastre comme les sécheresses ou n’importe quelle autre crise – telles que les hausses des prix de carburants, les embargos, les barrières commerciales, etc. – que nous nous rendons compte de son importance et de sa sensibilité.
II. L’industrie agroalimentaire : les tendances�
A. Les tendances dans le monde
La transformation
Dans beaucoup de pays au monde, la première tendance de l’agroalimentaire est la transformation et la commercialisation industrielle des produits agricoles pour la consommation humaine. Comme on peut observer sur la Figure 2 ci-dessous, le secteur de la transformation comprend les entreprises qui transforment les denrées et celles qui transforment les produits alimentaires.
Les transformateurs de produits alimentaires peuvent aussi être divisés entre ceux qui produisent pour le consommateur d’aliments détaillés et ceux produisent pour les fournisseurs de services alimentaires.
Le service alimentaire est le segment de l’industrie agroalimentaire qui traite et distribue pour le marché des « repas en dehors de la maison ». Aujourd’hui dans les pays développés et même certains grands pays émergents, la moitié de toutes les dépenses en nourriture est consacrée aux nourritures « en dehors de la maison » comme les restaurants ou les buffets.
Les transformateurs de produits alimentaires achètent des ingrédients alimentaires et les combinent pour produire les aliments que nous achetons dans les magasins ou mangeons dans un restaurant.
Un bon exemple est la compagnie Coca-Cola. Elle achète ses ingrédients à partir des transformateurs de denrées et les combine pour produire des boissons dans des canettes ou bouteilles pour le marché de détail et en vrac pour l’industrie des services alimentaires. Coca Cola joue également le rôle de grossiste et distributeur dans le secteur de vente. Ainsi Coca-Cola est à la fois dans la dernières moitié du secteur de la transformation et dans la première moitié du secteur de vente.
Perçus avant comme étant des parasites dans les systèmes de ventes, les divers acteurs et intermédiaires ont réussi à s’imposer comme incontournables dans la facilitation de la commercialisation des produits agricoles. Les transformateurs achètent les produits agricoles bruts des producteurs ou des installations de stockage appelées les assembleurs
les assembleurs sont les entreprises qui achètent des produits agricoles bruts directement auprès des producteurs (paysans et fermiers) en petites quantités et vendent à des transformateurs en plus larges quantités. Par exemple, un transformateur de coton achète du coton brut des paysans et le transforme en huile ou en tourteau. L’alimentation « en dehors de la maison » dépend des distributeurs, qui sont des entreprises qui distribuent les produits alimentaires transformés aux restaurants, cafétérias, institutions, etc. Quant aux aliments consommés à la maison, ils sont en général achetés dans des supermarchés et auprès des détaillants. Traditionnellement, les détaillants achètent leur produit auprès de grossistes, qui achètent les produits alimentaires en large quantité auprès des transformateurs et les revendeurs en petite quantité aux détaillants.
La concentration
Une des préoccupations de l’industrie agroalimentaire dans les pays développés est le phénomène de concentration. La concentration est la domination d’une industrie par un petit nombre d’entreprises, généralement mesurée par le pourcentage de l’ensemble du marché par les quatre plus grandes entreprises. Les transformateurs disent qu’en se consolidant, ils sont capables de réduire les coûts, ce qui bénéficierait les consommateurs. Les opposants à cette thèse, par contre, affirment que la concentration donne aux transformateurs un pouvoir de marché ou un monopole, qui est la capacité d’une ou plusieurs entreprises de contrôler les prix et/ ou la qualité.
Depuis près de 20 ans, les transformateurs de produits alimentaires ont été à la pointe de la mondialisation parce que la demande pour les technologies de traitement est réellement mondiale. Coca Cola, Unilever, et Nestlé sont trois des plus grandes entreprises de transformation agroalimentaire mondiale.
Certaines grandes compagnies agroalimentaires combinent plusieurs activités dans la commercialisation, telles que les activités d’achats en gros et de vente en détail ; d’où le concept d’intégration verticale, qui est une autre importante tendance dans le système agroalimentaire mondiale actuelle.
L’intégration verticale est le fait de combiner plusieurs étapes du réseau de commercialisation du système alimentaire au sein d’une seule entité. Elle permet à l’entreprise ou l’acteur de coordonner les différentes étapes de ses activités pour mieux les gérer et réduire les coûts de transaction, alors que sans l’intégration, la coordination est assurée par les flux et les prix sur le marché. Aussi, certains restaurants et supermarchés ont opté pour l’intégration verticale en ayant leur propre réseau de distribution de services alimentaires afin de limiter les risques. Cela donne à leur management un plus grand contrôle sur la chaîne de commercialisation et les aide à assurer la qualité.
B. Les tendances au Mali�
Le Mali est un pays à forte tradition agropastorale, dans lequel le secteur agricole, qui représentait 56% du PIB en 2008, occupe 70% de la population malienne. L’agroalimentaire au Mali (sucre, farine, biscuits, bonbons, produits laitiers ; bières et boissons non alcoolisées, etc.) représente environ 45% de l’activité industrielle du pays. Toutefois, compte tenu du faible niveau de développement des industries au Mali, cette prééminence du secteur agro-industriel ne doit pas masquer le fait qu’il ne représente qu’une dizaine d’unité industries agroalimentaires.
Le secteur de l’agroalimentaire au Mali est globalement peu structuré et peu développée- malgré la diversité des ressources disponibles, notamment du fait que l’essentiel des consommateurs se concentre sur Bamako. De plus, ce secteur se caractérise par une activité industrielle relativement faible, des grands importateurs en situation de quasi-monopole sur une part importante de la gamme, et une grande distribution concentrée autour de quelques acteurs.
Les principaux secteurs agroalimentaires au Mali
La production globale de lait au Mali peut être estimée à plus de 13 millions de litres par an. Ce volume se répartit approximativement à égalité entre le lait frais collecté et conditionné sur place et la poudre de lait. Pendant que MALI LAIT et GAM utilisent des procédés très modernes de fabrication et de conditionnement des produits laitiers, leur garantissant une qualité de taille en la matière, les petites unités de fabrication de yaourts et de produits laitiers divers utilisent des matériels légers et pas très commodes pour la qualité. Malheureusement, ces dernières sont très nombreuses et leur nombre ne cesse d’augmenter. Leur expansion est dû d’abord à la flambée des prix des produits laitiers sur le plan international, ensuite au fait que ces industries utilisent une technologie ne demandant pas assez d’investissements, et faisables artisanalement.
Le secteur de l’huilerie est composé principalement de l’HUICOMA, qui est la seule à disposer d’équipements et de processus modernes. Les autres huileries disposent généralement de presses et de petits matériels pas sophistiqués pour le pressage et le raffinage. Ainsi, une forte mécanisation avec des technologies plus adaptées ferait gagner la branche en compétitivités et en qualité.
Le secteur des produits panifiés et pâtisseries se structure autour d’une soixantaine de boulangeries et pâtisseries, qui commercialisent directement sur leur lieu de production. Dans ce contexte, il est difficile de parler d’une véritable industrialisation du secteur. La consommation de farine serait de l’ordre de 60 à 70 000 tonnes par an dont une partie est importée (près de 30%). Il existe également une importante unité de confiserie, la Grande Confiserie du Mali (GCM), qui produit annuellement 2 500 tonnes de bonbons, 1 250 tonnes de pate) mâcher, et 160 tonnes de sucre aromatisé) la vanille et à la menthe
Le marché des boissons est relativement diversifié. Il se caractérise par la présence de deux fabricants d’eaux minérales, DIAGO (sous sa propre marque) et LIDO SA (marques TOMBOUCTOU et ROC Vert). Le principal acteur du secteur des boissons gazeuses et des bières est la société BRAMALI qui produit annuellement 200 000 hectolitres de boissons gazeuses sous différentes licences (Coca Cola, Sprite, Fanta, etc.) et 100 000 hectolitres de bières. D’autres, comme NBB et IBG, sont aussi dans l’industrie de boisson mais avec une part de marché relativement faible.
Les besoins du Mali en sucre sont actuellement de 120 à 130 000 tonnes par an, avec un déficit de production sous régional qui atteindrait 250 000 tonnes par an. La production de sucre est assurée au Mali par la Société SUKALA et depuis peu par NSUKALA aussi.
Les contraintes de l’industrie agroalimentaire malienne
Les industries internes sont confrontées à plusieurs types de contraintes. Elles peuvent être classées en deux ordres : les contraintes internes et externes.
Les contraintes internes
Elles sont généralement liées aux résultats moins performants, c’est-à-dire les faiblesses, sur lesquels les entreprises peuvent jouer et changer la tendance. Parmi celles-ci, il y a les capacités managériales. Ces entreprises utilisent mal les ressources humaines, et ne procèdent pas à leurs renforcements, soit des programmes de gestion ou simplement de plan de formation annuels.
A celles-ci il faut ajouter la bonne gestion, la qualité du produit et du service, l’augmentation des capacités de production des unités à travers le renouvellement des équipements obsolètes, et l’acquisition des équipements modernes pouvant augmenter la productivité.
Les contraintes externes
Elles pèsent assez lourd sur le développement des entreprises agroalimentaires, c’est-à-dire des aspects sur lesquels le secteur agroalimentaire à lui seul ne peut jouer pour changer la tendance, concernent notamment les mauvaises conditions d’exploitation générale c’est-à-dire une zone industrielle viabilisée et répondant à toutes les normes dont une offre stable d’électricité.
Il s’agit de l’assainissement des segments de marchés sur lesquels évoluent ces entreprises, pour indiquer les imitations et les non-conformités relevant souvent de même unités. D’autres contraintes externes concernent le poids et l’indisponibilité des emballages ; les coûts des facteurs de production, l’inadéquation formation-emploi, l’inaccessibilité au financement bancaire et surtout la présence d’un important circuit d’importation et de distribution informel – qui alimente le pays en produits importés frauduleusement, le plus souvent sans s’acquitter de droits de douane.
FIN