1 of 20

LA GALETTE DE L’AMOUR

1

Texte et illustrations d’Alain LANDY 2023

“Telle est la vie des humains. Quelques joies, très vite effacées par d'inoubliables chagrins.

Est-il bien nécessaire de le dire aux enfants ? “ D’après Marcel Pagnol

IL ÉTAIT UNE FOIS MA GUYANE !

A lire en diaporama

2 of 20

2

AVANT-PROPOS

Ayant vécu quelques années à Fontaine, dans la proche banlieue de Grenoble, je demandais à plusieurs reprises à Auxence Contout*, (lors de nos nombreuses discussions autour de l’histoire de la Guyane), s’il savait pourquoi la Place Léopold Héder s’appelait autrefois place de Grenoble :

  • C’est certainement le nom d’un militaire qui est passé par la Guyane ! C’était courant au début de la colonisation de donner son nom à une ville, une place ou un quartier ! m’avait-il alors répondu.

Pour honorer sa mémoire et sa jovialité, voici, dans un style Roméo et Juliette locale, une légende que j’ai imaginée…

* Écrivain guyanais très féru d’histoire locale.

3 of 20

3

Il était une fois, dans le pays des eaux abondantes, une petite fille qui s’appelait Padima. Elle était née dans un village près de la rivière des cascades*.

* Ancien nom de la rivière de Cayenne

4 of 20

4

Padima était une petite fille très sage et grandissait auprès de sa famille et des habitants de son village qui vivaient de cueillettes, de pêches et de chasses.

5 of 20

5

Elle aimait aller se baigner dans la rivière des cascades avec ses camarades et jouer à cache-cache dans la forêt toute proche.

Ainsi allait la vie paisible de la gentille Padima, de jour en jour, de lune en lune, dans l’insouciance de la jeunesse et dans la quiétude du pays des eaux abondantes*.

* Nom donné à la Guyane par les Peuples Premiers - Portrait d’Élise (peintre)

6 of 20

6

Peinture de Prixal

7 of 20

7

Non loin du village de Padima, sur une colline proche de la mer océane, il y avait un fort que les « hommes blancs » avaient construit et qu’ils appelaient alors le Fort Saint Michel *.

8 of 20

8

Dans le royaume de France, à 7150 km à vol d’oiseau du village de Padima, il y avait (et il y a toujours) une ville qui se blottit aux pied d’une très haute montagne toujours enneigée. Les Romains avaient appelé cette cité Gratianopolis. Les rois de France qui en avaient fait plus tard la capitale du Dauphiné, lui donnèrent le nom de Gregnoble et enfin de Grenoble.

9 of 20

9

Dans la nuit froide d’un 5 au 6 décembre d’une année de disette, dans le tour d’abandon, (la « boîte à bébé ») de l’église St Joseph de ce même Grenoble, une très jeune maman désespérée déposa son enfant. Le brave curé de la paroisse le baptisa immédiatement du nom du saint du jour : Nicolas.

Avec la misère qui sévissait presque dans toutes les campagnes du royaume de France, les prêtres et leurs assistants étaient habitués à officier pour de telles cérémonies.

Le matin même, sans plus attendre, ils confièrent Nicolas à l’orphelinat de garçons le plus proche.

10 of 20

10

Malgré la vie difficile de l’orphelinat, enfant éveillé, Nicolas apprit à lire, à écrire et à compter facilement, ce qui était chose rare à cette époque. Quand il fut assez âgé pour travailler, on le fit embaucher chez un fabricant de velours de la région grenobloise.

11 of 20

11

Un jour de ripaille, les soldats recruteurs du roi de France l’enrôlèrent de force dans l’armée et le surnommèrent du nom de sa ville d’origine.

Et c’est ainsi que, quelques mois plus tard, Nicolas Grenoble, désormais appelé plus simplement Grenoble, se retrouva sur un voilier dans un port de l’océan Atlantique, prêt à partir vers une destination lointaine et méconnue que ses compagnons d’infortune désignaient en souriant comme étant «une France Equinoxiale »

Le voyage fut long et difficile. Plus d’une fois, le jeune soldat qui n’avait pas le pied marin « rendit tripes et boyaux ».

12 of 20

12

Arrivé dans cette région équatoriale du Nouveau Monde, Grenoble ne mit pas longtemps à se faire remarquer par ses supérieurs et par la population autochtone. Curieux de tout, non seulement il s’intéressait aux us et coutumes régionales mais, surtout, il goûtait aux plats traditionnels sans retenue. Au bout de quelques mois, il connaissait suffisamment la langue des habitants du village de Padima pour être capable de servir d’interprète aux officiers de son régiment et parfois même au gouverneur.

Désormais, il était accepté et même convié par les chasseurs locaux à d’inénarrables parties de chasse.

13 of 20

13

Aussi, ce fringant jeune homme ne passa pas inaperçu aux yeux de la belle Padima. Par certains regards échangés, Nicolas se rendit compte assez rapidement qu’il ne laissait pas la jeune fille indifférente et il commença alors à lui faire une cour discrète. Comme la rivière des cascades, le temps suivit son cours. Chaperonnée par sa tante Aiyana, Padima pouvait désormais rencontrer Nicolas durant de longues heures. Comme il était gourmand, elle lui préparait de savoureux gâteaux. Et chacun enseignait ainsi à l’autre en de tendres communions.

Un jour d’Épiphanie, comme pour unir leurs deux cultures, Padima prépara de délicieuses petites galettes faites à partir de manioc et de noix de coco.

  • Ce sera notre galette des rois seulement à nous ! avait-elle murmuré les yeux humides de bonheur .

Alors, en lui serrant très fort les mains et en la regardant au plus profond de ses yeux en amandes, le tendre Nicolas avait précisé :

- Ce sera notre galette d’amour, ma chérie !

14 of 20

14

Pour nos deux tourtereaux, tout allait pour le mieux dans le meilleur du Nouveau Monde, jusqu’au jour où les troupes anglaises débarquèrent et envahirent l'île de Cayenne.

Nicolas dut quitter sur le champ sa bien aimée pour aller défendre la ville. Une terrible bataille fit rage plusieurs jours durant.

Puis, un soir sinistre, dans un ultime assaut, épuisé, Grenoble fut touché en plein cœur par une balle de mousquet et, sans avoir pu dire adieu à sa belle Padima, il rendit son dernier soupir dans les bras de son capitaine.

Lorsqu’elle apprit l’affligeante nouvelle, la belle jeune fille s’enfuit dans la forêt et disparut à jamais.

Cependant, on dit qu’aujourd’hui encore, son esprit hante toujours les lieux.

Si vous allez dans la forêt guyanaise et que vous entendez des bruits étranges qui ressemblent à des sanglots, ne cherchez pas : c’est certainement le fantôme de la belle Padina qui pleure de chagrin son tendre et bel amour de Nicolas.

15 of 20

15

Pour honorer son vaillant soldat et pour que la colonie se souvienne de sa bravoure, le Gouverneur donna à l’esplanade devant l’entrée de son Palais, le nom de « Place de Grenoble* ». 

Plus tard on y construisit une belle fontaine** où les amoureux peuvent désormais venir se mirer dans son eau cristalline.

  • aujourd’hui Place Léopold-Héder
  • ** La fontaine Montravel

16 of 20

QUELQUES QUESTIONS...

  1. Où se passe cette histoire ?
  2. Quels en sont les héros principaux ?
  3. Que penses-tu de Padima ?
  4. Que penses-tu de Nicolas ?
  5. Que penses-tu de la fin de cette légende ?
  6. Quelles sont les leçons de sagesse à tirer de cette légende ?

16

17 of 20

17

LIENS

18 of 20

METTRE EN RÉSEAU...

  1. Connais-tu d’autres légendes ?
  2. Connais-tu la légende de Roméo et Juliette ?
  3. Quand tu auras lu le résumé de la pièce de Shakespeare sur le PDF, fais des comparaisons.

https://www.pedagogie.ac-aix-marseille.fr/upload/docs/application/pdf/2013-05/romeo_et_juliette_resume_eleves.pdf

18

19 of 20

19

Peinture de Mélanie Flamin- Ciel de case guyanais

20 of 20

20

BONNE JOURNÉE AU PAYS DES EAUX ABONDANTES : LA GUYANE

les illustrations sont choisies sur Pinterest ou sur Manioc : la bibliothèque numérique Amazonie-Caraïbes puis adaptées par mes soins