POESIE ET VERSIFICATION
Filière: Etudes françaises
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C’est quoi la poésie? La versification?
« l’étude de tous les types de structuration du vers, qu’il s’agisse de la structure interne ou de l’arrangement des vers entre eux, qu’il s’agisse des mesures fixes et conventionnelles qui définissent chaque type de vers, comme les deux hémistiches de l’alexandrin, ou des groupements syntaxiques et rythmiques isolés par des coupes. »
Cela montre que la versification est un terme générique qui comprend trois niveaux:
A- la métrique: l’étude des éléments de mesures fixes qui définissent l’organisation interne du vers,
B- la prosodie : effets sonores,
C- le rythme: découpage des vers,
La métrique
1- Le vers et le mètre
On peut rencontrer quatre types de syllabes:
Chaque syllabe n'a qu'une voyelle prononcée.
Le Chêne, un jour, dit au roseau (La Fontaine)
On divise ce vers ainsi, chaque syllabe n'ayant qu'une voyelle prononcée :
Le/ Chê/ne, un/ jour/, di/t au/ ro/ seau
On compte 8 syllabes: octosyllabe
Deux problèmes surtout se présentent pour le compte des syllabes dans la poésie traditionnelle: \'e muet et la diérèse.
A- L'e muet est une voyelle qui n'est pas d'habitude prononcée dans la langue parlée. Mais dans la poésie traditionnelle cette voyelle se prononce assez souvent.
Exemples:
- Sa grande aile l'entraine ainsi qu'un lent navire (Sully Prudhomme)
- France mère des arts
Néanmoins, au XIXe siècle, les poètes ont découvert les effets stylistiques de la diérèse.
li/on, pi/ed).
Exemples:
- au/ da/ ci/ eux
On/ n'est/ pas /sé /ri/ eux/ quand/ on/ a/ dix /sept /ans (Rimbaud)
Elle permet de prononcer séparément deux sons habituellement groupés, pour respecter le mètre ) du poème ( mi-lli-ion pour mi-llion)--
La diérèse s'emploie pour :
Dans le vers suivant le poète a choisi d‘étendre l'articulation du mot «expansion » pour lui donner quatre syllabes au lieu de trois, renforçant ainsi le sens du mot.
Ayant l'ex/pan/si/on des choses infinies. (Charles Baudelaire)
- La synérèse La synérèse permet au contraire de prononcer en une seule syllabe deux sons habituellement prononcés de manière séparée (lion pour li/on)
Si dans un poème ou tous les autres vers sont de douze syllabes, vous en trouvez un de onze syllabes, relisez le vers en cherchant un mot avec une combinaison de voyelles telle que:
ui, ieu, oue, et plus souvent io ou ie.
2- Les Noms des mètres:
Les principaux types de vers :
Types de vers
des vers de même longueur et l’on fait se succéder des vers de longueurs différentes, mais on abandonne aussi les contraintes de la rime, voire la ponctuation.
Récapitulation
L’e muet + consonne se prononce toujours (me/ le; ce…)
L’e muet + voyelle et en fin de vers ne se prononce jamais ( voir vers de Lafontaine)
Quand il y a un hiatus (i + voyelle) : passion, lion, dieu, etc., on peut compter une ou deux syllabes
« Sa/ bu/r[e] où /je/ voy/ais // des /cons/tel/la/ti/ons » (Hugo)
« On/ n’est /pas /sé/ri/ieux // quand on a dix-sept ans » (« Roman » d’A. Rimbaud)
Exercices
Que ces vains ornements, que ces voiles me pèsent!
Quelle importune main, en formant tous ces nœuds,
A pris soin sur mon front d'assembler mes cheveux?
Tout m'afflige et me nuit, et conspire à me nuire.
(Jean Racine, Phèdre, 1677)
Homme, pourquoi gémir devant la mort des feuilles
Et de ce que ton pied marche en sa vanité?
Eh quoi! N'as-tu jamais songe, quand tu les cueilles,
Que le charme des fleurs, c'est leur fragilité?
(Robert Choquette, A travers les vents, )
Passants, ayez quelque pitié,
Qu'il vous souvienne une prière,
Car pratiquait bien dur métier
Le chiffonnier de nos misères.
(Alphonse Piche, Ballades de la petite extrace, 1946)
Strophes et poèmes à forme fixe
Elle désigne un ensemble de vers structuré selon un schéma particulier de rimes et éventuellement de mètres séparé des autres vers par une ligne blanche.
L‘été vient, l'aquilon soulève
La poudre des sillons, qui pour lui n'est qu'un jeu,
Et sur le germe éteint ou couve encor la sève
En laisse retomber un peu.
(Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques, 1820)
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
Le jour venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Les mains dans les mains restons en face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure
Poèmes à forme fixe
de longues strophes souvent très érudites.
Depuis ce triste jour qu'un adieu malheureux
M‘ôta le cher objet de mes yeux amoureux,
Mon âme de mes sens fut toute désunie,
Et prive que je fus de votre compagnie . . .
(Oeuvres, 1632)
Ma foi, c'est fait de moi. Car Isabeau�M'a conjuré de lui faire un rondeau.�Cela me met en une peine extrême.�Quoi ! treize vers : huit en eau, cinq en ême !�Je lui ferais aussitôt un bateau.
En voilà cinq pourtant en un monceau.�Faisons-en sept, en invoquant Brodeau,�Et puis mettons : par quelque stratagème :� Ma foi, c'est fait.
Si je pouvais encor de mon cerveau�Tirer cinq vers, l'ouvrage serait beau.�Mais cependant me voilà dans l'onzième,�Et si je crois que je fais le douzième,�En voilà treize ajusté de niveau.� Ma foi, c'est fait !
- Les vers sont des octosyllabes ou des décasyllabes. Quand il y a des octosyllabes, la strophe doit avoir huit vers; quand ce sont des décasyllabes, elle en a dix.
- L'envoi-tout à la fin-s'adresse normalement au prince. L'une des plus célèbres ballades est «La Ballade des pendus» par François Villon dans lequel il donne la voix à des criminels pendus qui s'adressent aux vivants. En voici les premiers vers:
Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
(Testament, 1461)
vers, dont deux quatrains et un sizain organisé en deux tercets.
Arthur Rimbaud (1854 – 1891)
C'est un trou de verdure où chante une rivière,�Accrochant follement aux herbes des haillons�D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,�Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.��Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,�Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,�Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,�Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.��Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme�Sourirait un enfant malade, il fait un somme :�Nature, berce-le chaudement : il a froid.��Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;�Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,�Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
La versification: la rime
1. L'Alternance des rimes: rimes masculines et rimes
féminines:
sont toujours des rimes féminines.
Voici venir les temps ou vibrant sur sa tige
Chaque fleur s‘évapore ainsi qu'un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir-
Valse mélancolique et langoureux vertige!
(Les Fleurs du mal, 1857)
2. La Qualité des rimes
La rime est pauvre quand il n'y a qu'une voyelle sonore identique: fou / loup./ vis-pis)
La rime est suffisante quand deux éléments sonores sont identiques:
La rime foi / roi est suffisante parce qu'un son consonantique [w] et une voyelle [a] sont présents. ( identique-panique) las-là
nature / aventure;
injuste / arbuste;
pl/aine / haleine.
Notez bien: Il ne s'agit pas de l'orthographe des mots, mais plutôt de leur prononciation. La rime roux—poux est pauvre, tout ainsi que la rime teint—pain.
Les rimes peuvent être disposées de façons différentes dans chaque strophe.
Les vers suivants par le poète Jean-Baptiste Chassignet sont écrits en rimes plates ou suivies (aa, bb, cc, etc.):
De l'air voisin du ciel, tu vois comme souvent a
II passe en pluie et nue, en orage et en vent. a
Descends plus has encore et diligemment sondes b
Le naturel divers et des eaux et des ondes: b
Ces fleuves spacieux, ces lacs, et ces ruisseaux, c
Desquels nous estimons éternelles les eaux ... c
(Le Mespris de la vie et consolation centre la mort, 1594)
C'est l'heure ou panache de fumée et de suie, a
Le toit comme une plage offre au fantôme nu b
Son ardoise ou mirer le visage inconnu b
De son double vivant dans un miroir de pluie. a
(Etat de veille, 1943)
Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
Remarque:
Cet alexandrin de Ronsard présente une rime interne :
« Cueillez dès aujourd’hui // les roses de la vie »
La prosodie: les effets sonores et la musicalité
L'Assonance: L'assonance au sens strict du terme est la répétition de la même voyelle dans la dernière syllabe des mots:
Je le vis, je rougis, je palis à sa vue (Jean Racine)
L'assonance au sens plus large est le retour d'une même voyelle à intervalles rapprochés:
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant (Verlaine)
Dans le vers précédent, nous avons la répétition de deux voyelles deux fois, d'une voyelle trois fois, et d'une autre paire de voyelles quatre fois. Lesquelles?
Il a deux trous rouges dans la poitrine. (Rimb)
L’assonance crée un écho sonore et suscite une impression douloureuse.
Les sources sont couronnées d’ombre (Eluard)
Voici minuit, minuit point d’honneur de la nuit (Eluard)
L'allitération au sens strict du terme est la répétition d'une consonne en tète de mots:
L'heure menteuse et molle aux membres sur la mousse. (Paul Valery)
Rien n'ose les vêtir devant l‘éternité
Un soir, t’en souvient-il? Nous voguions en silence (Lamartine)
Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches (Verlaine)
Exemples: allitération et assonance
Quels sont ces bruits sourds?
Ecoutez vers l'onde
Cette voix profonde
Qui pleure toujours
Et qui toujours gronde
Quoiqu'un son plus clair
Parfois l'interrompe . . .
Le vent de la mer
Souffle dans sa trompe.
(Les Orientales, 1829)
Sans bruit, sous le miroir des lacs profonds et calmes
Le cygne chasse l’ombre avec ses larges palmes
Et glisse. Le duvet de ses flancs est pareil….
(Prudhomme, S, 1869)
Le rythme
Exemple :
Accent mobile) (Accent fixe) (Accent mobile) (Accent fixe)
, , , ,
2 4 2 4
Coupe interne Césure Coupe interne
� 1 er Hémistiche 2ème Hémistiche
6 pieds 6 pieds
Commentaire: Cet alexandrin contient deux hémistiches de 6 syllabes séparées par une césure, et des accents fixes et mobiles.
1- Règles de l’accentuation :
2- Césure :
Ex 3: « Mon verre s’est brisé // comme un éclat de rire » (Apollinaire, « Nuits Rhénane »)
Mon/ver/re/s’est/bri/sé // com/m’un/é/clat/de/rir’ (12)
Interprétation : le « e » final de « verre » se prononce et compte pour une syllabe car il est suivi d’une consonne. Par contre, le « e » de « comme » ne se prononce pas et ne compte pas pour une syllabe en raison de la voyelle du mot qui suit (« un »). Le « e » final est toujours muet et ne se prononce pas.
Exemple1:
Un soir, / t’en souvient-il ?// nous voguions en silence
2 Coupe 4 Césure 6
Commentaire :Cet alexandrin est découpé en deux hémistiches de 6 pieds par la césure. Le premier hémistiche se compose de deux groupes rythmiques de 2 et 4 pieds par conte, le deuxième hémistiche se compose d’un groupe rythmique de 6 pieds.
Remarque : Les vers longs, c'est-à-dire essentiellement les décasyllabes et les alexandrins, se partagent le plus souvent en deux hémistiches (= moitié de vers), autour d'une césure (= milieu du vers).
Exemple 2 :
Tout m'afflige et me nuit // et conspire à me nuire »
Exemple 3 :
« Toujours aimer, / toujours (//) souffrir, / toujours mourir ».
Commentaire :A partir de ce vers, certains poètes ne marquent pas la césure, et préfèrent donner un rythme ternaire au vers. Il est également un alexandrin, mais la césure, tombant sur le second « toujours », n'est pas marquée par la voix. La présence des virgules, ainsi que la répétition de l'adverbe, impose de dire l'alexandrin en trois mesures de quatre syllabes chacune, au lieu de deux mesures de six syllabes chacune ; le vers est alors appelé « trimètre ».
3- Coupes :
- La coupe ( / ) se place immédiatement après la syllabe accentuée.
- Quand un mot se termine par une syllabe non accentuée, la coupe sépare cette dernière syllabe du reste du mot.
On repère en particulier les rythmes binaires constitués par deux mesures de six syllabes qu'on appelle hémistiches. L'alexandrin classique obéit à ce schéma :
Exp : Qui n'a pu l'obtenir | ne le méritait pas. (Corneille)
L'alexandrin peut comporter des coupes secondaires, créant parfois des tétramètres constitués par quatre mesures de trois syllabes.
Exemple1 :
C'est Vénus | tout entière | à sa proie | attachée.
3 3 3 3
J'ai vu le jour | j'ai vu la foi | j'ai vu l'honneur.(Hugo)
4 4 4
Trois syntagmes sont parfois disposés selon un ordre croissant ou décroissant :
Seigneur | de ce départ | quel est donc le mystère? (Racine)
2 4 6
La rue assourdissant | autour de moi | hurlait. (Baudelaire)
6 4 2
Remarque: En français, l'accent n'est pas métrique, il est linguistique.
Si bien que la césure apparaît partout où elle coupe la phrase :
Tiens, | le voilà! | Marchons. | Il est à nous. | Viens.
Hélas! | Quel est le prix des vertus? | La souffrance.
Récapitulation
Dans l’alexandrin, la césure se situe après la sixième syllabe prononcée = l’hémistiche.
4- Types de rythmes:
Les deux moitiés d’un vers sont divisées en deux mesures égales.
Ex : Son regard / est pareil // au regard / des statues. (Paul Verlaine).
3 3 3 3
Le vers est divisé en trois mesures.
Ex : Je marcherai / les yeux fixés / sur mes pensées. (Victor Hugo, « Demain dès l’aube).
4 4 4
Les mesures des vers sont de plus en plus longues. Ce rythme évoque souvent un sentiment qui s’amplifie.
Ex : Ainsi / de peu à peu // crût l’empire romain. (Du Bellay, Les Antiquités de Rome).
2 4 6
Le nombre d’accents toniques est supérieur à la moyenne (supérieur à 4 pour un alexandrin). Ce rythme traduit souvent l’accumulation, la succession, un mouvement désordonné ou encore l’intensité d’un sentiment.
Ex : Le lait tom/be ; adieu / veau / va/che, cochon, / couvée.
3 2 1 1 3 2
5- Les faits de discordance : enjambement ou rejet
Il y a enjambement quand une phrase, une proposition ou un groupe commence dans un vers et continue sur le suivant: ex:
Les roses comme avant palpitent; comme avant
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent.
(Verlaine)
[…] Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
(Rimbaud)
On appelle rejet la partie qui est rejetée sur le vers suivant:
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. (Hugo)
« […] – Oh ! Quel nom sur ses lèvres muettes
Tressaille ? Quel regret implacable le mord ?[…] (Rimbaud)
Il y a un contre-rejet quand un élément court d’un vers appartient au vers suivant par la construction et le sens.
j’arrondis la bouche et – j’exhale
Des conseils doux de Crucifix. (Laforgue)
Bref
Etudier la versification d'un poème, c'est observer :
- le rythme : les coupes, les rejets, les enjambements ….�
MERCI POUR VOTRE ATTENTION
BON COURAGE
Références