ANANSI ET GRAJ
D’après un conte créole de Michel Lohier.
Texte et illustrations d’Alain LANDY 2026
2
LES PERSONNAGES
ANANSI L’ARAIGNÉE
GRAJ LE SERPENT
MAYPOURI LE TAPIR
KABASOU LE TATOU
IGNAME VIOLETTE
3
Yé krik, yé krak…
Cette année-là était une année exceptionnelle pour la Guyane : la saison sèche avait été particulièrement longue, il n’avait pas plu durant une très grande partie de la saison des pluies et en plus, il faisait une chaleur infernale.
Il n’y avait plus d’eau dans les fleuves, plus d’eau dans les rivières et même plus une seule goutte d’eau dans le moindre pripri. Pratiquement, tous les animaux de la forêt mouraient de faim et de soif.
Un matin, Anansi l’araignée, qui avait elle aussi très faim, découvrit, dans un abattis, à l’abri des regards, un champ planté d’ignames violettes : la meilleure variété qui existe en Guyane.
Ne voyant personne alentour, elle décida de les voler. Elle vint avec sa bêche, arracha les précieux tubercules, les secoua et en remplit un grand panier en arouman.
4
5
Lorsqu’elle se préparait à partir, elle vit Graj le serpent qui, crochets et fine langue dehors, rampait vers elle à vive allure. Il semblait très en colère. Il s’approcha d’Anansi et lui dit sans même la saluer :
- Anansi, ce sont mes ignames violettes que tu voles là ! Puisque tu prends mon bien sans me demander la permission, je vais te mordre et tu mourras dans d’atroces souffrances !
- Gaj, écoute-moi donc avant de me mordre, dit Anansi calmement. Laisse-moi les porter jusque chez moi ; je préparerai un bon repas avec tes ignames violettes et nous le partagerons tous les deux. Dès qu’il sera prêt, je te ferai signe. Tu sais bien que j’ai la réputation d’être une très bonne cuisinière. Après, si cela te chante, tu me mordras !
Gaj le serpent est connu dans toute la forêt guyanaise pour être dangereux, mais surtout pour être plus bête que méchant. Sans discuter, il accepta.
6
7
A mi-chemin, Anansi rencontra Maypouri le tapir, qui avait tellement faim et tellement soif lui aussi, que sa langue pendait sous sa trompe comme une longue pomme rosa.
Anansi l’invita chez elle :
- Viens chez moi Maypouri, j’ai de quoi manger pour nous deux et pour plusieurs jours !
Tout heureux de l’aubaine, le tapir la suivit avec joie. Ils épluchèrent les ignames violettes, puis, après les avoir fait cuire dans une grande marmite, ils les mangèrent de bon appétit. Après le repas, l’araignée lui proposa :
- Maypouri, puisqu’il est déjà très tard, tu n’as qu’à dormir ici ! Allonge-toi près de la porte et, si quelqu’un frappe, tu lui ouvriras.
Très tôt le matin, juste avant le lever du jour, le tapir entendit frapper avec force. Il regarda par le judas : c’était Graj.
A peine avait-il ouvert la porte que le serpent, aveuglé par sa colère, sauta sur lui, le mordit très fort et s’en alla satisfait de sa vengeance ; sans même s’apercevoir qu’il n’avait pas mordu la bonne personne.
8
9
Le pauvre Maypouri mourut dans d’atroces souffrances, ce qui arrangea bien les affaires d’Anansi. Elle le découpa, et prépara avec les morceaux plusieurs petits plats gouteux. Quand il ne lui resta plus rien à manger, elle retourna dans le champ d’ignames de Graj avec ses outils. Comme la première fois, elle commença à remplir son grand panier en arouman. Mais, aujourd’hui, le serpent était là qui surveillait sa plantation.
- Puisque tu es encore en train de prendre mes ignames violettes sans ma permission et surtout, puisque tu ne m’as pas invité à manger celles de la première fois, cette fois-ci, je vais vraiment te mordre et tu vas mourir dans d’atroces souffrances !
- Mais, Serpent, ne te fâche pas, attends que je t’explique, dit Anansi tranquillement. La première fois, c’est Maypouri qui m’a contrainte à partager tes ignames violettes avec lui. Comme il était bien plus fort que moi, tu comprends bien que j’ai été obligé de lui obéir.
Mais, cette fois-ci, c’est juré, dès que le repas sera prêt, je viendrai te chercher moi-même chez toi.
Graj le serpent qui est plus bête que méchant, accepta une nouvelle fois.
10
11
Mais, sur la route, l’araignée rencontra Kabasou le tatou qui mourait lui aussi de faim.
Anansi lui dit :
- Viens chez moi, Kabasou, j’ai de quoi manger pour nous deux et pour plusieurs jours.
Le tatou la suivit avec joie. Ils épluchèrent puis firent cuire une grande marmite d’ignames violettes et, seulement tous les deux, les mangèrent de bon appétit. Puis l’araignée lui ordonna :
- Puisqu’il est déjà très tard, tu vas dormir ici, chez moi ! Allonge-toi près de la porte d’entrée et si quelqu’un frappe, tu lui ouvriras.
Le lendemain matin, Anansi entendit frapper longuement à sa porte. Voyant que personne n’ouvrait, elle alla vérifier ce qui se passait. Kabasou n’était plus là. Plus malin que Maypouri, il avait compris ce qui allait lui arriver. Il savait que Graj punissait toujours ceux qui lui causaient du tort.
Alors, pour échapper à la colère du serpent et ne pas réveiller Anansi en ouvrant sa porte, Kabasou s’était sauvé pendant la nuit en creusant, silencieusement, avec ses griffes acérées, un gros trou dans le sol de la case de l’araignée.
12
13
On frappa à nouveau à la porte avec insistance : toc ! toc ! toc !
Anansi réfléchit rapidement et il lui vint une idée. Elle attrapa son tambour créole et frappa un seul grand coup : Boum ! Puis elle cria :
- Qui a fait ça ? Graj, est-ce toi qui as fait cet énorme pet ?
Stupéfait, le serpent répondit :
- Anansi, je te jure que ce n’est pas moi !
- Si, si, c’est bien toi. C’est toi-même qui as pété devant ma case ! Et maintenant, ça sent très mauvais !
Le serpent ne comprenait plus rien :
- Anansi, ouvre-moi ta porte, j’ai besoin de te parler !
L’araignée alla prendre son sabre d’abattis, le cacha derrière son dos et laissa entrer Graj :
À peine fut-il entré dans la case d’Anansi que Graj n’eut même pas le temps de dire ouf !
En un seul coup de sabre, l’araignée lui avait tranché la tête.
14
15
Aussitôt, avec son tambour traditionnel, elle avertit tous les autres animaux que Graj le serpent était mort, qu’ils n’avaient plus rien à craindre de lui et qu’ils pourraient désormais aller ramasser tranquillement ses ignames violettes.
Anansi découpa le serpent en tranches et le prépara de plusieurs façons : boucané, en blaff, frit, sauté, en marinade, en daube et en fricassée. Et, sans vergogne, pendant plusieurs jours, elle le dégusta accompagné des ignames violettes qu’elle avait dérobées dans son champ. Ne l’avait-elle pas invité à partager son repas ?
Débarrassés de Graj, tous les habitants de la forêt furent heureux et eurent de quoi manger jusqu’à la saison des pluies suivante qui s’avéra féconde.
Anansi passa pour une héroïne aux yeux de tous. Cependant, pour se donner bonne conscience, elle s’est absoute en pensant dans son for intérieur : « Débouya pa péché ». La débrouillardise n’est pas un péché. Les personnes rusées ne peuvent pas être coupables, puisque la fin justifie les moyens.
16
17
QU’EN PENSES-TU ?
18
COLORIE ANANSI L’ARAIGNÉE ET L’IGNAME VIOLETTE
19
COLORIE MAYPOURI LE TAPIR
20
COLORIE GRAJ LE SERPENT
21
COLORIE KABASOU LE TATOU
22
MOTS EN CROIX : LES PERSONNAGES DU CONTE
| | | 4 | | | | 5 | | | |
| | | | | | | | | | |
1 | | | | | | | | | | |
| | | | | | | | | | |
| | | | 2 | | | | | | |
| | | | | | | | | | |
| | | | 3 | | | | | | |
| | | | | | | | | | |
23
MOTS EN CROIX : LES PERSONNAGES DU CONTE : Je corrige.
| | | 4 | | | | 5 | | | |
| | | T | | | | S | | | |
1 | A | R | A | I | G | N | E | E | | |
| | | T | | | | R | | | |
| | | O | 2 | T | A | P | I | R | |
| | | U | | | | E | | | |
| | | | 3 | I | G | N | A | M | E |
| | | | | | | T | | | |
24
N’OUBLIEZ PAS LES LIVRES ET LES LIENS