UNE ENFANCE SOUSTRAITE
Alain LANDY 2025
Conte à réfléchir
Le droit de l'enfant, c'est d'être un Homme : ce qui fait l'homme, c'est la lumière ; ce qui fait la lumière, c'est l'instruction. Victor Hugo.
2
Je suis de la couleur de ceux qu’on persécute
Sans aimer, sans haïr les drapeaux différents,
Partout où l’homme souffre, il me voit dans ses rangs.
Plus une race humaine est vaincue et flétrie,
Plus elle m’est sacrée et devient ma patrie.
Toussaint Louverture (1850), II, 4, par Alphonse de Lamartine
Dans cette « visite mémorielle », pour illustrer mon texte, on retrouvera des gravures d’acteurs disparus qui ont vécu cette immense tragédie que fut la traite négrière.
À mes petits-enfants… Aux enfants de mon pays Guyane…
3
La première abolition de l'esclavage par la France le 4 février 1794, proclamée par la Convention Nationale, près de quatre ans après l'adoption par l'Assemblée de la Déclaration des Droits de l‘Homme et du Citoyen.
En 1780
En 1794
4
Le décret proclamé le samedi 10 juin 1848 en Guyane :
« Citoyens, en vertu du décret de la République du 27 avril 1848, au nom du peuple français, nous proclamons l'abolition de l'esclavage à la Guyane française ».
En 1817
En 1848
5
Il était une fois en temps longtemps, Badou et Aïda deux enfants frère et sœur qui étaient nés dans un petit village africain. Ils vivaient heureux auprès de leurs parents.
6
Un jour, les guerriers d’une tribu voisine attaquèrent puis brûlèrent leur village.
Ils emmenèrent les hommes valides, les femmes jeunes et leurs enfants.
Badou et Aïda étaient parmi eux.
7
Badou et Aïda furent enchaînés et vendus par le roi africain qui avait envoyé ses guerriers.
L’étrange homme blanc qui les acheta les fit embarquer sur une immense pirogue à grandes voiles.
8
Badou et Aïda firent un très long voyage dans des conditions abominables.
Puis, ils arrivèrent dans un pays lointain. Ils furent ensuite vendus avec leur mère au maître d’une habitation en Guyane et marqués au fer rouge de ses initiales.
9
Malgré leur âge, sous un soleil de plomb ou sous une pluie battante, Badou et Aïda travaillaient de l’aube au crépuscule dans une grande plantation, surveillés par un commandeur sévère et cruel.
10
Le maître de l’Habitation décida un jour que Badou et Aïda devaient être baptisés dans sa religion et changer de prénom. Désormais, ils s’appelleraient Jean et Joséphine.
11
Pour augmenter le nombre de ses esclaves, le maître de l’Habitation fit marier Jean et Joséphine à d’autres esclaves. Par la suite, certains de leurs descendants partirent en marronnage dans la forêt.
12
Je me souviens d’une forêt impénétrable, sauvage,
De ses fleuves rougissants et souvent incertains,
De l’édification de ces nouveaux villages,
Où l’on pourrait avoir, dès lors, nos lendemains.
Et aujourd’hui, pour ne pas oublier,
Mes enfants, tête haute, défilent dans vos rues,
Carnaval leur donne la place méritée,
Pour honorer ainsi nos combats révolus...
Alain LANDY
LA COMPLAINTE DU NÈG MARON
Je me souviens de ma lointaine Afrique,
De son soleil fier, des savanes sans fin.
Je me souviens du transport pathétique,
Des chaînes odieuses, de mes frères contraints.
Je me souviens des champs de canne immenses,
Des coups de fouet, des fers, des viles punitions.
Je me souviens du jour où j’ai tenté ma chance,
Pour échapper enfin à cette plantation.
13
Puis, le temps s’écoula lentement. En France et dans ses colonies, la raison finit par l’emporter sur la cupidité et la malfaisance. L’esclavage fut aboli en 1794 puis rétabli par Napoléon Bonaparte puis, définitivement aboli en 1848.
14
Aujourd’hui, tout naturellement, les descendants de Badou et Aïda vont à l’école et sont devenus des citoyens de ce pays qui avait déporté leurs ancêtres loin de leur terre natale pour les asservir.
15
Et, pour se souvenir de ce passé funeste, il nous reste notre mémoire collective et quelques statues…
16
Pour ne pas oublier !
En France, c'est le 21 mai 2001 que la traite et l'esclavage ont été reconnus comme crime contre l'humanité au travers de la loi Taubira.