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Une laborieuse galette…

Alain LANDY 2018

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Quel est le meilleur moyen de savoir ce que fait une amie (ou un ami) ou de connaître ce qui se passe quelque part ?

C’est d’avoir des nouvelles.

Eh bien, des nouvelles en voici et en voilà. Écrites en toute simplicité, elles vous permettront le plus souvent, avec une pointe d’humour ou un soupçon de nostalgie, de mieux connaître ce département d’outre-mer si particulier qu’est notre Guyane.

Il y a de bonnes et de mauvaises nouvelles. Dans ce recueil, en lisant ces récits, ces chroniques, ces fables, ces anecdotes, ces légendes, ces contes, en fonction de vos affinités, vous serez seul juge.

Bienvenue dans ce lieu magique qu’est la Guyane Française ancienne France Équinoxiale où se côtoient en bonne intelligence, des êtres fabuleux, des animaux extraordinaires et des habitants généreux.

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Lô gro bwa tonbé, krapo ka jambé

La chance sourit souvent aux imbéciles

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Depuis la mort de sa femme, le gouverneur de Cayenne était accablé. Ce qui le désespérait surtout, c’était sa fille unique qui n’avait plus jamais ri depuis ce jour-là. Tous les comiques de la colonie avaient essayé de la faire rire mais aucun n’avait réussi. Aujourd’hui, il aurait donné une fortune pour voir un simple sourire éclairer le visage de sa fille chérie.

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Pour fêter l’Épiphanie, le gouverneur décida de manger la bonne galette des rois que seul le jeune pâtissier créole du palais savait préparer. Or, ce pâtissier avait un commis un peu surprenant. Ce jeune homme était honnête, travailleur et obéissant, mais il était surtout naïf, pour ne pas dire un peu tébè (simplet).

Le commis

Le pâtissier

La galette

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- Pour préparer la galette du gouverneur, va donc me chercher des œufs chez le fermier, commanda le pâtissier du gouverneur à son employé.

Le paysan donna les œufs et renvoya le jeune commis en concluant par cette formule qu’il utilisait souvent :

- Allez mon garçon et que ça roule pour toi comme tu le veux !

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Interprétant au premier degré cette consigne et prenant les mots du brave fermier au pied de la lettre, le commis fit alors rouler les œufs sur le chemin.

Naturellement tous les œufs se cassèrent aux premiers cailloux rencontrés.

A son arrivée à la pâtisserie du palais, son patron se mit en colère.

Puis, se calmant un peu devant son commis en larmes, il lui expliqua :

- Mais, grand benêt, qu’as-tu fait là ! tu aurais dû mettre la marchandise dans tes poches. Souviens-toi pour la prochaine fois et, sans plus tarder, va me chercher du beurre chez le crémier : le temps presse !

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Pour le retour de la crèmerie, le commis suivit mot pour mot les conseils de son patron et remplit ses poches de beurre. Mais, lorsqu’il se présenta à nouveau à lui, un liquide jaunâtre dégoulinait le long de ses jambes.

- Ah, grand lourdaud, mais qu’as-tu encore fait là ! Pour ne pas gaspiller ta marchandise, tu aurais dû l’envelopper dans une large feuille de bananier et la transporter dans un seau d’eau bien fraîche. Souviens-t-en pour une prochaine fois. Et maintenant, assez bavardé, va donc me chercher de la farine chez le marchand de farine de Cayenne. Je t’attends, ne traîne pas en chemin !

Farine

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Dès sa sortie du magasin, le commis discipliné déposa la farine dans une large feuille de bananier. Avec soin, il mit le tout dans un seau d’eau bien fraîche. Puis, il se dépêcha de rentrer.

Lorsqu’il retrouva son maître, la farine n’était plus qu’une bouillie infâme.

Époustouflé, le pâtissier n’en croyait pas ses yeux. Devant tant de bêtise, il restait sans voix.

Revenu de ses émotions, il commenta :

  • Mais mon pauvre garçon, qu’as-tu encore fait là ? Tu aurais dû transporter ta marchandise dans un sac en toile et jeter le sac sur ton épaule. Essaye de te souvenir de ça pour une prochaine fois.
  • Allez, pour la farine, je vais me débrouiller. Toi, pendant ce temps-là, va me chercher du lait chez le laitier.

Lait

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Devant le laitier stupéfié, le commis versa le lait dans un sac en toile qu’il jeta sur son épaule.

Naturellement, vous avez deviné la suite : Lorsqu’il arriva chez son patron un liquide blanchâtre ruisselait le long de son dos jusqu’à ses fesses.

- Ce n’est pas possible d’être aussi bête. Tu aurais dû mettre ta marchandise dans un bidon en tôle. La prochaine fois penses-y. Puisque tu n’y arrives pas tout seul, va donc me chercher une vache pour que je la trais moi-même !

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Immédiatement, le commis partit pour la ferme la plus proche et il essaya désespérément de faire rentrer la première vache qu’il rencontra dans un bidon de lait vide.

Naturellement, comme elle ne l’entendait pas de cette oreille, la vache s’échappa en meuglant comme une folle. Accroché à sa queue, le pauvre commis traversa ainsi toute la ville de Cayenne. Et, évidemment, sur son passage, tout le monde riait à en pleurer.

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La fille du gouverneur qui passait par-là avec son père, se mit, elle aussi, à rire à gorge déployée.

Cette histoire ne nous dit pas si le jeune pâtissier créole réussit enfin à faire sa fameuse galette des rois, mais ce qui est certain, c’est que son commis naïf et benêt avait désormais fortune faite.

Bonne galette des rois.

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Bonne journée en Guyane