IL ÉTAIT UNE FOIS MANA
Texte et illustrations d’Alain LANDY et de Manioc, septembre 2024
IL ÉTAIT UNE FOIS MA GUYANE !
« Les transmissions ne sont pas simplement d'ordre héréditaire, mais sont aussi culturelles ». Lev Vygotski, Psychopédagogue Biélorusse
2
AVANT-PROPOS
Curieux comme un pian, après un séjour à Mana, je demandais à Auxence Contout*, lors de nos nombreuses discussions autour de l’histoire de la Guyane, de me raconter l’histoire extraordinaire de cette commune et de ses habitants :
- Mana, c’est d’abord un fleuve réputé pour avoir 99 sauts. Son embouchure est proche de celle du Maroni. C’est lui qui a donné son nom à la commune. Mais cette commune a connu une belle histoire. Je vais te la résumer, mais il nous faudra prévoir certainement plusieurs rencontres pour cela !
Pour honorer la mémoire et la jovialité de mon ancien voisin, voici un conte historique que j’ai imaginé...
NB : Un conte historique n'est pas un fait historique mais une broderie littéraire imaginée autour de faits.
* Écrivain guyanais très féru d’histoire locale.
Alain, merci pour l’ouvrage que vous m’avez dédié !
3
BIENVENUE EN GUYANE : LE PAYS
DES FORÊTS ET DES EAUX ABONDANTES.
4
Yé krik, yé krak… Il était une fois Mana…
Je m’appelle Mana et je suis une commune située dans l'Ouest guyanais au bord d’un fleuve qui m’a donné son nom, et voilà en quelques mots mon histoire.
Depuis le XVIème siècle, la Guyane est occupée partiellement par la France. Cependant, elle demeure une région peu exploitée. La présence des Peuples Premiers y est réduite. Toutefois, quelques villages Kali'na sont installés sur les rives de mon fleuve : la Mana.
5
C’est en 1824 que 27 jurassiens vont s’implanter chez moi pour cultiver du riz, du maïs et du cacao. Ils ont une centaine d’esclaves pour travailler dans leurs plantations. Le port que les colons avaient appelé « la Nouvelle Angoulême » devient alors le site principal et c’est de lui que je naitrai en tant que commune.
6
Dès 1827, le ministre de la Marine, Christophe de Chabrol de Crouzol, fait appel à la mère Anne-Marie Javouhey pour diriger la colonie. Un nouveau projet prévoit le départ des colons et leur remplacement par une communauté autonome, basée sur une exploitation collective des terres. Un premier convoi arrive fin août 1828. La colonie prospère. Sur mon sol, sont alors construits une quinzaine de bâtiments avec un hôpital que les Sœurs prennent en charge.
7
Dès 1833, la mère Javouhey rentre à Paris car le nouveau gouvernement refuse de renouveler les subventions accordées à la communauté. En 1836, la mère Javouhey est de retour chez moi et se voit confier 476 libérés engagés, issus de navires négriers capturés. Elle négocie alors la libération de ses propres esclaves sous les mêmes conditions.
8
En 1838, mon bourg comprend 150 cases formant trois rues, un couvent, une maison des religieuses, un hôpital, un magasin, un atelier, un moulin à sucre, une église et son presbytère. 225 hectares de terre sont cultivés pour le riz, le manioc, la canne à sucre et la banane. Les résultats en ce qui concerne les relations humaines sont excellents mais administrativement, l’expérience demeure un échec, puisque la faible productivité du groupe ne parvient pas à compenser son coût d’encadrement. Cette année-là, les affranchis souhaitent quitter le site. La mère Javouhey leur permet alors d’accéder à la propriété. L'activité se limitera désormais à une culture vivrière.
9
En 1846, le bourg passe sous la direction de l'administration coloniale et je deviens une municipalité nommée Mana. En 1848, l'esclavage est aboli. Les Sœurs ne conservent que la direction de l’école des filles ainsi qu'une partie des cultures sur abattis.
10
En 1855 le premier filon est découvert sur l’Approuague. La fièvre de l’or s’empare de ma région. Les premiers placers ne voient le jour qu’à partir de 1873. La "Société des Gisements Aurifères de la Guyane Française" prend en charge l’exploitation du site de la Montagne Lucifer ( un nom prédestiné) de 1880 à 1891. Mais, à partir des années 1890, des bandes de maraudeurs affluent depuis la région du Tapanahony voisine et s’attaquent aux placers industriels.
11
Les propriétaires, dont l’activité périclitait depuis la fin des années 1880, choisissent de louer leurs concessions aux maraudeurs et de s’installer commerçants afin de contrôler le ravitaillement. Débute alors une exploitation nommée « bricole », nom qui s’explique par une régression des techniques d’orpaillage du fait de l’amateurisme des travailleurs.
12
En 1920, ma commune atteint une population de plus de 4000 habitants. Mon bourg est le point de départ des orpailleurs sur le fleuve et sert de port, de centre d’approvisionnement et de douane. Cette prospérité n’est que temporaire. Elle s’accompagne en effet d’un déclin de l’exploitation agricole. J’importe alors la plupart de mes produits alimentaires alors même que le bourg dispose de vastes terres agricoles exploitables.
Aussi, lorsque l’activité aurifère décline après la Première Guerre Mondiale, je subis un exode important. Dans les années 1930, ma population régressera à moins de 1000 habitants.
13
J’entame alors une longue stagnation économique et démographique jusqu’en 1980.
Les années 1980 sont marquées par la guerre civile au Suriname et l’arrivée de réfugiés. Des camps sont créés afin de les accueillir. En 1990, la construction d’un pont franchissant la Mana remplace le bac et facilite considérablement l’accès à mon bourg depuis Iracoubo.
14
Aujourd’hui, avec une population de plus de 10 000 habitants, je vous offre la richesse de ma pluriethnicité.
J’occupe actuellement une superficie de 6633 Km² à l’ouest du Territoire de la Guyane avec mon majestueux fleuve aux 99 sauts, long de plus de 300 Km.
Quant à mon patrimoine bâti : il est composé de nombreuses et charmantes maisons créoles et de mon église classée.
15
Venez donc découvrir les petits coins agréables près de chez moi, comme la crique d’Organabo, la crique et l’ancienne léproserie de l’Acarouany, le musée d’Anne-Marie JAVOUHEY, le marché de Javouhey proposant une culture maraîchère produite par les Hmongs installés depuis 1979. Et, pour vos souvenirs… vous pourrez trouver un grand éventail dans l’artisanat Bushinengé, Amérindien et Hmong.
Et n'oubliez surtout pas que j’organise chaque année des manifestations cherchant à valoriser les différents arts de la culture guyanaise.
16
Aïe, aïe, aïe : j’allais oublier la période du bagne.
En 1858 est créé dans ma commune le bagne des femmes. Jusqu'à cette période, les femmes condamnées subissaient une peine différente des hommes. Elles n'étaient pas intégrées dans les bagnes, la peine était purgée dans des quartiers de prison réservés. La déportation en Guyane était uniquement à la demande des condamnées à condition d'avoir entre 25 et 35 ans. Cette disposition était destinée à favoriser le peuplement de la Guyane. Elles avaient la possibilité de se marier après avoir accompli un séjour minimum de 6 mois. Ce privilège n'eut pas le résultat escompté. Seulement 517 femmes seront déportées en Guyane. Elles étaient surveillées et encadrées par des sœurs de St Joseph de Cluny.
17
Le plus souvent victimes de leurs conditions, les motifs qui entraînaient leur condamnation étaient principalement la prostitution, l'infanticide et l'avortement. Insolentes, insoumises, querelleuses, menteuses, et immorales, telle est l'image que les registres du bagne ont bien voulu laisser de ces femmes. En Guyane, il n'y a jamais eu d'évasion de femmes. Par décret du 26 novembre 1885, les femmes bénéficiaient d'un régime de détention spécial, et d'avantages que n'avaient pas les hommes. Elles s'adonnaient aux travaux de couture, vannerie, et cultivaient des légumes destinés à leur propre consommation. Cette fois-ci j’espère que je n’ai rien oublié… Ah si…peut-être …
L’histoire du rhum « Pipi Masò (le pipi de ma soeur) » une spécialité de ma commune, qui faisait oublier pour quelques heures la vie difficile?... La vi a pa roun bòl toloman (la vie n’est pas une partie de plaisir)… Mais ça, mo zanmi, c’est une autre histoire !…
18
BIENVENUE À MANA
19
BIENVENUE EN GUYANE
20
ARMOIRIES DE MANA
L’écu de Mana présente sur fond blanc, un bras d’esclave relié à celui de la mère Javouhey par une chaine en or.
Au milieu et en dessous, un rosaire brisant la superstition tribale des noirs, symbolisée par deux serpents.
À droite du rosaire, des poteries amérindiennes galibi. A gauche, un fût rappelant la production de rhum de Mana. Dans la fosse de l’écu, et des deux côtés du rosaire, des feuilles de palmier, aouara, comou ou pinot.
Le tonneau qui figure dans cet emblème rappelle la production du rhum de Mana, le « Pipi Masò ( le pipi de ma soeur ) » très apprécié des connaisseurs.
Sa devise « Magne Caritas mal pessima curat » (trop de charité est un très mauvais remède)
QUELQUES QUESTIONS...
Pour réfléchir et débattre...
21
PISTES PÉDAGOGIQUES :
Autour de la Guyane (histoire, géographie, faune, flore, climat, maladies, etc, etc...)
Autour de la colonisation de la Guyane
Autour des habitations esclavagistes de Guyane
Autour des noms des villes et des villages de Guyane
Autour des bagnes de Guyane
Autour de l’orpaillage en Guyane
Autour des monuments de Guyane
Autour des communes de Guyane
Etc, etc, etc...
22
23
QUELQUES LIENS ET QUELQUES OUVRAGES
https://www.entreprendre-en-guyane.fr/histoire-de-la-guyane/
https://landyschool.blogspot.com/
24
Vous retrouverez aussi des histoires extraordinaires de la Guyane dans l’un de mes ouvrages !
Et aussi dans celui-ci !