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MAN DOUSSOU ET LES TIMOUNS

Conte à réfléchir

Alain LANDY 2025

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CONTES POUR GRANDIR

Depuis longtemps, les humains de toutes les cultures savent que les contes aident à construire, à reconstruire une personnalité et même souvent, peut la guérir si elle est abîmée .

Ils permettent de nommer l’inexprimable, de dénouer les contradictions, de réparer les blessures de notre histoire présente et passée. Ils nous aident à grandir et à nous harmoniser. Ils favorisent à l’intérieur de nous-même la réconciliation entre différents états de notre condition humaine, le psychisme, le corps et l’esprit qui parfois se révèlent adversaires et même contraires.

Les contes contiennent des mots, des expressions qui nous enveloppent, nous cajolent dans une clarté affectueuse ; ils nous proposent des associations qui nous illuminent dans une atmosphère limpide et nous emmènent, plus apaisés, aux confins de l’imaginaire et du réel.

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« Volè ka volé volè. » : Tel est pris qui croyait prendre.

Doussou Damba, dite Ma Doussou ou Man Doussou, est une sorcière des contes et légendes d’Afrique de l'Ouest qui fit le voyage aux Amériques lors de la traite transatlantique et qu’on retrouve dans quelques contes créoles.

Comme la plupart des sorcières, elle commande les animaux domestiques et sauvages.

Elle adore aussi les enfants parce qu’ils sont plus tendres à déguster et plus faciles à digérer que les adultes…

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Yé kik! Yé krak !

Dans un beau petit village de Guyane vivaient une petite fille et un jeune garçon qui n'avaient plus de maman.

Quand leur père se remaria, il choisit une femme odieuse qui détestait ses enfants et les maltraitait.

- Comment faire pour me débarrasser de ces timouns (enfants) ? songeait-elle en permanence.

Un jour, son mari s'étant rendu au marché de Saint-Laurent-du-Maroni pour y vendre ses légumes, la méchante marâtre dit aux gamins en créole :

- Alé koté mo sò Man Doussou, ki ka rété annan danbwa ; mandé li roun zégwi ké fil pou viré koud zot lenj ! (Allez donc chez ma sœur Man Doussou, qui vit dans la forêt et demandez-lui une aiguille et du fil pour que je puisse recoudre vos vêtements.)

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La belle-mère

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Avant de partir, les timouns posèrent leur plus joli chapeau de paille sur leur tête et revêtirent leurs plus beaux habits.

Chemin faisant, ils réfléchirent puis se dirent :

- Avant de nous rendre chez Man Doussou, nous allons d'abord aller demander conseil à notre grand-mère maternelle, la maman de notre vraie maman !

Leur grand-mère les reçut avec délicatesse en les prenant dans ses bras.

- Grand-mère, dit le jeune garçon, la nouvelle femme de mon père nous a envoyés chez sa sœur Man Doussou lui demander une aiguille et du fil pour recoudre nos habits. Mais d'abord, nous sommes venus te demander, à toi, de bons conseils. Car toi, nous savons que tu nous aimes vraiment ! Tu es notre bonne fée !

- Mes enfants, vous avez eu raison de venir me voir, car la sœur de votre méchante belle-mère n'est autre qu’une cruelle sorcière !

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La forêt

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Cependant, si vous voulez déjouer ses mauvais tours, écoutez-moi bien et suivez mes instructions à la lettre. Il y a chez elle une servante coquette qui tentera de vous noyer : donnez-lui un beau katouri. Sur son terrain, vous verrez un awara élégant qui voudra vous griffer le visage avec ses feuilles et son stipe (tronc) : attachez une ceinture autour de son feuillage. Dehors, un jaguar apprivoisé essaiera de vous dévorer : jetez-lui de la viande. Enfin, vous rencontrerez aussi un chien tout maigre aux grands yeux noirs qui voudra vous mordre pour vous retenir prisonnier chez elle : donnez-lui du jambon cru pour vous en débarrasser.

- Merci beaucoup, grand-mère, nous allons suivre tes précieux conseils, répondirent en chœur les deux enfants réconfortés.

Ils embrassèrent leur gangan puis, ils reprirent plus sereinement leur voyage. Ils marchèrent longtemps dans la forêt avant d’arriver près de la case de la méchante quimboiseuse (sorcière).

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La grand-mère maternelle

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Man Doussou était en train de broder.

- Bonjour madame, dirent poliment les enfants en chœur.

- Bonjour, petit garçon, bonjour petite fille, qu’est-ce qui vous amène chez moi ?

- Notre belle-mère, votre sœur, nous envoie vous demander une aiguille et du fil solide pour qu'elle puisse réparer nos habits déchirés.

- Pa gen problem : je m'en vais vous chercher une aiguille bien droite et du fil bien résistant. En attendant, asseyez-vous à ma place et brodez, vous verrez c’est facile, je sais que vous êtes habiles de vos mains !

Les timouns se mirent alors à broder avec application. Ils étaient contents.

Leur grand-mère maternelle leur aurait-elle raconté des mensonges ?

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La servante

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Soudain, derrière la porte, ils entendirent la sorcière dire à sa servante :

- Va au bord du fleuve et lave méticuleusement ce garçon et cette fillette qui sont les enfants du mari de ma sœur et que ma sœur déteste. Après, tu les tueras et tu les prépareras : je veux les manger pour mon repas de midi. Ils ont l’air bien tendre !

Quand ils virent la domestique entrer avec un savon et une serviette de bain, Le jeune garçon et sa sœur tremblèrent de peur. Mais, la fillette pensa à ce que leur avait dit leur grand-mère maternelle.

Elle s'efforça de prendre une voix agréable et joyeuse, et elle dit à la servante :

- Hé, madame, voulez-vous vous baigner plus tard avec nous, nous vous apprendrons à nager comme notre papa nous l’a appris. Tenez, en attendant, je vous donne mon beau katouri pour que vous puissiez vous protéger du soleil brûlant ?

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Le chien de l’ogresse

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Pendant que la coquette servante se contemplait dans le miroir avec son nouveau couvre-chef, Man Doussou s'impatientait. De la cour, elle demanda d’une voix suave :

- Brodez-vous toujours les enfants ?

- Nous brodons, madame, nous brodons et nous nous appliquons ! Répondirent-ils en chœur.

Cependant, sans faire de bruit, les timouns se levèrent, allèrent jusqu’à la porte.

Mais, un chien, maigre, effrayant, sorti de nulle part, leur barra le passage ! Avec ses grands yeux noirs il regarda fixement les yeux châtaigne du garçon. Et déjà il ouvrait sa gueule énorme pour le mordre. L’enfant se souvint des conseils de sa grand-mère et lui donna un jambon cru entier qui pendait dans le cellier. Puis, il lui demanda doucement à voix basse :

- Dis-moi, je t'en prie, comment puis-je échapper à ta méchante maîtresse ?

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Le mâtin mangea d'abord goulûment tout le jambon en ne laissant que l’os bien lisse. Ensuite, il répondit lui aussi à voix basse :

- Prenez sa lachàt (coiffe guyanaise) et son walwari (éventail) : ils sont magiques, et sauvez-vous vite ! La sorcière va certainement vous poursuivre. Alors, collez une oreille contre le sol. Si vous l'entendez approcher, jetez sa lachàt dans sa direction, et vous verrez ! Si après ça, elle vous poursuit toujours, collez encore une oreille contre le sol et, quand vous l'entendrez se rapprocher, lancez son walwari dans sa direction et vous verrez !

Le garçon et sa sœur remercièrent chaleureusement le chien, ils saisirent la coiffe et l’éventail de Man Doussou puis décampèrent à toutes jambes.

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Le jaguar de l’ogresse

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Mais, à peine sortis de la case, ils virent un jaguar encore plus efflanqué que le chien, les crocs dehors, tout prêt à leur bondir dessus. Ils retournèrent dans la masure de la sorcière, prirent la marmite de viande en ragoût qui cuisait sur la cuisinière à bois et la lui donnèrent.

Ainsi, le félin famélique ne leur fit aucun mal.

Dans le terrain de l’ogresse, un élégant awara se courba, s’inclina, siffla et s'agita pour leur griffer le visage. Mais les enfants attachèrent la belle ceinture de la fillette autour de ses palmes, et le palmier satisfait les salua et leur montra le chemin le plus court.

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Le balai de la sorcière

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Ils couraient, ils galopaient, ils cavalaient presque à perdre haleine. Pendant ce temps, le chien repu faisait semblant de broder.

De la cour, Man Doussou demanda encore une fois :

- Brodes-tu encore mon neveu, brodes-tu encore ma nièce, brodez-vous toujours ?

- Je brode, ma tante, je brode, répondit le chien de sa grosse voix.

Furieuse de ne pas entendre le timbre du garçon ou de la fillette, la sorcière se précipita dans sa case.

Plus de timoun. Elle frappa alors son chien avec son manche à balai et cria :

- Sale bête, pourquoi ne les as-tu pas mordus pour les empêcher de fuir ? N’es-tu pas là pour défendre ma case, vilain traître ?

- Eh ! dit le chien. Voilà longtemps que je suis à ton service, et m’as-tu une seule fois donné le plus petit os à ronger ? Tandis qu’eux, ils m'ont donné un jambon cru entier dès notre première rencontre !

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Le palmier awara

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Ensuite, toujours en colère, Man Doussou rossa le jaguar apprivoisé.

- Eh ! dit le jaguar. Voilà longtemps que je suis à ton service, et m’as-tu une seule fois jeté une simple carcasse décharnée à avaler ? Tandis qu’eux, ils m’ont donné une grande marmite de ragoût de viande de bois cuit à point et bien tendre dès notre première rencontre !

Ensuite, encore plus en colère, Man Doussou s'en prit à l’awara.

- Eh ! dit l’awara. Voilà longtemps que je suis à ton service, et m'as-tu une seule fois flatté ou récompensé, tu sais bien que je suis fier et coquet. Tu ne sais que voler mes fruits pour ton fameux bouillon. Tandis qu’eux, ils m’ont paré d'une belle ceinture pour attacher mon feuillage en bataille comme une coiffure dès notre première rencontre !

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Un large fleuve

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- Et moi, dit la servante, à qui pourtant personne ne demandait rien, et bien moi, depuis le temps que je suis à ton service, je n'ai jamais reçu de toi ne serait-ce qu'une guenille, tandis qu'ils m'ont fait cadeau d'un très joli chapeau guyanais dès notre première rencontre !

Man Doussou irritée à l’extrême s'élança alors à la poursuite des enfants à travers la forêt.

Les timouns collèrent chacun une oreille contre la terre rouge du layon : ils entendirent que la sorcière approchait. Alors, ils jetèrent la lachàt magique déplié qui se transforma aussitôt en un large fleuve ! Man Doussou fut bien obligée de s'arrêter.

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Le tapir

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Elle grinça des dents, roula ses yeux jaunes d’ensorceleuse, courut dans les bois, fit sortir un énorme maïpouri (tapir) et l’amena près du fleuve. Et le tapir but toute l'eau jusqu'à la dernière goutte. Alors, Man Doussou put reprendre sa poursuite.

Les enfants étaient déjà loin. Ils collèrent à nouveau chacun une oreille contre la terre rouge du layon. Ils entendirent les pas de la sorcière qui se rapprochait. Ils lancèrent alors le walwari qui se planta tout droit et se changea aussitôt en une forêt impénétrable ! Man Doussou tenta d'y entrer, de couper les lianes, les buissons et les arbres même avec ses dents : impossible !

Plus loin, désormais à l’abri, les timouns écoutèrent : plus rien. Ils ne percevaient que le vent qui soufflait et chantait entre les branches feuillues, tout en haut de la canopée.

Pourtant, ils continuèrent de courir très vite parce qu'il commençait à faire nuit et, chagrinés ils pensèrent au même instant :

- Notre papa doit nous croire égarés ou peut-être même morts.

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Les enfants courent

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Le père des enfants, de retour du marché, avait demandé à sa nouvelle femme :

- Où sont donc passés ma fille et mon fils ?

- Qui le sait ! avait répondu la marâtre en tchipant. Voilà des heures que je les ai envoyés faire une commission chez ma sœur et je ne les ai pas vus revenir. Ils doivent perdre leur temps à jouer dans la forêt plutôt que de rentrer.

Enfin, à la nuit tombée, les joues en feu d'avoir trop couru, les timouns arrivèrent chez leur père qui leur demanda :

- Mais d'où venez-vous dans cet état, mes enfants ?

La fillette expliqua en sanglotant :

- Ah ! notre belle-mère nous avait envoyés chez sa sœur chercher une aiguille et du fil pour recoudre nos vêtements, mais cette femme, figure-toi que c'est Man Doussou, la cruelle sorcière de la forêt guyanaise qui dévore les enfants !

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Le papa

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Et les enfants racontèrent dans les moindres détails toute leur mésaventure à leur papa. L’homme fut très en colère. Il chassa alors la marâtre de sa case en lui ordonnant de ne plus jamais y remettre les pieds.

Depuis ce temps, les deux timouns et leur père vivent en paix.

La semaine dernière, en allant de Cayenne à Saint-Laurent-du-Maroni, je suis passé dans leur village, ils m'ont invité à leur table, le repas était très bon et tout le monde était heureux.

Si vous êtes un enfant, fille ou garçon, n’allez jamais seul dans la forêt guyanaise. Soyez très prudents, vous pourriez y rencontrer une dame bizarre qui est peut-être Man Doussou la méchante sorcière, toujours à la recherche de viande tendre pour son prochain repas.

Bonne journée à vous, petits et grands...

Conte librement inspiré par : LA LÉGENDE DE BABA YAGA et HANSEL ET GRETHEL

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Je réfléchis

  1. Où se passe cette histoire ?
  2. Que penses-tu de la belle-mère des enfants ?
  3. Que penses-tu des enfants ?
  4. Que penses-tu de leur grand-mère ?
  5. Que penses-tu de leur père ?
  6. Que penses-tu de la fin de ce conte ?
  7. Quelles leçons de vie tires-tu de ce conte ?
  8. Connais-tu d’autres contes qui parlent d’ogres, de sorciers ou de sorcière ?

Sources :