LE VIDANGEUR
Fiction historique d’Alain Landy 2026
« N'ayez jamais peur de faire ce qui est juste, surtout si le bien-être d'une personne ou d'un animal est en jeu. » Martin Luther King
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Le vidangeur est une figure historique du Carnaval guyanais. Il rappelle le temps où vidanger les tinettes* était indispensable car les égouts n’existaient pas encore. Au début du XXème siècle, dans chaque maison de Cayenne, toutes les nuits, le vidangeur échangeait un seau propre contre un seau plein qu'il transportait sur une charrette tirée par un buffle.
*Toilettes
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Le vidangeur est un bagnard considéré comme peu dangereux. Son costume ressemble à un pyjama à rayures verticales rouges. Il porte sur la tête un sac en forme de capuche pointue. Ce Touloulou se promène toujours muni d'une lampe à pétrole et d’un seau en fer blanc. Et voici comment il est arrivé dans les défilés…
En fond : Aquarelle de Joub, auteur de bandes dessinées.
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Le 02 décembre 1851, Louis Napoléon Bonaparte, alors président de la République, effectue un coup d'état afin de garder le pouvoir.
Il fait approuver son coup d'état par plébiscite et établit le 02 décembre 1852 le Second Empire. Il devient alors Napoléon III, empereur des français.
La répression des opposants débute dès les premiers jours qui suivent le coup d'état organisé par Louis Napoléon Bonaparte.
Plus de 26 800 personnes sont arrêtées puis jugées de façon sommaire en décembre 1851 après des manifestations et des protestations à travers la France.
La répression continue les années suivantes et atteint son apogée avec le vote de la loi de Sûreté générale en 1858.
Surveillance, arrestations, emprisonnements et déportations sont les outils utilisés par les préfets dont les pouvoirs ont été renforcés par Napoléon III pour réprimer les opposants politiques notamment les républicains.
Certains opposants seront alors envoyés au bagne en Guyane…
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Yé krik, yé krak…
Il était une fois en France, à la fin du XIXème siècle, Marius, un jeune garçon qui vivait dans une ferme et qui aimait ses animaux. Mais, il aimait aussi et surtout : la liberté.
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Quand Marius devint adulte, il défendit toujours et partout cette chère liberté.
Ainsi, quand Louis Napoléon Bonaparte, alors président de la République, effectua son coup d'état afin de garder le pouvoir, il exprima son mécontentement en participant à des manifestations.
Marius fut arrêté avec quelque-uns de ses amis puis déporté à Cayenne en Guyane où il devint le matricule 25354.
Dessin de Francis Lagrange : un bagnard célèbre.
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Les premiers mois furent très difficiles pour lui. Le matricule 25354 devait supporter les gardiens, les autres détenus et le climat. Enfin, comme aux yeux des responsables du bagne, son comportement ne semblait présenter aucun danger pour la population, il fut affecté à un poste de vidangeur. Et puis, cet emploi peu ragoûtant permettait à l’État de faire des économies.
On lui présenta alors son compagnon de travail : un magnifique buffle dont il aurait la responsabilité et l’entretien. Marius le baptisa Liberta*.
*Liberté en provençal : sa langue maternelle
En fond : Aquarelle de Joub, auteur de bandes dessinées.
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Tout se passa bien pendant plusieurs années. Mais un jour, les autorités décidèrent d’envoyer Liberta à l’abattoir.
Alors, la nuit suivante, Alfred s’enfuit avec lui dans la forêt profonde. Aidé par les populations autochtones, on ne retrouva jamais leur trace. L’histoire fit le tour du pays.
Et c’est en pensant à Marius qu’un carnavalier eut l’idée de créer le personnage du vidangeur pour honorer sa mémoire.
Je réfléchis
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LE VIDANGEUR
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JE COLORIE LE VIDANGEUR
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JE COLORIE LE BUFFLE LIBERTA
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JE COLORIE LA CHARRETTE
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JE COLORIE L’ENFANT QUI AIME LES ANIMAUX
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JE COLORIE LA FORÊT GUYANAISE
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RELIE LES POINTS
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TROUVE LE CHEMIN DE LA FORÊT
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TROUVE LE CHEMIN DE LA FORÊT. Je corrige
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ÉCRIT APRÈS LA VISITE D’UN BAGNE.
Chaque enfant qu’on enseigne est un homme qu’on gagne.
Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne
Ne sont jamais allés à l’école une fois,
Et ne savent pas lire, et signent d’une croix.
C’est dans cette ombre-là qu’ils ont trouvé le crime.
L’ignorance est la nuit qui commence l’abîme.
Où rampe la raison, l’honnêteté périt.
Dieu, le premier auteur de tout ce qu’on écrit,
A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres,
Les ailes des esprits dans les pages des livres.
Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut
Planer là-haut où l’âme en liberté se meut.
L’école est sanctuaire autant que la chapelle.
L’alphabet que l’enfant avec son doigt épelle
Contient sous chaque lettre une vertu ; le cœur
S’éclaire doucement à cette humble lueur.
Donc au petit enfant donnez le petit livre.
Marchez, la lampe en main, pour qu’il puisse vous suivre.
La nuit produit l’erreur et l’erreur l’attentat.
Faute d’enseignement, on jette dans l’état
Des hommes animaux, têtes inachevées,
Tristes instincts qui vont les prunelles crevées,
Aveugles effrayants, au regard sépulcral,
Qui marchent à tâtons dans le monde moral.
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Allumons les esprits, c’est notre loi première,
Et du suif le plus vil faisons une lumière.
L’intelligence veut être ouverte ici-bas ;
Le germe a droit d’éclore ; et qui ne pense pas
Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre.
Songeons-y bien, l’école en or change le cuivre,
Tandis que l’ignorance en plomb transforme l’or.
Je dis que ces voleurs possédaient un trésor,
Leur pensée immortelle, auguste et nécessaire ;
Je dis qu’ils ont le droit, du fond de leur misère,
De se tourner vers vous, à qui le jour sourit,
Et de vous demander compte de leur esprit ;
Je dis qu’ils étaient l’homme et qu’on en fit la brute ;
Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute ;
Je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés ;
Je dis que les forfaits dont ils se sont souillés
Ont pour point de départ ce qui n’est pas leur faute ;
Pouvaient-ils s’éclairer du flambeau qu’on leur ôte ?
Ils sont les malheureux et non les ennemis.
Le premier crime fut sur eux-mêmes commis ;
On a de la pensée éteint en eux la flamme ;
Et la société leur a volé leur âme.
Victor HUGO le 27 février à Jersey.
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Titre : J'aime la liberté, et languis en service
Poète : Joachim du Bellay (1522-1560)
Recueil : Les Regrets (1558).
Sonnet XXXIV.
J'aime la liberté, et languis en service,
Je n'aime point la cour, et me faut courtiser,
Je n'aime la feintise, et me faut déguiser,
J'aime simplicité, et n'apprends que malice ;
Je n'adore les biens, et sers à l'avarice,
Je n'aime les honneurs, et me les faut priser,
Je veux garder ma foi, et me la faut briser,
Je cherche la vertu, et ne trouve que vice !
Je cherche le repos, et trouver ne le puis,
J'embrasse le plaisir, et n'éprouve qu'ennuis,
Je n'aime à discourir, en raison je me fonde :
J'ai le corps maladif, et me faut voyager,
Je suis né pour la Muse, on me fait ménager ;
Ne suis-je pas, Morel, le plus chétif du monde ?
Joachim du Bellay.
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QUELQUES LIENS ET QUELQUES LIVRES