MOUSSA
D’après un ancien conte africain
Alain LANDY 2026
« Il ne suffit pas de porter un nom célèbre pour être habile »
2
J'ai trouvé la graine d’une histoire,
Je l'ai plantée dans ma mémoire,
Elle a germé, poussé, fleuri,
Je vous en offre tous les fruits.
A votre tour plantez-la
Et la chaîne continuera…
3
MANSA MOUSSA
Mansa Moussa (aussi appelé Kankou Moussa) fut le dixième empereur (Mansa) de l'Empire du Mali de 1312 à 1337 (l'âge d'or de ce grand Empire). Il est souvent décrit comme l'homme le plus riche de l'histoire humaine grâce aux immenses gisements d'or de son territoire.
L'empire s'étendait alors de l'océan Atlantique jusqu'à la boucle du Niger et la ville de Gao, englobant une grande partie de l'Afrique de l'Ouest actuelle.
Le Mali était alors le plus grand producteur et exportateur d'or au monde.
En 1324, il voyagea vers La Mecque avec une suite gigantesque estimée à des dizaines de milliers de personnes et des tonnes d'or transportées par des chameaux.
Sa générosité et ses dépenses massives en or au Caire et à Médine provoquèrent une telle inflation que le cours du métal précieux s'effondra dans toute la région méditerranéenne pendant plus de dix ans.
À son retour, il transforma Tombouctou en un grand foyer culturel, intellectuel et religieux.
Il fit construire de somptueuses mosquées et des universités réputées, comme l'université de Sankoré, qui attirèrent des savants du monde entier.
4
Le conte de « Moussa, l’enfant au nom illustre » est né en Afrique. Portant plusieurs appellations, il se transmit au fil du temps, de griot* à griot et d’un village à l’autre. Et bientôt, il se répandit dans une très grande partie de l’Afrique noire, comme on disait à cette époque. Puis, il embarqua sur un « navire négrier » pour arriver un jour sur le sol de la colonie américaine de « France Équinoxiale » qui deviendra plus tard la Guyane actuelle.
*En Afrique subsaharienne, membre de la caste des poètes musiciens ambulants, dépositaires de la culture orale et réputé être en relation avec les esprits.
5
Et ce sont les conteuses et les conteurs guyanais qui vont perpétuer sa transmission.
C’est ainsi que « Moussa », conte populaire africain deviendra peut-être, au fil du temps, un conte créole.
Soyez attentifs, l’un de ces conteurs nous raconte :
“Dèyè toujou dèyè, divan toujou divan”: ce qui est demeure en dépit de tous les obstacles !
6
Le pain
LES PERSONNAGES ET LES OBJETS DU CONTE
Le petit chien
Moussa
La maman de Moussa
La grand-mère de Moussa
Le morceau de gâteau
Le beurre
La feuille de bananier
7
8
9
Yé krik, yé krak…
Il y avait en Afrique, le pays de mes ancêtres, une brave femme qui n'avait qu'un fils. Comme elle était pauvre et n'avait pas grand-chose à lui laisser, elle lui avait donné un beau et grand nom. Elle l'appela Moussa du nom de l'un des rois africains le plus célèbre de l'Histoire de cet immense continent.
Moussa grandit. Il avait un patronyme glorieux mais n'en était pas plus fier pour autant.
L’enfant avait l'habitude d'aller voir très souvent sa grand-mère dans le village voisin. La vieille dame l’aimait beaucoup et ne manquait jamais de lui donner quelque chose à chacune de ses visites.
Un jour, elle lui donna un beau morceau de gâteau en lui disant :
- Ne le perds pas et tiens-le bien serré !
- Sois tranquille grand-mère ! répondit l’enfant.
Et, il serra si bien le gâteau entre ses doigts, que, lorsqu’il arriva chez lui, il n'en restait plus qu'une poignée de miettes.
10
11
12
- Moussa, qu'est-ce que tu m’apportes là ? demanda la maman.
- Du gâteau, maman, répondit l’enfant.
- Du gâteau ! Mais qu’as-tu fait du bon sens que je t'ai donné à ta naissance ? Quelle manière as-tu de porter un gâteau ! Tu aurais dû l'envelopper dans une toile fine et le mettre dans ton chapeau, puis tu aurais posé délicatement ton chapeau sur ta tête, et tu serais revenu tranquillement chez toi ! As-tu bien compris mon fils ?
- Oh oui, maman, répondit Moussa en secouant la tête par saccades de bas en haut et de haut en bas.
Quelques jours plus tard, Moussa retourna chez sa grand-mère, et cette fois-ci, elle lui donna une boule de beurre bien frais.
Moussa l'enveloppa soigneusement dans une toile fine, la mit dans son chapeau, posa délicatement son chapeau sur sa tête, et revint tranquillement chez lui.
Hélas, le soleil d’Afrique est très chaud. Le beurre commença à fondre et se mit à couler de tous les côtés !
Lorsque Moussa arriva chez sa maman, le beurre n’était plus dans le chapeau, il s’était répandu sur l’enfant.
13
14
15
En le voyant arriver, la maman leva les bras au ciel et s’écria :
- Moussa, mais qu'est-ce que tu m’apportes là ?
- Du beurre, maman, répondit le jeune garçon.
- Du beurre ?... dit la maman en secouant la tête. Mais, Moussa, qu'as-tu fait du bon sens que je t’ai donné à ta naissance ?... Ce n'est pas la bonne façon de transporter du beurre ! La bonne manière, c'est de l'envelopper avec des feuilles fraîches de bananier et, tout le long du chemin, de le tremper dans la rivière et de le tremper encore, et encore, et puis après, on l'apporte chez soi. As-tu bien compris mon fils ?
- Oh oui, maman, dit Moussa en secouant la tête par saccades de bas en haut et de haut en bas.
La semaine suivante, lorsque Moussa retourna chez sa grand-mère, elle lui donna un joli petit chien.
16
17
18
Moussa l'enveloppa dans des feuilles fraîches de bananier, puis il le trempa dans la rivière, et il le trempa encore, et encore. Et après, il le prit dans ses mains pour l'apporter à la maison. Mais quand il arriva, le pauvre petit chien était presque mort. Sa maman l’examina et dit :
- Moussa, mais qu'est-ce que tu m’apportes là ?
- Un petit chien, maman, répondit l’enfant en souriant.
- Un petit chien ! dit la maman en secouant la tête. Mais, Moussa, mais qu'as-tu fait du bon sens que je t'ai donné à ta naissance ?... Ce n'est pas la bonne manière de porter un petit chien ! La bonne manière, c'est de lui faire une laisse avec une longue corde, de le mettre par terre puis, de le tirer après soi. As-tu bien compris mon fils ?
- Oh oui, maman, répondit Moussa en secouant la tête par saccades de bas en haut et de haut en bas.
Lorsqu’il revint chez sa grand-mère, elle lui donna un Tapalapa, un joli pain tout frais à la croûte croustillante et à la mie épaisse.
19
20
21
Moussa prit une longue corde ; il en attacha un bout autour du pain, puis il mit le pain par terre, saisit l'autre bout de la corde, et revint chez lui en tirant le pain derrière lui.
Quand il arriva, la maman regarda l’objet au bout de la corde, et dit :
- Moussa, mais qu'est-ce que tu m’apportes là ?
- Un Tapalapa, maman, dit l’enfant. C'est grand-mère qui me l'a donné.
- Un Tapalapa !... dit la maman. Oh ! Moussa ! Mais tu n'as point de bon sens ! C’est à désespérer ! Tu n'en as jamais eu, et tu n'en auras jamais point !... Dorénavant, tu n'iras plus chez ta grand-mère ! C'est moi qui irai, et, désormais, je ne t'expliquerai plus jamais rien !
Le lendemain matin, la maman se prépara pour aller chez la vieille dame et elle dit :
- Moussa, regarde ces six petits pâtés que je viens de faire cuire ? Je les ai mis devant la porte pour les faire refroidir. Tu les protégeras du chien et, si tu as besoin de sortir, fais bien attention comment tu passes dessus, n'est-ce pas ?
- Oui, maman, répondit l’enfant.
Puis, la maman s'en alla chez la grand-mère.
Les six petits pâtés refroidissaient sur deux rangs sur le seuil de la porte de la case.
22
23
24
Mais, comme Moussa voulait sortir pour aller jouer, il fit bien attention pour passer sur les pâtés.
- Un, deux, trois, quatre, cinq, six !... compta-t-il scrupuleusement en mettant son pied exactement au milieu de chacun d'eux !...
Et savez-vous, ce qui arriva quand sa maman rentra ?
Personne n'a jamais pu le dire, mais vous pouvez peut-être le deviner... et on est presque certain que Moussa ne sut jamais le goût qu'avaient ces pâtés-là !
Il ne suffit pas de porter un nom célèbre pour être habile.
JE DÉBATS
25