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IL ÉTAIT UNE FOIS LE BOUILLON D’AWARA

Alain LANDY 2024

« La légende est à mes yeux plus vraie que l'histoire. » Alain

Le véritable amour n’a pas de frontière

Il était une fois, un jeune explorateur envoyé à la découverte de la Guyane par le roi de France.

Dans cette lointaine colonie, il découvrit l’amour et le bouillon d’awara.

Comblé, après de nombreuses péripéties, il ne revint jamais dans son pays natal.

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« Si tu manges du bouillon d’awara, en Guyane tu reviendras. » Proverbe guyanais.

Il y a temps longtemps, un matin de saison sèche, dans le Pays des Eaux abondantes (la Guyane) un étrange explorateur qui s’appelait Joseph débarqua au port de Cayenne. Il avait la peau couleur de lune et il était envoyé par le roi de France pour parcourir l’immense forêt de sa lointaine colonie.

Trois jours après son arrivée, Joseph partit seul à bord d’une pirogue et, au bout de quelques semaines, il arriva aux pieds des Monts Tumuc Humac.

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Durant son périple, il ne rencontra personne qui puisse l’aider.

Devant la montagne, épuisé, il s’assit au pied d’un arbre immense. Il fit un feu et mangea quelques fruits qu’il avait récoltés durant la journée, deux biscuits de matelot ramollis par l’humidité ambiante et un morceau de viande séchée.

Tout à coup, un étrange silence se fit autour de lui. Tous les animaux s’étaient tus et semblaient avoir disparu subrepticement. Un danger le menaçait-il ? Il n’eut pas le temps de se lever, qu’un groupe de guerriers à la peau cuivrée et aux yeux en amande l’entourait et le menaçait de leurs lances ou de leurs flèches.

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Il crut sa fin arrivée quand une belle jeune femme s’avança et dit d’une voix impérative :

  • Ne le tuez pas, nous ne savons pas qui il est. C’est peut-être un esprit bon envoyé par nos dieux !

C’était la première fois que les habitants de ce village voyaient un homme blanc.

Ils commencèrent à le toucher du bout des doigts. Ils examinèrent ses yeux, ses oreilles, son nez, sa bouche, sa barbe, ses vêtements et s’aperçurent qu’il ressemblait à un humain.

Et alors, il apparut aux yeux de tous que la jeune femme le trouva à son goût.

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Elle dit au chef qui commandait le groupe :

- J’apprécie cet homme. S’il est arrivé seul jusqu’à nous, c’est qu’il doit être courageux et habile ! Emmenons-le au village avec nous.

- Mais, sais-tu vraiment d’où il vient. N’est-il pas dangereux de l’emmener dans notre village ? répliqua le cacique.

  • Je ne vois aucun danger, répondit-elle, nous le mettrons dans le plus grand carbet et nous le surveillerons.

Et il fallut peu de temps pour que l’homme blanc trouve lui aussi la jeune femme très attirante.

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Au début, les deux jeunes gens ne se comprenaient pas car ils ne parlaient pas la même langue.

Mais le véritable amour a-t-il besoin de longs discours ?

Les signes, les rires et les sourires ne peuvent-ils pas les remplacer ?

Rapidement Joseph comprit que la jeune et belle personne portait le doux nom de Ouana.

Et c’est ainsi que quelques mois plus tard, Ouana donna naissance à un magnifique enfant comme le sont tous les enfants de l’amour.

Joseph et Ouana étaient heureux dans ce village au cœur de la forêt guyanaise.

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Mais un jour, le jeune homme tomba gravement malade. La fièvre envahit tout son corps.

A cette époque-là, la Guyane était redoutée à cause de ses fièvres inconnues et meurtrières.

Le Chaman du village lui administra toutes les potions, tous les remèdes qu’il connaissait.

Mais, de jour en jour, la vitalité de Joseph déclinait. Alors, tout le village se réunit sous le grand carbet afin de trouver une solution :

- Que devons-nous faire ? demanda le cacique.

  • Il devrait retourner chez lui, proposa Ouana, sinon il va mourir.

La jeune femme était désespérée.

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Joseph l’implora :

- Si je dois partir me soigner dans mon pays, Ouana, ne me laisse pas y aller tout seul, s’il te plait, accompagne-moi !

Mais Ouana, qui n’avait jamais quitté sa forêt natale, ne voulait pas abandonner ni sa famille, ni son village. Désespérée, elle ne souhaitait pas non plus que Joseph la quitte. Elle sentait son cœur se briser. Même Mamak, sa maman, était accablée pour elle. Elle voulut l’aider et lui proposa :

- Je sais ce qu’il faut faire pour qu’il revienne ici. Va récolter des awaras et rapporte-moi tous les légumes de l’abattis que tu trouveras.

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Pendant trois jours et trois nuits, Mamak fit cuire à feu doux le jus d’awara dans lequel elle ajouta au fur et à mesure toutes les viandes et tous les poissons boucanés qu’elle conservait chez elle.

Puis, elle compléta sa préparation avec les légumes rapportés par sa fille.

Joseph mangea lentement ce bouillon d’awara avec du couac et il trouva ce mets délicieux.

Mais, le jour du grand départ arriva.

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Les villageois installèrent Joseph dans une pirogue le plus confortablement possible, avec des provisions et ils lui dirent de descendre les rivières et les fleuves jusqu’à la mer. En chemin, il rencontrerait certainement des personnes qui pourraient l’aider à rentrer dans son pays.

Les jours puis les semaines puis les mois passèrent.

Dans son cœur, Ouana ne pouvait pas croire que Joseph ne reviendrait plus. Elle voyait son visage tous les jours dans celui de leur enfant. L’amour et l’espoir la faisaient parcourir toutes les nuits la forêt à sa recherche. Dans le royaume de France, Joseph ne parvenait pas à oublier Ouana et son enfant.

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Au bout de quelques temps, il fut guéri. Mais son cœur était malade. Sa femme et son enfant lui manquaient trop. Il ne parvenait pas à vivre sans eux. Il devait revenir le plus vite possible en Guyane.

Après une seule année qui lui parut interminable, profitant des vents porteurs, Joseph reprit le bateau pour Cayenne.

Il refit le même chemin qui l’avait conduit la première fois à Ouana. Mais la forêt guyanaise est immense et beaucoup d’arbres se ressemblent.

Il marcha longtemps, longtemps : il ne trouvait pas le village de Ouana.

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Quand la nuit tombait, il allumait un feu pour se réchauffer, cuire sa nourriture et être visible de loin. De son côté, comme tous les jours, Ouana cherchait Joseph. Une nuit, dans l’épaisse végétation, elle aperçut la lueur d’un feu. L’espoir fit battre la chamade à son cœur amoureux. Aussitôt, elle se mit à courir dans la direction de cette lumière en criant :

- Joseph, Joseph, est-ce- toi ?

Quand Joseph entendit son prénom, il se leva d’un bond, courut dans la direction de la voix en hurlant :

- Ouana, ma Ouana ! Oui c’est moi !

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Et ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre :

  • Je n’arrivais plus à vivre sans toi ma Ouana, et je n’ai jamais oublié le bon bouillon d’awara que Mamak, ta mère, avait préparé pour moi avant mon départ.

Quelques jours plus tard, Joseph partit en pirogue avec sa femme et son enfant pour fonder un nouveau village sur le fleuve Oyapock. Sur le chemin, Ouana n’arrêtait pas de rire tant elle était heureuse de ces retrouvailles. Et c’est depuis ce temps que tout le monde en Guyane appelle leur village Ouanari.

Pour se souvenir de Ouana et de Joseph, chaque année à la même époque, leurs descendants et désormais tous les Guyanais préparent le bouillon d’awara. Ainsi, d’une histoire d’amour était née une belle tradition.

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Le bouillon d'awara (bouyon wara en créole guyanais) est un mets guyanais typiquement local, constitué d'un grand nombre d'ingrédients liés par la pâte du fruit d'awara, longuement réduite au préalable dans une marmite.

Il est traditionnellement préparé lors des fêtes de Pâques et dégusté le dimanche de Pâques. C'est un mets dont la préparation prend beaucoup de temps, jusqu'à trente-six heures.

À la fin de la préparation, le bouillon d'awara est de couleur orangé à marron clair. Il est accompagné le plus souvent de riz blanc.

Un proverbe dit : « Si tu manges du bouillon d'awara… en Guyane tu reviendras »

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Joseph l’explorateur

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Un guerrier

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Ouana, la belle jeune femme

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Le chef du village

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Le bébé de Ouana et Joseph

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Le chaman

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Les awaras

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Le feu pour la cuisson

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Le navire

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Joseph revient en Guyane

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La forêt guyanaise

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Le carbet de Ouana et Joseph

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Le palmier awara

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MAKAK LE SINGE ET LES AWARAS

Sur un stipe d’awaras, là-haut tout au sommet,

Une grappe presque mûre pour tomber attendait.

La bouche salivant Makak est affamé,

Mais les longues épines l‘empêchent de monter.

Alors, fanfaronnant à qui veut bien l’entendre,

Il fait le connaisseur, celui qui peut prétendre :

« Tes piquants ne sont pas des armes bien terribles,

Quelques acrobaties et tout devient possible.

Tes fruits sont insipides et je suis un gourmet,

Je les laisse aux médiocres, sans goût et sans palais. »

L’orgueil et le dépit masquent souvent leurs traces,

Chez ceux qui ne savent jamais perdre la face.

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Tu imagines...

Deux personnages ont assisté à la scène et sortent du bois...

❏ Proposition 1 : L’un se moque de Makak

❏ Proposition 2 : L’autre veut lui enseigner la modestie

Ecris un acte d’une scène théâtrale, en observant les normes de ce

type d’écrit.

Tu comprends...

1. Cherche et donne la signification des expressions ou des mots

suivants : stipe - fanfaronnant – médiocres – gourmet – orgueil

– dépit – perdre la face.

2. Explique la phrase suivante : il fait le connaisseur, celui qui peut

prétendre.

3. Dans cette fable qu’est-ce qui cause du dépit à Makak le

singe ?

Tu recherches...

Une seule de ces trois fables de Jean de La Fontaine a inspiré l’auteur. Trouve-la, justifie ton choix puis compare-les.

❏ Le Lion et le Moucheron

❏ Le Renard et la Cigogne

❏ Le Renard et les Raisins

Tu débats...

1. Confronté à plus fort que toi, t’est-il déjà arrivé de « faire le

fanfaron » ou de perdre la face ? Si oui, à quelle occasion ?

2. A ton avis, comment peut-on éviter de perdre la face ?

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Bienvenue en Guyane: le pays du bouillon d’awara.