Lettre ouverte au Professeur Israël Nisand
Monsieur le Président du Collège National de Gynécologie Obstétrique,
Monsieur le professeur Nisand,

Depuis plusieurs années maintenant, nous militons pour que les violences gynécologiques et obstétricales soient enfin reconnues et prises à bras le corps par les gynécologues de notre pays. Depuis des années nous décrivons les humiliations, les infantilisations, les mutilations injustifiées, les infractions aux droits les plus élémentaires que tant de nous vivent et ont vécu dans vos cabinets, dans vos salles d’accouchement, dans vos services d’hospitalisation.

Ces histoires, qu’il suffit d’évoquer en famille, au travail ou entre amies pour que tant d’autres se révèlent, commencent à être relayées par la presse. Ces histoires, loin d’être des cas individuels malheureux, apparaissent alors de façon flagrante comme le produit d’une gynécologie obstétrique hyper médicalisée, centrée sur l’organe et la pathologie, fière de ses réussites en matière de mort périnatale qui restent discutables et qui en a oublié qu’elle est d’abord une médecine au service de la femme.

La société savante que vous présidez n’en a cure et poursuit même la longue tradition de disqualification de la parole des femmes. La dernière en date figurait dans le «Grand angle » du Figaro du 18 avril dernier, consacré aux violences obstétricales. En affirmant que nos souvenirs sont erronés du fait d’un « drainage de sang vers l’utérus, au détriment du cerveau », vous avez choisi le déni, le mensonge et le mépris. Vous et vos collègues ne cessez de justifier les mauvais souvenirs voire les traumatismes de ces femmes que par l’incompréhension de celles-ci à l’égard d’actes et de moments nécessairement violents, sans jamais remettre en cause vos propos ni vos pratiques ni même promouvoir d’études sur ce plan.

Vous disqualifiez les femmes victimes et vous poursuivez toujours plus loin en rejetant la responsabilité sur celles qui n’auraient qu’à changer « sur le champ » de médecin ou de sage-femme, dès lors que nous aurions « toujours le loisir d’aller consulter ailleurs ». De tels propos sont affligeants de la part du Président de la société savante française de gynécologie obstétrique. C’est affligeant de bêtise, d’une méconnaissance crasse des mécanismes de la violence, affligeant d’irresponsabilité.

Comment pouvez-vous commettre des erreurs pareilles ? Comment pouvez-vous méconnaître à ce point ce qui se joue dans une relation thérapeutique et ce qui se joue dans la tête des femmes ?

Certaines de vos interventions publiques ou filmées nous donnent des indices. Ainsi, lors des 17e Journées du Collège des Gynécologues et Obstétriciens en Alsace (en 2016), vous développiez un propos sur la juste distance entre le gynécologue et la patiente, et invitiez vos collègues à se placer « sur un piédestal, dans un halo de mystère ». Une telle mégalomanie pourrait faire rire si elle n’était pas présentée de façon aussi sérieuse et officielle par un professeur élu par ses pairs pour représenter la pointe de la connaissance en gynécologie. Une mégalomanie bien éloignée du partenariat médecin-malade que tous les médecins correctement formés veillent à rechercher, sur un pied d’égalité avec leurs patients. Une mégalomanie associée à un positionnement bien ambigu, si détestable dans cette médecine touchant à l’intime.

Un positionnement qui vous conduit d’ailleurs à mettre en doute la qualification pénale retenue par la Justice à l’égard des actes d’un de vos collègues, condamné pour xx viols et agressions sexuelles, collègue que vous trouviez pourtant si « affectueux » (sic !) avec ses patientes.

Non professeur Nisand, vos patientes n’ont pas à voir en vous un homme grand et mystérieux. Elles n’ont pas non plus à subir votre « affection », pas plus que vous n’en cherchez auprès de votre andrologue. Cessez instamment de voir en elles des petites filles en recherche de père, que face à leurs jambes écartées vous représenteriez. Vos insinuations incestuelles (sic) ne sont que le fruit de vos élucubrations d'un gynécologue d'un autre temps, bien trop sûr de lui et qui confond certainement son métier avec sa relation personnelle aux femmes. Vos patientes ont droit à un médecin professionnel, c’est-à-dire humble, clair, accessible et non équivoque, dont les gestes, les propos et les explications sont fondées uniquement sur la science.

Nous, femmes patientes coutumières de gynécologues obstétriciens, à la merci de ce types de dérapages que vous semblez encourager, femmes soumises aux gestes et propos méprisants au moment où nous sommes dans une position vulnérable, femmes victimes d’actes de torture parfois insoutenables, nous attendons que vous vous réveilliez et que vous sortiez du fameux halo de mystère qui manifestement vous aveugle.

Nous vous demandons de cesser de considérer la maltraitance gynécologique comme une vue de l’esprit et de placer cette thématique au centre des travaux de la société savante que vous présidez. Cessez de disqualifier la parole des femmes et donnez-leur enfin la place légitime dans la prise en charge médicale, c’est-à-dire au centre.

Le Collectif de Défense des Victimes de Violences Obstétricales et Gynécologiques
Pour l'Institut de Recherche et d'Actions Pour la Santé des Femmes I.R.A.S.F

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