Lettre ouverte concernant la suspension de Nathan Cofnas à l’Université de Gand
Nous, les collègues de Nathan Cofnas, soutenu par de nombreux·ses collègues à l’international – voulons répondre aux cadrages négatifs et erronés sur la décision de l’université de Gand de suspendre Nathan Cofnas. Par cette lettre, nous souhaitons soutenir la décision de l’université de Gand d’ouvrir une enquête, et résister la présentation de cette enquête comme la punition d’un « lanceur d’alerte ». Et nous exhortons l’université de Gand à ne pas se laisser instrumentaliser par les personnes ou les réseaux qui tentent d’utiliser l’institution pour donner de la crédibilité à la pseudoscience raciste. Nous sollicitons votre soutien par la signature de cette lettre, car elle aborde des questions plus larges sur le milieu académique, qui sont importantes pour les chercheuses et chercheurs du monde entier.
Dans cette lettre, nous expliquons que :
1. Des sérieuses inquiétudes ont été soulevées concernant l’embauche de Cofnas à l’université de Gand bien avant la mort de Jason Arday. Ces préoccupations relèvent de ses idées racistes et suprémacistes blanches, ainsi que sur la procédure à travers laquelle il a été recruté.
2. La décision de suspension de l’université de Gand n’était pas la sanction d’un « lanceur d’alerte », et nous ne la considérons pas comme une atteinte à la liberté académique.
3. L’université de Gand a de nombreuses raisons de mener une enquête disciplinaire fondée sur son propre code de conduite éthique.
Cette lettre est une initiative personnelle de plusieurs employé·es de l’université de Gand, et ne pas une communication officielle.
Préoccupations concernant l’embauche de Cofnas
Nathan Cofnas a été embauché à l’université de Gand en Mars 2026. Depuis, de nombreuses voix se sont exprimées concernant sa nomination au sein du projet de recherche « Liberalism’s Fertility Problem » mené par le professeur Bouke de Vries. Bien avant que Cofnas ne reçoive l’attention médiatique à la suite de la mort du Professeur Jason Arday, le département de Philosophie et Sciences Morales avait exprimé ses inquiétudes concernant les opinions de Cofnas et le processus qui avait conduit à son embauche (voir ici).
A plusieurs reprises, Cofnas a fait des déclarations qui, selon nous, violent le code d'éthique de l'université, notamment les règlements suivants : « La liberté d'expression n'est pas illimitée : Vous n'incitez pas à la discrimination, à la haine, à la violence ou à la ségrégation envers autrui » et « Vous ne diffusez pas d'idées sur la supériorité d'une race ou de haine raciale. »
La plupart des déclarations qui, à notre avis, enfreignent clairement ce code proviennent du blog de Cofnas « A Guide to the Hereditarian Revolution ». Le passage suivant a été le plus cité : « [Dans une méritocratie] les Noirs disparaîtraient de presque tous les postes de haut niveau, en dehors du sport et du divertissement. » Moins cité est le fait qu'il pense que « les législateurs devraient prendre en compte la manière dont leurs politiques influenceront la composition raciale de la société, et quels effets cela pourrait avoir. » Cofnas appelle également explicitement à la ségrégation raciale et au « tribalisme racial », déclarant : « Il doit y avoir des barrières entre les races pour que chacune exprime son propre génie unique. Et dans le cas des conflits de groupe, le tribalisme racial peut parfois être la clé pour résoudre les problèmes d'action collective. Si les blancs sont attaqués en tant que blancs, il est logique qu'ils ripostent en tant que blancs. »
Dans le blog, Cofnas qualifie en outre American Renaissance de « centre important pour des discussions de haute qualité sur la race ». American Renaissance est un magazine publié par la New Century Foundation (NCF) qui se décrit comme « réaliste racial », le mot que Cofnas utilise également pour désigner sa propre position. La New Century Foundation est dirigée par le suprémaciste blanc Jared Taylor. Le Southern Poverty Law Centre décrit la NCF comme « un think tank autoproclamé qui promeut des études et recherches pseudo-scientifiques prétendant démontrer l'infériorité des Noirs par rapport aux Blancs. » Il incluait également la NCF sur sa liste des groupes haineux.
Cette liste d'exemples n'est pas exhaustive. Plus de déclarations de Cofnas (y compris après son embauche) sont disponibles ici.
Lorsque des réserves concernant l'embauche de Cofnas ont commencé à être exprimées, tant en interne qu'en public, l'administration de l'Université de Gand a déclaré que la procédure des ressources humaines ne pouvait pas prendre en compte les déclarations faites avant son embauche à l'université. Cependant, Cofnas a continué à répéter ces déclarations après son embauche. Il a également utilisé l'attention médiatique qu'il a reçue dans le contexte de ses accusations contre Jason Arday pour diffuser davantage les opinions évoquées précédemment (voir ci-dessous). Cela signifie que Cofnas a montré qu'il adhère toujours aux opinions que nous avons identifiées comme problématiques lors de son embauche, puisqu'il a explicitement exprimé ces opinions à plusieurs reprises. Selon nous, cela constitue une violation du code d'éthique de l'université.
Décision de suspension de l'Université de Gand
Le 20 août 2026, l'université a annoncé avoir suspendu Nathan Cofnas afin de permettre une enquête. Premièrement, il ne s'agit pas d'une sanction : il s'agit uniquement d'une mesure de précaution pendant que la Chambre disciplinaire de l'Université de Gand enquête sur les plaintes et décide si son dossier sera traité par le Conseil disciplinaire, qui est également composé de spécialistes externes – et qui n'est donc pas seulement constitué d'employé·es internes de l'Université de Gand. (Un des membres du conseil d'administration a expliqué la signification spécifique de la mesure ici, en néerlandais. Un autre membre a posté à ce sujet sur X , en anglais.)
Deuxièmement, la chronologie des plaintes déposées auprès de l’université bien avant la mort de Jason Arday montre clairement que l’ « alerte » de Cofnas n’était pas la cause des actions de l’université aujourd’hui. Nous ne considérons pas les accusations de fraude comme le problème ici. En revanche, nous contestons le racisme flagrant auquel elles ont été reliées. C'est Cofnas lui-même qui rend impossible de séparer sa critique de Jason Arday et ses vues sur la race. Il a été invité à une multitude de podcasts pour parler de l'affaire Arday et, à plusieurs reprises (voire la plupart), il a combiné cela avec un exposé sur ses opinions sur la race (par exemple ici, ici et ici).
Troisièmement, la décision de l'Université de Gand d'enquêter sur cette affaire ne viole ni la liberté académique ni la liberté d'expression. Nous croyons que ces principes ne dispensent pas une université de sa responsabilité de protéger la participation de tous les chercheur·euses à la vie académique en tant que membres légitimes et égaux de la communauté. L'Université de Gand déclare explicitement s'opposer à « toutes les formes de discrimination indirecte ou directe, d'exclusion, de ségrégation, de racisme et de traitement inégal ». Si l'université s'engage à s'opposer au racisme dans le milieu universitaire et à protéger les chercheur·euses contre les ciblages racisés organisés, elle doit examiner et assumer ses propres responsabilités institutionnelles. Cela inclut la manière dont Cofnas a été nommé, les garanties appliquées et si sa conduite est compatible avec les normes déontologiques et éthiques que l'Université de Gand attend de ses chercheuses et chercheurs. L’université ne peut pas prétendre, de manière crédible, offrir un environnement académique sûr et inclusif tout en employant un chercheur qui soutient que les Noirs sont intrinsèquement moins intelligents et que les professeurs noirs doivent leur présence dans les universités aux politiques de DEI (Diversité, Equité, Inclusion) plutôt qu’à leur mérite.
Enfin, les défenseurs de Cofnas décrivent les appels à une enquête disciplinaire comme censure de la science « controversée ». À cet égard, il est important de noter que Cofnas ne mène pas lui-même de recherches sur la race et le QI. Cofnas a publié deux articles dans lesquels il soutenait que les scientifiques devraient être libres d'étudier le lien entre race et QI, mais il ne s'agit pas d'articles scientifiques qui traitent de la question raciale et du QI. Dans ses articles académiques, Cofnas présente la relation entre race et QI comme une simple hypothèse : « rien n'indique qu'il est particulièrement improbable que les différences raciales comportent une composante génétique substantielle. »Comparez cela à son langage dans l'introduction de « Un Guide » : « une révolution héréditaire est à la fois réalisable et souhaitable. » Le « réalisme racial » est le meilleur terme pour décrire la position scientifiquement correcte. » Les passages problématiques du billet de blog ne font pas partie de recherches originales, mais sont des affirmations idéologiques fondées sur des sources pseudoscientifiques et une fausse représentation de la science existante. Cofnas ne fait pas l’objet d’une enquête pour avoir formulé une hypothèse dans ses écrits académiques, mais pour les déclarations problématiques faites sur son blog et dans d'autres contextes non académiques, tout en utilisant son affiliation à une institution académique comme moyen de créer l'illusion que ses opinions sont une forme de discours académique.
Outre le fait que le soi-disant racisme scientifique a été critiqué et démystifié par de nombreux chercheurs et chercheuses issus de différents domaines pertinents, Cofnas lui-même a reçu de nombreuses critiques pour la manière dont il « défend » ses opinions racistes.
Interrogé sur les affirmations faites par Cofnas concernant la race, l'expert en QI Han van der Maas a déclaré que « les affirmations exceptionnelles nécessitent des preuves exceptionnellement solides, et je ne vois pas Cofnas fournir de telles preuves. » Le biologiste Kevin Bird a écrit : « Cofnas et tous les autres racistes scientifiques ne répondent pas aux standards académiques de base. Ils ne lisent pas et ne s'engagent pas avec les preuves. » Le biologiste Gregory Kohnécrivait que« Cofnas résiste constamment même à s'approcher de la littérature scientifique moderne. [...] Il traite uniquement la controverse superficielle et seulement la superficialité de la controverse. » Le généticien Adam Rutherford : « Le travail de Cofnas est nul, et n'aurait jamais dû bénéficier d'une crédibilité académique. » Et le généticien statistique Sasha Gusev a qualifié Cofnas de « penseur superficiel » et de « raciste » et a déclaré que son travail repose sur « zéro preuve du tout ».
Il est important d'ajouter ici que Gusev lui-même estime que la liberté académique devrait être (presque) absolue, et ne pense donc pas que Cofnas doive être sanctionné. Comme il le dit lui-même : « Je défendrai le principe de liberté académique et je soulignerai aussi que [Cofnas] est un imposteur. » Des déclarations similaires ont été faites lors de discussions récentes, notamment par d'autres critiques véhéments de Cofnas comme Turkheimer, expert en génétique comportementale.
Nous convenons que la liberté académique est importante et doit être protégée. Cependant, nous pensons aussi que la liberté académique n'est pas absolue. La liberté académique dépend de principes disciplinaires fondamentaux tels que l'intégrité, l'honnêteté intellectuelle et l'engagement envers la recherche de la vérité. Protéger la liberté académique nécessite également de s'attaquer à des comportements qui sapent les principes mêmes sur lesquels elle repose. L'abus des conditions de la recherche ouverte et la déformation délibérée entravent clairement la liberté académique plutôt que de la faire avancer.
Depuis des décennies, des organisations comme Pioneer Fund et désormais Human Diversity Foundation (Polygenic Scores) tentent d'infiltrer les universités et autres institutions académiques pour donner une impression de crédibilité à leurs opinions racistes. Ils financent des recherches sur la supposée infériorité des personnes racialisées, souvent combinée à des vues eugénistes non scientifiques. Leur stratégie combinant communication en ligne et infiltration académique a été bien documentée.
Cofnas lui-même semble moins préoccupé par la question de la liberté académique. Dans ses propres écrits, on trouve de nombreux passages appelant à l'expulsion des dissidents de l'université plutôt qu'à engager un dialogue rationnel avec eux. Dans son billet de blog Pourquoi il faut parler du problème de stupidité de la droite, il a écrit : « Nos institutions regorgent de voyous délirants de la Garde rouge— et dans de nombreux cas mentalement malades — de vrais croyants qui ont été nommés pour maintenir le statu quo idéologique », ajoutant que « nous devons trouver des moyens légaux pour écarter ces personnes des postes d'autorité » car « elles n'accepteront pas de preuves de l'héréditarisme quoi qu'il arrive. » Dans Beating Woke with Facts and Logic, il écrivait : « Nos institutions regorgent de fanatiques woke qui n'écouteront jamais la raison et elles devraient être purgées. Les droits civiques ont été une arme puissante entre les mains des wokistes, et nous devons leur arracher. »
Enquête disciplinaire contre la discrimination et le racisme
Les préoccupations soulevées ci-dessus semblent avoir défini les bases de l'enquête disciplinaire de l'Université de Gand concernant l'embauche de Cofnas. Deux points sont centraux à réaffirmer ici.
Premièrement, l'enquête disciplinaire elle-même est nécessaire car elle répond à une embauche qui semble avoir été faite sur la base d'une recherche ouvertement raciste et suprémaciste blanche. Nous devons rester fermes : la liberté académique s'arrête là où le racisme commence. Nous pensons donc que l'Université de Gand dispose de nombreuses raisons de justifier une enquête disciplinaire sur la nomination de Nathan Cofnas. L'Université de Gand doit s'exprimer clairement, agir avec transparence et assumer la responsabilité de l'environnement académique que ses décisions contribuent à créer. Si l'Université de Gand ne le fait pas, elle risque non seulement d'abandonner ses propres chercheuses et chercheurs noir·es et racialisé·s, mais aussi de perdre sa crédibilité et de nuire à sa réputation internationale.
Deuxièmement, Cofnas n'est ni un cas isolé ni une anomalie. Comme montré ci-dessus, il existe un réseau plus large qui fournit l'architecture pour légitimer et (ré)affirmer activement les conceptions racistes et suprémacistes blanches par des tentatives d'infiltration de la recherche académique et des revues. Cela signifie que la responsabilité de l'université dépasse le cas individuel de la nomination de Cofnas. L'Université de Gand doit donc examiner non seulement cette nomination, mais aussi les pratiques institutionnelles plus larges qui rendent de telles embauches possibles. C'est la raison pour laquelle nous demandons à l'Université de Gand de respecter et d'appliquer son propre code d'éthique, tout en soulignant une fois de plus que les vues de Cofnas sur la race ne sont pas seulement contraires à l'éthique et abominables, mais aussi fondées sur de la pseudoscience. Cela concerne les chercheuses et chercheurs du monde entier, car les appels à la liberté académique absolutiste comme prétexte pour mener des recherches racistes et pseudoscientifiques menacent l'intégrité et la crédibilité de la recherche dans son ensemble.
Initié par:
Gillian Mathys, Pieter Beck, Jana De Kockere, Jonas Adriaensens, Koen Bogaert, Ophélie Mercier, Sigrid Vertommen, An van Raemdonck, Noah Lena Vercauteren, Elif Lootens, Eline Mestdagh