Contre la pièce SLĀV
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Nous sommes un groupe d’artistes visuels, d’auteur.e.s, d’universitaires, de journalistes, et de travailleurs et acteurs communautaires, mais plus surtout des Montréalais.e.s inquièt.e.s. Nous avons été choqué.e.s et même dégoûté.e.s que la production théâtrale se basant sur des chansons d’esclaves afro-américains soit coordonnée par un groupe de personnes blanches, jouée par un groupe majoritairement blanc et présentée par le Festival international de Jazz de Montréal au Théâtre du Nouveau-Monde. Nous sommes alarmés par l’omission, et la mise sous silence, des voix de personnes noires dans la création, le développement, la mise en scène et la promotion de la pièce SLĀV.

Ces chansons ont pris naissance dans le génie des Africain.e.s subissant l’esclavage. Ces chansons permettaient à ces personnes d’élever leurs esprits, malgré les tortures physiques, sexuelles et psychologiques qu’elles subissaient. Elles servaient également, à travers leurs paroles, à communiquer des cartes et routes d’évasion. Ces chansons d’esclaves sont nées dues à une myriade de violences mises en place, perpétuées et maintenues par des structures de pouvoir blanches. À travers la pièce SLAV, ces violences sont exploitées au profit des artistes et des producteurs blancs, ceux qui personnifient et perpétuent l’histoire d’exploitation et de marginalisation des populations noires, au Québec et ailleurs.

La myriade de problèmes de la pièce SLĀV nous obligent, un groupe de divers Montréalais.e.s, à émettre une série de revendications adressées aux partis directement et indirectement responsables de ce spectacle. Précisément :

1. Nous appelons les artistes, producteurs et autres acteurs culturels impliqué.e.s dans la pièce SLĀV à arrêter leur participation à ce projet. Nous appelons également Ex machina (la compagnie qui produit ce spectacle) à annuler les dates de représentations restantes et à créer de l’espace et des opportunités pour des projets dirigés par des personnes noires dans lesquelles ces personnes pourront raconter leurs propres histoires.

2. Nous appelons le Théâtre du Nouveau-Monde et sa directrice, Lorraine Pintal, à présenter des excuses pour avoir diffusé SLĀV et gardé silence à ce jour. Que ce théâtre se soumette à une évaluation externe et publique de sa programmation. Nous demandons que le TNM s’engage à embaucher des auteur.e.s, metteurs en scène et acteur.rices noir.e.s.

3. Nous appelons le Festival international de Jazz de Montréal à reconnaître Roué-Doudou Boicel, un homme noir originaire de la Guyane et arrivé à Montréal à l’âge de 23 ans, comme le fondateur du Festival, à l’inscrire dans toutes ses publications expliquant l’histoire du FIJM (incluant le site web) et à développer une politique d’équité avec des objectifs précis pour l’engagement des artistes d’origines noires, autochtones et d’autres communautés de couleur (NAC).

4. Nous appelons le premier ministre du Québec, Philippe Couillard et la Ministre de la culture et de la communication, Marie Montpetit, à rectifier les inégalités raciales dans le financement public des arts au Québec ainsi qu'à mettre en place une investigation visant à comprendre ce qui a permis la production de la pièce SLĀV. Nous demandons que des mesures de financement conséquentes soient ajoutées au plan d’action de la politique culturelle québécoise récemment publié et reflétant un vide de financement pour la diversité (voir mesure 18 du plan d’action), que des professionel.le.s noir.e.s soient rajoutés aux entités consultantes et scientifiques responsable des politiques culturelles.

5. Nous appelons les deux commanditaires publiques de SLĀV, soit le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et le Conseil des Arts du Canada (CAC), à dédier du financement et des ressources de développement aux artistes NAC. Nous demandons qu’ils mettent en place une politique qui exige une consultation avec des artistes NAC pour évaluer la validité d’un projet financé qui prête un engagement avec les communautés NAC.

6. Nous appelons la banque TD, le commanditaire corporatif du Festival de Jazz, à respecter sa dite mission d’engagement envers la diversité lors de ses financements et lors de ses engagements envers des événements financés, un engagement qui n’a pas été respecté dans le cas de SLĀV puisque la pièce contribué à l'effacement des histoires et des voix noires.

7. Nous appelons les médias du Québec, dont plusieurs ont chanté des louanges à la pièce SLĀV et échoué à donner la même tribune aux voix des personnes noires, à élargir l’accès des personnes noires à leur plateforme et à prévenir le contrecoup que les personnes noires reçoivent en ce moment lorsqu’elles s’expriment sur les inégalités raciales et leurs oppressions vécues. Nous demandons que les médias québécois s’engagent à embaucher des journalistes issu.e.s des communautés NAC et à offrir une quantité croissante d’espace pour que des discussions sur le traitement de ces communautés au Québec aient lieu.

8. Nous appelons la population de Montréal à respecter les manifestants et leurs vies personnelles et privées. Nous demandons que le harcèlement et les menaces de mort envoyées aux manifestant.e.s contre la pièce SLĀV cessent. Nous demandons que le public assume sa responsabilité de s’éduquer sur les enjeux du racisme et de l’appropriation culturelle qu’il ne vit pas, au lieu de nier leur existence comme seul acte de revendication. Nous invitons également les personnes qui ont acheté un billet pour des spectacles du Festival de Jazz à donner le même montant dépensé à des organisations qui supportent lescommunautés noires, dont DESTA, Hoodstock, Black Theatre Workshop, Librarie Racines, le BCHM, Black Lives Matter, Maison d’Haïti and Songs for Betty.


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