J’ai pris connaissance de vos propositions concernant l’amélioration des conditions de travail des Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap (AESH). Forte de mes dix années d’expérience dans ce métier, je me permets de vous soumettre quelques réflexions et suggestions qui, selon moi, pourraient contribuer à une véritable reconnaissance et à une meilleure valorisation de notre profession.
Tout
d’abord, il serait pertinent de privilégier une affectation des AESH non pas à un élève en particulier, mais à une école. Une telle mesure permettrait d’éviter des déplacements fréquents et souvent contraignants, tout en assurant une continuité pédagogique au sein des établissements. Les besoins en accompagnement existent dans toutes les écoles, qu’ils concernent des élèves en situation de handicap, des troubles de l’attention ou des difficultés scolaires. Cette approche offrirait également une aide précieuse aux enseignants et renforcerait l’inclusion scolaire mais aussi l'apprentissage scolaire pour les élèves ayant des difficultés dans ce domaine.
Par ailleurs, il serait bénéfique d’instaurer une répartition des AESH par classe, en fonction de la taille de l’établissement et des besoins spécifiques des élèves. Un ratio de un à deux AESH par classe pourrait garantir un encadrement efficace et cohérent. De plus, la mise en place de contrats similaires à ceux des Agents Territoriaux Spécialisés des Écoles Maternelles (ATSEM) permettrait d’assurer une présence accrue et une meilleure coordination avec les enseignants. Nous pourrions ainsi, en complément de notre rôle auprès des élèves, contribuer à la préparation pédagogique, à l’adaptation des supports de travail et à la recherche d’activités adaptées aux besoins spécifiques (autisme, troubles cognitifs, etc.).
L’extension de nos missions aux temps périscolaires, comme la cantine, la garderie ou l’aide aux devoirs, serait également une piste intéressante. Cette polyvalence permettrait d’optimiser notre temps de travail et d’accéder à des contrats à temps plein, ce qui offrirait une stabilité professionnelle et salariale aux AESH.
Concernant la formation, il serait judicieux de proposer des sessions sur le temps des vacances scolaires (une semaine à la Toussaint, en février, en avril, ainsi qu’en juillet et août). Une telle organisation permettrait aux AESH d’acquérir des compétences supplémentaires sans empiéter sur leur temps de travail effectif, tout en évoluant professionnellement.
Enfin, la question du statut demeure cruciale. La mise en place d’un concours permettant d’accéder à un statut de fonctionnaire de la fonction publique représenterait une avancée significative. Un tel dispositif encouragerait davantage de candidats à rejoindre ce métier essentiel. Les AESH en poste depuis plusieurs années pourraient, en fonction de leur ancienneté et de leur expérience, être titularisés sans concours, tandis que les nouvelles recrues suivraient un parcours de formation avant leur intégration définitive, à l’image de ce qui existe pour les professeurs des écoles.
Je souhaite également attirer votre attention sur la précarité financière dans laquelle de nombreux AESH se trouvent. Malgré dix années d’engagement au service de l’Éducation nationale, je ne perçois pas un salaire suffisant pour subvenir dignement aux besoins de ma famille. Mon revenu ne dépasse pas 900 € par mois, me contraignant à cumuler plusieurs petits contrats et à solliciter des aides sociales pour boucler mes fins de mois. Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle met en péril notre avenir et nos perspectives de retraite. Il est impératif de revaloriser nos rémunérations afin de reconnaître à sa juste valeur notre contribution à la réussite scolaire des élèves.
Madame la Ministre, des solutions existent. Il suffit d’écouter et de prendre en compte les propositions des professionnels de terrain. La reconnaissance du métier d’AESH, par une amélioration des conditions de travail et une juste rémunération, est une nécessité si nous voulons garantir un accompagnement de qualité aux élèves qui en ont besoin.
Dans l’espoir que ces suggestions puissent nourrir votre réflexion, je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma considération respectueuse.