Lettre ouverte des directrices et directeurs du Puy-de-Dôme au ministre de l'Education nationale
Le SNUipp-FSU 63 lance une "lettre ouverte des directrices et directeurs du Puy-de-Dôme au ministre de l'Education nationale", consécutive à son attitude lors de la disparition de Christine Renon et face à l'indigence de son ministère pour améliorer la situation de la direction d'école. Cette lettre lui sera ensuite adressée dans la deuxième quinzaine de décembre avec la liste des signataires. Elle sera également utilisée dans les différentes instances ayant pour compétence de traiter cette question.

Le Conseil syndical du 7 novembre a décidé d'ouvrir cette lettre à la signature de tous les personnels.


Monsieur le Ministre,

Nous nous adressons à vous en tant que directrices et directeurs des écoles publiques du 1er degré du Puy-de-Dôme, missions que nous exerçons ou que nous avons déjà exercées.

Le geste de notre collègue de Seine-St-Denis, Christine Renon, a mis tragiquement la lumière sur la souffrance au travail des enseignants, en particulier celle de ceux chargés de la direction d’école.

Pourtant, ce n’est pas faute de vous avoir interpellé à de nombreuses reprises par l’intermédiaire nos représentants syndicaux dans les instances ainsi qu’à travers nos mobilisations du printemps dernier contre les EPSF notamment.

Nous sommes en colère ! Comment avez-vous pu, par votre absence d’écoute, permettre que notre collègue en vienne à ce geste ultime ?

Nous sommes des professionnels investis dans cette mission que nous avons choisie pour être avant tout les animateurs d’un collectif de travail : le conseil des maîtres. A ce titre, nous sommes d’ailleurs souvent le premier récepteur de la souffrance de nos collègues.

Mais aujourd’hui, notre fonction n’a plus ce sens d’animateur d’un collectif de travail car elle est mise à mal par des injonctions de plus en plus déconnectées de la réalité et des besoins de nos élèves et de nos écoles. Les personnels sont oppressés par une institution obsédée par la mesure et le contrôle qui remettent constamment en cause le travail des équipes s’il n’est pas conforme aux attentes et aux préconisations du moment.

Nous sommes submergés par des tâches administratives dont certaines relèvent du travail « invisible », énergivores en temps et en présence et qui ne nous permettent plus de faire vivre nos projets d’école. Or, dès que vous avez pris vos fonctions, votre gouvernement a supprimé nos aides administratives au lieu d’en faire un vrai métier pour des personnels sur le chemin du retour à l’emploi.

L’institution que vous représentez nous doit une protection et un soutien. Et non pas, comme c’est le cas désormais, une suspicion et une remise en cause de nos décisions renforcées bien souvent par une culpabilisation de la part de notre hiérarchie.

A travers les réformes que vous avez menées à marche forcée, sans jamais tenir compte de notre avis, nous nous sentons bafoués et considérés comme des objets de réforme et non comme des professionnels concepteurs avec une expertise, une éthique et des valeurs.

Et enfin, quel mépris que d’instrumentaliser le geste de notre collègue pour, à nouveau, proposer le statut de supérieur hiérarchique des directeurs. Et ce, le jour même de ses obsèques et de notre mobilisation massive ! Le manque de reconnaissance dont souffre notre fonction n’aura pas pour réponse un statut qui nous isolerait encore plus de nos collègues. Nous ne souhaitons pas être « les soldats » de votre politique ! Nous avons choisi notre métier et ses missions pour permettre à tous nos élèves de bénéficier du meilleur service public d’éducation possible. Et vous, vous nous rendez cette tâche impossible.

C’est dans la dignité et l’unité que nous vous demandons d’ouvrir un dialogue réel et concret. Pour remplir assurer notre fonction dans de bonnes conditions, nous voulons que vos prescriptions pédagogiques à tous les niveaux, arrêtent de mettre à mal l’ensemble des enseignants que vos choix politiques transforment en de simples exécutants de méthodes et autres guides colorés.

Pour nous soulager dans notre quotidien, nous souhaitons également l’augmentation significative des temps de décharge en fonction des besoins, et la création d’emplois statutaires d’aide administrative à l’école pour des agents formés et en contrat pérenne.
Enfin, la revalorisation de l’indemnité de direction est devenue indispensable car elle ne correspond aux responsabilités assignées aux directrices et aux directeurs.
Il est urgent de reconstruire le respect du travail de chacun mis à mal par des réformes et le « new management public » destructeurs alors que c’est de considération, de soutien et de protection dont ont besoin les enseignants.

Veuillez croire, Monsieur le Ministre, en notre engagement et en notre mobilisation pour le service public d’Education nationale.


Les directrices et directeurs d’école
du département du Puy-de-Dôme,
en fonction ou ayant assuré ces fonctions

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