Debriefing suite à notre participation au 3ème festival Plein Champ de Bourail en Nouvelle Calédonie du 27 Septembre au  2 Octobre 2011

Introduction

Depuis quelques années un contact avait été établi entre Laurent Kojfer, Denise et Daniel Vuillon par mail à propos du concept AMAP, Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne, initié sur leur ferme « Les Olivades «  depuis Avril 2001.

L'équipe du Festival Plein Champ et la Municipalité de Bourail ont décidé de placer le concept AMAP au cœur de leur festival. C'est la raison pour laquelle ils ont invités les Vuillon à participer au 3ème festival avec comme challenge d'évaluer les possibilités d'initier ce concept d'abord à Bourail puis plus largement sur le reste du Territoire.

Pour répondre concrètement à cette demande, le séjour des Vuillon s'est déroulé du 20 Septembre au 10 Octobre sous l'égide de la mairie de Bourail.

Un programme très complet de leur séjour avait été préparé par Laurent, Sabine et l'équipe du Centre Culturel communal. Un accompagnement très efficace tout en étant aussi très discret et respectueux de l'ensemble des personnes rencontrées fut assuré par Laurent qui a permis, sans aucun doute de pouvoir répondre au mieux aux objectifs souhaités.

État des lieux

La première phase de ce voyage a été d'essayer de comprendre le plus rapidement possible comment fonctionne l'agriculture, l'économie agricole et la consommation.

Pour cela il fallait rencontrer le maximum de personnes: agriculteurs dans toutes les filières , tous les types d'exploitations agricoles, mais aussi des consommateurs, les habitudes de consommation , les attentes, l’image des agriculteurs auprès des consommateurs.

On a pu grâce à ces rencontres se faire une idée , sans doute incomplète, sur l'agriculture et la consommation.

L'agriculture, les perspectives.

On avait fait une première observation dans l'avion qui nous amenait d'Osaka à Nouméa en feuilletant le journal « Les Nouvelles Calédoniennes ». Il contenait un catalogue de Carrefour dans lequel cet enseigne faisait des promos sur de la viande bovine importée, du poulet américain, etc.

On pensait que La Calédonie était auto-suffisante dans ces productions.

Notre premier constat a été de nous rendre compte qu'elle le fut mais qu'elle ne l'est plus.

On a pu constater par la suite que de gros volumes de production étaient consacrés à des opérations ponctuelles comme la production de squash destinée au marché japonais.

La situation insulaire provoque aussi des réactions particulières comme la volonté pour certains de vouloir maitriser à eux seul toute la demande de la population dans certaines productions; ou d'arriver à produire coûte que coûte pendant la période cyclonique où les prix des produits frais flambent particulièrement.

Cette situation a des effets sur les comportements des agriculteurs: individualisme, concurrence, défis, compétitivité au coup par coup. Cette situation a des effets sur les organisations agricoles: syndicalisme faible, peu de volonté coopérative, pas de mutualisation sur le matériel.

Par ailleurs le phénomène d'insularité nécessite des organismes de régulation du marché qui ont pour mission d'organiser les importations en complément des productions locales afin d'éviter des pénuries alimentaires. Comme on peut l'imaginer, de sérieuses discussions doivent avoir lieu dans ce genre d'organisme, chacun essayant de tirer la couverture à soi, les agriculteurs, les commerçants et les structures administratives.

Une autre responsabilité de l'agriculture sur l'environnement doit être prise en considération. La Nouvelle Calédonie se trouve au milieu du plus grand lagon du Monde, reconnu patrimoine mondial par l'UNESCO. En conséquence les activités humaines: agriculture, mines et habitat ne doivent pas avoir un impact négatif sur le lagon qui reçoit naturellement toutes les eaux qui proviennent de la terre ferme. Sur cette question, La Calédonie devrait devenir un modèle pour le reste de la planète. Ce pourrait-être un laboratoire où les bonnes pratiques industrielles, agricoles et urbaines devraient être mises en place et ce savoir-faire s'exporter sur le reste de la planète.

Concernant l'agriculture,

Il faut alors faire l'inventaire des meilleures terres par filière et réserver sur ces meilleures terres les surfaces permettant l'autonomie alimentaire précédemment calculée et majorée de l'augmentation prévisible de cette population.
Ces surfaces sont alors classées « nourricières » pour l'éternité, elles ne pourront être achetées que par des agriculteurs qui ne pourront les vendre qu'à des agriculteurs.

Dans la grande diversité des exploitations agricoles visitées il ressort que les plus grandes ne peuvent s'adapter au concept de l'AMAP. Les volumes produits sont trop importants et trop spécialisés pour pouvoir être commercialisés en vente directe.

Par contre de petites exploitations agricoles, particulièrement dans les tribus, sont parfaitement adaptées au concept. Elles ont besoin de stabilité économique, elles ne trouvent pas leur place dans un marché aussi spéculatif, elles doivent pouvoir assurer un revenu décent au paysan sinon il ira comme beaucoup d'autres travailler dans l'industrie minière où les salaires sont importants.

L'accueil du concept auprès de ce type d'agriculture est unanime pour les paysans et paysannes rencontrés.

Des ventes au panier ont été initiées sur Bourail depuis quelques mois marquant la volonté des participants à aller vers un partenariat et des productions locales.

Force est de constater que le revenu de ces petits agriculteurs est insuffisant. La précarité et le risque qu'ils arrêtent leur activité sont d'actualité.

Mais pour beaucoup d'entre eux, se lancer dans un engagement en AMAP est très insécurisant du fait du professionnalisme exigé par ce concept.

Alors passer par la case formation est une nécessité pour la plupart d'entre eux. Apprendre les savoir-faire au quotidien dans une exploitation agricole à l'identique de celle qui sera la leur, permet de les sécuriser, de leur donner confiance en eux et d'oser se lancer dans le contrat de l'AMAP.

Visite du jardin de Fred Garcia à Moindou

Nous avons visité son jardin et trouvé chez Fred une grande compétence professionnelle suite à un parcours complet depuis une formation théorique agricole jusqu'à la mise en pratique sur le terrain dans la production agricole même productiviste.

Le choix de Fred d'aller vers des pratiques agricoles sans intrants chimiques, dans un jardin très diversifié est l'aboutissement d'une démarche personnelle qu’il faut encourager.

Calcul du prix du panier.

Il a fallu vérifier que la méthode qui permet d'aller au juste prix de l'abonnement de ses partenaires consommateurs est réaliste.
Le 28 septembre 2011 a eu lieu une rencontre chez Fred avec Daniel et Denise, Laurent Kojfer et Marilou, futurs amapiens prêts à s’investir dans le partenariat avec Fred et
(le nom du fils de Marilou ?).

En toute transparence, Fred a ouvert sa comptabilité. A partir des éléments comptables de la ferme, Daniel a pu établir un prévisionnel de son activité dans un contexte 100% AMAP.

La présence des consommateurs responsables va leur permettre d’avoir les éléments pour sensibiliser le groupe et transmettre le sens d’économie solidaire de la démarche de chacun et le respect des principes fondamentaux :

Nous avons fait l'inventaire des charges de son jardin, augmentées de la rémunération du producteur. Ce total obtenu a été divisé par le nombre d'abonnés possibles ce qui a donné l'engagement financier des familles abonnés pour que sa ferme existe.

On voit dans cette approche qui ne prend pas en compte des références de prix liées aux mercuriales,  qu'on aura comme profil de fonctionnement:

A partir de sa première expérience de producteur fonctionnant en AMAP  Fred pourra être le référent ou « paysan essaimeur» pour la transmission du concept.

Son jardin contient tous les atouts pour devenir un jardin école où pourrait venir se former les agriculteurs rencontrés jusque-là en manque d'expérience et de professionnalisme.

Il pourra recevoir un à deux stagiaires longue-durée. Le temps passé par Fred à leur formation sera compensé par le travail fait par les stagiaires sur le jardin. Il serait souhaitable que les stagiaires reçoivent une bourse pendant toute la durée du stage (au moins un an) d'un établissement public. En contrepartie le stagiaire s'engagerait à s'installer comme agriculteur pour une durée minimale de 5 ans.

Autres potentialités sur Bourail

+ des agrumes: orange, mandarine, citron, lime, combava, cedra

+ des bananes crues et à cuire + des mangues + des litchi + des avocats + des anones

+ des grenadilles + des goyaves + des papayes

Avec des ananas entre les rangs, et d'autres fruits que nous n'avons pas eu le temps de connaître.

Nous avons trouvé anormal que dans les commerces de Bourail on trouve plus facilement des fruits qui viennent de l'autre côté de la planète que des fruits locaux. Il y a là de sérieuses perspectives d'avenir nous semble-t-il.

Conclusions

Les conditions sont réunis et favorables pour que le concept AMAP s'installe sur Bourail d'une façon durable: des producteurs identifiés, des consommateurs mobilisés (cf l'unanimité au cours du débat sur l'AMAP pendant le festival Plein Champ), une Municipalité partie prenante, tout particulièrement son Maire convaincu et déterminé à ouvrir de nouvelles voies pour l'agriculture locale.

Une coordination est cependant nécessaire aujourd’hui:

Le rôle des partenaires institutionnels

Le meilleur essaimage du concept est celui qui est fait par les acteurs eux-mêmes, producteurs  et consommateurs.

Les institutions en place: Chambre d'Agriculture, Biocalédonia et les instances publiques peuvent :

La coordination du projet d’AMAP  pourrait-être assurée par Laurent, chargé d’une mission « agro-économique et sociale » au sein de la Direction du Développement Rural.

Il est très important que cette alternative économique s'installe durablement en Nouvelle Calédonie. Elle semble particulièrement adaptée à ce territoire puisqu'elle apporte des réponses précises à des situations qui posent problèmes aujourd'hui et que le système en place semble arriver à ses limites pour les résoudre:

On consomme les produits du jardin au rythme des saisons, en lien avec les compétences de son paysan nourricier, fermier de famille comme l’appelle les québécois!

Merci à tous pour votre accueil, nous sommes heureux de vous avoir rencontrés.

Vous pouvez compter sur nous pour accompagner vos initiatives et nous espérons que notre expérience vous sera utile.

Daniel et Denise Vuillon

Octobre 2011