Droits de l’homme. Le Sri Lanka pointé du doigt

                                                         

Des civils tamouls placés dans un camp à la fin de la guerre en mai 2009. (AFP)                                                                 

Le pays a passé son examen périodique universel devant le Conseil des droits de l’homme à Genève. Il a été la cible de critiques des pays occidentaux et d’ONG

                                                                                                    


Trois ans après que la guerre civile a pris fin au Sri Lanka, le gouvernement ne peut plus guère brandir le prétexte du conflit pour tenter de justifier les violations des droits de l’homme sur son territoire. Qu’en est-il aujourd’hui? D’une part, les exactions commises durant l’offensive du printemps 2009, qui s’est soldée par la victoire définitive de l’armée sur la guérilla des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), sont restées impunies. D’autre part, la situation des droits de l’homme dans le pays demeure des plus alarmantes. Tel est le constat dressé par les ONG sri-lankaises présentes ces jours à Genève, à l’occasion du deuxième examen périodique universel (EPU) du pays devant le Conseil des droits de l’homme (CDH).

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Cela n’a pas empêché les autorités sri-lankaises de répéter jeudi devant l’assemblée que l’assaut final contre les rebelles dans le nord de l’île avait constitué une «opération humanitaire», alors même qu’il a coûté la vie à 40 000 civils. Le pays a aussi affirmé qu’il avait réalisé de remarquables progrès en matière de respect des droits humains depuis son précédent EPU, qui avait eu lieu pendant la guerre, en mai 2008. Parmi ses réalisations phares, la mise au point d’un plan d’action nationale pour la promotion et la protection des droits humains, la réinstallation de personnes déplacées, la démilitarisation partielle de l’ancienne zone de conflit ou encore le déminage de larges portions du territoire. «Nous sommes fiers de ce qui a été réalisé», a déclaré le ministre des Plantations, Mahinda Samarasinghe.

Au sein de l’assemblée, les interventions n’ont pas manqué pour mettre en évidence les contradictions entre ces propos et la réalité du terrain, émanant particulièrement des délégations occidentales.

La France a pointé du doigt le manque de diligence des autorités à lutter contre l’impunité en rappelant que le «4 août 2006, 17 travailleurs humanitaires d’Action contre la faim ont été sauvagement assassinés à Muttur. Ce massacre constitue le crime le plus grave perpétré contre une ONG. Or aucune poursuite n’a été engagée six ans après les faits.»

                

Le pays est régulièrement interpellé sur la question de l’impunité: en mars dernier, il avait été rappelé à l’ordre par le Conseil des droits de l’homme, qui avait adopté une résolution lui enjoignant d’«engager des actions crédibles et indépendantes pour garantir la justice, l’équité, l’établissement des responsabilités et la réconciliation».

Le Danemark a renchéri en regrettant «que le gouvernement en soit encore à mettre en œuvre des recommandations acceptées lors du précédent EPU, y compris sur les exécutions extrajudiciaires et la torture». Cette dernière continue à être pratiquée par les forces de sécurité, notamment à l’égard de personnes supposément liées au LTTE, souligne l’ONG Human Rights Watch.

Autre problème, les centaines d’enlèvements et de disparitions forcées comptabilisés chaque année, et dont les représentants de la société civile et des médias sont souvent la cible. «Nous sommes profondément préoccupés à propos des attaques et des intimidations de journalistes, de défenseurs des droits de l’homme et de représentants de la loi», a fustigé le Royaume-Uni. Mahinda Samarasinghe a pour sa part martelé devant le Conseil que «ces attaques ne font pas partie d’une politique du gouvernement pour étouffer les critiques». Reste qu’en mars dernier, lorsque des journalistes sont venus à Genève parler de la situation des droits de l’homme au Sri Lanka à l’occasion de la session spéciale du CDH qui lui était consacrée, le ministre des Relations publiques, Mervyn Silva, avait publiquement menacé de leur «briser les membres».

Quelles que soient les recommandations que Colombo acceptera à l’issue de cet EPU, «cela ne changera pas grand-chose à nos vies quotidiennes, nous avons très peu d’espoir», déclare Sunila Abeysekera, de l’ONG sri-lankaise Human Rights Defenders Network. Plus affligée encore, Nimalka Fernando, qui préside l’antenne de l’ONG Imadr basée à Colombo, estime que «cet examen est le dernier avertissement à l’ONU avant qu’un nouveau bain de sang se produise dans mon pays».

Sandra Moro         pour Le Temps.ch | 2 novembre 2012