« Comment promouvoir
la bande dessinée numérique de création ? »
Compte-rendu de la table ronde du 27/01/2012
à l’occasion du FIBD, Pavillon Jeunes Talents

Avec : Pierre-Yves Gabrion (auteur), Julien Falgas, (président de l’association Pilmix.org), Eric Turalo (auteur), Sébastien Naeco (Le comptoir de la BD); David Sacomant (Emedion).

Présentation de l’association Pilmix.org par J. Falgas

L’association a pour but de fédérer toutes les bonnes volontés sur la question de la création/promotion/diffusion de la BD en ligne. Elle prend aujourd’hui avant tout la forme d’une plateforme de discussion et d’échange en ligne. Il y a eu aussi quelques réunions par groupes de travail, dont le plus actif a été le groupe de création. Le problème majeur reste son manque de ressources : pas d’organisation administrative, pas de cotisations etc. Il est aussi rappelé que c’est l’équipe de Webcomics.fr qui a créé l’association Pilmix, qui devait à l’origine gérer le site.

Présentation introductive de J. Falgas

J. Falgas est doctorant depuis un an sur la BD numérique, et plus précisément sur les “Usages des dispositifs de publication numérique par les auteurs et les publics de bande dessinée”. Il s’intéresse à la construction des formes narratives. Il cite Thierry Groensteen, qui estime que la BD numérique est un média certes nouveau, mais qui se situe dans une juste continuité des choses. Comme la BD elle-même, la BD numérique naît d’une démarche de mélange des techniques. S’appuyant sur le travail de Thierry Smolderen, J. Falgas rappelle que la bande dessinée s’est constituée à mesure que la technologie a permis de reproduire fidèlement sur papier (dans des livres puis dans des périodiques et des quotidiens) les dessins originaux tracés à l’encre sur du papier. Le phénomène se reproduit avec l’ordinateur qui sert depuis une vingtaine d’années à créer de la bande dessinée et devient aujourd’hui un support de publication.

Les technologies de l’hypermédia, désignant le fait que plusieurs médias soit disponibles sur un même support (l’écran), font que la BD évolue aujourd’hui dans un écosystème qui dépasse le monde de la BD stricto sensu.

Avant de s’essayer à la prospective, en cette période de situation transitoire, J. Falgas soutient qu’il convient d’observer les phénomènes actuels. Tout un monde est en effet à explorer sur ce champ de la BD numérique. J. Falgas fait plusieurs constats :

Echanges

S. Naeco : Le numérique n’est pas le métier de l’éditeur, qui n’a donc pas autorité sur ces aspects. Il prend pour exemple Aquafadas, qui ne vient pas de l’édition, comme beaucoup d’auteurs de BD numérique ne viennent pas de la BD (Balak vient par exemple du storyboard).

P-Y. Gabrion : Jusque-là les éditeurs ont surtout fait dans l’homothétique. Il présente son projet, BD Nag, sur AppStore, revue de BD numérique destinée aux enfants. PYG rappelle que ses collaborateurs et lui-même sont des créateurs, pas des gestionnaires, mais qu’il faut « y aller », prendre des risques et faire des expérimentations. Il explique qu’il sollicite les éditeurs depuis 15 ans sur cette question, sans retour.

D. Sacomant, qui vient du milieu du jeu vidéo, a monté la société Emedion. Avec son directeur artistique, il mène une réflexion sur le livre interactif, avec un projet inspiré du Livre dont vous êtes le héros. Il pose la question des droits d’auteur, en rappelant que dans le jeu vidéo, c’est la société qui est détentrice des droits. Emedion ne veut pas de ce modèle. Pour ce faire, il envisage que la société Emedion élabore d’abord la partie technique, et qu’ensuite les créatifs détiennent les droits d’auteur sur leur oeuvre.

La technique développée par Emedion vise surtout la création originale. Elle permet de réaliser des projets sous des formes très diverses, ce qui est fondamental puisqu’il considère qu’il y a autant de techniques que de créations originales. Elle est mise à disposition des auteurs, qui gardent leurs droits sur les publications papier.

S. Naeco fait un rapide sondage dans la salle, à savoir qui lit de la BD numérique (la moitié des mains se lève). Et estime qu’un rappel typologique est nécessaire. Il distingue :

Le blog n’est pas à évacuer de ce champ, son succès est trop important pour qu’on ne se penche pas sur le phénomène. Il utilise l’exemple du site Lemonde.fr qui héberge divers blogs : celui qui a la plus forte audience est le blog BD de Martin Vidberg. Le blog a donc toute sa place dans le champ de la BD numérique, et une audience certaine. De plus, le fait que des auteurs comme Trondheim créent une collection d’albums issus de blogs est significatif.

S. Naeco aborde ensuite le sujet du scantrad, terme qui désigne la lecture d’albums scannés et piratés, qui touche surtout le manga et le comics, ce qui montre qu’il existe une forte demande.

J. Falgas et P-Y. Gabrion : Après un échange sur la façon dont l’auteur/blogueur « donne » de sa personne pour se diffuser, vient le thème de l’interaction avec le lectorat. Questionne P-Y. Gabrion sur son interaction avec le lectorat sur l’œuvre Primal Zone (une série BD de P-Y. Gabrion, entièrement accessible en ligne). P-Y. Gabrion explique qu’il y a eu une interaction avec le lectorat sur cette œuvre, et que les retours des internautes lui ont permis d’intéresser les éditeurs à cette œuvre, et lui a permis de signer facilement.

Questions du public

Y’a-t-il des leaders d’opinion sur la BD numérique ?

S. Naeco  répond qu’il a récemment rencontré un représentant d’Iznéo qui lui disait vouloir faire faire une étude de comportement, de marché. Cela montre qu’il y a peu de connaissance du public de BD numérique aujourd’hui. Plus directement, sur la question des leaders d’opinions, il estime que ce rôle est rempli essentiellement par les blogs BD eux-mêmes, qui proposent systématiquement une liste d’autres blogs qu’ils souhaitent mettre en avant, vecteur de découverte important. Côté presse, il n’existe pas de prescription dans la presse généraliste. Ca commence à bouger un peu côté presse spécialisée.

Quel peut être le rôle des bibliothèques vis-à-vis de la BD numérique, comment devenir un relais ?

C’est une question essentielle, que beaucoup d’auteurs se posent aussi. Cela permettrait de montrer que le numérique n’est pas en concurrence avec le papier, mais plutôt complémentaire. Ce sont les auteurs qui doivent donner des pistes aux bibliothécaires…

S. Naeco à Thomas Cadène : Comment as-tu fait connaître ton projet, comment Les Autres Gens vit à l’extérieur de son propre site web ?

T. Cadène rappelle que le livre a plus de lecteurs que le web. Ce qui s'explique principalement par la barrière du paiement et par le succès du livre. Pour lui, le web et les médias traditionnels ne sont pas toujours très perméables l'un à l'autre. Au sein du web lui même les gens ont des comportements très cloisonnés, très balisés qui font qu'on peut passer à coté de mille choses qui paraissent à d'autres terriblement incontournables.

La prescription pour Les Autres Gens par les médias traditionnels est quasiment inexistante. Quand Claire Chazal en a parlé à la télévision, cela n’a rien changé pour le site. En revanche, via le blog de Boulet, il y a eu une très forte progression des visites. Selon Thomas Cadène, pour parler d’Internet il faut être sur Internet.

T. Cadène ouvre une parenthèse, sur les bibliothèques : explique qu’Iznéo veut que les bibliothèques qui désirent s’abonner à Iznéo paient un abonnement par poste accessible. Lui préfère la solution contraire, car il ne s’agit pas d’ « abonnés perdus, mais de lecteurs de gagnés ».

Est-ce que vous avez cherché à vous inspirer du jeu vidéo, des réseaux sociaux… ?

Il existe un désir de rencontre, et aussi le phénomène transmédia qui permet de faire se croiser ces champs. Ces secteurs ont une meilleure connaissance des moyens de paiement, des cotisations etc. Certains des participants les plus actifs de l’association viennent du jeu vidéo et apportent des idées neuves : Joel Lamotte, alias Klaim (développeur de Art of Sequence) ou David Scomant par exemple.