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Evert Musch, peintures, dessins, oeuvres graphiques

(le texte de ces pages est emprunté au catalogue de l’exposition qui eut lieu au Drents Museum Assen, du 17 septembre au 13 novembre 1988. Texte : Mieke van der Wal. Rédaction finale : Jan Jaap Heij. Mise en page : Albert Rademaker. Drents Museum Assen ©)

Jeunes années

Evert Musch est né le 16 Mars 1918 à Groningen, au nord des Pays-Bas, fils de Jan Musch et Grietje Kiers. Son père travaillait aux P.T.T, tandis que sa mère tenait une boutique de “comestibles et denrées coloniales" sur la "Grachtstraat."

Vue de la “Grachtstraat” à Groningen, près de la maison natale d’Evert Musch (Photo : Guido Musch ©) Localisation

Evert avait une soeur, Jantje (appelée “Jennie”), de trois ans son ainée.

 

Evert Musch, à l’âge de trois ans, en compagnie de ses parents et de sa soeur. Lien

Au cours de sa neuvième année, la famille alla s'installer à Bussum, près d'Amsterdam, en raison de la santé de sa mére. Mais Groningen ne tarda pas à leur manquer et, aprés un an et demi, la famille retourna au bercail où ils s'installèrent définitivement dans la Brugstraat.

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Les bâtiments de l’Université de Groningen, vus depuis la maison des parents d’Evert Musch dans la Brugstraat (1948). Dessin au crayon, 23 x 18 cm. Localisation

Musch se rappelle que dès son plus jeune âge, le dessin occupait déjà une grande partie de son temps. Dans une interview dans 'Kijk op het noorden' en 1985, il affirma à ce propos: “Je devais avoir 3 ans et je ne pouvais pas m'empêcher de me saisir de n'importe quelle feuille de papier. Par exemple, je prenais du papier d'emballage dans la boutique de ma mère, je l'étalais par terre et faisais des dessins là-dessus. J'ai toujours dit que je voulais devenir dessinateur”. Quand il avait onze ans sa mère montra des dessins au diacre de l'église réformée, qui était aussi professeur de dessin dans un 1ycée. Celui-ci reconnu aussitôt les talents du jeune garçon et conseilla aux parents de l'envoyer à l’académie des Beaux-arts.

Mais avant toute chose, il fallait aller au lycée. Dans un interview de 1987 il se rappelle de cette époque; “C’était quelque chose d’extraordinaire à l'époque, d'aller au lycée, car mon père travaillait aux P.T.T. Normalement je ne devais pas aller plus loin que le collège. Je travaillais bien. J’avais un certain sens de la discipline. Je ne pouvais pas me permettre de me laisser aller car mes parents payaient tout eux-mêmes. Je faisais des dessins pour une agence de publicité pour gagner un peu d’argent. Après le lycée j'ai commencé des études pour devenir professeur de dessin". Pendant qu'il était au lycée, Musch se faisait remarquer également pour d'autres talents, notamment l'athlétisme. Il était alors membre actif d'un club sportif. “A l'âge de 16 ans j'étais déjà sélectionné pour les championnats où j’ai gagné un certain nombre de médailles. D'ailleurs, ce n'était qu'à partir de l8 ans qu'on avait le droit de participer aux championnats, mais mon club sportif m'a toujours inscrit comme si j'avais plus de 18 ans.”

Les années à l’Académie

Le dessin restait tout de même au premier plan et après avoir obtenu le baccalauréat Musch s'inscrivit en 1936 à l'Académie des Beaux-Arts à Groningen. En plus d'une formation artistique Musch se préparait à l'obtention d'un diplôme de professeur de dessin. Les matières pratiques étaient enseignées par les professeurs de l'Académie. Pour les matières théoriques, l'histoire de l'art et la psychologie, Musch devait se débrouiller tout seul, ces matières n'étant pas enseignées à l'Académie de Groningen. En 1938 et en 1939 il passait avec succès des examens pour avoir le diplôme de professeur de dessin.

 

Evert Musch posant devant son chevalet, vers 1939. Lien

En 1939 il devait faire son service militaire. Il n'est resté sous les drapeaux que trois mois (dans l’artillerie antiaérienne à Egmond-aan-Zee), car il lui était accordé une année de sursis pour la préparation du diplôme de professeur dans l’enseignement secondaire, diplôme qu'il obtint durant l'été. (Plus tard, dans les années 60 et 70, Musch devenait lui-même examinateur pour ces brevets.) Ce sursis lui a d'ailleurs permit d’être épargné des champs de bataille de Mai 1940, quand la machine de guerre allemande écrasa les Pays-Bas (pourtant neutres) d'une façon tellement inattendue et à une telle vitesse qu'il était impossible à Musch de rejoindre son régiment.

A l'époque où Musch faisait ses études à l'Académie, le climat culturel à Groningen était surtout dominé par le fameux groupe d'artistes nommé De Ploeg"(la charrue), dont les membres les plus illustres, comme Jan Wiegers, Johan Dijkstra et Jan Altink, travaillaient dans un style proche de celui de certains expressionnistes allemands comme Kirchner, Nolde et Kokoschka. Musch s'attendait à un enseignement imprégné du style de "De Ploeg" en entrant à l'Académie de Groningen.

Ce ne fut pas du tout le cas. Les deux professeurs qui enseignaient le dessin, A.W. Kort (1881-1972 ) et C.P. de Wit (1882-1975), n'appréciaient guère l'expressionnisme. Ces professeurs, qui, tous les deux, étaient attachés à l'Académie déjà depuis 1908, insistaient surtout sur l'enseignement des aptitudes techniques traditionnelles. Kort enseignait le dessin, la lithographie, l'eau-forte et la peinture sur verre. Sa propre oeuvre se caractérise par des contours vagues et une atmosphère rêveuse qui évoquent l'oeuvre de Matthijs Maris. De Wit enseignait le dessin, l'anatomie et la didactique de l'enseignement du dessin. Son oeuvre tend plutôt vers un impressionnisme coloré. La peinture ne faisait pas partie de l'horaire des cours, mais les étudiants qui se préparaient aux examens du professorat pouvaient bénéficier de cours supplémentaires de Kort et De Wit. En plus de ces deux professeurs,  le sculpteur W. Valk (1898-1977) enseignait la sculpture sur bois et le modelage de la cire et de l'argile. Les matières comme la perspective et les mathématiques étaient enseignées par des professeurs de l’Ecole Navale et de l'École Technique auxquelles l'Académie était affiliée. Le nombre d'étudiants n'était pas très élevé durant les années 30. A l’époque où Musch faisait ses études il y avait seulement 15 étudiants dans toute 1'Académie. Cela permettait un enseignement très individuel et un suivi personnel. Musch côtoya notamment durant ses études  Johan Bolling, Ruurd Elzer, Abe Kuipers, Anno Smith, Wladimir de Vries ainsi que To Jager, qui devint son épouse en 1943.

Les années de guerre à Groningen

Après avoir fini ses études, Musch ne souhaitait pas tout de suite se consacrer à l'enseignement, mais plutôt essayer de gagner sa vie en tant qu'artiste. En 1939, l'éditeur Boom de Meppel le chargea de l'illustration d'un roman de L. Jonker, et en 1942 l'éditeur Bosch en Keuning lui confia l'illustration d'un roman de P. Keuning.

Carte de voeux pour Ir. A. H. Schelling, 1941. Lithographie, 10,5 x 6 cm, collection particulière. Lien

Durant ces années-là il faisait également des ex-libris et des cartes de voeux, notamment pour l'ingénieur A. H. Schelling.

Sa première exposition eut lieu en Janvier 1940 à Groningen où il exposa avec d'autres artistes. Dans un quotidien de l'époque nous lisons: “D’Evert Musch nous remarquons une belle eau-forte avec une cruche, et une litho très élaborée d'un canard mort. Son "Déambulatoire de l'église Martini" a certainement été fait avec amour et patience, mais, comme peinture, elle est moins plastique.

Déambulatoire Martinikerk à Groningen, 1940. Huile sur panneau, 46 x 31 cm, collection particulière. Lien

Sa nature morte quelque peu léchée (de la grandeur d'une carte postale) nous fait oublier que nous sommes en présence de l'oeuvre d'un jeune artiste. Ou bien, est-ce que maintenant nous ne devons plus associer "la jeunesse" avec "fraîcheur", audace et spontanéité”. La même nature morte en revanche est décrite dans un autre quotidien comme "l’oeuvre maîtresse" de cette exposition et l'oeuvre de Musch est vantée pour sa “grande et sensible pureté".

A cette époque Musch fréquentait Riekele Prins (1905-1954), qui habitait un bateau au nord de Groningen. Musch se trouvait très honoré que cet aquafortiste renommé le considère comme un ami. Ils partaient souvent ensemble pour aller dessiner le paysage autour de Groningen et les vasières au bord de la mer. Chez Prins, Musch faisait la connaissance de Nico Bulder (1898-1964), le fameux graveur sur bois. Ils restèrent amis jusqu'à la mort de Bulder. Avec Bulder et Prins, Musch faisait partie d'un groupe d'artistes qui, à partir de 1941 exposait sous le nom “De Jongeren” ( les jeunes) dans une salle d'exposition près de Groningen. Les autres membres du groupe étaient; le peintre Klaas Bouma (qui s'occupait également de la salle d'expositions), Johan Bolling, lui aussi peintre, l'illustrateur et dessinateur publicitaire Herman Dijkstra, le potier Anno Smith et le décorateur de textiles R.de Vries. Ce qui unissait ces artistes, c'était surtout l'aptitude technique et l'évocation d'atmosphère.

Musch exposait essentiellement des eaux-fortes et des lithographies. Un quotidien de 1941 y fait d’ailleurs allusion: "Les habitués d'expositions se souviendront de l'oeuvre d'Evert Musch, son eau-forte d'un intérieur d'église, sa litho très fine d'un canard mort. Il reste encore à signaler trois petites lithos: une carte de voeux de Nouvel an et deux ex-libris, qui sont d'une fine fantaisie et d'une composition recherchée".

Nature morte avec canard colvert, 1939. Lithographie, 30 x 52 cm, collection particulière. Lien

La salle des expositions eut une existence relativement courte. Quand, en 1942, fût instauré la "Kultuurkamer" (censure sur l'art par les Nazis) Bouma ferma la salle d'expositions.

Plus tard les Allemands faisaient une rafle dans l'immeuble où Bouma imprimait des fausses pièces d'identité. Il fût arrêté et a été exécuté en 1944 dans le camp de déportation de Westerbork.

Malgré les pénuries Musch gagnait relativement bien sa vie au début de l’occupation.

Il vendait ses peintures surtout par l'intermédiaire du marchand d’objets d’art Koos Niezen, pour lequel il restaurait également des peintures anciennes. Cela lui permettait en même temps d'étudier les techniques traditionnelles de peinture.

Coquillages, 1943. Lithographie polychrome, 5,5 x 11 cm, collection particulière. Lien

L'occupation nazie durant la seconde guerre mondiale eut tout de même quelques conséquences sur le parcours Musch qui ne pouvait plus se déplacer librement et, surtout,  ne pouvait plus voyager comme il l'aurait souhaité. Dans une interview de 1961 :

"S'il n'y avait pas eu de Hitler j'aurais voyagé en France, en Espagne et en Italie.

J'aurais aimé découvrir le monde et j'aurais voulu travailler un peu partout". Travailler en plein air, l'idéal de Musch, n'était également guère possible.

Après son mariage avec To Jager, en 1943 , Musch vivait toujours avec ses parents.

Une année plus tard, sa fille Elisabeth venait au monde. Les dernières années de l’occupation Musch ne sortait plus guère, car il avait refusé de signer un papier d'allégeance au régime nazi. Il risquait alors la déportation en Allemagne. Pendant ces années de réclusion il faisait surtout des lithographies, dont huit lithos en couleurs qui furent après la guerre, éditées et vendues reliées sous le titre "Monumenten der Zee”.

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Cassis cornuta (feuille VII de la collection Monumenten der Zee), 1943. Lithographie polychrome, 32 x 25,5 cm, coll. particulière.

Vers la Drenthe

Après la guerre Musch voulut quitter la ville (où il avait tant de mauvais souvenirs) pour vivre à la campagne. Malgré son adoration pour le paysage des vastes plaines au Nord de Groningen, il choisit la Drenthe, au Sud de Groningen, comme domicile.

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Poules dans une cour de ferme, 1945. Huile sur toile, 65 x 45 cm, Drents Museum Assen. Localisation 

Il y était surtout attiré par le paysage plus "intimiste” du bocage. De plus, il y avait quelque chose d'énigmatique dans ce paysage, et quelque chose de vétuste qui attirait Musch. Immédiatement après la libération, Musch et sa petite famille s'installèrent à Midlaren. D'abord ils habitèrent dans une roulotte puis ensuite ils louèrent une partie d'une ferme où demeurait également une vieille paysanne. Pendant l'hiver ils louaient une petite maison au bord du lac de Midlaren.

Dans cet environnement Musch retournait à son sujet préféré; le paysage peint en plein air. La première peinture qu’il fit ainsi après la libération fut celle d'un piquet au bord d'un champ de blé.

Piquet au bord d’un champ de blé à Midlaren, 1945. Huile sur toile, 60 x 72 cm, collection particulière. Lien  Localisation

Il n'a jamais voulu vendre cette peinture, car pour lui elle symbolise le début d'une nouvelle période. Le critique d’art Johan Bolling l’a décrit ainsi :

"Le “Paysage avec le piquet", Musch l’a vraisemblablement peint lors d’un moment où il était touché par la splendeur et l'inspiration, car l'artiste n'est plus en train de chercher. C'est un acte”.

Ce que ce nouvel environnement signifiait pour Musch, le romancier et peintre Hans Heyting l'a décrit ainsi: “Le paysage vaste et en même temps si intime du bocage de la Drenthe, avec ses ruisseaux tortueux et ses bouquets d'arbres épars, avec ses vieilles fermes qui semblent sortir du sol sous une lumière diffuse, tout cela c’était une révélation pour l'oeil de peintre de Musch. Il peignait comme un possédé, mais avec beaucoup de joie, en digérant ses nouvelles impressions, en se libérant de l'obscurité de l'atelier, en essayant de saisir l'atmosphère, la quête pour la lumière, pour la douce luminosité de la Drenthe".

Pins sylvestres près de Zuidlaren, 1945. Encre de Chine et aquarelle, 60 x 48 cm, collection particulière. Lien  Localisation

Musch décida de s'installer définitivement en Drenthe et en 1946 il acheta une petite maison à Zeegse. La maison était bien située, au milieu des bois, et Musch trouva beaucoup de sujets pour peindre dans les environs proches ; des forêts et des landes de bruyère, des dunes, des vieilles fermes et des villages pittoresques comme Anloo, Gasteren et Oudemolen.

Entre-temps la famille se réjouit de la naissance d'un garçon, Jan Evert. Sur les instances de sa belle-mère, qui avait peur que l'existence de peintre n'eût pas de bases solides, Musch posa sa candidature pour la place de professeur à l'Académie, laissée vacante par la retraîte de De Wit. Musch lui-même n'ambitionnait pas cette situation, car il vendait assez facilement ses peintures par l'intermédiaire de Niezen. Plus pour ne pas faire de la peine à sa belle-mère que par ambition personnelle, il écrivit tout de même une lettre de candidature, sans se faire la moindre illusion sur une nomination. Toutefois, à son grand étonnement, il y fût nommé en 1947.

Le professorat à l'Académie Minerva

Pendant les 34 années que Musch fût attaché à l’Académie il y eût de profonds changements. En 1947 l'Académie n'était pas un institut indépendant, mais, comme il a déjà été évoqué, elle était incorporée à l'Ecole Navale et à l'Ecole Polytechnique, avec un seul directeur, l'ingénieur J.A. Muller. Les trois écoles se trouvaient sous le même toit dans l'un des premiers bâtiments en béton des Pays-Bas construit en 1922-23.

Bâtiment de l’Académie des Beaux-Arts de Groningen, situé Petrus Driessenstraat (photo prise en 1936) Lien  Localisation

C'est seulement à partir de 1951 que l'Académie s'appellera "Minerva” et ce n'est qu'en 1964 qu'elle se détacha des deux autres écoles pour devenir indépendante, avec comme directeur le peintre/graveur W. Zwiers.

Quand Musch fut nommé professeur il n'y avait que 20 étudiants. En 1981, à sa retraîte, il y en avait plus de 500. De nouvelles spécialisations furent incorporées à l'Académie, comme la publicité, la mode et le dessin décoratif. Avec ces nouvelles spécialisations de nouveaux professeurs firent leur entrée. Des 3 professeurs du début, le nombre s'élevait jusqu'à 80 en 1981. Avec certains d'entre eux Musch eut des rapports amicaux et constructifs, entre autres avec Rudi Bierman, Folkert Haanstra, Diederik Kraaypoel, Jentsje Popma, Johan Sterenberg, Wim van Veen et Frans van der Veen.

Bien que l'Acadèmie fut indépendante elle est restée longtemps sans bâtiment attitré.

Les demandes pour un bâtiment ne furent pas écoutées. Par la force des choses on devait se débrouiller avec huit dépendances, qui n'étaient souvent que des usines désaffectées un peu éparpillées dans toute la ville de Groningen.

Dépendance de l’Académie des Beaux-Arts de Groningen, située Mussengang dans une ancienne manufacture de moutarde (photo prise en 1981; Beeldbank Groningen© ) Localisation

Cela ne convenait pas à l'idée que Musch se faisait de ce que devrait être une Académie des Beaux-Arts, et il a toujours plaidé pour un bâtiment qui pourrait abriter toutes les disciplines.

Pour cela il fallut attendre jusqu'à trois ans après la retraite de Musch quand, en 1984 un nouveau bâtiment fut inauguré (conçu par l'architecte Piet Blom).

C’est donc en 1947 que Musch commença à enseigner. Au début il le fit avec quelques réserves et avec l'arrière-pensée qu'il pouvait toujours abandonner ce métier si cela ne lui plaisait pas. Les débuts furent quelque peu laborieux car il manquait d’expérience en matière d'enseignement. Dans un premier temps il tenta de suivre l'exemple de son prédécesseur De Wit. Mais petit à petit il commença à imposer ses idées personnelles.

Par exemple, il introduisit le dessin d'après un modèle en mouvement, pour restituer l' essentiel d'un mouvement. Une autre difficulté des débuts, son âge. Musch n'était guère plus vieux que ses étudiants. Et certains d'entre eux avaient déjà quelques années d'Académie derrière eux et ils avaient déjà développé un style personnel, notamment Wim Crouwel, Herman von Dülmen-Krumpelmann et Hendrik Korteling.

Toutefois, l'enseignement ne tarda pas à fasciner Musch.  Aussi il commença à s'intéresser par curiosité l’entrée en scène de chaque nouvelle génération. Les anciens étudiants se souviennent de lui comme d’une personnalité très différente de son prédécesseur De Wit. Musch laissait plus de place aux valeurs sentimentales des étudiants, tandis que De Wit suivait plutôt une méthode traditionnelle en se tenant plus à distance vis-à-vis de ses étudiants. Musch était moins “académique” et il montrait à ses étudiants le côté poétique de la peinture. Il savait leur transmettre son enthousiasme pour les choses qui le touchaient.

Il continua à porter son message avec enthousiasme à travers les années. On peut le noter par les souvenirs d'anciens étudiants, recueillis dans un livret paru à l'occasion de la retraite de Musch. L'aqua-fortiste Reinder Homan, étudiant de Musch de 1973 à 1975, l'a exprimé ainsi : “A part les problèmes picturaux que tu m'aidais à résoudre, c'était (et c'est toujours, parce qu'on continue de se voir) surtout ton enthousiasme qui rendait la communication plus facile. Oui pour moi ce sont, à côté de tes capacités de peintre et d'historien d’art, tes deux qualités les plus marquantes ; ton enthousiasme et ta faculté de te mettre à la place de quelqu'un d'autre.”

Musch a toujours considéré qu’il était primordial que chaque étudiant puisse maîtriser les techniques de base et les côtés artisanaux du métier. Mais il trouvait que la technique ne devait pas prédominer. Dans un interview de 1984 il affirme ::

"L'enseignement artistique, je l'ai toujours considéré comme un moyen de développer la créativité de l'être humain. Si on se limite a l'artisanat, on risque de tomber dans le piège du pastiche, de l‘imitation. Et alors on se dit : "Va élaborer ça, et voilà ce qui est bien". Mais en faisant cela tu es encore loin du compte. J'ai toujours été contre l'imitation".

Patte de faisan, 1943. Lithographie, 4,5 x 16,5 cm, collection particulière. Lien

Musch n'a jamais voulu imposer un style quelconque à ses étudiants. Il a toujours respecté leurs idées et il trouvait que chacun devait travailler selon sa propre personnalité. Le travail des étudiants ne devait pas être imprégné du “pédantisme” du professeur. Ainsi, il était possible que dans la même année il y eut des étudiants qui faisaient des peintures abstraites à côté d'étudiants qui préféraient le réalisme pur. Sur sa façon d'enseigner Musch a dit dans un interview de 1972 (lors du 25e anniversaire de son professorat): “Être prof est d'ailleurs aussi une forme de créativité, car tu es pour les autres un stimulant. Être prof d’une Académie ne se limite pas à réciter une leçon. Un prof d'art n'a pas seulement à raconter une histoire déjà connue, mais il doit plutôt s'ouvrir à des formes encore inconnues et non-existantes. Et à la réalisation de cette forme nouvelle, le professeur doit également contribuer. Mon point de départ a toujours été l'action réciproque. Il y a l'étudiant qui se présente avec son bagage intellectuel, et c’est à partir de cela que le prof doit agir, afin d'essayer de concrétiser les possibilités potentielles de l'étudiant".

Bien que cette attitude à l'égard de l’enseignement demanda beaucoup d'énergie et d'efforts, Musch le voyait comme la seule manière d'enseigner efficacement. Jan van Loon, étudiant de 1957 à 1961 et aujourd'hui lui-même professeur à l’Académie, a écrit sur l'engagement de Musch avec ses étudiants: “Comme collègue j'ai pu constater qu'il se consacrait avec une énergie effrénée à faire découvrir aux gens la lumière, la couleur, l'élément spontané, etc...... Aux réunions de travail c'était Evert qui même dans l'aquarelle la plus ignoble pouvait découvrir des qualités. Ainsi il trouvait toujours moyen d'encourager les étudiants ayant de moins bons résultats. Il restait confiant dans les possibilités de ses étudiants et ceci en faisait un professeur remarquable".

Bien que Musch ait renoncé à imposer son propre style à ses étudiants, on peut quand-même s'apercevoir d'une certaine affinité dans l'oeuvre de quelques-uns d'entre eux avec celui de leur maître. Musch le ressent particulièrement dans les natures mortes de Ben Snijders (étudiant de 1961 à 1965 ), qui, pour lui , s’apparentent aux natures mortes qu’il peignait au début de sa carrière. Mais Musch insiste sur le développement indépendant de Snijders. Snijders lui-même se rappelle de Musch :

“C'est surtout à la peinture de la nature morte qu'il m'a énormément apporté. Son enthousiasme avait un effet "contagieux". C'était agréable d'arranger avec lui quelques bouteilles, des boîtes, des draperies de telle façon que ça devienne une nature morte digne d'être peinte. Généralement il n'avait pas de théories, par contre il essayait de s'adapter à ton sentiment. Quand on peignait il faisait le tour de la classe, de temps à autre s'arrêtait devant ta peinture quand il voyait que ça n'avançait plus. Après l'échange de quelques mots, et en regardant ensemble, surtout en regardant, on était généralement sorti d'affaire".

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Eléphant dans le Zoo d’Emmen, 1958. Crayon, fusain et lavis d’encre de chine, 34 x 40 cm, collection particulière. Localisation

Les cours n’avaient pas toujours lieu dans l'Académie. Musch sortait régulièrement avec ses étudiants pour aller dessiner au Jardin des Plantes de l'Université de Groningen, ou au Zoo d'Emmen. En dehors de cela ils sortaient souvent pour peindre le paysage en plein-air. Arend Kuiper, étudiant de Musch entre 1972 et 1978 parle ainsi des séances de peinture en plein air. “Jamais je n'ai vu Musch comme un prof qui m'enseignait comment il faut peindre, mais je l'ai vu plutôt comme un peintre qui mêlait sa passion pour la couleur, la lumière et l'atmosphère avec la tienne. Ce n'était pas seulement dans l'Académie que ça se passait. mais aussi en plein-air, en présence d'un paysage ou de gens dans la rue. Par sa sensibilité à l'égard du paysage il te montrait aussi l'âme de ce paysage ".

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Evert Musch en train de peindre vers Anloo, vers 1960. Localisation

En plus de la peinture, Musch a également enseigné l'histoire de l'art et il allait régulièrement visiter des expositions avec ses étudiants. Il est même parvenu à “contaminer” certains de ses élèves avec le "virus" des vieilleries et les a amenés à faire la collection d'oeuvres d'art anciennes. Son collègue Ralph Prins fait remarquer en 1981 : “En discutant, j'ai remarqué l'intensité avec laquelle tu traitais des sujets comme les techniques graphiques, la porcelaine chinoise ou l'archéologie. Tu étais dans ton élément quand les frontières entre rêve et réalité étaient dépassées et se confondaient. Comme cette fois quand tu parlais d'une eau-forte de Rembrandt que tu avais d'abord vu dans un rêve et qu'ensuite tu trouvais en réalité et que tu parvenais à acquérir”.

D’après les souvenirs de beaucoup des anciens étudiants, on peut soupçonner l’existence d’une relation étudiants-professeur hors du commun. Souvent il se formaient des liens d'amitié qui se perpétuent jusqu'à ce jour, car parmi ses collègues-amis Musch compte beaucoup de ses anciens étudiants.

Peintre en Drenthe

Le professorat à l' Académie ne permettait pas à Musch de consacrer beaucoup de temps à son propre oeuvre. Malgré cela il trouvait très important d'avoir lui-même des occupations artistiques. "Je n'ai jamais voulu voir le professorat en dehors du contexte de ma peinture. Si l'on ne continue pas à travailler comme peintre on peut probablement devenir encore un bon professeur, mais il n'est pas improbable que, dans ce cas, on n'arrive plus à comprendre quels sont les problèmes auxquels les étudiants doivent se confronter et se sortir"

A tel point que son professorat a eu une certaine influence sur son oeuvre artistique : “Il est d'une grande valeur d'avoir tous les jours des rapports avec des jeunes gens qui pensent autrement que moi. Cela a une certaine influence sur ton oeuvre. Ça ne s'exprime pas immédiatement à travers l'oeuvre. Mais l'influence est néanmoins là. Je suis content d'être professeur à Groningen."

Après s'être établi en Drenthe il fit la connaissance d'autres peintres de cette province, avec lesquels il commença à exposer ses peintures. Entre 1946 et 1953 il exposa régulièrement avec les "Drentse Schilders” (peintres de Drenthe) dans le lycée classique d'Assen. Ainsi que d’autres peintres comme .B. von Dülmen-Krumpelmann, Hans Heyting, L.A. Kortenhorst, Hein Kray, Arent Ronda, Willy Schoonhoven van Beurden, Klaas Smink, Antony Keizer, Albert Torie et Jentinus Ponne . Les contributions de Musch à ces expositions (surtout des paysages de Drenthe) recevaient généralement un accueil favorable.

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Sentier des moutons à Meppen (Drenthe, Pays-Bas), 1950. Huile sur toile, 45 x 60 cm, collection particulière. Localisation

Plus ou moins comme une continuation des “Drentse Schilders” fut fondé la “Drents Schildersgenootschap" (la Société des peintres de Drenthe) en 1954 (généralement on se réfère à eux comme la “DSG"). Les fondateurs furent; Evert Musch, E.B. von Dülmen-Krumpelman, Arent Ronda, Antony Keizer, Albert Torie, Joop Schuurhuis, To Jager, Marieke Eisma et Herman von Dülmen-Krumpelman. La DSG organisait un peu partout dans la province des expositions qui permettaient à la population rurale de prendre connaissance des Beaux-Arts. Musch a presque toujours participé à ces expositions et au cours des années on a pu se faire une image de son évolution. Musch est toujours membre de la DSG et il participe encore à leurs expositions.

Entre temps, en 1952, Musch avait élu domicile à Schipborg, près de Zeegse. Trois ans plus tard son fils cadet, Johannes, naissait. Autour de Schipborg et Zeegse plusieurs artistes avaient trouvé port d'attache. Pendant les années soixante ils exposaient souvent ensemble dans l'école primaire de Schipborg. L'initiative de ces expositions fut très appréciée, comme le montre cet article de journal: “Une exposition comme celle-ci est importante, non seulement pour le village. mais aussi pour toute la province car ainsi la Drenthe a quelque chose à offrir sur le plan culturel, ce qui, naguère, était seulement possible dans l'Ouest du pays. Et puis, les expositions dans les petits villages sont importantes pour le relèvement culturel des habitants qui ont ainsi la possibilité de prendre connaissance d'une manifestation culturelle.”

Depuis les années cinquante Musch a fait plusieurs voyages à l'étranger d’où il tira de nouvelles inspirations. C'est surtout en France qu'il a voyagé et travaillé.

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Montagne Sainte-Victoire (Provence), 1953. Aquarelle, 37 x 49 cm, collection particulière. Localisation

"C'est un pays épatant, comme la Drenthe, et c'est un pays qui a quelque chose d'humain. Et puis naturellement les paysages de là-bas! Et cette lumière. J'aime les teintes pastel qu'on y trouve." déclare Musch à propos de la France.

En 1961 se présenta la possibilité de faire un voyage en Israël. Musch était l'un des 12 artistes qui furent invités à faire un voyage à bord d’un cargo avec une destination de leur choix. Musch prena le train jusqu’à Livorno (Livourne, Italie) et embarqua sur "l'Arizona” avec pour destination Israël.

Tempête en Méditerranée, 1961. Aquarelle, 54 x 76 cm, collection particulière. Lien

Pendant le voyage il fit plusieurs aquarelles et dessins, de la mer et des vagues et du paysage et des quartiers arabes d'Israël. Les peintures faites au cours des voyages des 12 artistes furent exposées en plusieurs endroits des Pays-Bas. Musch trouvait important de continuer de peindre à côté de son travail d’enseignant.

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Ruelle dans le quartier arabe d’Akko (Palestine/Israël), 1961. Aquarelle, 48 x 34 cm, collection particulière.

Mais cela ne manqua pas d'être une source de tensions. Postérieurement à ces évènements il avoue que "Cette tension m'a finalement coûté cher. J'ai du arrêter de travailler pendant un moment."

Pendant cette période, où il ne peignait guère et où il n'enseignait plus, il s'occupait de la restauration d'une ferme à Anloo (toujours en Drenthe) et où il habite toujours. Cette ferme , il l'avait acquis avec son fils Jan Evert en 1970.

Te Anlo in het Landschap Drenthe, 1760-1818. Eau forte par Egbert van Drielst (1745-1818), Drents Museum Assen. Lien

Juste avant d'acquérir cette bâtisse menaçant de tomber en ruine, Musch trouva une eau-forte du XVIIIe siècle chez un antiquaire. C'était une vue du village par l'artiste Egbert van Drielst, intitulé; Te Anlo in het Landschap Drenthe (à Anlo dans la Province de Drenthe). En l’observant attentivement, Musch découvrit que la ferme, qui était à vendre à ce moment-là, figurait sur l'eau-forte. Ceci fut décisif. Musch acheta l'eau-forte et ensuite la ferme, et avec ses deux fils il commença à la restaurer afin de lui redonner l'aspect original du XVIIIe siècle, avec l'eau-forte comme document de base.

Il raconte à ce sujet: “En plein hiver nous avons commencé les travaux. Au début j'ai embauché des ouvriers pour les gros travaux. Ensuite on s'est installé dans une partie de la maison qui était déjà habitable. Le reste des travaux, nous l'avons presque fait entièrement nous même. Cela nous a occupé pendant quelques années. Toutes les vacances et bien des soirées et des weekends furent consacrés au bricolage.” En 1980 la restauration fut terminée et la salle d'expositions, qui était aménagé dans une partie de la ferme, fut ouverte. Musch y organisa plusieurs expositions avec son oeuvre, mais aussi avec l’oeuvre de collègues et d'anciens étudiants.

L’eau-forte de Van Drielst figure parmi de très nombreuses oeuvres d’art acquises par Musch au cours des années. Il fait la collection de gravures et d'eau-fortes anciennes, parmi lesquelles on trouve des oeuvres de Rembrandt, Antonie van Dijk, Piranesi. Jacques Callot, J-.F. Daubigny, Honoré Daumier.... Ensuite il collectionne des estampes japonaises de maîtres comme Hokusai, Hiroshige et Utamaro, et enfin il possède l'oeuvre quasiment complète des lithographies de Theo van Hoytema. Tout ceci n'est qu’un petit reflet de toute la collection de Musch qui, d'ailleurs, augmente régulièrement. Musch collectionne surtout des objets qui lui plaisent d’un point de vue esthétique, mais il s'intéresse aussi aux aspects techniques et historiques des oeuvres d’art. Pour sa grande connaissance dans ces domaines; il a été nommé conseiller du Musée de la Province de Drenthe. Il arrive aussi que Musch prête des oeuvres de sa collection pour des expositions.

Musch avait espéré pouvoir se consacrer entièrement à sa peinture après sa retraîte en 1981 . Ceci se fit cependant attendre, d'une part pour des raisons de santé, d'autre part du fait de son engagement dans deux manifestations. Début 1984 un fonctionnaire de la Province de Drenthe disait dans un interview que les peintres de Drenthe n’étaient pas capables de répondre convenablement à une commande d’un portrait que le gouvernement provincial voulait offrir au Gouverneur de la Province...

Pour cette raison ils firent la commande ailleurs. Indignés par cette douche froide une manifestation fut organisée à l'initiative de Musch et quelques autres artistes de Drenthe. Les artistes avaient choisis de donner à cette manifestation la forme d'une exposition où les peintres montraient au public qu'ils étaient bien capables de faire un portrait.

L'intérêt du public fut énorme et même le gouverneur vint jeter un coup d'oeil.

La télévision ne manqua pas non plus de s' intéresser à cette manifestation attrayante.

Cette manifestation eut pour résultat que le gouvernement provincial assigna la prochaine commande pour un portrait à Musch, qui lui-même la déclina en passant cette commande à son collègue et

ancien étudiant Jan van Loon.

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Couverture du livret fait lors de la manifestation contre les projet de camp de manoeuvre militaire à Anloo, 1984. On y voit Folkert Haanstra (au premier plan) et Tonnis de Boer.

Fin 1984, de nouveau des manifestations, cette fois-ci à cause de l'inquiétude de Musch concernant un projet d’aménagement d'un camp de manoeuvres militaires dans les forêts près d'Anloo.

Dans un interview de l’époque, Musch exprimait son inquiétude :

"Il va y avoir des pistes pour les chars d'assaut. Peu d'arbres resteront debout. Saviez-vous que sur ce terrain se trouvent une soixantaine de tumulus et deux dolmens datant de la préhistoire? Et on y trouve des forêts qu'on ne trouve nulle part ailleurs en Drenthe. Ce serait un péché mortel de faire disparaître tout cela!”

Plusieurs de ses collègues et anciens étudiants partirent avec Musch dans les bois pour fixer par l'image le paysage qui menaçait d’être détruit. Les résultats furent exposés dans la salle d'exposition de Musch et furent réunis dans un livret. Ce livret fut offert à toutes les autorités concernées, notamment aux Conseil Général et à la reine des Pays-Bas. C'est probablement grâce à cette manifestation que la décision d'aménager un camp de manoeuvres fut suspendue.

C’est seulement depuis les dernières années que Musch a pu retrouver la tranquillité qui lui permet de nouveau de se consacrer à sa peinture. Il s’est lancé surtout dans la peinture de bouquets de fleurs. Il a également comme projet de se consacrer de nouveau à l'eau-forte en utilisant la vieille presse que lui a offert l’Académie.

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Vue sur la Drentsche A près de Schipborg, 1946. Encre de chine, gouache et aquarelle, 20 x 77 cm, Drents Museum Assen.

Par toutes les activités qu'il a déployé au cours des années (peindre, enseigner, exposer, donner des conférences, collectionner, manifester....) Musch a eu une influence considérable sur la vie culturelle en Drenthe. En signe de reconnaissance il lui fut accordé le Grand Prix culturel de Drenthe de 1985. Cette distinction fut motivée ainsi: “Le peintre Evert Musch a obtenu le Prix de 1985 pour ses mérites exceptionnels comme artiste, pour ses contributions à la popularisation des Beaux-arts dans la Drenthe, ainsi que pour ses mérites de professeur et pour ses contributions à la défense du paysage de la Drenthe. Les qualités d'Evert Musch, à savoir un intérêt sincère pour ses prochains et une sensibilité presque intuitive pour tout ce qui touche aux Beaux-Arts, sont à la base de tout ce qu'il a fait jusqu'ici; en tant que peintre, graveur et amateur de la Drenthe, mais aussi en tant que collectionneur d'objets d’art, professeur à l'Académie et en restaurant sa ferme.”

Depuis l'instauration du Grand Prix culturel de Drenthe, en 1955, ce fut la troisième fois que le prix était décerné à un peintre. En 1957 E.B. von Dülmen-Krumpelman fut décoré, et en 1967 Klaas Smink. Parmi les considérations qui furent décisives pour l'octroi du prix à Von Dülmen-Krumpelmann on retiendra son influence sur des jeunes artistes comme Arent Ronda et Evert Musch. Presque 30 ans plus tard, le choix de Musch pour ce même prix fut motivé par la même considération; c'est à dire son influence sur une nouvelle génération d'artistes. Musch fut très surpris par tout cela. Il l'a senti comme une reconnaissance, non seulement pour son oeuvre artistique, mais aussi pour ses qualités de plaideur pour une cause, la sauvegarde du paysage de Drenthe.

STYLE ET THÈMES

Paysages

En pensant à l'oeuvre de Musch on se rappellera de paysages peints d'une manière spontanée, avec des couleurs vives. Ce genre de peinture est effectivement caractéristique de la plus grande partie de son oeuvre, mais ceci ne fut pas le cas dès les débuts de sa carrière. Déjà dans les années trente et début quarante Musch avait choisi la campagne groninguoise comme sujet, notamment de dessins. Pendant cette période il fit surtout des dessins au crayon, à la plume et au fusain. La nature y était restituée d'une façon détaillée et réaliste. Après s'être installé en Drenthe le paysage devint le sujet le plus important. Il travaillait le plus souvent en plein air, peignant à l'huile ou à l'aquarelle. C'est à cette époque qu'il découvre les couleurs du paysage.

Tandis que dans ses peintures à l'huile, Musch s’attachait encore aux détails, on voit tout de même dans les aquarelles de la période autour de 1950 un changement par rapport à l'oeuvre précédent. Le dessin devient de plus en plus libre (par exemple le dessin ci-dessous).

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Canard nageant, 1946. Pinceau, encre de Chine, 7 x 11 cm, collection particulière.

Ce développement vers un style plus impressionniste sera également sensible dans les peintures à l'huile, surtout après ses premiers voyages en Italie et en France. Sous l'influence de la lumière intense du Midi, Musch est obligé de transformer l’emploi des couleurs.

Platanes au Tholonet (Provence), 1953. Huile sur toile, 75 x 100 cm, collection particulière. Lien  Localisation

Les paysages de la Drenthe constituent toutefois l'élément principal dans son oeuvre.

Musch a toujours été attiré par ce paysage. Essayer de déterminer ce qui était caractéristique dans ce paysage l'a passionné jusqu'à ce jour. Ce caractère tout à fait original de ce pays s'exprime entre autres dans sa peinture de la vallée de la Drentse Aa. Quand il habitait encore à Zeegse, en 1946, il a d'abord fait un dessin détaillé.

En se basant sur le dessin, et en retournant de temps en temps sur les lieux, il a fait une peinture à l'huile aux dimensions considérables de 55 x 205 cm. Cette peinture, qu’il a seulement finie en 1955, lui tient particulièrement à coeur. Jugeons-en par ces mots, prononcés dans un interview: "C'est pour moi un reflet du pays que j'habitais alors; la Drentse Aa autour de Schipborg et jusqu’à Oudemolen. Regardez, au milieu du vingtième siècle on trouve encore un tel paysage! Ici, pas un bulldozer n'a remué la terre, juste un paysan avec sa bêche. La rivière, la Drentse Aa, suit encore son cours naturel, avec tous ses méandres. A l’époque où j'ai fait cette peinture il y avait des projets de canalisation de la rivière. C'est pour cette raison que j'ai voulu fixer ce magnifique paysage en faisant cette peinture, avant que tout soit défiguré. Heureusement la vallée de la Drentse Aa fut classée “site protégé”. Et aujourd'hui on peut encore admirer le même paysage que celui dans la peinture."

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Vue sur la Drentse Aa près de Schipborg, 1946-55. Huile sur toile, 55 x 205 cm, Drents Museum Assen. Localisation

Sur le mode de travail qu'il a employé pour réaliser cette peinture il dit dans un autre interview : “Je l'ai fait en étant assis sur une colline. D'abord j'ai fait un dessin détaillé. Ensuite j'ai fait la peinture à l'huile dans l'atelier. J'ai fait cela petit à petit. Régulièrement je retournais sur les lieux pour contrôler si la peinture rendait fidèlement le paysage. Cela m'a pris des années pour finir cette peinture, tandis qu'il y en a d'autres qu'on finit en une heure.”

Pour choisir le sujet idéal dans un paysage, Musch se laisse guider par son intuition.

Dans cette même interview on peut lire: "Je suis quelqu'un qui se base sur l'observation.

Avant de commencer la peinture je fais un croquis. Alors on sait de quoi l'on s'occupe et l'on contrôle en quelque sorte le sujet. Ayant fait le croquis on peut commencer à fixer le paysage sur la toile. Tous les endroits ne sont pas favorables à une composition. On doit être séduit par la lumière ou l'atmosphère. On ne s'installe pas n'importe où. Quand on se promène quelque part on doit subir soudainement un petit choc. On se dit; "Tiens, ça me plaît”, et ensuite on commence à travailler."

Bien qu'il vive déjà depuis plus de quarante ans dans la Drenthe il est toujours inspiré par le paysage, en jugeant par les mots suivants: "Je préfère me promener dans les environs. Ici, autour de la maison, ou ailleurs dans la Drenthe. A côté de Gasteren par exemple c’est magnifique. Là où on a à la fois la Drentse Aa et de la bruyère ; des collines et des marais, enfin bref, tous les éléments du paysage de Drenthe réunis. C’est un coin tellement joli! Je ne crois pas qu'on puisse trouver en Europe encore beaucoup de coins qui soient autant préservés que dans la Drenthe. En cherchant un beau coin je me promène, et puis.............pffffff, je suis atteint par cette sensation. Alors c'est le coin pour moi. Je dois subir un petit choc. Et alors, le coin c'est juste ce qu’il me faut. Je subis le paysage d'une façon intense. J’essaie de m’identifier avec le paysage. Ça, c' est MOI.”

En dépit de son amour pour la Drenthe, Musch a quand même fait des voyages pour découvrir d'autres paysages. En 1951 il a fait son premier grand voyage, en Italie, et deux ans plus tard il alla en France. Ce dernier pays, il le visita de nombreuses fois au cours des années. Malgré les différences entre les paysages de la Drenthe et ceux de la France, Musch chercha des ressemblances pour les restituer dans son oeuvre.

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Paysage près de Montbrison-sur-Lez (Drôme provençale), 1972. Huile sur toile, 65 x 80 cm, collection particulière. Localisation.

Hans Heyting l'a décrit ainsi: "Ce qu'il trouvait en Drenthe il le retrouvait en France;

le paysage à la fois mystique, lyrique et romantique. Même si ses couleurs devenaient

plus vives, voire même âpres, sous le soleil du Midi, et même s’il s’enrichissait de nouveaux motifs, il peignait le paysage français avec un esprit drenthien."

En 1960 Musch visita les Dolomites, où il peignait des paysages qui, par leurs couleurs pures, ont un caractère plutôt expressionniste. L’année suivante il faisait donc ce voyage en lsraël. Pendant le voyage en cargo il peignait des vues sur la Méditerranée, et à Jaffa et Acco il peignit des aquarelles exécutées d’une façon rapide et schématique.

Que la peinture du paysage prenne déjà au début des années cinquante une place prépondérante, on peut s'en apercevoir dans un article de journal de 1954; “Est-ce que Musch trouve-t-il dans le paysage sa plus grande force? On peut le dire assurément.

C’est vrai que le caractère de Musch s'exprime le mieux à travers ses paysages. On constate plus qu'une imitation de la nature, mais plutôt un élan créateur, aussi bien en ce qui concerne les paysages des Pays-Bas que dans les paysages italiens et français.

Il y a un souci du détail, mais ce qui frappe aussi c'est une gamme des couleurs très personnelle, puis sa capacité de composer, donnant à chaque toile quelque chose de vrai.”

Portraits

Dans l'article cité plus haut, on trouve également une caractérisation du portrait dans l'oeuvre de Musch. On lit: "Heureusement Evert Musch est loin du boursouflage et du romantisme sentimental. Le portrait d'une fille ébouriffée pourrait susciter des sentiments de pitié exaltée, mais par la vue claire du peintre ceci est évité. Le portrait du professeur Van Giffen, avec d'autres couleurs que d’habitude dans l'arrière-plan, restera longtemps dans la mémoire de ceux qui l' ont vu. Ce qui frappe dans ce portrait, c'est l'effet de plasticité qui donne l'impression que nous voyons le professeur en personne. En tout cas, ses portraits sont très captivants. Justement parce que cet oeuvre est sincère, sans le trucage qui pourrait garantir un succès facile, mais qui pourrait également décevoir et laisser un vide." 

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Portrait du professeur A.E. van Giffen, 1954. Huile sur toile, 84 x 66 cm, collection Drents Genootschap.

Le portrait du célèbre professeur en préhistoire A.E. van Giffen a été fait suite à une commande de la part du Conseil Culturel de Drenthe. Ce portrait devait faire partie d'une série de portraits de personnages éminents ayant contribué à la vie sociale et culturelle de la Drenthe.

Musch, en se rappelant de ce portrait en raconte l'anecdote suivante: “Ça ne disait rien à Van Giffen, d’aller poser longtemps pour ce portrait. Il se considérait trop occupé. Finalement je pouvais venir chez lui, où j'ai fait quelques croquis au crayon pris sous plusieurs angles.

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Croquis pour le portrait du professeur A.E. van Giffen, 1954. Crayon, 22 x 15,5 cm, Drents Museum Assen.

Ensuite, en me basant sur l'un des croquis, j’ai peint le portrait dans mon atelier. Quand la peinture fut presque finie, Van Giffen est encore venu une fois chez moi pour poser. Cela n'a pas été d'une grande aide, car bien que Van Giffen eût emmené ses papiers pour continuer son travail pendant la séance ("Le temps, c'est de l'argent", il disait) il ne cessait pas de s'endormir.

A la présentation officielle du portrait j’étais absent, en raison d’obligations professionnelles. Le soir même de la présentation une voiture s'arrêtait devant la porte. Deux messieurs descendaient de la voiture avec la peinture. Ils me disaient que la peinture avait été présentée et que tout le monde avait admiré le résultat, y compris le professeur Van Giffen. Cependant le professeur avait remarqué: "Oui, mais ses mains. Je n'ai pas de mains comme-ça!!” Et il insista pour que je reprenne les mains, autrement il n'accepterait pas la peinture. Je n'étais pas d’accord.. Aussi je n'avais pas l'intention de corriger quoi que ce soit. Pour ne pas mettre les deux messieurs dans l’embarras j'ai inventé la solution suivante: j'ai pris un pinceau, sans aucune peinture, et j'ai griffonné un peu sur la peinture. Alors pouvait-on interroger ces messieurs à ce propos sur leur honneur et en toute conscience. Ils pouvaient témoigner sur le fait que j'avais bien retouché la peinture avec mon pinceau...

Assez longtemps après ces évènements j’ai revu un de ces messieurs qui m'avaient ramené la peinture. Je lui ai demandé comment cela c’était passé. Il m’a dit que le professeur avait dit en regardant la peinture: "Oui, comme ça c'est bon."

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Portrait de Job Moek, agriculteur à Annen, 1957. Huile sur toile, 57 x 54 cm, collection particulière.

Le fait que Musch avait été choisi parmi d'autres pour faire ce portrait montre qu'au début des années cinquante il avait déjà une certaine réputation comme portraitiste. Pendant les années quarante il avait déjà commencé à faire des portraits, la plupart du temps très élaborés, quelquefois plus schématiques. Après la guerre l'exécution des portraits devint de plus en plus libre et impressionniste, comme le reste de l'oeuvre. Le portrait du paysan Job Moek semble être noté avec seulement quelques grandes touches. Musch n'a pas seulement fait des portraits sur commande. Il a également fait beaucoup de portraits de personnes qui l’intéressent. Dans beaucoup de cas sa femme et ses enfants servirent de modèle.

Natures mortes

Au début de sa carrière la technique jouait un rôle important dans la réalisation de ses natures mortes. Pendant la guerre il a peint quelques natures mortes à la manière des maîtres anciens. Sur un panneau de chêne il faisait d'abord une esquisse en grisaille avec de la peinture diluée à la térébenthine, qui servait de couche de fond. Ensuite il passait des couches transparentes de peinture diluée avec un mélange d'huile de lin et de térébenthine (glacis). Ce soucis pour la technique lui était transmis par ses professeurs à l'Académie. La restauration de vieilles peintures lui apporta également des connaissances sur les aspects techniques du métier.

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Nature morte, bouquet de chrysanthèmes, 1944. Huile sur toile, 42 x 26 cm, collection particulière.

L'influence de Kort se faisait sentir, non seulement sur le plan technique, mais également du point de vue stylistique. Ceci se manifeste dans des compositions très sereines et détaillées. Jusqu’aux années cinquante Musch se consacra régulièrement à la peinture de natures mortes, qui, graduellement, furent empreintes d'un caractère propre, et par un pinceau de plus en plus libre. Pendant une longue période il a quasiment abandonné la nature morte, mais ces dernières années il a fait quelques bouquets de fleurs.

Nature morte, bouquet de fleurs sauvages et pommes, 1987. Huile sur toile, 80 x 65 cm, collection particulière. Lien

Paysages urbains, intérieurs et autres sujets

Pendant les années quarante Musch s'est souvent consacré au dessin de paysages urbains. De cette époque il lui reste encore quelques dessins de Groningen, parmi lesquels une vue sur les toits de la ville prise depuis la maison paternelle dans la Brugstraat. Il ne s'est pas aventuré à exécuter des peintures à l' huile de ce sujet pendant cette période. Par contre, il a fait une peinture de l'intérieur de l'église Martini. De la même église il a fait une eau-forte.

Les vues sur villes et villages qu'il a faites plus tard, à la fin des années cinquante et soixante, sont souvent le résultat de voyages à l'étranger.

On trouve alors entre autres une série d'aquarelles faites pendant un voyage le long de la Moselle où il a été enchanté par le caractère des vieilles maisons à encorbellement comme à Zell an der Mosel.

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Vue de maison ancienne à Zell an der Mosel (Allemagne), 1963. Aquarelle, 52 x 37 cm, collection particulière. Localisation

Il a également peint des vues dans certaines villes aux Pays-Bas, comme Groningen, Amsterdam, Harlingen et Franeker.

Au milieu des années soixante on constate un étonnant élargissement dans la gamme des sujets. Son inquiétude pour la nature, menacée par l'industrie, l’agriculture moderne et les remembrements trop rigoureux, s’exprimait par des peintures et des dessins montrant les "progrès” de nos jours. Il faut mentionner une aquarelle “agressive" de l'exposition agricole à Zuidlaren (ci-dessous) et des dessins de quelques usines et chantiers navals.

Vue de l’exposition agricole à Zuidlaren, 1965. Aquarelle, 56 x 76 cm, collection particulière. Lien  Localisation

Les oeuvres plastiques

Pendant ces mêmes années soixante Musch expérimenta également l'utilisation de différents matériaux pour faire des oeuvres plastiques. Il s’essaya aussi bien avec le bois qu'avec des métaux. La plupart de ces oeuvres plastiques figuraient à une exposition dans l'usine “Stork”, où sont fabriquées des pompes. Comme exemple des oeuvres plastiques de cette époque il faut mentionner un assemblage de différentes pièces de pompes qui fut placé devant l'usine “Stork” à Assen, où l'on peut encore l’admirer à l’heure actuelle.

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Plastique, 1966. Composée à partir de pièces mécaniques, hauteur environ 4 m. Localisation : Usine “Stork”, Assen (carte).

Contrairement à ses peintures et à ses dessins, qui ont des sujets empruntés au monde réel, les oeuvres plastiques de Musch sont presque toujours abstraites, bien que la relation avec le monde réel ne fut jamais totalement abandonnée. Comme exemple il faut mentionner “‘t Hemeloor" (l'oreille céleste), une plastique en métal qui fut inspirée par le radiotélescope à Dwingeloo, dans l'Ouest de Drenthe.

Bien que Musch ait entrepris la plastique avec beaucoup de plaisir il n'a pas continué d'explorer cette voie. Depuis lors il s'est limité à la peinture et au dessin.

Oeuvres graphiques et illustrations

Au milieu des années soixante Musch a également expérimenté avec certaines techniques graphiques. Il a entre autres fait une gravure sur carton, intitulée ”Macchina”.

Macchina, 1965. Gravure sur carton, 37 x 49 cm, collection particulière. Lien

C'était la première fois depuis presque vingt ans qu'il se lançait dans une technique graphique.

Pendant et immédiatement après ses études il a régulièrement fait des eaux-fortes et des lithographies. Les eaux-fortes qu'il a réalisées au cours des années 1938-40 étaient pour lui surtout un exercice. Il imprimait ces eaux-fortes à l'académie, puis il ne tirait que quelques épreuves. Un exemple de ses eaux-fortes est son autoportrait de 1940.

Autoportrait, 1940. Eau-forte, 28 x 18 cm, collection particulière. Lien

Mais une technique que Musch a pratiqué davantage, c'est la lithographie. Il a travaillé pour lui-même; ses natures mortes en témoignent tels ses coquillages. Mais il a également travaillé sur commande; ainsi il a fait des ex-libris, des cartes de voeux et pour l’imprimerie Van Dingen des vues dans Groningen pour les calendriers de 1949 et de 1950. Ce qui frappe dans les lithographies de Musch c’est le coloris frugal et doux qui donne un cachet spécial et serein à ces planches.

Après 1950 Musch ne fera plus de lithographies. Il s'aventura par contre sur le terrain de l'illustration de livres. On a déjà mentionné les deux romans qu'il a illustré juste après ses études (de Keuning et de Jonker). Dans les années soixante, il a illustré plusieurs livres de poésie et de prose en patois de Drenthe. Le dernier livre qu'il a illustré est l'ouvrage de Jan A. Niemeyer intitulé "Drente, d'olde lantschap" (Drente, la vieille province), de 1982. Pour ce livre il a fait une série de paysages dessinés à l'encre de Chine.

Chemin traversant les landes de Balloërveld (illustration pour “Drente d’olde landschap”), 1982. Encre de Chine, 38 x 64,5 cm, collection particulière. Lien  Localisation

Appréciation

L’oeuvre de Musch a, dès ses débuts, reçue une appréciation plutôt positive. Les critiques et articles parus au cours des années font la plupart du temps élogieuses et les critiques négatives sont rares, même si certains journalistes ont de temps à autre formulé une remarque caustique. Au sujet d’une exposition à Groningen en 1945 un journaliste se prononce de la façon suivante : “Evert Musch est un peintre né qui, toutefois, n’est pas encore arrivé là où il voudrait être. Ses peintures donnent une impression du développement de son oeuvre. “La maison au bord du canal” pourrait laisser présumer qu’il ait une tendance quelque peu réactionnaire, mais il s’en dégage aussi une vive sensibilité sur la réalité et une perception aiguë. On le constate également dans le reste de son oeuvre. “La maison au bord du canal” est vraisemblablement plus ancienne. Sa “Nature morte automnale” est d’une évocation de la matière très raffinée. Mais ce n'est toutefois pas la cruche qu'il a peinte qui importe. Ce n'est qu'un moyen, un symbole, avec lequel il exprime sa joie des couleurs, de la lumière et des formes. Le portrait dans un cadre cintré est presque religieux dans son dévouement, plein d'amour et dans sa harmonie rassurante. Mais il a atteint son apogée dans "le piquet devant un champ de blé". C 'est la poésie des choses de la campagne, mais c'est encore plus que cela. Dans la relative monotonie des couleurs il y a une variété de nuances qui nous fait penser aux airs de Bach. Dans le jeu du clair-obscur il s'est retenu comme le meilleur impressionniste, sans aboutir à des contrastes exubérants. Le coup de pinceau dynamique a une valeur expressive mais n’est pas importun et le piquet lui-même est le thème, le motif, autour duquel tout se concentre. Au peintre nous disons: “Un peu plus d'audace dorénavant".”

Portrait de To (épouse d’Evert Musch), (1942). Huile sur panneau, 28 x 16 cm, collection particulière. Lien

Dans son oeuvre des années quarante certains critiques voyaient l'influence d'autres peintres, comme celle de son professeur Kort. A l'occasion d'une exposition en 1948 à Groningen un journaliste écrit: “Il est un adepte typique du traditionnalisme et de la glorification de l'école romantique. Musch a été l’élève du peintre Kort. Il n'arrive pas tout à fait à se soustraire à ce milieu. Probablement le reste de sa vie il va continuer à bâtir sur cet héritage, à moins qu’il n’arrive à se libérer de tout cela en prenant un autre chemin. Le portrait du peintre Ronda et le portrait très pur d’un garçon donnent lieu à la supposition qu’il est déjà sur une autre voie? Un artiste peut bénéficier d’une bonne formation, mais quand il persévère dans une seule voie son oeuvre ne trouvera pas son propre visage et sera finalement stérile et sans fantaisie. Elle ne disposera pas de l’audace spirituelle qui rend si rafraîchissante l’oeuvre de certains jeunes. Ce serait regrettable pour un jeune artiste comme Musch, qui a certainement des capacités techniques.”

Que bientôt après, il y eut un changement dans le style de sa peinture, nous le constatons à travers une critique sur une exposition quelques mois plus tard: “Evert Musch a montré une oeuvre de bonne qualité, bien que je me demande s’il est resté lui-même. J’ai cru sentir l’influence de son concitoyen Von Dülmen-Krumpelman. Son coup de pinceau est devenu plus esquissé, son merveilleux traitement du clair-obscur est resté le même. Il faut espérer que la recherche de Musch ira dans la bonne direction, malgré les doutes que j’ai à ce sujet.”

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Bastide Saint Jean vers Rousset (Bouches-du-Rhone, Provence), (1953). Gouache, 37 x 49 cm, collection particulière. Localisation

Au début des années cinquante le développement vers un style plus libre et plus esquissé se poursuit. Dans un compte-rendu sur une exposition en 1953 un journaliste caractérise son évolution ainsi: “L’oeuvre de Musch ne se conforme pas à ceux des  peintres groninguois regroupés dans “De Ploeg” (la charrue). Son coloris est plus doux, sa touche plus légère. Il n'est certainement pas un impressionniste, mais, par contre, il y a dans son oeuvre un développement vers un style de plus en plus audacieux et robuste. Apparemment son horizon s'est étendue, aussi au point de vue artistique, par ses voyages en Italie et en France. Une quarantaine de peintures à l’huile, dix gouaches et presque vingt aquarelles donnent une bonne impression de l'oeuvre le plus récent de cet artiste. Pour la plupart les peintures datent d'après 1950. Cette grande productivité montre une capacité d'expression qu'il manie avec facilité. Ceci mène quelquefois à une plus grande aisance chez cet artiste, par exemple dans quelques aquarelles. Mais il est également doté d'un charme lyrique et romantique, comme dans quelques-uns des paysages du sud de la France. Le dessin et la couleur enchanteresse en ont crée toute l'atmosphère. Certaines de ses peintures faites en Drenthe sont plus robustes. Et ses portraits témoignent d'une tendance a vouloir restituer à la fois les formes et l'esprit propres aux personnages.” 

Dans les peintures faites pendant les voyages en France dans les années cinquante l’influence des impressionnistes français se fait sentir, et, toujours selon les critiques, ceci se manifestait surtout par le coloris “étincelant". Au début des années soixante il fit quelques peintures dans les Dolomites qui se heurtèrent à des notes critiques, à cause d'une approche “trop objective et trop réaliste”.

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Orage s’abattant sur Toblach/Dobbiaco (Dolomites), (1960). Huile sur toile, 66 x 91 cm, collection particulière. Localisation

Pendant cette période Musch continua à peindre des paysages drenthiens, des portraits et des natures mortes. Sa restitution du paysage de Drenthe fut communément apprécié, autant par le coloris que par la composition. Ainsi, une critique sur une exposition en 1960 nous apprend que: “Son amour pour le paysage de Drenthe se manifeste de nouveau à cette exposition. Nous sentons à travers les peintures le calme qui se dégage des vieilles fermes à toits de chaume à moitié cachées dans la verdure. Ce sont justement ces fermes là qui sont si typiques pour la Drenthe. Le printemps qui s’annonce est très bien restitué dans la peinture du bocage avec ses couleurs mauves et jaunes. Il faut l’oeil d’un peintre comme Musch pour voir une belle composition dans un morceau de nature que la plupart des gens trouveraient relativement insignifiant.”

Ses portraits recevaient également un accueil favorable. Selon les critiques, Musch parvenait à rendre aux portraits non seulement une ressemblance frappante, mais aussi une peinture du caractère des personnages.

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Chantier de démolition navale sur l’île de Terschelling, (1965). Dessin à l’encre, 50 x 65 cm, collection particulière. Localisation

Au milieu des années soixante il y eut (comme nous l’avons déjà constaté) une extension dans la gamme des sujets et dans l’utilisation des matériaux. La plupart de ses peintures et oeuvres plastiques de cette époque furent montrées à une exposition dans l’usine “Stork” à Assen (où sont fabriquées des pompes). L’exposition était intitulée “Kijk op techniek” (la technique placée bien en vue) et eut lieu fin 1966. Le changement dans son oeuvre fut remarqué par un journaliste qui remarqua que : “Nous connaissons Evert Musch en tant qu’impressionniste. Ici nous rencontrons également des peintures de lui qui nous sont familières, peintes de bon coeur, presque toujours un peu studieux, et avec un souci du détail quelque peu excessif. Mais Musch s’est maintenant également plongé dans l’industrie. Il s’est d’abord imprégné de l’atmosphère brûlante d’une fonderie de fer. Ici l’impression est devenue presque une chose de moindre importance. Cet artiste “traditionnel” est depuis quelque temps en train de se libérer de l’apparence des choses. Cet été, à Westerbork, il a osé exposer une série d’oeuvres expérimentales faites avec des déchets. Et une gravure sur carton abstraite. Il a commencé à jouer avec des matériaux de toute sorte. Il a découvert la vie dans un morceau de bois qu’il a raboté et ciselé pour enlever les parties mortes, jusqu’à l'obtention d’un mouvement rythmique. Pour cette exposition, qui a pour thème “la technique”, il a pris des roues dentées, des copeaux de métal, des tuyaux et des grillages, et il a commencé à composer avec ces matériaux comme si c’étaient des notes de musique. Certaines compositions ont eu besoin d'une longue réflexion. D'autres ont un caractère plus spontané. Par exemple “ ‘t Hemeloor” (l'oreille céleste) inspirée d'un poème de Roel Reyntjes, et “Opbouw” (construction) ont gardé cette spontanéité. Qu'un homme, qui pendant des années s'est uniquement consacré à la peinture soit également capable de composer une colonne à partir de lourds blocs de fer en obtenant un effet d’équilibre surprenant, cela force le respect. Nous n'oserions pas prophétiser si Musch se reconnaîtra finalement en continuant dans cette voie. Mais nous sommes convaincus  que ces expériences auront un effet important qui sera déterminant pour son développement.” 

Quand Musch obtint le grand prix culturel de Drenthe en 1985, une exposition fut organisée de son oeuvre dans le musée de la Province de Drenthe. Un journaliste, ayant vu cette exposition, résumait l’évolution de Musch ainsi : “Evert Musch est surtout devenu un peintre de paysages, mais qui a également fait des portraits. Au départ il travaillait dans un style réaliste, puis ensuite dans le style qui était en vigueur dans notre pays au cours des années quarante et cinquante. Ce style, on pourrait l’appeler le post-impressionnisme néerlandais. Il se distingue du post-impressionnisme français par son coloris. Ces dernières années la peinture de Musch est devenue plus ouverte, moins dépendante des petites touches et des contrastes de couleur sur la petite surface.”

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Dans la vallée de la Drentse Aa près de Gasteren,(1974). Huile sur toile, 62 x 73 cm, collection particulière. Localisation

Un autre journaliste dit sur la même exposition : “Ce qui frappe dans l’oeuvre de Musch c’est l’évolution du réalisme vers un style plus impressionniste, au niveau de la technique, la manipulation du pinceau ainsi que le coloris. En ce qui concerne les sujets et le contenu on peut dire que l’évolution va d’une approche descriptive (regardez “Vue sur la Drentse Aa”) vers une approche lyrique et momentanée. Cette dernière approche est naturellement propre à l’impressionnisme, mais Musch parvient comme personne d’autre à combiner cet aspect momentané avec l’essentiel d’un endroit, un évènement, une émotion, ainsi surpassant la dimension du temps.”

Paysage près de Amen,(1976). Huile sur toile, 60 x 70 cm, collection particulière. Lien  Localisation

Conclusion

Malgré le fait que Musch ait été professeur à l’académie, une grande partie de sa vie active il a été capable de produire une oeuvre considérable. L’appréciation de son oeuvre n’a pas manquée, comme nous le témoignent non seulement les nombreuses critiques positives, mais aussi l'attribution du Grand Prix culturel de Drenthe en 1985. Cette appréciation est toutefois limitée au Nord des Pays-Bas; sa réputation n'ayant pas tellement rayonnée au-delà. D’un côté cela peut être dû au fait que Musch ne s'est jamais trop intéressé à ce qui est “en vogue” à un moment donné. D’un autre côté il n'a jamais fait d'efforts d'exposer ses peintures en dehors de sa région. Il a même renoncé aux invitations à venir exposer ses oeuvres dans des galeries de l'Ouest du pays. L'oeuvre graphique, par contre, est plus connue, bien que cette connaissance se limite au petit groupe d'amateurs et connaisseurs des arts graphiques. Ses lithographies figurent dans plusieurs manuels sur l'art graphique.

Quand on passe en revue l'oeuvre de Musch on peut constater qu'il a suivi son propre chemin, et qu'il a développé un style personnel et reconnaissable. Ses oeuvres du début, qui sont d'un style réaliste et faites d'une façon minutieuse, font encore penser à l'oeuvre de son maître Kort. Quand après la guerre il commence à peindre en plein air, son style se libère et devient proche de l’impressionnisme. Il est resté fidèle à ce style jusqu’à l'heure actuelle, excepté quelques essais et expériences dans un style abstrait pendant les années soixante. Musch était libre de poursuivre son propre chemin et il ne lui était pas nécessaire de se laisser guider par les tendances en vogue dans l'art actuel, parce qu'il n’était pas dépendant de la vente de ses peintures grâce au professorat à l’Académie. Il a ressenti ça comme l’un des avantages du métier de professeur.

        Bien qu’il se considère comme un impressionniste, on ne peut pas dire que le style et la technique par lesquels il s’exprime sont les plus importants pour lui. Lui-même dit là-dessus: “J’ai quelquefois l’impression que beaucoup de mes élèves me trouvent démodé. A l’origine j’étais un impressionniste pur, mais je n’ai jamais eu l’idée que l’image ou le sujet soient importants. J’ai toujours dit que la technique est importante, mais dès que tu arrives à faire un trait avec un crayon sur un papier tu maîtrises déjà une certaine technique. Ce qui compte c’est que tu comprennes ce que tu fais. Et ce que tu fais doit venir directement du coeur. Ensuite il n’importe plus si tes oeuvres sont réalistes ou abstraites.”

Pour Musch la technique à elle seule ne suffit pas. Dans un interview de 1987 Musch l’a encore souligné: “Il faut surtout compter sur le mental et la volonté. C’est tout. Pour les “profanes” c’est souvent difficile à comprendre. Pour l’un la perfection technique ne mène à rien, pour l’autre cela mène à un bon résultat. Tout est dans l’engagement et l’affinité avec le sujet et la peinture. Tout ça trouve son origine dans l’homme, et non pas dans la technique.”

Plume (1944). Lithographie, 9,5 x 16 cm, collection particulière. Lien