« Sujets de la Sérénissime, préparez-vous à faire honneur à votre cité !

Car le monde s'est donné rendez-vous dans les ruelles de Venise, l'été s'annonce glorieux.

La gloire, voilà l'enjeu de la fête de la Sfida, qui attire les meilleures lames d'Europe vers San Giorgio Major. Il y'a longtemps, la petite île a ceint le front de Pierre Terrail de Bayard des lauriers de la victoire. En juillet, le lauréat saura-t-il résister à une concurrence prestigieuse et aux terribles Mutemps de la Sérénissime ? César Borgia ou l'un de ses fameux condottieri, Lord Francis Drake seraient d'ores et déjà en lice pour lui ravir le trophée.

Hôtels particuliers, belles demeures et viles auberges grouillent d'activité. Plus un seul lit n'est disponible. Dans le sillage de la Sfida, qui honore la force et l'adresse, l'Académie du Tempus entend rendre hommage au génie de l'esprit, à travers une exposition exceptionnelle consacrée au Maestro Leonardo Da Vinci. A n'en pas douter, tant d'esthètes et d'hommes de l'art réunis feront aussi la fortune des collectionneurs de tout l'Occident : il faudra être ingénieux ou multiple pour ne rien manquer des ventes aux enchères privées comme publiques qui émailleront la saison estivale.

Si la beauté est une vertu supérieure, alors Venise sera le pinacle de l'Europe : dans l'île de San Giorgio Major comme dans toute la ville, les palais et les rues commencent à se pavoiser aux couleurs de nos prestigieux invités. Le Carnaval sera le superbe écrin d'innombrables joyaux. Authentiques vénitiens comme visiteurs étrangers s'impatientent de se livrer au Maschere, le jeu des masques et des visages, notre incontournable coutume. S'ouvrir les portes du bal de la St Georges sera un défi bien plus grand que forcer le coffre du Doge ! Les artisans talentueux sont mobilisés autour de la cérémonie de clôture de la Sfida. De grands noms sont annoncés, comme Maestro Cristoforo da Messisbugo en tant que maître des cuisines du doge, et Maestro Luigi Grotto comme Grand Orateur des cérémonies.

Le profane trouvera plus que son compte dans notre belle cité, mais nos canaux seront aussi la voie de la sainteté : évêques et cardinaux de toute la Chrétienté honoreront Venise par la tenue du "Concile Venise 1605", placé sous le sceau du deuil papal et de la gravité.

Gageons que le conseil des Dix & Sept, notre assemblée politique, saura répondre à toutes ces préoccupations, saintes ou profanes, de haut parage ou de basse condition, lors de la session extraordinaire de trois pleines journées, et ce malgré les festivités.

Lucia Manuzio pour la gazzetta di San Giorgio »

SITUATION GEOPOLITIQUE EN 1605

Nous sommes en 1605, après un siècle modelé par l’utilisation du Tempus. Si Venise est la Cité qui nous intéresse, un petit tour rapide de l’Europe et du reste du Monde permet de mieux cerner la complexité extrême de la situation.

L’Europe

L’Europe est et demeure le centre du Monde et ce d’autant plus que le Tempus est maitrisé par la majorité des Etats, leur donnant un avantage certain sur leurs rivaux non européens. Les gouvernements ont grandement évolué avec l’usage du Tempus, les dirigeants parvenant à se maintenir au pouvoir bien plus longtemps.

De fait, l’évolution politique nécessite souvent l’emploi de la force pour déloger les personnes en place. La société est peu ou prou figée à tous niveaux et après un siècle, des problèmes commencent à apparaitre, qui découlent de l’usage du Tempus: sclérose du tissu social, durcissement des institutions, surpopulation urbaine, répartition des richesses, etc…

De noirs nuages s’amoncellent au dessus des capitales d’Europe, car les tensions engendrées par la modification radicale des façons de penser et de vivre arrivent à un paroxysme. Et les puissants, qui sont bien conscients pour la plupart de cet état de fait, réagissent par la répression.

Les grands états restent l’Espagne, la France, le Saint Empire Romain Germanique, l’Angleterre. Moindre, mais cependant puissants, les Savoie, les villes Italiennes, l‘Ecosse, l’Irlande. La Confédération Helvétique et la République des III Ligues fournissent parmi les meilleurs mercenaires d’Europe et sont ainsi mêlés à la plupart des conflits, changeant d’alliances au gré des accords et traités signés. Le Saint Siège n’est pas à proprement parler un état, bien qu’il possède territoires et troupes, mais il est l’autorité religieuse et morale incontournable en Europe méridionale. L’introduction du Tempus, en grande partie contrôlé par l’Eglise, n’a en rien effrité le sentiment religieux chez les hommes. La Réforme a bien eu lieu et a provoqué des bouleversements important, mais a aussi soulevé des opinions religieuses nouvelles et radicales.

L’Europe mène une guerre quasi permanente contre la puissance ottomane, guerre jalonnée de trahisons et de retournements d’alliances, qu’entrecoupent de temps à autre des conflits internes.

L’usage du Tempus a rendu les guerres plus longues, plus difficiles, et a surtout entrainé des conflits nationaux, dans des états déjà enclins à la guerre civile.

L’Espagne

L’Espagne est sans doute le pays le plus puissant d’Europe et du Monde. Son empire colonial lui apporte des richesses incroyables, tant en or et articles de commerce prisés qu’en main d’œuvre indigène dont elle ponctionne allègrement le Tempus pour fournir les Grands et les Tercios qui font régner la terreur sur les champs de bataille. Son empire couvre l’Espagne, les Pays-Bas, Naples, la Sicile, la Calabre,

les Amériques, Tunis et des comptoirs dans l’océan Indien. L’Espagne a récemment perdu la Sardaigne, mais les choses ne sont pas terminées de ce côté-là. Le roi est Philippe II d’Espagne, qui gouverne d’une main de fer sur un peuple fier au sang chaud, conscient de sa place prééminente dans le monde et prêt à redresser tout tort qui lui est fait. Philipe II est parvenu au pouvoir en 1556, lorsque son père Charles Quint renonça à la couronne d’Espagne et à celle des Pays Bas. Le Saint Empire est de fait un allié ferme de l’Espagne, grâce à des liens familiaux au sein de la famille des Habsbourg. Les troupes espagnoles font la loi partout. Tous les autres états européens ne rêvent que de briser la superbe des Ibères, sans succès jusqu’ici.

L’Espagne est férocement catholique, et ce sentiment dicte en grande partie la politique du pays. L’Inquisition est un des principaux organes du pouvoir et soutient la Couronne de tout son poids. Logiquement, l’Espagne et la Papauté sont très liées.

L’Espagne utilise presque exclusivement la méthode alchimique d’extraction du Tempus, et dispose d’une réserve de population indigène aux Amériques qui lui donne un avantage largement supérieur sur ses rivaux européens. Les implications morales de l’exploitation des populations colonisées ont été un temps cautionnées par la Papauté, laquelle a qualifié les Africains et Sud-Américains comme des êtres dépourvus d’âme. Une position contestée par beaucoup d’ecclésiastiques et

par les Réformés. Après la célèbre controverse de Valladolid et sous la pression de l’opinion publique, le Pape a déclaré un moratoire sur l’exploitation du Tempus des indigènes. Le gouverneur de Nouvelle-Espagne, le terrible Cortès, a obéi… Enfin, c’est ce qu’il prétend, mais de sombres histoires courent toujours sur des exactions commises dans les Amériques, et personne ne sait vraiment ce

qui se passe là-bas.

L’Espagne dispose d’un monopole sur la production du Tempus sur ses territoires, et seuls les Grands d’Espagne ont un accès illimité à des moyens d’extraction privés. Toutefois, au sein du royaume, nombres machines illégales circulent. On parle aussi d’alchimistes juifs non reconnus et d’initiés arabes... Pour lutter contre ces dérives, l’Espagne entretient l’Ordo Secretio Alchimae, mais a toujours refusé l’installation du Bureau des Affaires Temporelles. De plus, l’Inquisition Espagnole s’est donné pour mission de chasser aussi bien les alchimistes que les scientistes illégaux. En Espagne l’inquisition est toute puissante et, suivant la bulle du Pape Sixte IV, est souveraine et non affiliée au Vatican : le grand inquisiteur Tomas de Torquemada est seul juge en ses terres et seul référent de la religion en Espagne…

De temps à autre, les conseillers de Philippe II d’Espagne, qui gouvernent en général à sa place, engagent des hommes de mains pour des missions particulières. Il n’y a guère d’organisation à proprement parler, mais on connait de réputation ces spadassins dans toute l’Europe. On les appelle les Hidalgos.

Le premier conseiller actuel est le Duc Gomès y Guzman, qui a remplacé le Duc de Lerma, disgracié après le fiasco sarde. Le Duc Gomès y Guzman est un politicien intrigant et retors, là où son prédécesseur n’était qu’un homme de cours apprécié du Roi. Il use de tous les moyens pour se maintenir en place, et la cours de Madrid est le théâtre de nombreux complots et assassinats politiques. L’attitude de l’Espagne, sous sa houlette, est devenue nettement plus agressive… L’Espagne a à

gérer une multitude de problèmes, comme de vieilles rancoeurs, de volontés indépendantistes. Mais l’Espagne est fière comme l’est un taureau et entend bien devenir la «fille ainée» de l’Eglise en lieu et place de la France. L’Espagne est opposée à toutes les réformes et partout les feux de l’inquisition sont prompts à se ranimer.

 

Le Portugal

Le Portugal connut une grande Apogée entre 1495-1520 avec le roi Manuel Ier, l’arrivée aux Indes de Vasco de Gama, et la découverte du Brésil qui permit aux commerçants portugais de s’approprier bon nombre de territoires. Mais rapidement la concurrence espagnole et française se fit sentir. Le roi envoya des colons et les indiens du Brésil puis de nombreux Africains furent réduits en esclavage.

Manuel Ier fit procéder à nombre d’extractions de Tempus. Sur place, rapidement, des conflits naquirent et les Portugais se livrèrent à de nombreux massacres pour endiguer l’opposition indigène.

Malgré cela, le Portugal devint un véritable empire reposant sur ses comptoirs et des richesses venues des colonies (épices, or, pierres...) affluèrent rapidement sur les côtes portugaises. Jamais le pouvoir royal ne fut aussi grand. Manuel Ier réforma d’ailleurs l’administration avec un nouveau code législatif afin de renforcer encore ce pouvoir. Mais il sut aussi ménager la noblesse qui, grâce aux nouvelles colonies, finit par y trouver son compte. En 1555, le pays était considéré comme le plus riche d’Europe.

Cette richesse fut la cause principale des nombreux conflits qui éclatèrent dans le pays, dressant les puissants les uns contre les autres. En l’espace de 20 ans, le Portugal sombra dans d’innombrables guerres internes, que Manuel Ier ne parvint pas à juguler tant sa propre famille était impliquée.

Les crises atteignirent leur paroxysme en 1578, lors de l’assassinat du roi, qui laissa la couronne vacante. Il s’en suivit deux années chaotiques de course au trône dans laquelle l’Espagne et le Saint Empire s’investirent. En janvier 1580, Emmanuel Philibert de Savoie, alors donné favori, se retira de la course au trône laissant la place à son cousin Philippe II d’Espagne. Depuis cette date, le destin des royaumes du Portugal et d’Espagne sont unis sous une même couronne.

Le Saint Empire Romain Germanique

Conglomérat d’états unis de façon plus ou moins réelle autour de l’autorité de l’Empereur Habsbourg, le Saint Empire est la plus vieille structure politique de l’Europe, mais n’est plus la force implacable qu’il fut. Profondément secoué par les guerres de religion, il se trouve dans une sorte de paix armée entre les états catholiques et protestants, notamment luthériens.

En l’état actuel, l’Empire n’est qu’une fédération assez lâche au sein de laquelle l’Empereur n’est chef que parce qu’il possède les états héréditaires de la dynastie Habsbourg : l’Autriche, la Bohème et un conglomérat de petits territoires morcelés dans le nord-est de l’Allemagne.

L’Empereur est élu par les Grand Electeurs de l’Empire. Si les Habsbourg se sont imposés ces dernières années comme les titulaires quasiment héréditaires, les récentes divisions religieuses, qui fracturent jusqu’au collège impérial, ont provoqué des tensions lors des votes.

L’Empereur actuel, Charles Quint, a obtenu une paix fragile avec les protestants, par un accord tacite, sans doute le temps de préparer une nouvelle guerre… Son successeur désigné est son frère, le Prince Ferdinand, roi de Bohème, un catholique forcené, qui prend une place de plus en plus importante dans la politique impériale, tandis que l’Empereur, physiquement affaibli malgré le Tempus qui le maintient en vie, se retire peu à peu des affaires. Il ne faut cependant pas sous estimer cet homme, qui, dans les faits, a imprimé sa marque sur tout le XVI° siècle. Charles Quint reste l’homme le plus puissant d’Europe.

La longue guerre civile qui a secoué l’Empire pendant le XVI° siècle s’est achevée par un traité établissant un statu-quo sur la base du « Cujus rego, ejus religio » : la religion de l’état est celle du prince. Ainsi, les états allemands sont divisés entre ceux qui ont pris le parti de la Réforme et ceux qui sont restés fidèles à l’Eglise. Les deux camps se sont organisés en deux alliances, la Sainte Ligue Catholique et l’Union Evangéliste réformée. Le Saint Empire est ainsi dans une situation explosive, où tous sont insatisfaits de la situation et préparent une nouvelle guerre.

Les moyens de productions de Tempus sont très inégalement répartis dans l’Empire. La Diète, le parlement impérial, a accordé le droit de Tempus à tous les Grands Electeurs, qui disposent donc de machines à Tempus. Avec la guerre, nombre de Princes puissants se sont appropriés des machines qu’il est désormais difficile de leur reprendre sans faire éclater le conflit latent. Les protestants ont aussi leur propre source de Tempus, partie en machines scientistes et partie en alchimiques ayant épousé les thèses réformistes. Ces derniers sont impitoyablement pourchassés par le Très Saint. Chapitre et ses Chevaliers Inquisiteurs, qui ne lésinent pas sur les moyens pour les abattre. Nombre d’entre eux ont déjà été tués. On imagine aisément que les autres se cachent…

Les points de production du Tempus sont nombreux dans l’Empire, mais les sources plus rares, les populations ayant déjà durement souffert de la guerre civile. C’est à peu près la seule raison qui empêche les stocks de Tempus d’exploser. Et déjà quelques Princes tentent d’imposer un impôt sur le Tempus à leurs sujets, spécialement lorsqu’ils ne sont pas de leur religion. Le spectre des persécutions religieuses plane sur les villes germaniques.

L’Eglise est un puissant support de l’Empire, et œuvre pour assurer la pérénnité sur le trône Impérial de la dynastie Habsbourg, qui pourrait ramener les états dissidents dans le giron catholique.

L’inquisition romaine, avec un mandat impérial, parcourt le Saint Empire en tout sens pour traquer les alchimistes protestants. Pour protéger ces derniers, les Princes protestants et Luther ont développé un réseau d’agents, Die Aufrichten (littéralement « les dressés contre » d’après le célèbre discours de Luther « je me dresse ici ») qui tentent de contrecarrer l’Inquisition Romaine, souvent appuyée par le Très Saint Chapitre, partout où elle se trouve. Une guerre de l’ombre fait ainsi rage

au cœur de l’Empire, une guerre qui déborde petit à petit sur le reste de l’Europe.

Le chef du parti protestant, Luther, est toujours en vie, maintenu par une consommation de Tempus régulière. Il est le chef de fait de la Réforme, mais doit transiger avec les princes pour les questions politiques. Son ambition est d’unir sous une seule bannière les protestants, et beaucoup de ses détracteurs l’accusent de vouloir s’ériger en antipape protestant, chose qu’il a toujours récusée.

Dans le Nord de l’Allemagne, les puissantes villes de la Ligue Hanséatique gèrent le problème religieux avec plus de tolérance, dans une logique de réalisme commercial. La Hanse, quoique dite sur le déclin, est très riche, très organisée. Charles Quint lui-même doit beaucoup d’argent à ces grands marchands qui contrôlent encore presque tout le commerce septentrional, de Londres à

Novgorod.

La France

L’ennemi le plus acharné de l’Espagne est sans conteste la France, presque totalement encerclée par les territoires de Philippe II ou de ses alliés. La France a connu une longue période de troubles et de guerre civile, en raison des conflits de religion et des luttes intestines.

Depuis 1560, c’est le roi Charles IX qui règne. Il est le quatrième roi de la famille des Valois-Angoulême. Fils de d’Henri II et de Catherine de Médicis, il a succédé à son frère François II à l’âge de dix ans. Son royaume est déchiré par les guerres de religion, malgré tous les efforts déployés pour les empêcher. Après plusieurs tentatives de réconciliation, il y eut des massacres tels que celui de la Saint-Barthélemy. Charles IX depuis quatre décennies tente d’endiguer le mouvement

protestant en France, mais les huguenots sont nombreux et tiennent certaines clefs du pouvoir. Le roi est malade, de façon chronique, depuis des années, et le Conseil Royal, où siègent les grands Princes et d’habiles conseillers, assume la plus grande part du pouvoir. Au sein de ce Conseil, trois hommes se détachent : l’amiral de Coligny, le chef des protestants modérés, proche du roi, le Duc Henri de Guise, Capitaine Général des Armées, et chef de la Ligue Catholique, un grand capitaine doublé d’un catholique féroce, et enfin, le Prince Henri d’Anjou, frère du Roi, héritier présomptif du trône et Régent du Conseil.

La France est un royaume riche et très peuplé, mais quelque peu exsangue. En théorie, le Tempus est un monopole de la Couronne, mais durant les guerres de religion et les luttes à la cour, beaucoup de nobles et de villes influentes se sont approprié des Machines à Tempus, et ont constitué des stocks. Le roi Charles IX, pour sécuriser son pouvoir, supprime petit à petit ces machines. Mais il agit, prudemment pour éviter de ranimer les conflits. Du coup la France est un haut lieu de trafic de Tempus. La Couronne dispose de troupes spécialisées dans le contrôle du Tempus, ce sont les Gardes Royaux, que l’on appelle aussi les Carabins, en raison de leur arme, la carabine. Ces hommes sont craints de tous les trafiquants de Tempus.

L’Inquisition Romaine est assez peu présente en France, où les serviteurs de la Couronne pratiquent à son égard une forme de résistance passive. Bien sûr, qui dit absence d’Inquisition, dit alchimistes renégats et trafic de Tempus… Par contre depuis la moitié du siècle dernier, le Très Saint Chapitre a des places fortes en certaines grandes villes de Frances telles que Paris ou Lyon.

Sur la scène internationale, la France est longuement restée repliée sur elle-même, plongée dans les affres de la guerre civile. Elle s’ouvre à nouveau au reste de l’Europe et entend reprendre sa place. Elle a récemment livré deux guerres à la Savoie, la première s’étant soldée par une victoire où le Duc de Guise s’est illustré, la seconde, non mené par Guise, débouchant sur un échec. Les frontières ont beaucoup bougé au dépend de la France même si le Traité du Mont-Blanc a scellé une paix et une alliance entre les deux états. Le carcan des Habsbourg, l’Espagne d’un coté et le Saint Empire

de l’autre, enserre la France et restreint son expansion, sans parler des Savoie leurs cousins, qui font blocus sur l’accès aux terres « italiennes ». Le XVIème siècle à été marqué par de nombreuses guerres qui n’ont pas vu le succès des armes françaises. Les Traités de Cateau-Cambrésis en 1559 ont instauré une paix forcée, que tous les grands états ont accepté de maintenir, pour éviter que les guerres, rendues plus terribles grâce au Tempus, ne déchirent le continent. Ces traités de paix ont mis un terme au conflit entre la France d’un côté et l’Espagne et l’Angleterre de l’autre et ont permis au duc de Savoie Emmanuel-Philibert, dit Tête de fer, de récupérer les territoires perdus par son père Charles III. Ces accords sont toujours en vigueur, mais les ambitions ne sont pas éteintes, et la France cherche clairement des moyens de saper la puissance Habsbourg.

Une partie des protestants reste en conflit avec le pouvoir royal, défiant les positions des modérés de leur camps qui, tel l’Amiral de Coligny, ont fait amende honorable et se sont mis au service du roi. Ces protestants calvinistes sont surnommés Huguenots. Ils ont pour chefs le Roi de Navarre. Ils ne sont pas en conflit ouvert avec l’autorité royale, mais la situation est tendue. Henri de Guise a fondé la Ligue

Catholique, qui groupe les seigneurs, les ecclésiastiques et le peuple mécontent

du pardon et de la tolérance accordés aux protestants. Ceux-là aussi cherchent à rallumer le conflit, pour régler le problème une fois pour toute. Certains Huguenots, dégoutés par les guerres sans fin, souhaiteraient quitter l’Europe et s’installer au sud du Nouveau-Monde

En résumé la France peut devenir le futur géant de l’Europe, mais elle doit passer par une période de reconstruction et attend son heure. Pour ce faire, la couronne stocke tout le Tempus qu’elle peut, et des rumeurs font état de personnes disparaissant la nuit avec des hommes masqués en arme, ou de mystérieux personnages raflant le Tempus sur le marché noir en grande quantité sans discuter les prix.

L’Angleterre

L’Angleterre, sous la férule du monarque Tudor Henry VIII sort épuisée par des décennies de guerres de territoire et de religion. S’appuyant sur les troubles de la Réforme, le Roi a imposé un protestantisme à l’anglaise à ses états, que l’on commence à nommer l’Anglicanisme. Les grandes familles nobles ont été mises

au pas, et même parfois détruites, sous les prétextes les plus divers. Les ecclésiastiques sont désormais investis directement par le roi.

Henry VIII règne glorieusement depuis près d’un siècle. C’est en 1531 qu’il s’est proclamé chef de l’Église anglicane en lieu et place du Pape. Cette décision a eu bien des conséquences, dont celle de remplir les caisses du royaume. Mais cette gifle à la face d’Alexandre VI a engendré la colère de l’Europe méridionale et notamment de la très catholique Espagne. Partout les navires corsaires anglais ont affronté les galions espagnols. Après la victoire sur l’invincible armada, la marine anglaise s’est imposée en maîtresse des mers et des océans. La Royal Mediterranean Company est l’une des fiertés de l’Angleterre. Elle est implantée aux Baléares uniquement pour narguer l’orgueilleuse Espagne, grâce à la protection de ses corsaires. Mais les forces espagnoles aidées par les autres ennemis de la nation ont permis la révolte de l’Irlande et de l’Écosse, désormais royaumes indépendants et catholiques.

Depuis le Moyen Âge, le pouvoir royal est limité par le Parlement qui se compose de deux assemblées législatives : la Chambre des Lords, où siègent les grands seigneurs laïcs et ecclésiastiques, et la Chambre des communes où siègent les députés élus des comtés et des villes. À chaque fois que le souverain a besoin de lever une armée et un nouvel impôt, il doit consulter le Parlement, ce qui explique l’infanterie réduite dont dispose le royaume. Et même si le roi a su s’imposer régulièrement face à ce carcan, c’est à chaque fois une affaire délicate.

Le pays fut riche en Tempus grâce à la politique du souverain mais les trop nombreuses guerres menées sur divers fronts à la fois ont asséché les coffres du royaume. L’Angleterre maîtrise parfaitement les deux formes d’extraction du Tempus. Les anciens alchimistes, transfuges de l’Ordo Secretio Alchimae, sont passés en Angleterre au service du roi qui exploite la nouvelle denrée pour lui et sa nouvelle Église.  Il a d’ailleurs renforcé les lois contre les hérétiques et les incroyants, pour renforcer son pouvoir, et la condamnation à l’extraction totale de Tempus (Totalis Extractionem Tempus) est désormais une punition courante.

Le royaume est assez fermé aux étrangers, hormis les importants flux commerciaux. D’importants efforts sont faits pour moderniser les infrastructures et les moyens de production, notamment avec l’usage du Tempus. Les populations anglaises, bien traitées par ailleurs, consentent d’assez bonne grâce à fournir le Tempus nécessaire.

Le royaume tente de vivre de façon indépendante mais souffre un peu de son isolement diplomatique sur l’échiquier européen. Il est bien quelques alliances ponctuelles avec les forces luthériennes et calvinistes et le soutien lointain du royaume de Suède, mais cela pèse peu face aux troupes impériales, espagnoles ou françaises et aux deux ennemis à sa porte. Cela dit, la chancellerie anglaise

reste active partout en Europe, avec un important réseau d’ambassadeurs et d’agents. Il n’y a pas d’intrigue ou de complot en Europe dont les anglais n’aient pas au moins connaissance, quand ils n’en sont pas carrément à l’origine.

Henry VIII affronte actuellement une terrible épreuve sous la forme d’une violente maladie inconnue de ses médecins qui oblige le puissant roi à demeurer alité. Ainsi

c’est la Reine Isabella qui règne actuellement tandis que le roi se bat vaillamment contre cet ennemi invisible. Certains catholiques voient en cela une punition divine.

L’Ecosse

L’Ecosse, autrefois terre rattachée à l’Angleterre, s’est révoltée plusieurs fois contre sa tutelle séculaire jusqu’à devenir un royaume catholique ennemi. Suite à la mort du roi James IV Stuart, la régence fut longtemps un jeu compliqué qui passa par toutes les phases. La soeur aînée de l’illustre souverain anglais et épouse du défunt roi écossais, Margaret Tudor, fut reine, puis régente, puis “juste” Lady avant de redevenir régente, comtesse puis reine à nouveau. Elle se constitua dès ses premières années de règne de solides réserves de Tempus qui lui assurèrent par la suite de nombreux soutiens parmi les comtes d’Ecosse.

Mais elle ne demeura qu’une catholique tout au long de son règne, refusant de reconnaître le progrès et les avancées de la réforme anglicane. La traitresse, manipulée par le Saint Siège se permit même d’attaquer le royame Tudor d’Angleterre de son glorieux frère, après avoir elle-même épuisé ses soldats dans une

guerre civile contre les partisans pro-français de sa propre petite fille Marie Stuart.

Margaret, manipulatrice sans scrupule et habituée aux intrigues et à l’exercice du pouvoir, fit un mariage important avec le puissant William Sinclair Duc de Caithness. Mais elle monnaya aussi d’autres soutiens afin de régner sous divers titres, de la mort de son fils jusqu’en 1578, à la fin de la guerre dite des Tudors, durant laquelle la supériorité et le professionnalisme des soldats anglais injectés de Tempus fut prouvée. La traitresse Tudor fut fait prisonnière et confinée au château de Kimbolton par Henry VIII qui fit preuve de toute sa clémence. Le roi présenta alors son fils illégitime William Fitzroy au Parlement Ecossais à qui il fallut montrer la justesse et la droiture du jeune homme qui, soutenu sans réserve par son père, sut gagner confiance de tous pour devenir un grand roi pour l’Ecosse.

Mais l’avenir radieux que le roi anglais souhaitait pour les Ecossais fut balayé par une perfide coalition de nombreuses troupes catholiques sous le commandement de Marie Stuart qui s’empara du trône et négocia auprès du roi d’Angleterre afin de récupérer la captive Tudor. Elle envoya ainsi sa grand-mère Margaret au château de Brodick sur l’île écossaise d’Arran, sous la surveillance permanente des gens du Comte d’Arran, où elle demeure encore actuellement.

Marie Stuart imposa sa loi au Parlement qui n’eut d’autre choix que de la sacrer Marie Ière d’Ecosse. Elle épousa Oliver Sinclair qui avait hérité du Duché deCaithness à la mort de son oncle et qui mourut de tuberculose laissant veuve la reine et orpheline leur fille Catherine. Ainsi la reine Marie Ière d’Ecosse règne actuellement sur un royaume catholique d’Ecosse, pauvre mais orgueilleux et insoumis.

L’Irlande

L’Irlande était depuis des centaines d’années sous la domination de l’Angleterre, le Lord Lieutenant d’Irlande étant le représentant du Roi anglais, mais le pays était morcelé en de nombreux fiefs et chefs de clans, et sous l’agitation de nombreuses guerres internes.

Mais ces batailles n’impliquaient que des seigneurs irlandais. En 1534, Thomas FitzGerald dit Le Soyeux, a eu l’audace de se soulever contre l’autorité d’Henri VIII. Ses troupes ont été balayées par les troupes anglaises injectées de Tempus et la quasi totalité de sa famille a été décapitée. Seul un de ses fils en a réchappé, le jeune William FitzGerald qui s’enfuit, échappant au châtiment promis.

En 1541, le roi Henri VIII proclama le royaume d’Irlande, le parlement irlandais nouvellement formé le nomma roi du pays, parachevant la victoire de ses troupes. Quelques années plus tard, Henry VIII fit d’Elizabeth FitzGerald sa septième épouse et cette union renforça un temps la place et la popularité du roi anglais auprès des Irlandais. Elle donna naissance à deux filles dont Annec, qui survécut aux épidémies qui balayèrent l’Angleterre, et qui vit encore à Londres.

Mais la malheureuse Elizabeth FitzGerald fut prise dans un complot mené par l’intrigant Sir Thomas Howard Duc de Norfolk visant à se débarrasser de ses ennemis politiques, les Seymour. La condamnation et l’exécution de la reine irlandaise fut la goutte d’eau qui déclencha le soulèvement en masse des Irlandais, particulièrement les catholiques s’opposant à la Réforme et au progrès anglican.

De 1562 à 1574 se déroula un sanglant et terrible conflit qui entraina la mort du Duc de Norfolk et le départ des troupes anglaises d’Irlande. Pendant vingt années le royaume irlandais ne fut agité que par de mineurs troubles internes, le pays se réorganisant peu à peu mais les chefs de clans étaient incapables de s’entendre autrement que par les armes. L’Angleterre n’entendait pas les choses ainsi : elle préparait depuis plusieurs années des troupes formées au Tempus, mettant en place une armée d’élite afin de pacifier et remettre l’Irlande dans le droit chemin, sous la direction du roi Henry VIII. En 1594 elle déversa ces fières et vaillantes troupes face aux Irlandais, dirigées par de grands seigneurs tels que Thomas Cecil Comte d’Exeter, Walter Devereux Comte d’Essex et Thomas Howard, Duc de Norfolk et petit-fils de son homonyme responsable du soulèvement des Irlandais au cours de la précédente guerre.

Pendant un temps les troupes anglaises progressèrent mais elles furent stoppées par les tenaces Irlandais qui tinrent bon le temps que des troupes espagnoles et leursalliés catholiques prennent les fils d’Angleterre à revers. La bataille s’est terminée il y a tout juste deux ans mais l’amertume de cette défaite est encore présente chez tous les soldats et chez tous les sujets d’Henry VIII.

Il y a moins d’un an, il semble que les chefs de clans aient pu s’entendre au cours d’un conseil : ils ont finalement nommé celui que le l’on nommait «le sorcier», William FitzGerald, comme roi d’Irlande (Rí na hÉireann en gaélique). Il a épousé Louise de Guise et tous deux ont été sacrés Roi et Reine d’Irlande sur la colline des rois à Tara.

La confédération helvétique.

A la fin du 13ème siècle, les habitants des régions montagneuses étaient plus indépendants que les habitants des plaines. Cela était dû, entre autres, à leur isolement, les voies de communications étant presque totalement absentes

dans les Alpes, sauf quelques cols connus des romains déjà.

C’est à cette période que des hommes avisés se rendirent compte que les quelques chemins qui traversaient les Alpes prenaient de l’importance en raison du trafic commercial qui commençait à y circuler de plus en plus.

Quelques uns d’entre eux décidèrent de s’unir pour mettre en commun leurs forces, économiques d’abord, puis politiques et militaires. Ceci afin de déjouer les dessins des seigneurs de Habsbourg, décidés à reprendre la main sur ces territoires.

Par un complexe jeu d’alliances, de conquêtes, d’achats, de prises en gage, de la conclusion de combourgeoisies et une opposition violente aux Habsbourg la Confédération s’agrandit en membres signataires et en territoires tout au long du XIVème et du XVème siècle et renforça peu à peu ses liens. Cet accroissement des territoires fut caractérisé par les nombreuses victoires face au Saint Empire Romain Germanique dont la confédération faisait partie et à la Maison Habsbourg, un des ennemis séculaires des confédérés. Ainsi se formait la Confédération dès 13, telle qu’elle l’est actuellement. Les cantons confédérés sont : Uri, Schwytz, Unterwald, Zoug, Glaris, Berne, Lucerne, Zurich, Soleure, Fribourg, Bâle, Schaffhouse et Appenzell. Mais la confédération se compose aussi d’une douzaine de pays alliés aux droits diversement limités (villes, principautés, républiques à structures confédérales), des bailliages communs administrés par plusieurs cantons (mais en aucun cas par tous) et quelques protectorats.

Les membres de ce système complexe composaient la Confédération et entretenaient de nombreuses alliances avec les puissances européennes.

L’autorité centrale est constituée par la Diète fédérale, conseil constitué des délégations des 13 cantons ainsi que des représentants des III Ligues et de la principauté épiscopale du Valais systématiquement invités. Des ambassadeurs étrangers ainsi que les pays alliés sont également reçus à la diète.

La Confédération demeure la meilleure infanterie mercenaire d’Europe, leurs hommes sont craints et respectés par tous les soldats et s’assurer les services d’un bataillon confédérés c’est mettre une option sur la victoire dans n’importe quel conflit.Ainsi profitant de leur supériorité et entrainés par leur alliance avec les forces du Saint Siège en 1511 la Confédération entra en guerre contre la France et y gagna le duché de Milan. Mais ce fut de courte durée. Les ambitions territoriales helvétiques furent stoppées par la défaite de Ma rignan de 1515 face à François Ier et ses alliés vénitiens. Ils perdirent ainsi définitivement Milan. Ainsi depuis cette bataille les confédérés devinrent à nouveau alliés des français, signant une paix perpétuelle. Ils stoppèrent toute politique étrangère de conquête, se contentant de conclure des contrats de mercenariat avec d’autres souverains n’ayant point d’inimitié avec les alliés français de la confédération.

C’est sur le sol confédéré que se déroulèrent les premières guerres de religion d’Europe en 1529 et 1531, suite aux prêches de Ulrich Zwingli qui convertit d’abord la cité de Zurich puis les autres cantons peu à peu. La victoire des zwinglistes au cours des deux guerres civiles de Kappel aboutit par la conversion peu à peu de toute la confédération. Mais bien que terre réformée, la majorité des confédérés zwinglistes côtoient aussi des adeptes de la doctrine réformée calviniste particulièrement à Genève et dans le pays de Vaud.

Genève devint d’ailleurs en 1560 l’un des principaux lieux de créations de prothèses mécaniques dénommées “Prostus” et remplaçant les membres manquants. Cette invention utile à tous les soldats et due notamment au maître horloger Tissot devint l’un des fleurons de l’économie confédérée. L’étrange projet de la Base d’Aptitude Martiale Confédérée permit de louer les services de mercenaires ainsi que de compétences de guerriers confédérés qui étaient injectées puis récupérées à la fin du contrat. Cette nouvelle manière de louer ses services permit l’accroissement de la population peu à peu. Mais depuis peu, à la demande récente d’Alexandre VI, le Cardinal de Sion Matthieu Schiner mène une contre réforme catholique dans la confédération à travers la construction d’écoles et de monastères.

Le renouvellement de l’alliance avec les français en 1602 entraîna la Confédération à envoyer des troupes soutenir son allié contre l’ennemi voisin, le Duché de Savoie. Cette intervention pourrait avoir ravivé d’anciennes rivalités.

La République des III Ligues (les Ligues Grises)

Principal passage entre l’Italie et la vallée du Rhin, le lac de Constance ou le Danube, c’est sur un territoire au relief très accidenté (150 vallées), la Rhétie, située au sud est de la Confédération Helvétique, que se forma peu à peu l’Etat libre des III Ligues. Cette formation fut caractérisée par la présence durable de la haute noblesse du Saint Empire Romain Germanique, puis par l’émergence rapide de nouvelles élites dirigeantes à la tête des seigneuries territoriales, par l’autonomie des communes et par la formation de ligues sur d’anciennes seigneuries et domaines ecclésiastiques. La position de la Rhétie dans la politique impériale était liée à l’intérêt de ses cols pour les ambitions italiennes des souverains germaniques.

En 1395, les trois principaux seigneurs de la vallée du Rhin antérieur, à savoir l’abbé de Disentis Jean d’Ilanz, principal instigateur, le baron Ulrich II de Rhäzüns et le baron Albert von Sax-Misox conclurent à Ilanz une alliance perpétuelle avec les délégués des juridictions. Cinq jours plus tard, le comte Johann de Werdenberg-Sargans se rallia à eux avec les hommes libres de Laax. Ils formèrent la Ligue grise, d’abord appelée Haute Ligue, qui regroupait vingt et une juridictions des vallées du Rhin antérieur et postérieur et qui ne cessa de grandir en territoire au fur et à mesure de l’adhésion de nouveaux seigneurs.

Tout en gardant chacune ses traditions propres, les Ligues grisonnes (Ligue grise, Ligue de la Maison-Dieu et Ligue des Dix-Juridictions) se mirent à renforcer, par une série d’accords, leurs alliances mutuelles dans la seconde moitié du XVe s. Les Ligues avaient chacune établi dès 1497 des liens qui furent vite ressentis comme la concrétisation des rapports d’amitié de l’ensemble des III Ligues avec la Confédération. Ils prévoyaient une entraide libre, non automatique. Dans leurs alliances avec d’autres puissances, les III Ligues s’efforcèrent de maintenir un certain équilibre.

A cause de ses alliances avec la Confédération helvétique, les III ligues furent entrainées dans certaines des batailles menées par la Sainte Ligue constituée par le pape contre l’hégémonie française. En 1512, le succès de l’entreprise plaça les Ligues grises, aux côtés des confédérés, dans une position de force qui leur permit de se poser de plein droit en interlocuteurs des puissances européennes.

Ils obtinrent les territoires de Valteline, Bormio et Chiavenna.Le pacte d’alliance d’Ilanz de 1524, renforça la cohésion entre les III Ligues qui formaient désormais une République. Des décrets pris en 1524 et 1526 furent le fondement du droit ecclésiastique, public et civil de la République des Ligues rhétiques. Ainsi ces articles limitaient et redéfinissaient les pouvoirs ecclésiastiques sur les territoires des ligues grises, renforçant la prépondérance de l’État sur l’Église.

Ils garantissaient aux paroisses la liberté de gérer démocratiquement leurs affaires.

De ce fait, la Réforme put s’introduire par le bas, dans les paroisses. Après la dispute d’Ilanz de janvier 1526, la Diète des Ligues proclama le libre exercice des deux confessions, catholique et protestante. Il revenait aux individus et aux paroisses de se décider pour l’une ou l’autre. Ils diminuaient aussi les droits seigneuriaux. Le traité séparait aussi les machines d’extraction de Tempus, précédemment en la possession de l’Évêque, entre les III Ligues. Bien que l’OSA s’opposa vivement à une telle décision, l’organisation demeura responsable des extractions de Tempus sur le territoire des III Ligues, et ce indépendamment de l’Église.

Lors des deux guerres de Musso (1525-1526 et 1531-1532), les III Ligues eurent à défendre la Valteline, acquise en 1512, contre les tentatives de reconquête des Milanais installé dans le chateau de Musso. A l’aide des forces confédérées, les Ligues remportèrent la victoire. Ainsi sur le traité de paix de 1532, le duc de Milan reconnut la souveraineté des III Ligues sur la Valteline, Bormio et Chiavenna.

Dès la seconde moitié du XVIe s., la République des III Ligues subit de plus en plus, en raison de sa situation géopolitique, le contrecoup des rivalités entre la France et Venise d’un côté, l’Autriche et l’Espagne de l’autre. Chacune des nations venait solliciter des mercenaires, des alliances et l’autorisation de faire passer des troupes par les cols grisons. A la demande pressante de quelques communes et de particuliers, la République promulgua plusieurs décrets condamnant les attroupements non autorisés, la constitution de tribunaux d’exception et l’acceptation de cadeaux, de pensions ou de pots-de-vin. Mais ces mesures ne suffisant pas à dissuader toute levée d’hommes ou affrontement civil, et la sévérité des peines fut drastiquement accru en 1595. Au cours de ces nouveaux traités d’Ilanz, les pouvoirs de la Diète des Ligues Grise furent ainsi accrus et permirent d’unifier davantage Les III Ligues.La même année, les III Ligues acceptèrent de conclure une alliance pour 10 ans avec Venise, ce qui brisa l’équilibre de leur politique étrangère. Ils refusèrent une alliance analogue avec le Duché de Milan en 1601. Ce refus occasionna un embargo commercial ainsi qu’une courte bataille à l’entrée de la Valteline. Mais la République des III Ligues sortit en vainqueur de ce conflit notamment à l’aide du soutien de son allié vénitien.

Mais en cette année 1605, l’accord avec Venise arrive à terme et nombreuses sont les nations souhaitant s’allier avec la République des III Ligues et sa puissante infanterie, toute aussi crainte et respectée que celle de la Confédération mais davantage tournée vers l’extérieur. De plus la Valteline est un territoire stratégique concernant les routes commerciales vers l’Italie.

Le duché de Savoie

Ceux qui furent les maîtres des routes transalpines dans les siècles derniers avaient très mal commencé le siècle du Tempus.  En effet, entre 1530 et 1536, le duc Charles III de Savoie, sans armée ni argent, mal soutenu par son beau-frère Charles Quint, n’a pas pu résister aux Bernois venus secourir les réformés de Genève - qui se sont emparés du pays de Vaud et de la Savoie du Nord - ni aux Haut-Valaisans qui lui ont enlevé le Bas-Valais, et encore moins aux Français qui lui ont ravi la Savoie du Sud et le Piémont. Lorsqu’il est mort en 1553, ne possédant plus que Nice et Verceil (aux portes du Milanais), la famille de Savoie paraissait  bien proche de l’extinction.

C’est le Duc Emmanuel-Philibert de Savoie, passé au service de son oncle Charles Quint et de son cousin Philippe II d’Espagne, qui, année après année, a redressé le Duché de Savoie. Il s’est fait connaitre dès 1559 par ses victoires décisives et nombreuses sur les Français à Saint-Quentin ou encore à Gravelines. Il a su s’imposer ensuite lors du traité de paix de Cateau-Cambrésis qui a restitué au jeune duc ses États, sauf le pays de Vaud que Berne a conservé. Après avoir été un jeune et éminent chef de guerre, Emmanuel-Philibert s’es révélé être un remarquable organisateur dans un état hétérogène et très perturbé par des années d’occupations étrangères. Il a établi sa capitale à Turin où il a mis en place un gouvernement bureaucratique et efficace. Sur les restes du Parlement, héritage des Français, il a institué le Sénat de Savoie.

Après vingt années de paix consacrées à la reconstruction et au renforcement du duché, cet habile guerrier et fin politicien qu’est le duc de Savoie, a entrepris d’étendre les limites de son territoire en recourant aux forces de ses alliés impériaux et espagnols. Il a réussi dans son entreprise, aussi bien par les armes que par divers accords politiques et diplomatiques.

Après 50 ans de victoires, le duché de Savoie a abordé sereinement le nouveau siècle, malgré deux ennemis puissants et revanchards : une cours des Lys excédée par les intrigues savoisiennes et les réformés helvétiques qui continuent à soutenir Genève, apanage savoisien aux yeux du Duc de Savoie.

Entre 1600 et 1603, une période de guerre et d’accords douloureux, a éclaté entre la France et le Duché, avec pour enjeu principal le Dauphiné et les villes de Chambéry et Bourg en Bresse. Ces guerres successives livrées à la France ont profondément modifié le paysage politique savoisien.  En 1603, un difficile traité de paix a été signé entre la France et les Savoie, connu sous le nom de

Traité du Mont Blanc.

La Lombardie et Milan

Depuis un siècle, toute l’Europe a le regard tourné vers l’Italie du Nord. Ce pays, très enclavé entre de hautes montagnes et des mers, est pourtant un des plus riches du monde, et aussi le berceau d’un renouveau culturel et artistique que l’on nomme la Renaissance. Plusieurs cités-états opulentes, dirigées par autant de familles rivales, se partagent ce paradis sur Terre.

Le Duché de Milan était possession de la famille Visconti, jusqu’au milieu du XV° siècle, avant d’être hérité, ou usurpé, c’est selon, par les Sforza, descendants d’un puissant condottiere des Visconti. La famille Sforza toutefois sombra rapidement dans de sordides histoires d’usurpations et de trahisons.

A la même époque, le roi Charles VIII, roi de France, entreprend la reconquête du Royaume de Naples sur lequel il a hérité des droits de la branche Angevine de la famille royale, qui contrôlait ce royaume jusqu’au milieu du XVème siècle. Les premières expéditions, couronnées d’un succès éphémère, donnèrent aux Français le gout de l’Italie, lançant en France le mouvement de la Renaissance. En traversant le Milanais, le jeune Louis d’Orléans, cousin du roi et descendant de Valentine Visconti, décida de revendiquer l’héritage de « son » Duché. Ses premiers combats furent des échecs, militaires, car, parallèlement, les Français sont entrés dans le jeu politique milanais.

A la mort de Charles VIII, le règne de Louis XII débuta et il entreprit aussitôt la conquête de Milan avec autrement plus de moyens que par le passé. Il s’empara à la fois de Milan et de Gênes, mais il n’en garda le contrôle que neuf ans à peine.

Le duché passa ensuite sous le contrôle des cantons suisses qui réinstallèrent au pouvoir un Sforza. Dans les faits, le Milanais était un état client de la Suisse. Ils gardèrent le contrôle six ans, car François Ier, successeur de Louis XII, les défit à Marignan en 1515, et reprit le duché de Milan au nom des Valois. Charles Quint, ennemi juré de François Ier, entra alors dans le conflit, réclamant le Duché au nom

du droit du suzerain, qui stipulait que, lorsqu’un vassal meurt sans descendance, son fief revient au suzerain, propriétaire légitime de la terre qu’il confie à un seigneur et sa descendance contre serment.

15 ans de guerres en Italie s’ensuivirent, avec la défaite de Pavie, qui marqua la fin des ambitions françaises. La guerre entre Charles Quint et François Ier se poursuivit longtemps, pour aboutir à la paix de Cateau-Cambrésis, en 1559 mais, pour ce qui est de Milan, Charles Quint en est désormais le maitre à titre personnel. Depuis, une paix précaire s’est installée dans la région. Les ambitions de la France ne sont pas éteintes pour autant et la situation politique du pays est propice aux calculs d’intérêts complexes. César Borgia après avoir revendiqué l’héritage de Parme début 1605 par droit de sang (Parme étant propriété personnelle de sa sainteté Alexandre VI) et avoir quasiment envahi ce duché, a entamé

une avancée au sein même des terres du milanais. Restant pour l’instant sur la Basse Lombardie autour des villes d’Allessandria et de Cremona, ses troupes sont ancrées en ces lieux, au grand déplaisir des voisins et surtout de Charles Quint.

La principauté d’Este

La principauté de la famille d’Este, comprenant les Duchés de Modène et de Ferrare, est au cœur de l’Italie du Nord. Les Este sont de puissants seigneurs, connus pour leur capacité militaire. Ils ont été les arbitres des conflits dans la région, et on endigué, en partie, l’expansion des domaines du bouillant César Borgia, dont ils restent les rivaux. Ils sont riches, toujours puissants, mais on les dits endormis sur leurs lauriers, la paix émoussant plus sûrement que tout le cœur des hommes et le tranchant de leur sabre… Ils restent de bons alliés de Venise, et maintiennent des relations cordiales avec la France, l’Espagne et le Saint-Empire. Le fait que le Duc de Mantoue, veuf d’Isabelle d’Este, pense à se remarier inquiète la famille d’Este

Les Terres de César Borgia

Bologne, Romagna, Urbino, Parme, Cremona, Alessandria

César Borgia, fils de feu le Pape Alexandre VI, a jeté la pourpre cardinalice pour vivre une vie de plaisirs et de fureur : autour de lui, femmes, soldats, artistes, et autres jouisseurs, que la crainte d’une mauvaise réputation n’effraient pas, pour peu qu’on

sache les prendre. Le contrôle de César est quasiment total dans les Abruzzes septentrionales comme en Ombrie. Il règne sur les terres de Bologne, Romagna, Urbino,... et depuis peu sur Parme, Cremona et Alessandria.

En effet, début 1605 suite à la mort du Pape Alexandre VI, son fil César a revendiqué l’héritage de Parme où il a déployé ses troupes et il ne s’est pas privé récemment de déborder sur la Basse Lombardievoisine, en s’emparant des villes de Cremona et d’Alessandria, propriétés de Charles Quint.

Celui qui fut le principal protecteur des états pontificaux du vivant de son père, entretien aussi des relations tendue les Este, depuis le décès de Lucrèce Borgia, la soeur de César.Il est une chose certaine avec César Borgia : que rien n’est définitif !

République Génoise

La seconde plus grande ville marchande d’Italie n’est pas toujours restée dans l’ombre de sa jumelle vénitienne. Si Venise fait quoi que ce soit, on peut être sûr que Gênes s’y opposera économiquement. Et les vieilles familles de « la Superbe » sont venues en force en cette année 1605, pour essayer de conclure de fructueux accords. Si localement elles ne manquent jamais une occasion de s’opposer

les unes aux autres, quand il s’agit des intérêts supérieurs de la république les familles gènoises Grimaldi, Spinola, Doria, Fieschi, pèsent de tout leur poids dans la Cisalpine.

Depuis l’empire romain, la Cisalpine est une région riche, stratégique et donc convoitée. On la distingue de l’Italie du Nord, car elle a souvent formé un grand état, non divisé en cités indépendantes. La Cisalpine a acquis une culture propre en combattant contre ses puissants voisins pour assurer son indépendance.

Au XVI° siècle, beaucoup d’armées ont traversé cette région, mais la Savoie, Gênes et la Ligue Grise sont toujours présentes sur l’échiquier européen. Les enjeux sont désormais politiques et militaires pour ces entités : avec l’Europe entière prête à exploser, il faut se trouver des alliés de poids pour assurer sa survie en cas de conflit généralisé.

Le destin de la principauté Monaco est soudé à celui de Gênes. En effet, la Maison Grimaldi a fourni à Gênes de nombreux personnages illustres tels que doges, cardinaux, banquiers et une panoplie d’officiers, et cela depuis des siècles. La petite principauté de Monaco est depuis des années entre les mains de la famille Grimaldi, dont le chef actuel est le prince souverain Ercole Grimaldi.

Gênes est la banquière de nombreux Grands d’Espagne mais s’inquiète aussi de la puissance espagnole souvent menaçante. Déjà de vives tensions ont existé par rapport à la Corse ou de Monaco. L’expansionnisme des Savoie inquiète aussi la République de Gênes et l’achat par Emmanuel Philibert de la principauté d’Oneille met une barrière étatique et militaire entre Monaco et le reste de la république gènoise.

La Toscane et Florence

La puissance de Florence reste essentiellement culturelle, politique et financière. Leurs armées se contentent d’assurer la défense du territoire et n’ont guère de capacité offensive. Les Médicis, qui dominent toujours la ville, comptent exclusivement sur leurs alliances matrimoniales et sur leur influence à Rome pour parer à toute menace. Leur richesse leur permet d’acheter à peu près n’importe qui.

On ne présente plus Florence, et les Médicis. Rien ne se passe en politique, en religion, à la guerre ou dans les arts que les Médicis n’aient déjà fait. Mais les Médicis se posent en puissance neutre, amie de tous, à la notable exception de César Borgia, et cherchent à tout moment à renforcer leurs alliances avec les grands états. On dit que les Médicis souhaiteraient voir un des leurs succèder à Alexandre VI.

Les Etats du Vatican

Jamais avant le pontificat interminable de feu Alexandre VI, la papauté n’avait été si puissante, à la fois comme entité spirituelle mais également comme puissance séculaire. Tout le centre de l‘Italie est soit possession du Saint Siège, soit aux mains de vassaux directs du Pape, au premier rang desquels César Borgia, fils du défunt pape et condottiere de génie. Il n’y a plus de Pape depuis janvier 1605, date de la mort d’Alexandre VI à Venise dans des circonstances fort troubles, mais l’autorité

de l’Eglise est encore intacte, car il n’y a pas de gouvernement plus structuré au monde, d’autant qu’il s’appuie sur les bases les plus fermes, notamment le monopole du Tempus Alchimique. Toutefois, cette papauté détentrice de pouvoirs temporels et spirituels considérables irrite les seigneurs comme les simples gens, qui pour des raisons diverses, s’interrogent sur la place devant échoir au

successeur de Saint Pierre. Le Pape Alexandre VI est mort depuis six mois  mais l’Eglise continue sa tâche avec, à sa tête, un cortège de cardinaux, évêques, prêtres qui forment l’administration. Qui peut dire quels secrets, quelles intrigues et quels pouvoirs se cachent dans les bureaux et les alcôves du Vatican ?

Mantoue

Les Gonzague sont une famille de puissants Seigneurs, maîtres du Duché de Mantoue, à l’Est du Duché du Milanais, mais aussi du Duché de Montferrat, à l’Ouest du même Duché du Milanais. Très impliqués dans plusieurs cours européennes, dont la France et le Saint Empire, ils cherchent des alliances défensives avec les autres puissances d’Italie du Nord. Mécènes reconnus partout en Italie, la cour de François II est certainement la plus brillante qui soit. Le Duc digère cependant très

mal la prise du Marquisat de Saluce par les Savoie, et la tension entre ces deux états est maintenant palpable.

Le duché de Parme

Le Duché de Parme, qui devait revenir aux Etats Pontificaux, a été détourné à titre personnel par le pape Alexandre VI et nul n’a osé le contredire alors. Depuis le décès de son père, César Borgia s’est à son tour emparé de cet héritage sans naturellement aucune concertation et à la grande consternation des Este mais aussi des Milanais.

La Sardaigne

Sous domination espagnole jusqu’en 1601, la Sardaigne est tombée aux mains des vénitiens par un hasard extraordinaire, diront certains, ou une fantastique manipulation, diront les autres. Cette affaire, communément appelé «l’affaire de Sardaigne», déchaine les passions depuis 4 ans maintenant. Bon nombre de personnes importantes, jusqu’au pape Alexandre VI, se sont retrouvées

impliquées. Les Vénitiens ont récemment offert deux ports francs aux ambassadeurs de la Royal Mediteranean Compagny, accentuant encore les tensions sur cette île du centre de la Méditerranée. Alors que diplomatiquement on parle de «l’affaire de Sardaigne», la terminogie «Poudrière Sarde», semble mieux refléter la situation...

Venise

Venise est au cœur de l’Europe. Elle a dominé sans partage, ou presque, le commerce méditerranéen durant près de deux siècles, colonisé une bonne part des îles et les littoraux adriatique et grec, développé un système républicain stable et pérenne, et enfin donné, bien que malgré elle, le Tempus aux puissants d’Europe.

La richesse de la ville est légendaire, sa monnaie, le sequin, omniprésente et ce même après l’introduction du Tempus, son influence est universelle. Si l’Espagne et ses dominions sont la puissance économique montante, Venise représente le vieil argent de l’Europe. Ses familles marchandes possèdent plus de richesses

que certains états et dictent, de fait, la politique de bien des nobles européens.

Les institutions de la Sérénissime sont un modèle républicain unique dans l’Europe, et le modèle de bien des peuples dont la classe bourgeoise s’enrichit sans toutefois parvenir au pouvoir. Le Doge, tutoie les Princes et Rois sans rougir, car il les nourrit

tous.Mais Venise a aussi des ambitions et récemment la paix avec l’Espagne à été brisée. En effet, depuis 1601, l’île de Sardaigne, jusqu’alors possession Espagnole héritée en même temps que Naples et la Sicile, est occupée par les Vénitiens. Ces derniers sont intervenus pour mater les insurgés sardes que les troupes espagnoles en place ne parvenaient pas à contrôler. Depuis, les Vénitiens ont accordé des concessions portuaires sur l’île à la Royal Mediterranean Compagny de Sir Francis Drake. La situation maritime autour de la Sardaigne est particulièrement tendue.

Malte

L’archipel de Malte ainsi que la Tripolitaine a été concédé en 1534 par Charles Quint au Grand Maître des Hospitaliers chassés de Rhodes en 1522. Mais les Chevaliers de Maltes n’ont pu conserver la Tripolitaine et surtout ils furent victimes d’une terrible guerre et d’un blocus implacable de la part des Maures et des Ottomans depuis 1565. Certains semblent y avoir survécu puisqu’ils sont présents à Venise en ce mois de juillet 1605.

L’Empire Ottoman

L’Empire Ottoman est un des plus stables et des plus puissants du Monde. Il menace depuis près de deux siècles les frontières du sud-est de l’Europe. Malgré un accès tardif au Tempus, le Sultan a réussi à conserver ses acquis et s’est approprié le Tempus en usant de tous les moyens. Désormais capable de rivaliser correctement avec les puissances européennes, les Ottomans peuvent reprendre leur marche vers l’ouest. Seule la bataille navale de Lépante, qui a vu la victoire des troupes catholiques coalisées, et la destruction de la flotte ottomane, a pu empêcher un temps les Ottomans de s’attaquer à l’Europe. Mais cette flotte est depuis longtemps reconstituée et renforcée.

L’Empire est organisé selon un système féodal amélioré, ou chaque grande région de l’Empire est administrée par un Pacha, qui répond de sa gestion devant l’administration du Sultan. Ce système repose essentiellement sur la capacité du Sultan à s’imposer à ses Pachas. Le Sultan actuel, Soliman le Magnifique, semble devoir régner éternellement grâce au Tempus ainsi qu’à une cruauté implacable vis-à-vis de ses rivaux potentiels.

Les Ottomans semblent disposer de ce qu’on pourrait appeler des sorciers. Des rumeurs courent sur les capacités étranges et terribles de certain soldats, généralement des janissaires, la garde personnelle du Sultan, et nul ne sait vraiment à quoi s’en tenir. Seul le Sultan disposerait de machines de Tempus, mais nul ne sait ni où, ni vraiment de quel type. Rien n’interdit théoriquement à quiconque d’en posséder. Plusieurs potentats, parmi lesquels quelques Pachas séditieux, tentent de s’en procurer partout en Europe, ne serait-ce que pour éviter de dépendre du Sultan en tout.

Les populations de l’empire ottoman sont soumises et fournissent de gros contingents d’hommes. Si du retard à été pris, la puissance du Sultan croit de façon rapide, ce dont les puissances européennes concernées sont parfaitement conscientes. Du coup, nombre d’agents déstabilisateurs  infestent l’empire, qui ne dispose guère de moyen de s’en prévenir. Nonobstant, le poids de l’Empire pèse déjà lourdement sur les premiers exposés, comme les Balkans, l’Autriche et les colonies vénitiennes et gènoises. La mer méditerranée est le théâtre de combats féroces entre les galères ottomanes et celles des Espagnols et aucune ville côtière n’est de fait à l’abri

des raids de chaque camp.

Le Nouveau Monde

Suivant la voie ouverte par Colomb vers le Nouveau Monde, dès le début du XVIème siècle de nombreux conquistadors espagnols partirent vers ces nouvelles terres pleines de merveilles et de mystères afin de les conquérir et de les évangéliser. En effet suite à la bulle papale Inter caetera et au traité de Tordesillas de 1494, le Nouveau Monde était partagé entre l’Espagne et le Portugal.

Ces conquistadors étaient des hobereaux hidalgos souhaitant s’enrichir rapidement dans les nouveaux territoires. Mais ils étaient aussi assoiffés de conquête au nom de la couronne espagnole.

Le conquistador Juan Ponce de León collabora à la conquête d’Hispaniola et mena celle de San Juan Bautista en 1508. Diego Velázquez de Cuéllar prit l’île de Cuba en 1511 et en devient gouverneur. Parmi ces conquistadors, Hernán Cortés accompagna Velázquez à Cuba où il participa à la conquête de l’île. Il y remporta quelques terres qu’il revendit afin de financer une expédition, suite aux histoires de terres lointaines où abonderait l’or.

Il commença dès lors la conquête du territoire qu’il baptisa Nouvelle Espagne dans une lettre qu’il adressait à Charles Quint. Peu à peu il prit possession de ces terres. Par un jeu d’alliances avec certaines peuplades contre d’autres, il parvint peu à peu à conquérir les riches terres du peuple azteca et à renforcer son emprise sur le territoire de ces peuplades afin de les évangéliser en 1521. Suite aux nombreuses richesses envoyées à Charles Quint et aux promesses d’en recevoir encore davantage, Cortés devint le premier Gouverneur de Nouvelle Espagne puis Vice-Roi.

La cité indigène de Tenochtitlan devint la capitale choisit par Cortés comme siège de la vice-royauté de Nouvelle Espagne. Ses compagnons conquistadors qui l’avaient secondé lors de la prise de la cité poursuivirent la conquête des territoires allant plus en avant des terres inexplorées. La cité fut d’ailleurs renommée Lagos en l’honneur du lac lui donnant sa particularité.

Francisco Pizarro González, cousin éloigné de Cortés, s’inspira des hauts faits de son parent en conquérant en 1532 les indigènes inca. Mais peu après avoir été proclamé gouverneur, il est assassiné par un autre conquistador, Cristóbal Vaca de Castro envoyé par Charles Quint en 1540 pour régler les troubles agitant la nouvelle colonie . Il fut lui aussi tué par les deux frères de Francisco qui à leur tour succombèrent, empoisonnés. Leur demi-frère Francisco Martín de Alcántara devint Vice-roi de Lima, mais peu après son accession à ce titre lui aussi fut empoisonné. Finalement, son épouse, Dame Inés Nùñez demanda le secours de Cortés afin de tenir cette terre agitée par les rebellions et les assassinats.

En échange de cette aide le titre de Vice-Roi de Lima fut commué en gouverneur de Lima et de la province du Pérou, assujetti à la vice-royauté de Nouvelle Espagne. En très peu de temps, le calme revint et Cortés offrit à Dame Inés Nùñez des gardes jaguars aztèques, élite des soldats indigènes afin de la protéger. En 1527, l’un des seconds de Cortés lors de la conquête aztèque, Pedro de Alvarado, s’empare des hautes terres du Guatemala dont il devient gouverneur. Il est nommé Gouverneur du Honduras en 1537 suite à un court voyage en Espagne au cours duquel il réaffirma à la couronne que les terres du Nouveau Monde devaient être toutes mises sous la direction de la vice-royauté de Nouvelle-Espagne afin de garantir la cohésion de ces terres et la main mise espagnole sur ces territoires. En parallèle, le Vice Roi Hernán Cortés obtint en 1525 l’accord de l’Empereur Charles Quint pour recevoir une machine d’extraction de Tempus afin de commencer l’extraction du tempus des indigènes. Mais le transport d’une machine d’extraction de Tempus, qui ne semblait qu’une formalité s’avéra en fait une calamité qui coûta très cher à l’Espagne. 5 machines furent envoyées successivement pour les terres de Nouvelle-Espagne. Les deux premières furent coulées au cours d’une mauvaise rencontre avec des corsaires la flotte anglaise.

La troisième se trouvait sur un navire qui s’écrasa sur les côtes au cours d’une tempête, les pièces en furent récupérer mais il fallait des connaissances que peu possédait pour la réparer. La suivante fut détruite par des indigènes incas au cours d’une bataille aux abords de Lima. La dernière faillit connaître le même sort mais fut sauvée in extremis et réparée par un envoyé de l’OSA venu à l’origine restauré la troisième machine envoyée. En réalité avec tout ce qu’il restait il ne put mettre en place qu’une unique machine

d’extraction qui fut placé en 1548 à Lagos, capitale de Nouvelle-Espagne sur la demande de Cortés.

Il établit d’ailleurs sa Garde du Tempus (Tempus Guardia) afin de veiller sur la machine. Mais le transport du Tempus vers l’Espagne devint aussi une des routes favorites des corsaires et autres pirates de la mer Océane, ce qui n’arrangea pas les affaires des espagnols.

En parallèle de ces soucis techniques, l’Église entama une procédure pour reconnaître l’humanité de ces « indiens » avec pour préambule une controverse entre tenants des deux théories qui eut lieu à Valladolid, par deux fois. Au cours de la seconde séance, Alonso Hernandez Puertocarrero, procureur de Nouvelle-Espagne au service du Vice-Roi, produisit devant l’assemblée plusieurs indigènes afin de les convaincre de leur non-humanité. Ces derniers nus et ne produisant que

des bruits et des cris firent grande impression mais très vite Bartolomé de Las Casas dénonça ces exemples comme une supercherie, il accusa le procureur de Nouvelle-Espagne de leur avoir fait ponctionner tout souvenir avant de les produire devant l’assemblée. Ce dernier, moins doué et moins éloquent de langage que le père dominicain ne put que nier platement. Le débat se poursuivit d’ailleurs toujours à l’avantage de Las Casas, défenseur des indiens.

En 1549, la Tempus Guardia, sous l’impulsion de la compagne indigène aztèque de Cortés, fit une découverte essentielle : le procédé d’extraction de la connaissance et de la compétence du langage. Cette découverte permit un accroissement rapide des terres et possessions de la Nouvelle-Espagne.

De plus en 1580, lorsque la couronne du Portugal revint au roi Philippe II d’Espagne, les territoires et comptoirs portugais établis sur les terres du Nouveau Monde furent toutes assujetties à la viceroyauté de Nouvelle-Espagne, mettant Cortés à la tête d’une immense nation.

La découverte de l’extraction du langage de la Tempus Guardia fit son chemin en Europe jusqu’au pape et au Roi de France Henri II. Par le biais du Vatican ce procédé permit la divulgation de la langue des cours d’Europe et de la diplomatie ; le français, qui supplanta peu à peu les autres langues, particulièrement dans de hauts lieux d’échanges tels que Venise. Un état de fait logique et historique que les «bienheureux» francophones, bien entendu, mirent peu de temps à attribuer à des causes et faits bien éloignés de la réalité.

Pour des raisons inconnues, Alexandre VI ne fit jamais tenir de concile pour valider les conclusions de la controverse de Valladolid plutôt favorable à la reconnaissance des indiens, mais nombreux sont ceux parlant encore de corruption.

Au jour d’aujourd’hui, l’épouvantable situation des peuplades indigène de Nouvelle-Espagne, pressurées de leur espérance de vie, nécessite un règlement rapide de la question pour régulariser les conclusions de Valladolid. Mais les intérêts économiques et stratégiques en jeux sont immenses et l’Espagne comme sa colonie ne sont pas prêtes à abandonner la poule aux œufs d’or. L’Espagne est d’autant moins enclin à tergiverser à ce propos qu’elle vient juste de sortir la tête de l’eau après la disparition et destruction de 4 machines d’extractions envoyées à grands frais pour le nouveau monde. Maintenant qu’une machine y est installée il serait regrettable d’en perdre tous les bénéfices. D’autant plus que plusieurs pays européens ont commencé à exploiter la ressource humaine des cotes africaines, prenant en esclavage ou comme réserve de Tempus des populations indigènes primitives pour lesquelles la même question de leur humanité est soulevée. Et de fait, l’Espagne semble trouver un écho nouveau à son discours relatif aux indiens… 

LES RELIGIONS EN 1605

Le catholicisme

L’Eglise catholique demeure la plus influente en Europe, malgré la crise du schisme réformateur.

Dirigée de main de fer par le Saint Siège, elle est présente quasiment partout et dispose d’une autorité morale théoriquement supérieure à celle des rois et autres gouvernants.

Le fait que l’Eglise dispose d’un quasi monopole sur le Tempus alchimique lui a donné un immense pouvoir séculier et, souvent, elle est un état dans l’état à travers toute l’Europe. Les populations sont particulièrement dépendantes de l’Eglise pour leur accès au Tempus et l’Eglise dispose de puissants moyens de pression par ce biais sur les états. Les rois sont ainsi tenus de composer  avec l’Eglise.

Au-delà de ces simples considérations, la foi catholique reste prépondérante en Europe, et le sentiment religieux puissant. Les questions métaphysiques engendrées par l’apparition du Tempus n’ont pas encore fait de vague au sein des populations, même si plusieurs penseurs de la Foi s’interrogent sur les implications de son usage et de sa nature.

L’Eglise a toujours été très structurée, mais les nécessités du contrôle du Tempus ont entrainé ces dernières années des modifications profondes dans les relations entre le Saint Siège et les ecclésiastiques. Ces derniers sont plus surveillés, parfois à leur insu, et ceux qui sortent de la ligne de conduite dictée par le Pape sont sévèrement punis. Autre sureté, les secrets et la manipulation du Tempus sont l’apanage unique de l’Ordo Secretio Alchimae, dont les membres sont triés sur le volet.  Les qualités premières d’un membre de l’OSA sont la loyauté et le dévouement. L’OSA représente une énorme organisation parallèle à la structure ecclésiastique classique, s’appuyant sur un réseau d’officines appelées Scriptarium. Il compte dans ses rangs non seulement des alchimistes qualifiés, mais aussi un grand nombre de comptables et autres scribes, qui forment une efficace mais opaque bureaucratie. Enfin l’OSA dispose depuis peu de son propre personnel de sécurité formé au

sein même du Très Saint Chapitre : les Chevaliers Ordos.

En marge de ces deux structures, évolue en parallèle l’Inquisition Romaine et surtout les chevaliers religieux du Très Saint Chapitre, cet organisme créé par Alexandre VI suite à la Bulle Papale «Justice divine pour le Tempus catholique» de 1542. Leur le rôle est de s’assurer que les âmes comme le Tempus des catholiques ne soient pas menacés. Ils ont une conception très particulière et très étendue de leur tâche. Selon les bruits de la rue comme ceux des cours, ils sont partout, et savent tout.

Au dessus de ces diverses structures, le Saint Siège, avec le Sacré Collège des Cardinaux, et bien sûr le Pape, règne en maitre. Alexandre VI s’est maintenu en vie des années durant, devenant de plus en plus despotique. Il est mort à Venise il y a six mois, dans des circonstances troubles. Depuis, nul Conclave… Certains pensent que le Sacré Collège retarde ce conclave pour mieux s’accaparer les pouvoirs, mais la plupart des Cardinaux sont conscients des risques qu’ils courent à se priver d’un Pape. L’Eglise dans son entier est décrédibilisée, et ses ennemis réels ou potentiels sont trop nombreux pour laisser la structure religieuse sans chef spirituel et temporel trop longtemps. Le conclave romain est prévu pour septembre 1605. Mais les problèmes graves qui minent l’Eglise et le Dogme doivent trouver une solution avant qu’un nouveau pontife ne soit élu. C’est pourquoi des Conciles ont été convoqués dans toutes les régions de la Chrétienté. Nul doute que les nombreux postulants au titre de Pape vont profiter de ces Conciles pour avancer leurs pions et tenter de s’imposer.

Le protestantisme

Le culte réformé n’existe que depuis moins d’un siècle et, pourtant, il a déjà profondément bouleversé l’Europe et ses mentalités. Il est intimement lié aux princes allemands, qui, par le soutien qu’ils lui ont apporté, ont permis sa survie et sa diffusion. C’est désormais un véritable contrepouvoir spirituel à l’hégémonie catholique, et une entité politique réelle. Certes, il connait aussi ses propres divisions internes, mais elles sont encore inconnues du grand public, et le culte réformé apparait aux yeux du monde un ensemble uni derrière une foi inébranlable, disposant de puissants appuis politiques.

Le culte réformé ou protestant s’est défini par rapport au culte catholique classique en dénonçant les abus des grands l’ecclésiastiques et du Saint Siège et les errements du dogme. Le moine Luther a lancé le mouvement avec ses fameuses 34 protestations. Les populations allemandes ont très vite adhéré à ces thèses, encouragées par les faits que nombre de grands seigneurs, par foi ou par calcul, ont immédiatement rejoint la Réforme. Une guerre civile a suivi, qui n’a bien sur fait qu’enraciner les croyances de ceux qui étaient prêts à mourir pour défendre leur foi. A l’issue de cette guerre, un statu quo a été entériné par tous, sans toutefois apporter satisfaction à quiconque.

Il a tout de même permis à l’église réformée de se structurer. Refusant le principe catholique d’une hiérarchie sacerdotale, les Réformés ne connaissent qu’un type de ministre du culte, le pasteur, qui a en charge toute une communauté. Il est l’égal de tous les autres pasteurs, et sa voix ne prédomine pas dans les décisions qui concernent l’ensemble des fidèles. Le culte réformé privilégie la délibération collective sur les questions qui

concerne toute une communauté. Bien sûr, certains pasteurs, représentant des communautés plus importantes, ou ayant plus de charisme, voient leur réputation et leur influence dépasser largement les frontières

de leur communauté : on pense bien sûr à Luther, toujours vivant, qui fait office de garant et de référent moral de la foi. Les décisions politiques sont assumées par les seigneurs qui ont pris fait et cause pour la Réforme. Ce système, fort idéaliste, s’est toutefois montré remarquablement efficace aux premiers temps, les persécutions et la guerre laissant peu de place aux calculs et aux errements. La paix relative dans l’Empire a toutefois laissé le temps à chacun de chercher des avantages, et  les questions surgissent sur la façon de concilier de façon juste le spirituel et le temporel. Cependant, le culte se répandant toujours plus loin en dehors

des frontières de l’Empire, nombre de penseurs d’autres cultures intègrent les préceptes de l’Eglise Réformée et donnent des élans nouveaux, porteurs d’espoirs.

La Réforme a pour base principale la relation personnelle et directe entre Dieu et le croyant. De ce fait, on ne peut parler d’organisation religieuse à proprement parler. La seule forme d’organisation permanente protestante est la ligue des Aufrichten : ses membres sont tous des réformés convaincus qui cherchent par tout moyen à contrer les méfaits de l’Inquisition. A l’origine composés de personnes isolées pourchassant le même but, les Aufrichten, à l’initiative de certains princes et pasteurs, se sont organisés pour lutter efficacement contre les agents du Très Saint Chapitre. Actuellement, la rumeur prête au pasteur suisse Zwingli, ancien soldat, le rôle de chef des Aufrichten. Personne au sein du Conseil du Culte Réformé, ne sait exactement ce que font les Aufrichten, mais tant que le Très Saint Chapitre laisse en paix les fidèles, on les laisse agir à leur guise.

Le culte réformé, du fait même de sa nature très lâche, n’exerce pas de contrôle réel sur le Tempus.

Quelques alchimistes renégats, convertis aux thèses de Luther se sont rassemblés autour de lui à Augsbourg, où ils exercent toujours sous la protection du culte. Si leur production est la seule source officielle de Tempus

Alchimique en Europe continentale qui ne soit pas entre les mains de l’Eglise Catholique, elle n’est guère pratique ni suffisante pour fournir tous les fidèles. Les Princes réformés, toutefois, ont eux profité de leur affranchissement relatif de l’autorité Impériale pour s’emparer de machines de Tempus, et fournissent les croyants réformés. Toutefois, ils gardent le contrôle de leurs machines et les pasteurs doivent passer par le Seigneur pour disposer de Tempus.

Le culte se modifie régulièrement, en intégrant des pasteurs de communauté qui ont développé leur propre courant de pensée avant de rejoindre le conseil du culte. Cela amène un véritable dynamisme de la Foi, mais aussi génère des courant de pensée fort différents, source de schismes potentiels. Un certain Calvin notamment a prôné dans la Confédération Helvétique et en France un rejet complet du Tempus, dont l’usage pervertit l’homme, car il contrevient aux préceptes des Saintes Ecritures. Si la position des calvinistes est à la fois osée et suicidaire, d’un point de vue pragmatique, elle trouve de plus en plus d’adeptes, et pas seulement au sein du culte réformé, car les abus de ceux qui contrôlent le Tempus deviennent chaque jour plus évidents. Calvin est mort en refusant le Tempus, et son exemple a donné beaucoup de corps à son mouvement. Un engouement que les protestants Luthériens n’ont peut-être pas très bien pris… Dans la Confédération Helvétique, lieu des premières guerres de religion d’Europe, le courant calviniste reste minoritaire par rapport à la doctrine zwingliste, pratiquement religion d’état, plus extrémiste que le courant luthérien mais acceptant cependant le Tempus comme un don de Dieu, contrairement aux calvinistes.

L’Islamisme

La religion islamique est, en 1600, complètement assujettie par le pouvoir central de l’Empire Ottoman. Fondamentalement, le Sultan est le Grand Commandeur des Croyants. Point. Et Soliman, dit le Magnifique, est bien trop fin en politique pour ne pas user des pleins pouvoirs que lui confère son titre..

Les Imams, docteurs et dictateurs de la pensée islamique au sens qu’il dictent les préceptes de la foi, sont inféodés en tout au Sultan. Nul ne peut émettre une Fatwah, c’est-à-dire un texte ayant valeur de loi coranique, sans que l’administration ne soit informée et n’ait donné son aval.

De plus, le souvenir des Croisades aidant, les Imams et autres autorités religieuses sont pénétrés d’un profond sentiment antieuropéen. Entre la politique et le fanatisme, il reste peu de place pour la mansuétude.

La foi Islamique prêche donc plus que jamais le principe du Dar-al-jihad, le pays de la guerre éternelle, c’est-à-dire le pays des mécréants.A vrai dire, les agents du culte sont si inféodés au principe temporel qu’il n’est pas question ici des directives de la foi mais bien de la volonté politique d’un homme, le Sultan. Les prêcheurs islamiques n’ont de fait aucun pouvoir au-delà de leur communauté de fidèles, et bien sûr aucun contrôle sur le Tempus. Si la foi est vive dans le cœur des fidèles, le Sultan est seul maitre du Dogme et entend bien en user comme d’un instrument politique parmi tous ceux à sa disposition.

Le judaïsme

Les juifs sont de plus en plus persécutés en Europe méridionale, notamment en Espagne voire en Italie.

On cherche à les enfermer dans des ghettos et à les spolier. Heureusement pour eux, ils contrôlent encore

une partie de l’usure et sont mieux tolérés dans certaines villes comme Venise qu’ailleurs. Il existe encore de

nombreuses synagogues plus ou moins clandestines et la communauté demeure très solidaire. On peut se

demander si certains alchimistes juifs ne maitrisent pas eux aussi l’extraction du Tempus.

LA REPUBLIQUE DE VENISE EN 1605

 

Préambule

Chacun d’entre vous, bien sûr, recevra un background individuel, qui comportera certainement une perception personnalisée de Venise, en fonction de son érudition, de ses intérêts ou phobies.

Cette approche individualisée de la Sérénissime devrait vous aider à mieux comprendre la psychologie de votre personnage. Toutefois il est un certain nombre d’éléments connus de tous, résidents comme membres de délégations étrangères. C’est pourquoi nous vous invitons à lire ce qui suit pour connaître les informations incontournables.

Hors les murs de Venise :

La Vénétie et les territoires contrôlés par la Sérénissime.

Le pouvoir de Venise en 1605 s’étend bien au delà des simples limites urbaines de la cité. Le mot

Vénétie évoque immédiatement Venise, la Place Saint Marc, la grande lagune, les gondoles sur le Grand Canal, le Pont des Soupirs, le Carnaval, les monuments grandioses, les somptueux palais. Mais la Vénétie n’est pas seulement Venise et la nature vénitienne n’est pas seulement la mer. La montagne vénitienne, les Dolomites, offre des paysages d’une rare beauté n’ayant pas grand chose à voir avec la lagune. La République de Venise est un État progressivement constitué au Moyen-Âge autour de la cité de Venise, et qui s’est développé par l’annexion de territoires divers et de comptoirs commerciaux le long des côtes de la Mer Adriatique, en Méditerranée orientale et en Italie du nord jusqu’à devenir une des principales puissances économiques européennes. Venise joua un rôle prépondérant dans les échanges économiques entre l’Occident et l’Orient méditerranéen, qu’il fût byzantin ou musulman, ainsi qu’un rôle politique essentiel. Au Xe siècle, les Vénitiens s’assurèrent le contrôle de la côte dalmate. Ils éliminèrent notamment les pirates ottomans qui nuisaient à leur commerce. Comme les trois autres grands ports d’Italie, Gênes, Pise et Amalfi, Venise était une ville-État qui établit son pouvoir par la proximité maritime ; en italien Repubblica Marinara.

Elle distança ses concurrentes en plusieurs étapes. Sa suprématie commerciale aurait pu être remise en cause par la découverte du Nouveau-Monde et la montée en puissance des ports atlantiques.

Le XVIème siècle a vu Venise perdre la plupart de ses comptoirs et colonies orientales au profit des Ottomans. Mais grâce à une politique subtile de son doge Andrea Gritti et aussi une gestion très affutée de toutes les innovations permises par le Tempus, Venise a su rebondir et demeure incontournable.

En cette année 1605 et malgré ce contexte difficile, compliqué par les épidémies de peste à la fin du XVIe siècle, l’État y demeure tolérant dans le domaine de la religion ; exempt de tout fanatisme, il ne procéda à aucune exécution pour hérésie pendant toutes ces années de ContreRéforme bien que la population demeure majoritairement catholique. Le patriarcat de Venise a su aussi recomposer son fondement économique.

L’exploitation agricole de l’arrière-pays attire de plus en plus les capitaux jusque-là investis dans le commerce lointain.La Sérénissime, une République oligarchique

Le système de gouvernement de cet État, relativement original pour l’époque, était la République.

Mais une république oligarchique, comme Florence, les villes libres d’Empire, les Provinces-Unies, et la Confédération Helvétique. Les grandes familles de la ville, représentées au Grand Conseil, élisent le Doge qui conduit la politique sa vie durant. Les Vénitiens ont élaboré au cours des siècles une organisation institutionnelle très complexe visant, d’une part à concentrer les pouvoirs entre un nombre restreint de familles patriciennes d’ancienne origine, et d’autre part à éviter toute évolution vers un système de type monarchique, malgré la prééminence d’un personnage, le Doge, qui symbolise le pouvoir de l’État et représente la Sérénissime République. Le Tempus pouvant rendre quasiment immortels les puissants, le système semble toutefois grippé ; les élites, ici comme ailleurs, semblant devoir régner pour des siècles. Les grandes familles patriciennes forment le très puissant

Conseil des Dix & Sept , composé notamment des Gritti, Loredan, Barbarigo, Trevisan, Dandolo, Contarini, Scaparone, Barozzi, Badoer, Foscarini... familles incontournables sur le subtil échiquier local. Jeu de stratégie politique menacé par une révolte grondante au sein de la cité, menée par des familles nobles désargentés, notamment les Barnabotti, qui de jours en jours voudraient pousser la plèbe vers une nouvelle alternative politique.

L’île de San Giorgio Major

La cité est divisée en six sestieri / sextiers ou quartiers. L’île de San Giorgio Major appartient au sextier de San Marco.

Lors de la fondation de la ville de Venise, l’île était sous la possession de la famille des Memmo ce qui lui valait son nom d’Île Memmia. Sans le Tempus, l’île de San Giorgio Major n’aurait sans doute pas son visage actuel. Cette île de Venise est située face au Palais des Doges, à l’entrée du Grand Canal, est séparée de l’île de la Giudecca par le petit Canal de la Grazia. Aux VIIIe et IXe siècles, une petite église en bois fut fondée et nommée en souvenir de Saint-Georges. L’île prit le nom de Majeure pour la distinguer de la proche île de San Giorgio in Alga. Elle fut cédée en 982 par le doge Tribuno Memmo à un moine bénédictin, Giovanni Morosini. Il décida alors d’assainir les aires adjacentes à l’église pour permettre la construction d’un monastère, le Monastère de San Giorgio Maggiore duquel il fut le premier abbé. Pendant des siècles le monastère bénédictin prospéra sur cette île. Avec l’arrivée du Tempus, son destin bascula.

Le Doge Andrea Gritti racheta en 1564 le monastère aux bénédictins, en accord avec la papauté. Il offrit ensuite l’île à son fils aîné et à sa fille préférée afin qu’ils y développent une place sûre, dévouée à la recherche autour du Tempus.

Le travail d’aménagement de l’île à cet effet fut confié à Andrea Palladio qui venait d’achever cette même année la façade de l’église San Francesco della Vigna. Le génial architecte avait d’autres plans concernant l’île, notamment d’y construire une basilique. Mais la volonté des enfants Gritti amena l’architecte à concevoir en fait une formidable place forte occupant près de la moitié de la superficie de l’île, l’autre moitié étant occupée par un parc propice aux promenades galantes et à de rares palais de privilégiés dont la célèbre Villa Borgia du pape Alexandre VI. Au sein de cette place fortifiée, les enfants du Doge parvinrent à faire installer les

deux modes d’extraction du Tempus, la Banque du Tempus mais aussi l’Académie laïque du Tempus, tous des établissements nécessitant d’étroites protections.

 

Bien vite, le Tempus, son extraction et son commerce attirèrent tous ceux qui souhaitaient profiter de cette manne. San Giorgio Major est devenue en quelques années incontournable. Les principales familles vénitiennes désireuses de ne point être mises à l’écart obtinrent des logements sur cette île ; ainsi les familles Loredan, Trevisan, Dandolo, Contarini, Barbarigo et évidemment Gritti y ont toutes des résidences. Mais elles ne sont pas les seules, les grandes familles italiennes, comme les Borgia ou les Médicis, y ont aussi des logis. La plupart des puissances européennes y disposent d’ambassades. Pour accueillir tous ces

gens importants, venant de façon plus ou moins régulière sur l’île, et subvenir à leurs besoins,

une offre d’auberges et de tavernes mais aussi d’échopes artisanales et de petits métiers s’est dé-

veloppée sur San Giorgio.

L’Eglise catholique et l’administration vénitienne ainsi que tous leurs services complexes cohabitent aussi sur ce minuscule îlot. Le temps des silences bénédictins est révolu ; le coeur de San Giorgio Major bat maintenant au rythme trépidant du Tempus. La petite île grouille de vie et si elle dépend de Venise administrativement, par bien des aspects, elle en diffère.

Les lois, qui régissent aujourd’hui cette île si particulière, sont ainsi spécifiques.

La quête des plaisirs interdits, de toutes les formes de luxure et d’expériences insolites ont attiré

une faune inquiétante. Les artistes, comme les pires charlatans aspirent à venir sur cette île pour

y trouver des mécènes. Les marchands de toute l’Europe adorent venir y signer des accords parfois aussi fous que faramineux. Les insolites Mutemps de la Sérénissime, sont gardés en cette île ; regroupés en la ménagerie Gritti. Enfin, comme le miel attire les mouches, des bandes criminelles essaient également de prendre racine sur l’île, malgré le niveau de sécurité important entretenu par chaque acteur de la vie de l’île, soucieux de

préserver ses intérêts.

La Mort du Pape Alexandre VI

Ainsi, pour certains San Giorgio est à l’image du paradis sur terre, pour d’autres elle n’est rien d’autre que la nouvelle Babylone. Le 9 Janvier de cette année, l’île de San Giorgio Major fut le théâ-tre de la mort du souverain pontife Alexandre VI, en sa villa Borgia. Le Saint père affectionnait l’île et avait plaisir à s’y ressourcer loin du tumulte de Rome. San Giorgio Major est ainsi devenue sa villégiature privilégiée ces vingt dernières années. Ainsi qu’il a été clairement expliqué lors de ses funérailles, le 16 janvier, à Rome, Alexandre VI a succombé à une maladie. Les hautes instances de notre très Sainte Mère l’Eglise ont informé la Chrétienté que le Pape a été retrouvé dans ses appartements sans connaissance. Ses médecins personnels n’ont pu être présents à temps pour le sauver. Selon eux, un mal méconnu aurait infecté la bile du Saint Père, pour finir par le tuer après avoir sapé ses forces, probablement durant plusieurs jours, et à son insu. Ses derniers instants furent consacrés, malgré le peu de vie qui lui restait, à recevoir l’Extrême Onction. Un des conciles organisés suite à la mort du Saint Père se tiendra dans les murs de la cité, très prochainement, ajoutant encore à la suractivité ambiante.

La Sfida

Pour les profanes, la tenue prochaine du Concile passe au second plan : en juillet, la très attendue

Sfida, évènement belliciste et festif typique de Venise, sera également organisée à San Giorgio Major,

et nourrit déjà les plus folles rumeurs.

La Sfida est un combat entre les mutemps de la Sérénissime et les meilleurs duellistes et condottieri

de toute l’Europe. Même les ottomans s’y intéressent aujourd’hui ! C’est un spectacle populaire, violent et enthousiasmant. Seuls deux humains, Pierre Terail de Bayard et Sylvio da Boca, ont réussi jusqu’à ce jour à remporter ce tournoi. Assister à de telles manifestations martiales est toujours un plaisir pour les yeux. Cette année lors de la 20eme édition, la Sfida sera aussi l’occasion de nombreuses festivités, telles que le Bal de la St Georges, les spectacles du Doge, le défilé de chars, et d’autres réjouissances.

Politique vénitienne :Ha ! Venise et sa politique, une bien complexe histoire pour un système presque millénaire. En fait c’est la notion d’unité, le fait que le «particulier», l’individu tout entier, est capable de se sacrifier

pour le bien de la ville, qui a fondé le système politique de la cité de Saint Marc.

Depuis l’origine, les Vénitiens ont dû affronter de nombreux périls externes. Or, en étant une cité de taille aussi

réduite face aux multiples et souvent féroces envahisseurs, qu’ils soient Ottomans, Germains ou

même originaires de la botte italienne, la seule solution est l’unité de tout le peuple, du plus pauvre

au plus riche. La notion « d’égalité des citoyens de la Cité pour la Cité » est en effet la base de la

République de Venise et pourrait même en être la devise. Elle s’axe autour d’une base essentielle : le Patriarcat, rassemblement de tous les nobles vénitiens mâles inscrits au Grand livre d’or de la Sérénissime dès leur majorité. Ils contrôlent l’ensemble de la Sérénissime en étant membres des différents organes du pouvoir.

Ainsi l’appareil politique vénitien s’articule autour de 9 axes majeurs :

- le Grand Conseil : sorte de chambre des députés où tous les nobles vénitiens siègent par droit de

naissance (plus de 2000 membres à l’heure actuelle).

- Le tribunal de la Quarantie : il regroupe les membres du Patriarca qui ont été élus afin de rendre

la justice.

- Les conseillers ducaux ou Conseil restreint : Ils sont les 6 maires des 6 quartiers (appelé sextiers

ou sestieri) de Venise

- Le Sénat vénitien : Composé de 157 membres, cet organe législatif est élu au sein du Grand

Conseil

- Le conseil des Dix & Sept : les 17 « ministres » de la Sérénissime sont bien souvent issus des

familles les plus en vue du Patriarcat : 10 membres sont élus au sein du Grand Conseil, 6 autres

sont les Conseillers ducaux et enfin le 17ème est le Doge lui-même.

- Les inquisiteurs d’états : Sorte de tribunal supérieur de Venise, il compte 3 membres dont la

fonction est de veiller à l’intégrité de la république.

- Le doge : Andréa Gritti est au sommet de la pyramide politique vénitienne : il est élu à vie, aboutissement d’un long et complexe système qui débute à l’échelle du Grand Conseil.

- Les forces de l’ordre : elles sont nombreuses à Venise. On notera « les guets », qui s’occupent des

divers sextiers de la ville, l’Ordre des 10 au service du conseil des Dix & Sept et enfin la Schiavone,

aux ordres directs du Doge. Le Très Saint Chapitre, quant à lui, ne dépend pas de la Sérénissime

mais directement du Saint Siège et ne peut ainsi pas être considéré comme une réelle police vé-

nitienne.

- L’administration insulaire : Pieuvre tentaculaire de fonctionnaires issus pour la plupart de la

plèbe, elle incarne la capacité de gestion de la Cité de Saint-Marc. 

LE TEMPUS PRESENTATION

Enseignement à l’usage des novices de notre monastère.

Frère Pietrus - année de notre Seigneur 1603.

«Les origines du Tempus ».

« Mes très chers enfants, bien souvent je vous ai parlé du Tempus. Mais je vois que ce dernier continue à vous interroger ; aussi et pour satisfaire votre curiosité, je vais m’efforcer de consacrer cet enseignement à la question.

Le Tempus est une «bénédiction que nous offre le Ciel en récompense de nos prières» comme l’a très justement défini notre très saint Père Alexandre VI dès les origines en l’an de Grâce de notre Seigneur 1495. Il est le fruit du travail d’alchimistes travaillant au service de notre Sainte Eglise Romaine.

Ceci n’est point anodin, mais témoigne combien le Seigneur dans son immense mansuétude pose un regard premier sur ses plus fidèles serviteurs.

Les deux Tempus ainsi extraits, grâce aux services de l’Ordo Secretio Alchimae voulu par notre très

sage pontife, ont permis bien des progrès et soulagés bien des maux. N’est-il pas un quasi miracle que le très inspiré Alexandre VI puisse ainsi depuis plus de cent ans guider le peuple catholique ? Quelle plus belle offrande pouvait venir des cieux que de nous offrir un guide aussi durable et fiable ? Les Tempus extraits par cette méthode sont bénis car ils participent à la grandeur et à la puissance de notre Eglise. Sans ces Tempus que serait devenue notre foi confrontée à viles hérésies

?

Ainsi en de nombreux royaumes très catholiques, seule l’extraction des Tempus par cette méthode approuvée par nos dogmes et le Concile de Trente est pratiquée. C’est le cas en Espagne, au Portugal, en leurs colonies et comptoirs, mais aussi très largement le cas en Italie, en France et dans la partie méridionale du Saint Empire Germanique. Le très raisonnable Philippe II d’Espagne a d’ailleurs décrété qu’aucune autre forme d’extraction ne saurait être tolérée en son royaume.

L’extraction des Tempus demeure cependant coûteuse, complexe et exige des extracteurs particuliè-

rement compétents. C’est pourquoi l’Ordo Secretio Alchimae avec grande pertinence n’a installé de

telles machines que dans les principaux évêchés ou archevêchés. Malheureusement les félons anglais, en passant à l’hérésie anglicane, se sont emparés de nos machines et soudoyés nos alchimistes pour continuer à les servir. Ceci explique pourquoi ce type d’extractions continue à être pratiqué en Angleterre alors que les catholiques y sont injustement persécutés. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il existe, suite aux travaux de Da Vinci, et ce, depuis 1497, un autre procédé pour extraire les Tempus. Il n’est point recommandable. Pratiqué au départ par des nobles et autres marchands avides de pouvoirs, ce procédé mécanique et technique ne repose point sur la prière et la foi. Il est certes fonctionnel mais mal orienté. La meilleure preuve que ce mode d’extraction n’est guère approuvé par notre Seigneur est que de nombreux réformés comme les Luthériens et Anglicans l’ont adopté. On trouve de telles machines, rares elles aussi, surtout dans le Nord de l’Europe, mais

aussi en Europe centrale et jusqu’à Venise. Toujours, en tous cas, dans d’assez grandes cités, car ces machines nécessitent elles aussi beaucoup d’entretien de la part de ceux qui les exploitent.

La ville de Saint-Marc présente un paradoxe rare en Europe. Cette cité, pourtant très catholique et aimée de notre Très Saint Père Alexandre VI, dispose effectivement des deux types d’extraction et, ce, en un seul lieu : la minuscule île de San Giorgio Major. Venise, toujours en pointe vis à vis des innovations liées au Tempus, n’est point la seule cité à pratiquer les deux formes d’extractions, mais c’est un fait assez rare en terre catholique. Les Anglicans quant à eux pratiquent largement les deux formes d’extraction, alors que les Luthériens pratiquent exclusivement le procédé mécanique peu ou prou condamné par la foi juste de notre Sainte Eglise.

Comme vous le savez sans doute, les calvinistes nous reprochent toutes les formes d’extraction.

Ils prétendent que les Tempus sont contraires à la parole biblique et au message christique. Mais ils sont aveuglés par leur haine de notre hiérarchie ecclésiastique. Ne sont-ils point coupables de rejeter le culte des Saints et celui de l’Immaculée Conception de notre Très Sainte Marie ? Si la miséricordieuse Marie nous a accordé le Tempus, c’est qu’il est bon. N’en doutez point mes enfants : le Tempus est un grand présent de notre Seigneur à l’Humanité. Les viles calvinistes nous rétorquent que l’extraction peut conduire à la mort ; mais la mort, en ce cas, n’est-elle pas une juste fatalité justement voulue par Dieu ? Ces mêmes calvinistes qui nous reprochent de ne pas croire en la prédestination, se refusent à considérer que si quelqu’un meurt lors d’une extraction cela tient justement de la volonté divine ! Laissez mes enfants les calvinistes à leurs fourbes et injustes

querelles.

Notre Seigneur, dans sa justesse, n’a point offert de méthodes d’extractions aux juifs, aux sauvages

des Amériques, et à tous les infidèles. Toutefois il semblerait que les Ottomans disposent de nos

jours de Tempus. Nul ne sait comment ils se les procurent. Cela ne peut être là que diabolique, ou

provenir du vol des technologies de la chrétienté. Nombreux actuellement se posent des questions quant aux machines fonctionnant au Tempus et sur leur pertinence. Il est vrai que certaines inductions du Tempus peuvent interroger les catholiques que nous sommes, mais ceci participe du Mystère divin et ne doit nullement troubler

notre foi en Jésus notre berger et en son représentant premier sur Terre, notre bienveillant pontife

Alexandre VI.3

Enseignement à l’usage des novices de notre monastère.

Frère Pietrus - année de notre Seigneur 1603.

«Les origines du Tempus ».

L’évènement exceptionnel qui changea à jamais l’avenir de l’humanité survint en 1495, lorsque les alchimistes personnels du pape Alexandre VI (Membre de l’Ordo Secretio Alchimae) réussirent

à matérialiser le Temps. Ces derniers étaient parvenus à extraire et maitriser le bien le plus précieux de l’humanité… l’espérance de vie. Le fruit de ces expériences fut nommé « Tempus ». Les applications de cette prodigieuse découverte accrurent encore l’immense pouvoir du Saint Siège. Terrorisée par les conséquences d’un tel pouvoir entre les seules mains de Rome, la noblesse s’organisa : rapidement grâce aux recherches combinées des grands cerveaux de l’époque, elle parvint elleaussi à synthétiser la précieuse denrée. Procédé

qui fut vulgarisé par le traité humaniste « Tempus Fugit » adressé à toutes les cours d’Europe par le visionnaire Leonardo Da Vinci.

Depuis un siècle, de nombreuses visions divergentes sont nées et les deux approches du Tempus

s’affrontent par l’entremise de leurs défenseurs et détracteurs respectifs. La méthode alchimique

est maîtrisée par l’Ordo Secretio Alchimae, sous l’égide de l’Eglise catholique, alors que la méthode  scientifique (aussi dite « scientiste »), est entre les mains des nobles d’Europe.

L’approche Alchimique et l’approche Scientiste

L’Alchimie est le mode d’extraction de l’Eglise. Les alchimistes de l’Ordo Secretio Alchimae (OSA) utilisent de complexes installations dont ils gardent les secrets, usant d’alambics et de réactifs complexes, de poudres et de potions aussi étranges que mystérieuses. De son côté, la méthode scientifique est issue des travaux vénitiens et plus spécifiquement des révélations de Léonard De Vinci dans son ouvrage « Tempus Fugit ». C’est de loin la plus répandue, car tous les états d’Europe en font usage. Cette méthode s’appuie sur de complexes processus nécessitant un appareillage sophistiqué et volumineux. Dans les faits, il semble y avoir bien peu de différences entre le Tempus d’origine alchimique et celui d’origine scientiste, mais quand les idéologies s’en mêlent…

L’essence du Tempus

Certains voient clairement la main de Dieu dans le Tempus, alors que d’autres tentent d’en percer les secrets alchimiques et scientifiques. Malgré un siècle d’utilisation du Tempus, il reste encore beaucoup d’inconnues à son sujet, sans même parler des nombreuses utilisations possibles qui ne manqueront pas de naître dans les siècles prochains. Certains principes ont cependant été assez clairement déterminés quant au Tempus.

S’il existe deux méthodes d’extraction du Tempus qui conduisent sensiblement aux mêmes résultats, il existe aussi deux types de Tempus dont les essences sont fondamentalement différentes. Ainsi, il existe principalement deux formes de Tempus : le Tempus brut et le Tempus raffiné. L’un est résolument tourné vers l’avenir, et l’autre semble refléter des expériences passées. L’approche alchimique et l’approche scientiste permettent d’obtenir ces deux types de Tempus.

Le Tempus Brut

C’est de l’espérance de vie en bouteille. On peut le prélever ou en consommer, modifiant ainsi son espérance de vie. Il s’agit d’un véritable et efficace élixir de longévité. On peut l’extraire, réduisant ainsi l’espérance de vie de la personne concernée. On peut l’injecter, augmentant le capital d’années à vivre du bénéficiaire. Une fiole de Tempus brut correspond généralement à 6 à 10 ans d’espérance de vie. Les banques du Tempus, considèrent qu’une fiole équivaut à environ 8 années.

S’extraire du Tempus brut, c’est renoncer à une partie de son espérance de vie, c’est hypothéquer son avenir. Si la quantité de Tempus extraite est supérieure à l’espérance de vie restante, alors c’est la mort assurée au moment de l’extraction !A l’inverse, s’injecter du Tempus brut, c’est l’assurance de ne plus vieillir durant quelques années: en effet la consommation de Tempus brut endigue le vieillissement du corps. C’est ainsi que des personnes de 60 ans semblent n’avoir qu’une vingtaine d’années.

Nous naissons tous avec une très faible quantité de Tempus brut en nous, malgré les années d’espérance de vie qu’un nouveau-né pourrait avoir devant lui. D’ailleurs, environ 2 nouveaux nés sur 5 meurent avant l’âge d’un an. Il semble que ce soit au cours de nos 10 à 15 premières années que nous développions notre propre Tempus brut en même temps que notre corps d’adulte se forme. Entre 15 et 20 ans, nous atteignons notre maximum de Tempus brut naturel, qui commence ensuite à diminuer année après année alors que notre espérance de vie diminue naturellement.

Ainsi un homme de 20 ans semble en moyenne pouvoir survivre à un nombre d’extractions de

Tempus brut variant de 3 à 5 selon les individus.

Par ailleurs, grâce aux découvertes dans le domaine du Génie temporel, le Tempus brut peut servir à soigner ou à faire fonctionner des machineries. De manière plus prosaïque, le Tempus Brut s’est imposé comme valeur marchande de référence, un peu comme l’or dans le passé.

Le Tempus Raffiné

Tourné vers le passé, il s’agit de fragments de vie passée, et plus particulièrement de compétences acquises par de longs apprentissages. Contrairement à ce que pourrait laisser entendre son nom, le Tempus raffiné ne s’obtient pas en raffinant du Tempus brut, mais bien par une extraction là encore. D’ailleurs, certains le nomment « Tempus Qualifié » mais l’appellation Tempus raffiné est la plus usitée. Comme pour le Tempus brut, il est possible d’extraire et d’injecter ce Tempus. L’extraction se fait en renonçant ainsi à certaines compétences choisies, lesquelles termineront dans une fiole.

Les compétences extraites sont perdues pour celui qui les cède. A l’inverse, il est possible d’injecter du Tempus raffiné, assurant ainsi l’acquisition de précieuses compétences, sans consacrer de longues années d’apprentissage.

La valeur des fioles de Tempus qualifié dépend des compétences contenues. Nous naissons tous avec une très faible quantité de Tempus raffiné en nous. C’est au cours de nos apprentissages que nous développons notre propre Tempus raffiné.Il existe parfois des effets secondaires à la manipulation du Tempus raffiné : en effet, étant chargé d’expériences passées, le Tempus raffiné peut s’accompagner de souvenirs appartenant à l’ancien propriétaire.

Le Tempus et les souvenirs

Il est une dimension intrinsèque au Tempus raffiné à considérer, ce sont les souvenirs qui l’accompagnent parfois. Il semble exister plusieurs niveaux de présence de tels souvenirs, ainsi parfois une fiole de Tempus raffiné ne s’accompagnera d’aucun souvenir, alors qu’une autre contiendra un pan entier de la mémoire de son propriétaire. Parfois ce souvenir est littéralement effacé de l’esprit du donneur, alors que d’autres souvenirs semblent copiés. De son côté, celui qui consomme du Tempus raffiné chargé de souvenirs, en plus de la compétence acquise va hériter de réminiscences d’événements, de sensations ne lui appartenant pas. Rapidement ces souvenirs vont se mêler aux siens, rendant parfois délicate la distinction entre son véritable passé et ces bribes de mémoire.

Certains marchands de Tempus raffiné, assurent que leurs fioles ne contiennent aucuns souvenirs

résiduels. A l’inverse un sordide marché noir existe au sujet de fioles contenant justement de forts souvenirs. Il peut s’agir de souvenirs liés à des événements en particulier ou alors de sensations particulières. A l’extrême de la déviance dans ce domaine, il existe de véritables drogués aux souvenirs, qui s’injectent de telles fioles jusqu’à devenir fous et souvent mettent fin à leurs jours tant leurs esprits sont corrompus et torturés d’incohérences.

Le Tempus brut est normalement exempt de souvenirs. Mais dans de rares cas, il peut lui-aussi être porteur d’un effet de réminiscence. L’origine de ces souvenirs n’est pas très claire. Certains prétendent qu’il s’agirait de visions prémonitoires étant donné que le Tempus brut est associé à une espérance de vie à l’avenir. D’autres, plus cyniques, affirment qu’il s’agit de déchets d’extractions précédentes, sachant qu’une même installation d’extraction permet la manipulation de Tempus brut et de Tempus raffiné.

Les extractions de Tempus

Il existe deux méthodes distinctes d’extraction, les méthodes alchimiques (maîtrisées par l’Eglise, via l’Ordo Secretio Alchimae - OSA) et la méthode scientiste (entre les mains de la noblesse via le Bureau des Affaires Temporelles - BAT). L’une comme l’autre sont nimbées de mystères que seuls les plus pointus experts semblent maîtriser. Les extractions se déroulent dans les locaux de l’OSA ou du BAT, grâce à de complexes installations. Les réglages de ces machineries et les dosages des composants alchimiques, permettent d’extraire du Tempus brut ou du Tempus raffiné.Pour le Tempus brut, l’extraction se fait par fiole, c’est l’unité la plus petite extractible, en sachant qu’une fiole contient environ 8 années d’espérance de vie. Ces années passent du candidat à l’extraction, vers la fiole de Tempus, réduisant d’autant les perspectives de longévité de la personne. Si malheureusement le candidat à l’extraction ne disposait pas d’autant d’années lui restant à vivre,

il mourra lors de l’extraction !

Pour le Tempus raffiné, il est possible de choisir quelle compétence on souhaite se faire extraire. Pour cela, il est souvent nécessaire de s’immerger pendant un moment dans la pratique de cette compétence juste avant l’extraction, afin que toutes les réminiscences s’y rattachant soient fraiches à l’esprit, mais les extracteurs sont de bons conseils pour ce genre de choses. Une fois extraite, le candidat à l’extraction ne maîtrise plus du tout la compétence, comme s’il ne l’avait jamais connue.Bien que les extractions de Tempus soient indolores, les sensations qui les accompagnent varient d’une personne à l’autre. Chez certaines personnes l’extraction de Tempus, provoque une sensation affreuse, intense et profonde de froid qui peut persister pendant plusieurs jours. D’autres personnes ressentent un sentiment de soulagement. D’autres encore, ressentent un vide, un manque. L’Ordo Secretio Alchimae et le Bureau des Affaires Temporelles sont très strictes quand aux conditions d’extractions. Seuls des candidats volontaires peuvent se faire extraire du Tempus. La seule exception concerne les condamnés. En effet, les peines de justices les plus graves sont généralement exprimées en nombre d’extractions de Tempus brut. Il n’est pas rare que les victimes succombent à ces extractions.

Bien que les extracteurs de l’Ordo Secretio Alchimae et du Bureau des Affaires Temporelles soient

des experts de leurs domaines, il arrive parfois que l’extraction ne se déroule pas exactement comme prévu. Ces cas sont, heureusement, assez rares.

Les injections de Tempus

Si l’extraction nécessite une installation complexe et la présence d’experts, à l’inverse, l’injection de

Tempus est relativement simple. En effet, il suffit de s’inoculer le contenu d’une fiole de Tempus pour bénéficier des vertus associées, qu’il s’agisse d’années d’espérance de vie ou d’une compétence.

Diverses sensations peuvent envahir le corps ou l’esprit du consommateur, selon sa sensibilité et le contenu de la fiole, mais en quelques minutes seulement, le Tempus consommé produit son effet.La consommation de Tempus brut suspend le vieillissement : en effet, ce sont les années du Tempus nouvellement injecté qui se consumeront en priorité. De même, en cas d’extraction, c’est ce Tempus qui serait extrait en premier. L’injection de Tempus raffiné apporte son lot de connaissances et de maitrise de compétences. L’effet est quasiment immédiat.

Le conditionnement du Tempus

Le Tempus est transporté dans de petites fioles. Il est facile de distinguer du Tempus brut par rapport à du Tempus raffiné. Par contre, sans l’équipement nécessaire et les connaissances requises, il n’est pas possible de connaitre précisément la nature du Tempus contenu dans une fiole, par exemple d’identifier la compétence d’une fiole de Tempus raffiné ou de savoir qui était le donateur d’une fiole de Tempus brut. Au mieux de telles informations sont inscrites sur la fiole,... au pire il faudra consommer le Tempus pour en connaitre les effets !

Si pour de petites quantités le Tempus est conditionné dans des fioles, pour le transport de grosses quantités de Tempus, il existe des cylindres sécurisés de transport. Il s’agit de coffres contenant de nombreuses fioles, et équipés de mécanismes détruisant les fioles en cas de tentative d’effraction. Exposé à l’air libre, le Tempus perd en quelques secondes ses vertus.

Le génie temporel

Dès la découverte du Tempus, de nombreux alchimistes et scientifiques ont œuvré à l’étude de cette

extraordinaire denrée. Peu à peu des confréries se sont formées, et une science est née. Il s’agit du génie temporel. Cette appellation regroupe un large spectre de connaissances théoriques liées au Tempus .

Les orfèvres du temps

Véritables artistes du Tempus, on raconte qu’ils sont capables de manipuler le Tempus de mille et une façons. On dit aussi que ces hommes savent travailler le Tempus comme un joaillier sait transformer une pierre brute en véritable diamant. Leurs travaux sont particulièrement secrets et seuls quelques initiés au monde peuvent se prévaloir de telles connaissances.

La médecine et le Tempus

Si le Tempus brut permet de vivre plus longtemps, il ne rend pas pour autant immortel. En effet, les maladies, les accidents ou les dégâts d’armes peuvent être fatals, et le Tempus ne change rien à l’affaire. Ainsi, le Pape Alexandre VI est mort assassiné, alors qu’à n’en pas douter il avait en lui de longues années de Tempus brut. Cependant, le Tempus brut offre d’intéressantes vertus dans le domaine médical. Ainsi, il semblerait que des médecins soient parvenus à réduire les temps de convalescence grâce au Tempus brut. D’autres travaux concernant le Tempus et la médecine sont certainement en cours dans divers

laboratoires d’Europe.

Les Mutemps

Sur le plan scientifique, les Mutemps sont des créatures mi-homme, mi-bête. On dit qu’il s’agirait

d’humains auxquels du Tempus d’origine animal aurait été injecté dans certaines conditions spéciales. C’est à Venise que les premiers Mutemps ont été créés, et aujourd’hui encore la ville est célèbre pour ces créatures étranges. S’ils gardent une grande partie de leurs aptitudes humaines, ils semblent dotés d’instincts proches des animaux desquels provient leur Tempus. Le docteur Geronimo Taiapietra est l’un des plus grands spécialistes de ce domaine. Certains Mutemps sont de redoutables combattants. A ce jour, il existerait des corps d’élites militaires aisant appel à de telles créatures. Par ailleurs, ce sont des grandes aptitudes martiales des Mutemps

que sont nés les duels de la Sfida à Venise chaque année.

La mécanique gracieuse

Rapidement après la découverte du Tempus, divers travaux sur cette denrée exceptionnelle ont débuté.

En 1521, Nicolas Copernic lors d’une de ses très nombreuses expérimentations, fit usage du Tempus afin d’améliorer les éléments mécaniques couramment utilisés dans l’horlogerie. Ainsi il utilisa du Tempus en lieu et place de lubrifiant afin de mener à bien ses expériences liées à l’héliocentrisme.

La conséquence fut proprement incroyable et à défaut de ressembler au résultat escompté elle s’approcha clairement d’un idéalisme scientifique : le mouvement perpétuel ; suite à ses manipulations, la résistance naturelle fut presque annihilée et engrenages, axes et autres courroies semblaient pouvoir s’auto-mouvoir à l’infini. Ce principe appliqué à l’horlogerie fit faire un bond incroyable à la mécanique de précision et permit l’élaboration de mouvements complexes, quasi autonomes à condition d’avoir une réserve minime de Tempus. Très vite, la Mécanique Gracieuse fut exploitée dans d’autres domaines tels que des machines de plus grande taille utilisées pour la fileterie, la minoterie... Plus tard, à la demande de soldats du Saint Empire, grâce à l’exploitation pratique et pensée de la Mécanique Gracieuse par Tycho Brahé et des horlogers suisses, furent inventées les prothèses mécaniques.

Les inventions et le Tempus

Il existe aujourd’hui de nombreuses inventions fonctionnant grâce au Tempus. Citons par exemple, les armes à feu répétitives originaires du Saint Empire Romain Germanique, l’acoustophone qui permet d’enregistrer des sons puis de les restituer plus tard à volonté, les prothèses basées sur la mécanique gracieuse, le tempographe qui permet l’envoi et la réception de messages sur de très longues distances, la voiture dite «à la française» dont les chevaux sont littéralement dopés au Tempus et dont les essieux utilisent les principes de la mécanique gracieuse, la petite poudre au Tempus qui est un puissant explosif créé par le maitre artificier Protéo Armadili à Venise, le luminoscope Anglais dont la lumière rouge permet de s’éclairer dans la pénombre,  et bien d’autres.

La conservation par le Tempus

C’est l’une des nombreuses capacités du Tempus découverte du vivant de Leonardo Da Vinci et ayant permis à la science le bond prodigieux qu’on lui connait de nos jours. L’essence de vie, comme le prouva Leonardo, a le pouvoir de conserver toute chose plongée en son sein. Très vite appliquée chez les riches pour conserver certaines denrées périssables, la conservation par le Tempus, outre le fait de pouvoir manger du raisin en hiver, allait conduire à de nombreuses autres découvertes.

La mesure du Temps

Après la découverte du Tempus, de nombreux savants, inventeurs se sont mis en tête de fabriquer des appareils capables de mesurer avec précision l’écoulement du temps. Les progrès furent lents et laborieux. La miniaturisation des engrenages demeurant un exercice particulièrement délicat. En 1531, la première horloge à pendule fut élaborée. En 1542 fut créé le premier cadran doté de deux aiguilles. En 1547 l’horlogerie anglaise a pris son essor de façon officielle. En 1549, les premières montres à gousset firent leur apparition. Ces pièces uniques, très onéreuses, sont réservées à une élite fortunée et passionnée. Les réformés semblent avoir quelques avances dans ces innovations.

Ces délicates mécaniques très prisées, peuvent atteindre des prix exorbitants. Aussi elles restent totalement inaccessibles pour le commun des mortels qui continuent à se fier au soleil et divisent la journée en douze heures diurnes et douze heures nocturnes.

L’Ordo Secretio Alchimae (OSA)

Il s’agit d’un ordre religieux spécial qui prit de l’ampleur en 1495 avec la découverte du Tempus.

Cet ordre est principalement composé de prêtres, de moines, d’alchimistes et de scribes. A l’origine il s’agissait d’une poignée de proches d’Alexandre VI puis, devant l’ampleur des missions confiées à cet ordre, les rangs ont grossi pour atteindre la taille actuelle. Les membres de cet ordre sont les dépositaires du secret le mieux gardé du monde, celui du Tempus alchimique. Dans le secret de leurs laboratoires, ils manipulent littéralement des milliers de vies humaines qu’ils enferment dans des flacons. Dire qu’ils jouent à Dieu serait une hérésie, mais une chose est sûre, l’ordre n’a pas usurpé son nom.

Cet ordre religieux s’occupe principalement des extractions alchimiques de Tempus dans les grandes villes. A ce titre, il gère les lieux d’extraction. Mais au-delà de cette tâche, l’OSA fait des recherches sur le Tempus et investigue sur les affaires concernant le Tempus d’origine alchimique.

Le Bureau des Affaires Temporelles (BAT)

Le Bureau des Affaires Temporelles est une administration complexe. Ce bureau est une entité présente dans la plupart des grandes villes, et sous le commandement des principaux royaumes, empires et états. Il s’agit d’une vaste administration chargée des divers sujets relatifs à l’extraction du Tempus par voie scientifique. Les missions du Bureau des Affaires Temporelles sont nombreuses, diverses et souvent méconnues du public. D’une part, cet organisme s’occupe des extractions scientifiques de Tempus dans les grandes villes ; à ce titre, il gère les installations d’extraction. Et d’autre part le Bureau investigue sur les affaires concernant le Tempus d’origine scientifique.

OSA et BAT

L’Ordo Secretio Alchimae et le Bureau des Affaires Temporelles sont les deux faces d’une même

pièce, d’une part l’extraction alchimique sous l’égide de l’Eglise, et d’autre part l’extraction scientifique sous la houlette des rois, empereurs et princes. Des tensions entre les deux entités existent depuis leurs créations.

Le Très Saint Chapitre de l’Ordre Divin et de la justice Chrétienne

A l’instigation de la bulle papale de 1542, Alexandre VI mit en place le Très Saint Chapitre de l’Ordre

Divin et de la justice Chrétienne (très souvent résumé en Très Saint Chapitre). Ainsi, afin de lutter contre la réforme et de protéger les intérêts tant de la papauté que de l’institution catholique, le pape créa un ordre guerrier, religieux et inquisiteur rendu obligatoire dans toute ville ou lieu possédant un lieu d’extraction alchimique. Tout ceci, afin de vérifier la bonne morale de la chrétienté locale et assurer parallèlement le «bon respect» des édits papaux et l’utilisation du saint Tempus. Inspirée des ordres de chevalier chrétien, cette milice religieuse est présente dans la plupart des grandes cités d’Europe.

Les banques du Tempus

La découverte du Tempus, bouleversa aussi le monde bancaire alors en plein développement. A ces

débuts, quasiment personne ne faisait commerce du Tempus : en effet son usage n’était réservé qu’à une petite élite, qui se l’échangeait dans des cercles très fermés et/ou sous l’égide de l’église. Puis, aux environs de 1515, le Tempus prit une véritable dimension marchande, c’était alors un bien de grande valeur qui s’échangeait sur les bancs des négociants pour des sommes mirobolantes. De 1515 à 1522, le Tempus devint plus commun et prit une telle importance qu’il s’échangeait alors partout dans les grands royaumes. Les lieux d’extraction se multiplièrent et les marchands de Tempus prirent de l’importance.

C’est durant l’hiver 1522/1523 que les choses basculèrent. Dans la nuit du 11 décembre 1522, une série de très violents tremblements de terre secouèrent la région de Rome et Naples, entrainant la destruction de nombreux laboratoires de travail du Tempus dont le fragile matériel alchimique et scientifique n’avait pas supporté les secousses. Devant l’ampleur des pertes, les notables italiens commandèrent aux marchands des stocks de Tempus venant du Nord du pays, mais bientôt la demande dépassa l’offre et les marchands furent obligés d’aller s’approvisionner en France, en Espagne et dans le Saint-Empire, malgré les rigueurs de l’hiver qui ralentirent encore les échanges.

Mais la nouvelle se répandit bien plus vite que les approvisionnements. Le phénomène fit boule de neige, certains négociants  profitèrent largement de la situation et spéculèrent ouvertement sur la valeur des fioles de Tempus. Inévitablement partout les prix du Tempus s’envolèrent de façon très artificielle, principalement à cause de la spéculation. Certains laboratoires furent pillés, d’autres fermèrent leurs portes pour sécuriser leurs biens... mais aussi pour maintenir la demande à un niveau élevé. La situation fut telle qu’à la fin de l’hiver 1522/1523 une fiole de Tempus atteignait le prix de plusieurs maisons chez certains marchands ! La gravité des évènements poussa certains

royaumes à battre de la monnaie pour essayer d’endiguer ce phénomène, mais l’effet s’avéra désastreux et, en quelques semaines seulement, les valeurs des monnaies historiques devinrent chaotiques. A partir de mars 1523, les banquiers un peu partout en Europe refusèrent de faire du change devant le fort risque de baisse de la valeur des monnaies. Il fallut attendre le 23 août 1523, et la bulle pontificale « Tempus est pecunia » (Le Temps c’est de l’argent) pour que les choses commencent à rentrer dans l’ordre. En effet, en étroite collaboration avec les familles de Médicis

(de Florence), Contarini (de Venise), Dandolo (de Venise), Chigi (de Sienne) et bien d’autres banquiers

influents, le Pape imposa une mesure clef : il confia aux banques catholiques la charge de fixer, une fois par mois, la valeur d’une fiole de Tempus et de toutes s’entendre sur cette valeur. Une période de flou s’en suivit, les rivalités entre les banques complexifiant les choses. Le pape dut user de son influence, pour convaincre, dans un premier temps, les banquiers florentins, siennois, lombards et vénitiens de s’asseoir autour d’une table pour entamer les discussions. Le 21 Novembre 1523, une courte charte naquit, posant timidement les premiers jalons d’accords entre les banques... Mais face au manque d’entrain des banquiers, le Pape menaça de créer un ordre de moines chargé de gérer les finances de toute l’église, privant ainsi les banques familiales de leur plus gros client à travers

tous les royaumes catholiques ! Cette menace eut l’effet escompté : un second, puis un troisième colloque des banquiers eurent lieu, et peu à peu une majorité des banquiers adhérèrent au projet, certains par intérêts, d’autres pour ne pas rester en marge et prendre le risque d’être écartés des accords.  

C’est ainsi que peu à peu, en l’espace de cinq longues années, des accords naquirent entre les différentes banques pour fixer entre elles la valeur du Tempus, ou plus exactement les valeurs du Tempus. Car en effet, malgré ces accords, encore aujourd’hui la valeur du Tempus varie d’une région à l’autre, d’une banque à l’autre.

La rente sur Tempus

La crise de 1523 avait créée dans les esprits d’importantes séquelles, et cette crainte d’une nouvelle crise fut un terrain très favorable à la naissance de la « Rente sur le Tempus ». Cette invention financière de la famille Strozzi à Florence, allait devenir une norme, une façon de vivre pour tous. Le principe est simple : il suffit de déposer auprès de sa banque une fiole de Tempus, puis en échange chaque jour, chaque semaine ou chaque mois, la banque remet à son client une somme d’argent dans la devise locale. Le Tempus ainsi déposé à la banque est en sécurité, il permet à chacun de vivre de son Tempus sans risquer un vol, un accident ou même une envolée des prix. Les

fioles ainsi déposées deviennent propriété des banques, en l’échange de quoi ces mêmes banques

s’engagent à verser les rentes à leurs clients, pour autant que la somme des rentes versées n’égale

pas la valeur des fioles déposées.

Aujourd’hui toutes les banques pratiquent quasiment les mêmes conditions (même s’il y a parfois des accros entre les établissements), ce qui permet aux voyageurs de retirer de l’argent local dans n’importe quelle banque, à partir du moment où ils ont déposé dans un établissement bancaire, une ou plusieurs fioles de Tempus. Les banques s’échangent ensuite des lettres de créances et équilibrent leurs comptes par des écritures bancaires.

De nos jours, rares sont celles et ceux parmi les nantis qui n’ont pas déposé au moins une fiole de Tempus auprès d’une banque. Certains se sont fait extraire une fiole de leur propre Tempus, d’autres ont déposé de nombreuses fioles, mais la majorité des habitants des grandes villes ont un compte et reçoivent régulièrement de l’argent ainsi. C’est une façon sûre et fiable d’avoir toujours des liquidités.