Daniel Carollo

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Madame la Ministre.

Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie

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Révolution de Nouvel An, j'entre en résistance!

Madame la Ministre.

En Septembre 2010, j'ai payé mon impôt sur le revenu. Vous remarquerez sans grand effort que je n'ai pas réglé la totalité de ce qui était demandé dans mon avis d'imposition.

Il y a plusieurs raisons à ce paiement partiel.

Premièrement, en ces temps de crise, je trouve tout à fait injuste qu'il soit demandé “à tous” de se serrer la ceinture, alors que le président de la république, ses ministres, nos députés et autres soi-disant représentants, s'octroient des augmentations de salaires tout à fait disproportionnées avec les sacrifices que la majorité des travailleurs (ceux qui se lèvent tôt) doivent faire.

De plus, l'utilisation de moyens publics, étatisés ou gouvernementaux à des buts privés, des fins électorales ou tout simplement des manipulations idéologiques représente un gaspillage de ressources (NOS ressources, celles que nos impôts financent), en plus d'un détournement immoral de la finalité des biens communautaires que je ne saurais cautionner. Les seules personnes en position de commettre ces détournements sont, comme par hasard, les proches de l'oligarchie au pouvoir.

Deuxièmement, les forces armées Françaises on été engagées aux côtés des forces Américaines dans le bourbier Afghan malgré l'opinion de la majorité des Français. Les marches pour la paix et autres manifestations populaires n'ont pas d'effet sur les décisions du gouvernement. Plutôt que de me léser et compromettre la position de mon employeur en prenant part à une grève inutile, je préfère attaquer le nerf de la guerre directement.

Dans le même chapitre, j'inclus l'immonde subvention aux industries de l'armement. La fabrication d'armes et d'équipements de destruction, même si elle augmente les chiffres sans aucun sens du PIB, ne contribue aucunement au bien-être des citoyens de notre société, ou aux habitants de notre planète, bien au contraire.

Le bouclier fiscal, ce qu'il représente, la manière de sa mise en place et ses justifications constituent l' essence de ma troisième raison. Ayant travaillé de nombreuses années hors de France, il m'eut été relativement facile de me soustraire à l'impôt. Je soutiens l'un des idéaux de la République, qui est la redistribution des richesses produites (surtout par les travailleurs sus-mentionnés, ceux qui se lèvent tôt) à ceux qui en ont besoin (tiens-tiens, comme par hasard, ce sont ces mêmes travailleurs!), et il eut été fort hypocrite de ma part de ne pas payer d'impôt. Je tiens toutefois à moduler ce soutien au vu de l'utilisation faite des deniers si difficilement gagnés.

L'impôt doit servir à tous les citoyens (dans son sens original, les habitants de la cité), pas à une minorité de nantis. La diminution des services publics, la dégradation de leur qualité, l'accroissement des cotisations, participations, quotes-parts, souscriptions et autres paiements obligatoires, sans parler de la dérive vers la privatisation de pans entiers de la société, sous prétexte de rationalisation et économies des derniers publics, ne fait que léser la majorité de la plèbe.

La gabegie à la tête du système actuel, tant dans le secteur privé que dans les administrations et organisations publiques, dirigées toutes autant qu'elles soient par une oligarchie convaincue de la séance de son pouvoir, ne fait qu'approfondir les clivages entre nantis et les autres en ajustant le système à son bénéfice.

La TVA à près de vingt pour cent représente l'impôt le plus injuste de tous: il frappe une portion substantielle des revenus de la majorité de ceux qui ont des salaires peu élevés, mais une part infime des plus gros revenus.

Dans le même chapitre, l'attaque continue de la classe possédante sur les acquis sociaux, qu'ils soient liés aux services publics, à la santé, à la retraite et autres, ne fait que grignoter ces avances durement conquises au début du siècle dernier. Mon père a fait grève dans les années soixante pour ces progrès. Il n'a pu en profiter, mourant avant d'avoir pris sa retraite. Le Nabot National a alors le culot de monter sur une tribune et de nous demander, sous prétexte d'un allongement de la durée de vie, de travailler plus longtemps? Alors même que les vieux se font jeter par le patronat dès qu'ils deviennent moins rentables? Dans le même temps que les entreprises reçoivent de juteuses « exemptions de charges sociales » pour soi-disant « favoriser » l'insertion des jeunes? Arrêtez de me faire rire.

La plupart des services ont été bâtis avec les impôts de nos aînés. Ils ont été, ou vont être, bradés à la classe possédante, souvent sous prétexte de rationalisation. Point n'est besoin d'être sorti de Saint Cyr pour se rendre compte que les sois-disant gains de productivité, en tous cas les gains monétaires, seront empochés par les actionnaires, privés, bien sûr. Les privatisations n'ont pour but que la captation de plus-value par la classe possédante.

Les scandales, révélations de conflits d'intérêts et autres affaires qui ont éclaté tout au long de l'année montrent bien quelle est l'attitude de la classe dirigeante à l'égard du peuple: elle se croit au dessus des lois, ce qui est en fait la réalité, étant donné les disparités de condamnations entre les criminels « de droit commun » et les criminels « en col blanc ». L'utilisation du système existant, tant des ressources naturelles que l'organisation de ce système, se fait au profit exclusif de l'oligarchie qui règne sur notre société. Le gaspillage généré pour nous convaincre de dépenser plus, pour travailler plus (non, pas pour gagner plus, je n'ai pas été dupe de cette machination), les messages de propagande diffusés à nos frais, la communication pathétique de nos dirigeants ne font que renforcer le stratus-quo. Le grenelle de l'environnement, les promesses d' »humaniser le capitalisme », le soutien à l'industrie bancaire, à l'industrie automobile, à l'agro-industrie et aux industries de l'armement ne font qu'empêcher une remise en question fondamentale de notre mode de vie. C'est la quatrième raison qui me fait saborder le financement de ce système inique et logiquement insoutenable. Il y a moult messages de communication au sujet de développement durable de la part de nos élites. En fait, les actions entreprises vont à l'encontre de ces messages. Le système actuel, basé sur la création de besoins toujours plus chers, la production de biens inutiles, promus à force de réclame pour être vendu à des gens qui ne peuvent les acheter, ne peut continuer indéfiniment. L'aveuglement complaisant de nos dirigeants, leur complicité criminelle ne peuvent se poursuivre. Le système électoral ne fait que remplacer ces pantins par d'autres, tout aussi acquis aux même idéologies suicidaires pour tous, mais ô combien profitables pour eux-mêmes dans le court terme.

Ma cinquième raison est le fait que je suis un Rital. Bon, d'accord, ce n'est pas pire (loin de là) que d'être un Rom, mais il n'empêche que les Roms sont fort peu nombreux. Lorsque vous les aurez boutés hors de France, sur qui essayerez-vous de détourner l'ire des Français  pour les distraire des inepties d'une classe politique toujours plus au service de l'oligarchie (dont  elle en fait elle-même  partie de plus en plus)? Vous comprendrez qu'il m'est nécessaire de garder quelques économies pour recommencer une vie ailleurs que sur le territoire Français.

Vous comprendrez bien que par la présente, je démissionne. Je rejette le statut de citoyen, si la seule signification d'être citoyen se limite à placer un bulletin de vote dans une urne tous les cinq ans pour élire un pantin au service de la classe dirigeante, de travailler jusqu'à ce que mort s'ensuive pour financer le train de vie de cette classe dirigeante tout en se pliant aux règles que cette oligarchie nous impose.

Allez financer vos immoraux, immondes et inacceptables projets sur le dos d'un autre.

Veuillez recevoir, Madame la Ministre, mes salutations, sans respect pour votre fonction, sans admiration pour votre personne.

P.S. Sur les impôts de l'an dernier, j'ai retenu un montant de 25%. Dans un esprit de progrès, sur les impôts de cette année, je retiendrai un montant de 50%. L'an prochain, 75%. Je vous laisse compléter pour l'année suivante.