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L'ornithologue J.-C. Tombal redoute une bataille pour l'espace aérien entre oiseaux et éoliennes

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L'ornithologue J.-C. Tombal redoute une bataille pour l'espace aérien entre oiseaux et éoliennes

dimanche 03.04.2011, 05:18 - La Voix du Nord

Jean-Charles Tombal espère, après publication de son étude, suggérer à l'Europe le principe de zone de protection aérienne.

|  LE VISAGE DE L'ACTUALITÉ |

Passionné d'ornithologie depuis quarante ans, Jean-Charles Tombal a réalisé une expertise ornithologique indépendante sur l'impact des éoliennes sur les oiseaux. Ses relevés, comptages et observations sur le sud du département remettent en cause le plan éolien du Parc régional de l'Avesnois. Et plus particulièrement, la zone de développement éolien d'Houdain-lez-Bavay.

PAR MATTHIEU BOUTON

Jumelles au cou, sac de baroudeur et connaissance de géomètre sur chaque parcelle de terrain où se nichent des oiseaux de Valenciennes à Fourmies, en passant par Mons et Saint-Quentin, c'est presque si Jean-Charles Tombal pouvait donner un nom à chaque oiseau. « Ça fait quarante ans que j'étudie, alors oui, je connais parfaitement le secteur. » Retraité de l'Éducation nationale, il a effectué une expertise indépendante sur le sud du département. « Par passion, pour le plaisir », mais aussi parce que l'association Houdain environnement a sollicité ses connaissances. Sans être farouchement anti-éolien - « quand il y a en une, ça va, quand il y en a plusieurs... ça devient problématique » - il exprime avant tout ses « vives inquiétudes quant au choix de certains sites, totalement inappropriés à l'édification de parcs éoliens industriels. » Une étude, aussi, pour appliquer le principe de précaution.

Reste à questionner sa méthodologie pour conférer une valeur scientifique à l'expertise. Car le postulat de son étude repose sur un concept nouveau, évincé ou écarté par les autres ornithologues : les espaces aériens. « Les ornithologues n'ont jamais pris en compte l'espace aérien comme un écosystème à part entière », regrette-t-il. « Lorsqu'on n'est pas spécialiste, on peut pas imaginer la quantité d'espèces qui circule entre le sol et 250 mètres : oiseaux, insectes et même végétaux. » Toute la difficulté pour étudier ces espaces aériens est de se doter d'outils de mesure fiables : « Malheureusement, il n'en existe aucun. » Alors, l'expérience des années parle. En répertoriant les zones d'attractivité pour les oiseaux protégés par une directive européenne dans un rayon de 50 km autour d'Houdain-lez-Bavay, l'ornithologue parvient à établir un « indice d'attractivité des strates aériennes ». Les éoliennes n'entraînent pas d'augmentation directe de la mortalité chez les oiseaux, mais perturbent leurs déplacements. « Si une espèce est obligée de se déplacer, elle empiète sur le territoire d'une autre. Et là, elles entrent en compétition et c'est la sélection naturelle qui se met en place.

 »Conclusion : si les oiseaux ne peuvent plus « circuler librement », à cause de l'espace aérien des éoliennes, la multiplication des parcs entraîne « un effondrement majeur de la biodiversité » et constitue une « catastrophe écologique ». Ainsi, J.-C. Tombal estime que « l'espace aérien du secteur d'Houdain doit faire l'objet d'une protection absolue en ce qui concerne les espèces de la Directive ». Il préconise des zones de protection spéciales (ZPS) en milieu ouvert (là où s'implantent les éoliennes), à l'instar de la forêt de Mormal, par exemple. Cette étude peut-elle faire le poids face aux desiderata des municipalités et la détermination des promoteurs ? Telle est la question.