Le quarante cinquième président

Je suis républicain.

Mon père m’a légué une fortune

Que j’ai dilapidé sans amertume

En m’amusant, comme un vaurien.

J’ai fait quatre faillites

J’ai ouvert une université

Que personne n’a recommandé

J’ai écrit un livre qui s’est évanoui.

J’avais un programme télévisé

Dans lequel j’offensais les participants.

Je les mortifiais, très fort, en criant;

Tout en étant très bien rémunéré.

Je change d’avis tous les jours

Et la masse fasciste me vénère

Comme si j'étais leur seul repère;

Et me suivent comme des vautours.

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Je suis republicain

 

J’habite dans  cette blanche maison

Que j’ai obtenu en insultant

En menaçant, en provoquant

Et en divisant cette nation.

Mon gouvernement veut aider

Les handicapés les anciens, les malades

Et comme pour partir en balade

Ils doivent travailler, pour s’entraider.

Pour arrêter les migrants

Un mur sera construit

Sans l’avis d’autrui

Et les idiots seront les payants.

Les illégaux sont séparés

Les enfants placés ici et là

La famille s’arrête là

L’unité familiale est brisée.

 

J’ai des opposants, ces gauchistes

Qui sont seulement une poignée

De résistants dans la mêlée.

Il faut les supprimer ces défaitistes.

En réalité, ils sont des millions

Mais les supporteurs ne le savent pas

Je peux mentir à ces gens las

Ils ne sont que des pions.

Pour moi, honnêteté

Intégrité, compassion, vérité n’existe pas.

Si j’avais ces qualités je ne serais pas là

Et malgré tout, je suis le président mal-aimé.

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Les pieds-noirs

Le nom “pied-noir” était péjoratif;

De nombreuses années il fut employé

Pour les Français de France les séparaient.

Ce pied-noir

Je l’avais rencontré un soir d’hiver

Après une journée amère.

Son accent venait de nulle part

Son teint tanné le trahissait

Difficile de savoir d’où il venait.

Un jour son père me raconta

Qu’il était orphelin

Et il détestait son destin.

Sa famille républicaine

Dans une aire lointaine

Fut déportée en Algérie.

Resté en Algérie

Après l’indépendance

Il refuse d’aller en France.

 

Un Français né en Algérie

Contre son gré part pour la France

Qui pour lui n’était pas son pays.

Il était un de ces pieds-noirs

Dont on ne parlait pas

Dans les journaux du soir.

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