Ruralité – Incourt & Alentours asbl

Rue de Chaumont, 20 A – 1315 Roux-Miroir

010-86 17 13 – rial.asbl@gmail.com 

Collège communal de Grez-Doiceau

Place Ernest Dubois, 1

1390 Grez-Doiceau

Roux-Miroir, le 12 décembre 2017

Concerne :        Projet de contournement nord de Wavre – Réaction de l’asbl Ruralité – Incourt & Alentours (RIAL) dans le cadre de l’enquête publique

Madame la Bourgmestre,

Mesdames et Messieurs les Echevins, 

Fondée en 2007 pour préserver, dans une logique constructive, le cadre de vie à Incourt et dans ses environs, l’asbl RIAL a cru nécessaire de réagir au projet de contournement nord de Wavre. En effet, l’enjeu de ce projet nous semble dépasser le seul contexte wavrien, car son ampleur et le tracé proposé soulèvent pas mal de questions en termes de structuration du territoire et de mobilité qui risquent d’avoir un impact – négatif – sur l’ensemble de l’Est rural du Brabant Wallon.

Quant au projet soumis à enquête publique, nous y restons opposés comme c’était le cas lors de notre analyse de 2014 en vue d’enrichir l’actuelle étude d’incidences sur l’environnement (EIE). Nous reprendrons donc, ci-après, nos objections (point 1). Ensuite, nous expliquerons pourquoi nous plaidons vigoureusement pour que soit retenue l’alternative M2 « amélioration des infrastructures existantes », qui présente des similitudes (tout en allant plus loin) avec une des trois alternatives que nous avions proposées dans notre analyse de 2014 (point 2).

1. NOS OBJECTIONS AU PROJET DE CONTOURNEMENT NORD

1.1. La mobilité

- Résoudre un problème de mobilité à Wavre au détriment des communes de l’Est du Brabant Wallon

Le tracé du contournement, de par l’accès qu’il donne à la RN 25 via le Bois des Vallées, s’apparente davantage à une nouvelle voie d’accès à l’Est du Brabant Wallon depuis Bruxelles qu’à une voie destinée uniquement à fluidifier le trafic dans et autour de Wavre et son zoning. Conséquence : l’Est du Brabant, encore rural, pourrait subir une pression démographique encore plus lourde que prévue, avec à la clé de nouveaux problèmes de mobilité et un risque de destructuration spatiale. En quelque sorte, Wavre résoudrait son problème de congestion au détriment des communes situées davantage vers l’Est, avec Grez-Doiceau en ligne de mire. Ce risque est d’ailleurs souligné dans l’EIE, à la page 242.

- Alternatives à la voiture mises à mal par le contournement projeté

Si la société GSK, utilisatrice majeure du zoning, a développé bon nombre de services de mobilité alternatifs à la voiture, elle n’a pas, pour autant, diminué l’attractivité de celle-ci. Un travail pourrait être réalisé en ce qui concerne la possibilité de parcage ou le remplacement d’une partie du parc de voitures de société par un pack mobilité innovant, de façon à réduire la pression automobile dans la zone et à rentabiliser les multiples initiatives prises par GSK (navettes bus, etc.). Le projet de contournement, quant à lui, risque bien de miner ces efforts pourtant reconnus par beaucoup d’observateurs comme précurseurs dans le domaine de la mobilité en entreprise.

1.2. L’aménagement du territoire

- Inadéquation avec un aménagement du territoire durable

La Belgique est le pays d’Europe qui a déjà le plus de routes par rapport à sa superficie et la Région wallonne le plus de routes par rapport au nombre d’habitants. Or, le contournement proposé traversera un des rares espaces non encore entamés par l’urbanisation et les infrastructures autour de Wavre.

Le contournement marquera non seulement la fin de l’actuelle rupture entre ville et campagne, en ouvrant cette partie du territoire à la suburbanisation et au morcellement, mais pourrait s’étendre à l’ensemble de l’Est du Brabant Wallon par ses effets secondaires. Pour préserver le caractère rural de cette partie de la Province, il est contre-indiqué d’aménager un contournement qui, de par son tracé, crée en même temps un appel d’air pour le trafic automobile depuis et vers la Hesbaye Brabançonne.

Par ailleurs, le contournement proposé pourrait provoquer une extension du zoning actuel de façon encore plus linéaire, ce qui renforcera la pression sur le territoire et le délitement du maillage écologique. Toute éventuelle extension du zoning devrait privilégier un recentrage, plutôt qu’un étalement.

Les développements urbanistiques doivent être réalisés prioritairement à l’intérieur du noyau urbain de Wavre, et non à sa périphérie. Si la commune souhaite proposer un développement territorial au sein du zoning, elle doit l’accompagner d’une véritable vision prospective (densification, attractivité, mixité fonctionnelle, etc.) et de projets de mobilité en adéquation avec celle-ci (bus à haut niveau de service, aménagement en boulevard urbain, etc.). Faire du zoning un véritable « quartier à vivre » ne passe pas par un accroissement de la pression automobile dans cette zone.

Enfin, on constate que l’EIE se focalise de façon importante sur la présence de la firme GSK dans la ZAE de Wavre-Nord. Si cet élément revêt une certaine pertinence en raison du trafic généré par cette entreprise, la question se pose si les besoins d’un acteur économique spécifique font le poids face à la nécessité d’un développement durable de notre région. D’autres exemples en Belgique ont malheureusement démontré que la réalisation d’aménagements sur mesure au bénéfice de grands acteurs économiques mais aux frais de la collectivité, n’empêche pas ces acteurs de fermer leurs installations en causant d’énormes pertes d’emploi et en générant des friches à réhabiliter. Il importe donc de ne pas détruire irrémédiablement la partie nord-ouest du territoire de la Commune de Wavre, ni, par extension et à plus long terme, la structure spatiale rurale de l’Est du Brabant Wallon.

1.3. Les impacts sur la biodiversité

En ce qui concerne l’impact du projet de contournement sur la nature, sachant que la destruction et la fragmentation des habitats est une des principales causes de la régression de la biodiversité, ce projet ne pourra avoir qu’un impact négatif sur la biodiversité. En effet, le projet de contournement de Wavre traverse ou passe à proximité immédiate de 3 sites de grand intérêt biologique (Bois des vallées, l’étang de Gastuche et le Bois de Laurensart), ce qui entrainera la destruction directe d’habitats d’intérêt communautaire et la fragmentation des massifs boisés de Laurensart et du Bois des Vallées. C’est le cas par exemple des landes sèches européennes présentes dans le Bois des vallées ainsi que de l’alimentation en eau du Marais de Laurensart, classé Natura 2000, et hébergeant notamment une population de Butor étoilé, espèce protégée d’intérêt communautaire prioritaire.

De manière plus générale, le projet est également susceptible d’avoir un impact sur de nombreuses espèces (plus de 150 espèces d’oiseaux, 21 espèces de papillons de jour, 13 espèces de libellules et 165 espèces de plantes supérieures). Parmi celles-ci, plusieurs espèces protégées et/ou menacées comme le Castor d’Europe, le Martin-pêcheur d’Europe, la Bécassine des marais, la Chevêche d’Athéna ou encore le Lézard vivipare et l’Orvet fragile. Sans oublier l’effet barrière que constitue ce projet qui s’implante au sein d’un couloir migratoire pour les oiseaux (la Vallée de la Dyle).

1.4. Les impacts sur le paysage

La zone traversée par l’actuel projet de contournement nord de Wavre est en tout ou en partie inscrite au plan de secteur en périmètre d’intérêt paysager. Les actes et travaux peuvent y être accomplis pour autant qu’ils s’intègrent parfaitement au site bâti et non bâti et qu’ils ne mettent pas en péril la valeur esthétique du paysage » (SDER, p. 215-216). Or, le projet de contournement aura un impact irrémédiable sur le paysage :

Ce sont les importants déblais et remblais qui seront les plus préjudiciables à l’esthétique du paysage. C’est à l’endroit où le bois de Laurensart sera amputé, que l’impact paysager sera le plus dommageable, ainsi que plus bas, du bois jusqu’au pont enjambant le chemin de fer, où l’important remblai coupera la vue dans le fond de la vallée. De même, là où un pont franchira la RN 268, vu sa hauteur, ses remblais et ses bretelles associées, ainsi qu’au niveau des importants déblais et remblais des trouées dans le bois des Vallées, dont la survie en tant que bois est menacé dans la mesure où il se voit pour ainsi dire réduit à un ensemble de massifs arborés autour d’un échangeur.

Le paysage est « notre patrimoine commun, une composante essentielle de notre qualité de vie », pour reprendre les termes de la Convention européenne des Paysages adoptée à Florence en 2000 et ratifiée par la Région wallonne en 2001.

Le nouveau projet de SDER (Schéma de Développement de l’Espace Régional) rappelle que cette ratification engage la Wallonie à respecter le principe de l’intégration du paysage dans les mesures d’aménagement du territoire (voir mesure R3) et la mesure R4 recommande que « les projets d’urbanisation ou de nouvelles infrastructures linéaires évitent de porter atteinte ou de fragmenter le réseau écologique reconnu ».

1.5. Un budget exorbitant pour de grands dégâts au cadre de vie et à la nature

Si le contournement actuellement proposé permettra de décongestionner les routes d’accès à la ZAE de Wavre-Nord à l’horizon 2030, sa réalisation nous paraît beaucoup trop coûteuse en raison des différents ouvrages d’art à réaliser. A cela s’ajoute le coût écologique que les analyses de l’EIE confirment par ailleurs. Or, cette même EIE propose une alternative bien moins coûteuse et dévoreuse d’espace, avec un impact positif sur la congestion du trafic autour de la ZAE, à savoir l’alternative M2 consistant à améliorer les infrastructures existantes dans et autour du zoning (p. 332 et s. de l’EIE). RIAL soutient vigoureusement cette alternative.

 

2 UNE ALTERNATIVE À RETENIR : AMELIORATION DES INFRASTRUCTURES EXISTANTES (alternative M2)

Nous n’énumérerons pas les multiples avantages de cette alternative : ils sont décrits en détail dans l’EIE. Cette alternative nous paraît être la plus équilibrée de toutes, réunissant les objectifs économiques, sociaux et environnementaux. En d’autres termes : une vraie alternative durable.

Les quelques inconvénients de cette alternative relevés par l’EIE pourraient être résolus par des aménagements supplémentaires.

- Inconvénient n° 1 : la ZAE de Wavre-Nord ne resterait accessible que depuis l’ouest (E411)

Pour RIAL, c’est précisément l’avantage de cette alternative, car cela signifie qu’elle ne crée pas d’appel d’air pour le trafic automobile depuis et vers l’Est (rural) du Brabant Wallon (voir supra). Cela étant, pour fluidifier le trafic depuis l’Est du Brabant Wallon et dans la perspective du développement futur de la ZAE (15 000 emplois attendus au lieu des 12 000 actuels), on pourrait aussi, comme RIAL l’a proposé dans son analyse de 2014, mieux gérer le trafic sur la E411 en direction de Bruxelles. Actuellement – et sauf erreur de notre part – l’alternative M2 prévoit une bande supplémentaire uniquement en direction de Namur. On pourrait envisager la même chose en direction de Bruxelles, entre la sortie Grez-Doiceau/Louvain et la sortie Rosières, en séparant le trafic de transit et celui à destination de la ZAE. Sur cette distance, la vitesse maximale pourrait aussi être réduite pour fluidifier et sécuriser le trafic.

- Inconvénient n° 2 : l’alternative M2 présente une capacité d’absorption du trafic moindre que le projet de contournement actuellement proposé

Il en résulterait qu’à terme, l’alternative M2 serait plus vite congestionnée à son tour que le projet de contournement. Tout d’abord, il convient de rappeler que l’EIE nuance ce constat en précisant qu’il se base « sur des hypothèses conservatrices en matière d’évolution future des parts modales des modes de déplacement alternatifs » (p. 339). En d’autres termes, si l’on met en œuvre simultanément une politique de mobilité ambitieuse et durable, cet inconvénient pourrait être levé. De plus, pourquoi ne pas se réserver dès à présent la possibilité, à très long terme, de créer une voie de désenclavement supplémentaire de la ZAE au sud des futures extensions, en suivant la lisière du Bois Saint Anne ? Cela permettrait de mieux diffuser le trafic automobile au cas où ce serait nécessaire un jour.

En appui de l’alternative M2, un plan de mobilité devrait être rédigé pour l’agglomération wavrienne, axé résolument sur la fluidification du trafic automobile, plutôt que sur la rapidité. Cela impliquerait, entre autres :

En espérant que vous partagerez notre souhait de voir l’alternative M2 se réaliser au lieu du contournement actuellement proposé, nous vous prions d’agréer, Madame la Bourgmestre, Mesdames et Messieurs les Echevins, l’expression de nos sentiments distingués,

Pour RIAL asbl (Rue de Chaumont, 20A – 1315 Roux-Miroir) :

Erik Cuypers (président)                        Muriel Flamand (trésorière)

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